LES BATEAUX A VAPEUB DE L*OUEST
fleur d*eaa aux bateaux ascendants. Vous y avez à redouter encore le choc de votre bateaa, pendant lobscurité d'une nuit de brouillard, contre un autre bateau marchant en sens contraire , sans compter Fia* convénîent de s*engraversur les bancs de sable. Joignez à cela la monotonie du cours du fleuve , la solitude de ses rives plates et boueuses , Taspect sale de ses eaoi jaunâtres , les étranges habitudes d'une moitié des voyageurs entassés avec vous dans la même cage, et vous concevrez que ce soit à la longue une pénible corvée. Aussi les planteurs de la Louisiane qui , pendant les chajeurs de Tété , vont chercher au Nord oo air plus frais et plus pur que celui de la Nouvelle- Orléans, ont soin d'effectuer par mer leurs migrations périodiques, à bord des beaux paquebots qui croisent sans cesse entre leur capitale et New -York.
Les explosions de machines sont fréquentes , soit à cause de la maladresse des mécaniciens , soit à cause de la mauvaise confection des chaudières. Elles sont toujours accompagnées d'accidents graves , parce que les bateaux sont surchargés de monde. Il y a quelques jours, sur un seul bateau , le Majestic, soixante personnes ont été ainsi tuées ou blessées. Toutefois ces affreux désastres sont inconnus à bord des bateaoi très-bien commandés , là où les armateurs ne cher^ chent pas à faire d'économies sur le prix des mécanismes et sur le salaire des mécaniciens (i). Une loi
(1) Un bon mécanicien (en^in^^r) gagoe , sur les errands bateaux de TOuest , 100 dollars ( 533 fr. ) par moi»« 11 y en a
analogue aux ordonnances en vigueur chez nous esl indispensable dans TOuest. D'un autre côté , la loi , pour être exécutable , devrait être une pour tous les points d'une même navigation , ce qui ne saurait être que si elle était faite par le congrès. Or les idées dominantes ne permettent pas au congrès de s'en occuper; on crierait qu'il empiète sur les droits des États particuliers , qu'il les dépouille de leur souveraineté. Un seul État, la Louisiane, a passé une loi à ce sujet; mais cette loi est vicieuse , et je suppose d'ailleurs qu'elle est comme non avenue. Elle aurait dû être préventive et imposer des mesures de précaution , des épreuves pour le personnel et le matériel ; elle n'est que répressive, et se borne à menacer, d'une peine grave, amende et prison, tout capitaine à bord duquel un accident arriverait , stipulant une pénalité spéciale pour le cas où, au moment fatal , il aurait été jouant à quelque jeu de hasard.
Il y a bon nombre d'exemples d'incendie à bord des bateaux à vapeur. Plusieurs ont péri ainsi corps et biens , quoique le fleuve ne soit pas large (i). On cite entre autres la catastrophe de la Brandyunne, qui fut consumée près de Memphis , avec tout son monde» environ cent dix personnes, eu avril J832.
deux par bateau. En France , un ouvrier de la même force gagnerait 3 à 4 fr. par jour.
(1) Sa largeur ordinaire est de 800 à 1,200 mètres, ou quatre fois celle de la Seine. Mais 11 est incomparablement plus profond qu^elle. Après qu*il a reçu TOhio , il a très-fréquemmcDl 50 à 40 mètres d^eau.
fM LES BATEAUX A VALEUR DE l'oDEST.
En matière d^incendie, les Améric^ns sonl d*iiiK insouciance unique (t) , ftussi bien dans leurs maisons de New -York que sur leurs steam-boats du MississipL Us fument nonchalampient au milieu des balles de coton à demi ouvertes, dont le bateau est comblé; ils embarquent de la poudre sans plus de soin que si c'était du mais ou du bœuf salé («) , et laissent traoquillement des objets empaquetés dans de la paille, à portée du torrent d étincelles que YO0ii^se«t lei gueules des cbeminéea.
Les aocideois causés par les bois de dérive» connus sous le nom de log$, snags, sawyers, selon les divo'ses positions qu'ils affectent dans le lit du fleuve, ont été extrêmement fréquents. On tâche d*y remédier es renforçant Tavant des bateaux et en y établissant une épaisse cloison ( bulk head) , qui double la coque à une petite distance de la proue. Le goufemement fédéral a deux bateaux destinés à débarrasser , par un mécanisme ingénieux , le cours du Mississipi et de TOhio des bois qui Tobstruent. Les Etats riverains , qui n^ooi
(1) On D*a pas idée, en Europe, de la fréquence et de retendue des incendies' en ce pays. Les dernières nouvelles de Charleston nous apprennent que trois cents maisons viennent d'Y étrela proie des flammes. A New-York et à Philadelphie, il se passe rarement un jour sans que l'on sonne la <^oche d'alarme.
(2) Il y a deux ou trois ans , Pun des deux sénateurs de U Louisiane au congrès , M. Johnsloo , a péri , avec beaucoup d'autres passagers , sur la Rivière-Rouge , à bord du baleaa à vapeur la Lionne^ où Ton avait embarqué de la poudre qu: prit feu.
cependant que de très-légères taxes , n*ont pas fourni un centime pour cet objet essentiel. L'appareil du capitaine Sbrève, établi sur les deux bateaux du gouvernement fédéral , V Héliopolis et VÀrchimêde , a beaucoup dégagé le chenal ; mais il reste à faire encore. Sous beaucoup de rapports, Ton pourrait, au moyen de dépenses bien dirigées , diminuer les chances d'accident. On a aujourd'hui Texpérience du fleuve ; il y a maint ingénieur , aux États-Unis , qui sait manier ce puissant père des eaux. Pour le maîtriser ainsi que ses afUuents , il ne faudrait pas d'énormes sommes. Malheureusement le gouvernement fédéral , qui ne sait que faire de son argent (car les douanes lui produisent au delà de ses besoins, et il a maintenant un excédant de plus de 11 millions de dollars) (i) , est arrêté là encore par une doctrine dont le parti démocratique s'est épris , on ne sait pourquoi. On interdit au gouvernement fédéral de s'immiscer dans les travaux publics qui s'exécutent sur le territoire des États particuliers. Ainsi , quoique toute la fédération soit intéressée à l'amélioration de la navigation sur les fleuves de l'Ouest, le gouvernement fédéral n'y peut procéder qu'avec tiipidité et lenteur. Le prédécesseur du général Jackson , M. Adams , était un chaud partisan de l'intervention de l'autorité fédérale dans les travaux publics (internai improvement). Il pensait, comme M. Glay et d'autres hommes d'un sens supérieur , que les progrès des jeunes États de l'Ouest seraient vive- Ci) Voir la note 14 à la fin du volume.