LES BATEAUX A VAPEUR DE L*OUEST
Un joli bateau de trente-cinq mètres de long, jaugeant légalement cent tonnes et pouvant en porter cent cinquante, ne coûte que 7,000 à 8,000 dollars. On estime que les granda bateaux coûtent par tonneau de capacité légale 500 fr. , et les petits 400. Mais si ces constructions élégantes coûtent peu , il faut dire aussi qu*elles ne durent guère. Quelle que soit Tattention qu'on apporte au choix des matériaux et à leur conservation , il est rare qu'un bateau de TOuest aille au delà de quatre à. cinq ans. Dernièrement un vieux capitaine, me parlant d'un bateau à la construction duquel il avait apporté tous les soins imaginables, me disait avec un profond soupir : c II est mort à trois ans ( She died at threeyears). > Cette magnifique végétation de l'Ouest, ces arbres si vigoureux, si droits, près desquels nos chênes d'Europe ressembleraient à des nains, grandis rapidement sur l'épaisse couche de terreau déposée aux temps diluviens par les fleuves de la grande vallée, donnent un bois dont la durée est précisément en rapport avec le temps qu'ils ont mis à pousser. Là aussi se vérifie ce principe , si exact à l'égard de la gloire des hommes et de la splendeur des empires , que le temps ne rejeté que ce qu'il a fondé.
Le nombre des personnes que transportent ces bateaux est considérable ; ils sont presquet oujours encom-
Ce bas prix , dans rOuest , «^explique par le bon marché des bois , par TimperfectioD des machioes à vapeur que Von n^a pas intérêt à avoir meilleures , parce que Ton sMnquiëte peu dMconomiser le combustible , et aussi par Thabileté des ouvriers ; les Américains excellent à travailler le bois.
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brés, quoiqu'il y en ait, comme V Henry Clay,VHomer et le Mediterranean , (jui comptent deux cents lits. Je me suis trouvé, moi soixante -douzième, sur un steam • boat qui était disposé pour trente cainn'passengers.lln voyage sur les fleuves était autrefois une expédition d'Argonautes ; aujourd'hui c'est l'affaire du monde la plus aisée. Les prix sont fort réduits ; on va de Pittsburg à U Nouvelle-Orléans pour 50 dollars (266 fr.), tout compris ; de Louisville à la Nouvelle-Orléans , pour 25 dollars : c'est à raison de 25 à 50 centimes par lieue. C'est bien autrement modique pour la classe nombreuse des mariniers qui conduisent les bateaux plats au bas pays , et qui ont à remonter seuls de la Nouvelle-Orléans ; on les entasse au nombre de cinq à six cents quelquefois, sur un étage séparé du bateau, l'étage inférieur ordinairement ; ils ont là un abri , un cadre où ils dorment, et le feu, moyennant quatre à six dollars , jusqu'à Louisville. Ils sont astreints à donner un coup de main toutes les fois qu'il y a du bois à charger. La rapidité avec laquelle ils voyagent maintenant n'a pas peu contribué à étendre le commerce de l'Ouest. Ils peuvent aujourd'hui faire trois ou quatre expéditions par saison au lieu d'une 'seule, circonstance importante dans un pays qui manque de bras. A la descente , la place qu'ils remplissent à la remonte est occupée par des chevaux et du bétail qu'on mène au Sud , et par des esclaves , bétail humain qui va engraisser de ses sueurs les terres du Sud , remplacer le déchet des sucreries de la Louisiane, et faire la fortune des planteurs de coton. La Virginie est le principal
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foyer de cette traite; la terre natale de Washfttgloti, de Jefferson, de Maddison, est devenue, me disait avec douleur un atftre de ses enfants, lai Guinée des États- Unis (i).
Si beaux que soient ces batearux , si grands que soient les services quils rendent à TAménque, une fois la première curiosité satisfaite , le séjour en est peu attrayant pour quiconque a de la culture dans Tesprît et dans les manières. Il y a peu d'Européens des classes policées et même d'Américains de hi bonrgeoisie des métropoles de FEst , qui , au sortir de ces casernes flottantes , ne seraient pas disposés , datns le paroxysme de leur mauvaise humeur i à certifier conforme, sauf erreurs ou omissions, le compte que madame Trollope a rendu de la sociabilité des gens de rOuest. C*est que dans TOuest il y a une égalité qui n^est pas Tégalité pour rire, de Tégafité sur le papier. Tout homme qui a sur les épaules un babit médiocrement propre y est un gentleman ; tout gentleman en vaut un autre , et ne suppose pas qu^il doive se géncr pour son égal. Il s'occupe de hii-méme et nullement d'autrui ; il n'attend aucut^ égard de son voisin , et ne soupçonne pas que celui-ci puisse désirer de lui la moindre attention. Dans cette rtrdesse , remarquez-le , il n'y a pas le plus léger brin de méchanceté; il y a au contraire un naturel qui désarme.
(1) Il S6 fait, dans la capitale même des ÉlaU-Unis, à Wasbington , un grand commerce d^esclaves; c'est le principal marché pour les nègres de la Virginie el du Maryland destinés à être amenés au Sud.
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Cet homme de TOuest est ru<k , maig il n*e8t pMnt fjargnenx. I! esf siisceptiMe, fier de lui-mènne, fier de son pays ; il Fe$t à Texcès, mai$ il Festl sans fatuité et Sans affectation. Écartez Fenveloppe de vanité et d*égoîsnre, et votis trouverez chez lui un bon fonds d'obligeance et même de gënéros^ité« il est grand calealateur, et cependant il n*est point froid; il est capable d*enthoiisiadme4 11 aime Tan'gent de paision » et il n^est point avare , il est souvent prodigne. Il est brusque et roide , parée qu'il n'ft pas eu le temps d*adoucir sst voit et d'assouplir son geste. S'il est gros« sier, ce n^est pas qu'il se complaise diins la grossièreté; il aspire à devei^if un homme de bonne compagnie, et voudrait déjà passer pour tel ; mais il a dû beaucoup plus s'occuper de cttlliver la terre que de se cultiver lui-même. Il est naturel que la première génération dé TOuest porte l'empreinte des durs travaux qu'elle a si Opiniâtrement poursuivis. Cependant si ces réfiexions sont consolantes pour l'avenir, elles ne sauraient faire que présentement la vie des bateaux à vapeur de TOhio et du Siississipi tfit des charmes pour qaicoinque attache du prix à des nKfeùrs^ aimables et prévenantes.
Eh outre, le Voyage mt le Mississipi est plus dftUge^ rcux qu'une traversée sur l'Océan, je ne dirai pas d'Europe aux États-Unis, mais d'Europe en Chine. You» y avez le danger des explosions de mâ^cfaines à vapeur, celui des incendies , et, à la remonte , celui des arbres de dérive dont le tronc s'est fixé par les racines au fond du lit , et qui présentent leur pointe à