‹ LETTERS SUR L'AMERIQUE DU NORDChapitre 16 sur 69 · LES BATEAUX A VAPEUR DE L*OUEST · texte numérisé non relu

LES BATEAUX A VAPEUR DE L*OUEST

entre les hommes blancs et les hommes rouges , dans les cabarets (har-rooms) des hôtelleries de TOuest.

En 1811 pourtant, quoique le redoutable Técumseh et son frère , le Prophète , n'eussent pas encore été vaincus par le général Harrison, F Américain avait étendu son domaine incontesté sur les plus riches cantons de rOuest.Çà et là des villages étaient construits: il n'était pas de forêt qui de loin en loin n*offrit quelque clairière au centre de laquelle un »quatier ou un acquéreur plus légal avait entassé des troncs d*arbres en forme de maison (log-house). Sur la rive gauche deTOhio, le Kentucky et le Tennessee étaient admis au rang des États (i) : le West-Virgima s'était peuplé. Un courant d*émigration avait transporté sur la rive droite d'industrieux fils de la Nouvelle-Angleterre ; et, grâce à leurs efforts, l'État d'Ohio s'était constitué, et avait près de 250,000 habitants. Ceux d'Indiana et d'Illinois, alors simples territoires, donnaient de belles espérances. Le traité de 1803 avait ajouté à TUnion notre Louisiane , qui comptait déjà un État et plusieurs territoires organisés, avec une population totale de plus de 160,000 âmes. L'Ouest tout entier réunissait alors près d*un million et demi d'habitants. Pitisburg et Cincinnati étaient des villes importantes. L^Ouest avait donc fait des progrès rapides ; mais , isolé qu^il était du golfe du Mexique par les marécages et les détours du Mississipi , des cités de l'Est par les sept ou huit crêtes successives qui forment les Âlléghanys,

(1) Ils comptaient ensemble 700,000 habitants.

manquant d'issues et de débouchés, ses progrès allaient s'arrêter. L'embryon ne pouvait plus se développer quç péniblemeQt, faute de canaux par lesquels il pût reçe> voir la vie et la rendre à son tour,.

De tous côtés aujourd'hui l'on a percé ou l'on perce des communications entre les fleuves de l'Ouest et le littoral de l'Est , sur lequel sont situées les métropoles commerciales , Boston , New-York , Philadelphie, Baltimore , Richmond , Cfaarleston. Alors il n'en existait pas une seule praticable en toute saison , et les capitaux étaient encore trop rares pour qu'on osât en entreprendre. Tout le commerce de l'Ouest se faisait alors par TOhio et le Mississipi, C'est encore et ce sera probablement toujours la voie la plus naturelle et la plus économique pour les objets d'encombrement. Lep voyageurs de l'Ouest descendaient avec les farines et les salaisons dans des bateaux plats, semblables à ceux qui amènent à Paris les charbons de la Loire. Les marchandises de l'Europe et les denrées des Antilles remontaient lentement à b voile et à la rame, dans des barques qui restaient en route cent jours ^u moins, quelquefois deux cents.

Cent jours, c'est à peu près la durée d'un voyage de New- York à Canton par le cap Horn : c'est le temps qui a suffi pour que la France fût deux fois conquise, une fois par Napoléon, une autre fois par les alliés] Aussi le commerce de l'Ouest était fort limité. Les habitants de l'Ouest, séparés du reste du monde, avaient la rudesse des bois. C'est dans ce temps que naquit le dicton populaire qui représente le Kentuckien

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