‹ LETTERS SUR L'AMERIQUE DU NORDChapitre 17 sur 69 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

M LES BATEAUX A VAPEUR DE l'oUEST.

comme un composé du cheval et da crocodile : haffhorse, half-ulligator. Le nombre des barques qui faisaient le voyage une fois par an , monter et descendre les fleuves, n'excédait pas dix; elles jaugeaient cent tonneaux en moyenne. D'autres bateaux plus petits, de trente tonneaux moyennement, faisaient le commerce de détail sur les eaux de TOuest. II y avait , en outre , des bateaux plats , flat boats , qui ne remontent jamais. Le prix du transport de la Nouvelle-Orléans à Louisville ou à Cincinnati était de six, sept et même îie^ïcents par livre anglaise (i) (700 fr. à 1,100 fr. par tonneau). Aujourd'hui la traversée de Louisville à la Nouvelle-Orléans se fait ordinairement en huit ou neuf jours à la descente , en dix ou douze à la remonte. Le transport est souvent au-dessous d'un demi-cent par livre , de la Nouvelle-Orléans à Louisville ou à Cincinnati (60 fr. par tonneau).

En 1811, le premier bateau de l'Ouest, bâti par Fnlton , partit de Pittsburg pour la Nouvelle-Orléans ; il portait le nom de cette dernière ville. Mais telles sont les difficultés de la navigation du Mississipi et de rOhio, telle était l'imperfection des premiers bateaux,

(1) Au prix de 700 fr., le transport par eau de la Nouvelle-, Orléans à Louisville était plus cher que s^il eût été efiPectné par le roulage ordinaire de France. La distance parcourue étant , avec tous les détours des fleuves , d^environ cinq cent cinquante lieues de poste , un parcours de la même longueur sur nos routes coûterait de 550 à 600 fr. En ne tenant conopte que de la distance par terre , qui est de deux cent quatrevingt-trois lieues, ce serait environ 500 fr.

qu*il s'écoula près de six. ans avant qu'un steank-hoat remontât enfin, non pas à Pittsburg, mais deux cent cinquante lieues plus bas, à Louisville. Ce premier voyage fut exécuté en vingt-cinq jours ; il fit grand bruit dans TOuest ; on donna un banquet solennel au capitaine Sbrève , qui avait résolu le problème. Ce fut alors seulement que la révolution fut consommée dans rOuest , et que les barques aux cent jours de voyage furent détrônées. Dès i 818 le nombre des bateaux à vapeur était de vingt avec un tonnage de 3,642 tonnes; en 1819, il en avait été bâti depuis Torigine quarante» dont trente-trois seulement étaient en activité ; en 1821, soixante-douze faisaient le service. Dans la même année, le Car af Commerce, capitaine Pierce, remonta de la Nouvelle-Orléans à Shawnee-Town, un peu au-dessous de Louisville, en dix jours. En 1825» après quatorze ans de tâtonnements et d'expériences» on fut enfin ûxé sur les proportions des bateaux et des machines (i). En 1827, le Técumseh remonta de la Nouvelle-Orléans à Louisville en huit jours et deux heures. En 1829, le nombre des bateaux était de deux cents, avec un tonnage de 55,000 tonneaux. En 1832» il y en avait deux cent vingt, jaugeant 40,000 tonneaux. Aujourd'hui ils sont au nombre de deux cent quarante, mesurant ensemble 64,000 tonneaux (s). D'après les renseignements qui m'ont été donnés par des personnes versées dans la matière , le commerce

(1) Voir la note IS à la fin du volume.

(2) Voir la note 13 à la fia du volume.

88 LES BATEAUX A VAfÈÙII DE l'OUEST.

auquel ils dcfrtent d*iflt«fmédiaire ne s'ëlèye pâs à moins de 140,000 tonneaux, en ne comptant que eeluî qui s'opère entre la NoulrelIe>Orlëans et le haut pays. Le commerce intermëdiaire entre les bassins de rOhio, du Tennessee et dn haut Mississipi, forme une autre masse considérable, t^our avoir une idée de» affaires qui se traitent sur les eaux de TOoest, il faudrait faire encore entrer en ligne de compté 160,000 à 180,000 tonneaux de provisions et objets divei^s qui descendent à la Nouvelle-Orléans en bateaux plat& C'est énorme assurément, et pourtant ce n'est qu'une paréelle de ce qui, selon foute probabilité, sill<»nliierft dan^ vingt ans les fleuves de TOuest ; car àur le canal Érié, qui, comparativement au Mississipi ei à l'Ohio^ n'est qu'une ligne secondaire, sur «in seul point, âi Utrca, il est passé, en 1833, dans une saison de sept mois et demi, 420,000^ tonnes.

Telle est l'influence des communications où le bon marché se combtne avec la célérité (i). Au Mexique , où la nature a tant fait , et où en revanche les hommes font si peu de chose, dans ces contrées dont les ressources naturelles sont peut-être décuples de celles des États-Unis, mais où l'homme est cent fois moins actif et

(1) Le transport sur nos canaux est à fort bas prix. Le fret proprement dît , fodépendamment des droits ( qui sont peu élevés chez nous en comparaison de ce qu^ils sont en Angleterre, par exemple ), y coûte un centime et demi à deux coqtimespar tonne et par l^ilomètre. C'est le double sur les canaux des Étals-Unis ; mais cet avantage des canaux français est balancé par une désespérante lenteur.

LETTRÉ Xll. 89

moins îftdastfieux, tous les transports se foAt à dos de mnlet , quelquefois à dos d'homme , même dans les plaines. Aussi h masse annuelle des transports , en montant de Véra-Cniz , qui est le- port principal do pays , à Mexico , la capitale , est au-dessous de 6,000 tonnes ; à la descente , c'est moins encore.

Les bateanx à vapeur de FOnest ressemblent aoi bains Vigier sur la Serne. C'est une vaste maison avec un rez-de-chaussée et un premier étage (i). Deux grandes cheminées en forme de colonnes laneent une fumée noire et des milliers d'étincelles. D^une troisième cheminée s'échappe avec frémissement mi tm^gp blanchâtre; c'est le dégagement de la vafieur. A rextéricfttr, ils ont cette apparence de coquetterie qui cariictérise les bâtiments américains en généi'al. Au dedans ils sont menblés avec éclat. Ils sont vraiment beaux à voir. Leai*» petits volets verts et leurs fenêtres bien encadrées, se détachant du fond blanc de la charpente, auraient fait soupirer d'envie Jean-Jacques.

Lear capacité est quelquefois de 500 à 600 tonneaux, plus ordinairement de 200 à 300. Leur longueur varie communément de trente-cinq mètres à cinquante. Malgré leurs dimensions et le luie de leurs aménagements , ils s'établissent à peu de frais ; aujourd'hui, avec leur machine et leur ameublement , les plus forts bateaux coûtent au plus 40,000 dollars (213,000 fr.) (s).

(1) L'Homery bateau renommé, ouvrage deM. Bedcn^itb, de Louisvillc , Puu des plus habiles constructeurs de TOuest , a un étage de plus.

(3) Un bateau de ménie force coûterait chez nous 500,000 fr.

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