TOME
170 LES YOIES DS COmimiCATIOM.
qui vient do n^Durir, ayait cofitriboé à la création du canal de LoilisTille à Portland , et avait tout récemment terminé le beau canal d,a Raritan à la Delaware. M. H. Allen a établi le chemin de fer de Gharlestonà Augusta. M. Jervis a exécuté celui de Carbondale à Honesdale, et dirige aujourd'hui uuç partie des grands travaux de canalisation de TÉtat de New- York.
Pour suppléer à la pénurie d'hommes de Tart , que Fesprit d'entreprise réclame en nombre toujours croissant, le gouvernement fédéral autorise les officiers du génie et les ingénieurs géographiques [topograpkkàl engineers ) à entrer au service des compagnies. Il les emploie directement lui-même à faire des études et à rechercher des tracés, ou à construire des ouvrages pour son compte; de sorte que le général Gratiot, commandant en chef du génie , £aiit aussi loffioe d'an directeur général des |H>nts et chaussées. Les colonels des géographes, Abertet Kearney, prennent une part active aux travaux du grand canal de la Ghésapeake à rOhio , dont le gouvernement fédéral est le plus fort actionnaire. Le capitaine Turnbull dirige le canal de Georgetown à Alexandrie; le capitaine Delafield, les travaux de la Route-Nationale, et le capitaine Taleott, le perfectionnement de THudson. Le colonel Long passe de tracé en tracé, et étudie tantôt la ligne de Savannahè Mempbis, tantôt celle de Portland (Maine) k Québec et à Montréal. De leur côté , les architectes se font ingénieurs ; ainsi , M. W. Striekland , de I^iladelphie, et M. Latrobe, de Baltimore, dirigeront lés travaux des nouveaux chemins qui vont s'élablir entre
les deux villes ; et même de simples négociants prennent &ur eux la responsabilité de vastes ouvrages, comme Jackson , de Boston , qui est de fait ingénieur en chef du chemin de fer de Lowell.
C'est un beau spectacle que celui d'un jeune peuple exécutant, dans le court espace d'une quinzaine d'années, une masse de communications dont les plus puissants empires de TËurope , avec une population triple et quadruple, se fussent effrayés.
Ce que la pro^érité publique y a gagné et continuera à y gagner est incalculable. La politique n'a pas moins à en attendre. Ces communications multipliées et rapides contribueront au maintien de l'Union , plus encore que La balance de la représentation nationale. Lorsque New-Yorl^ ne sera plus qu*à àix ou huit jours de laNouvelle-Orjéans, non^-seulement pour une classe riche , voyageant suivant un mode privilégié (i) , mais pour tout bourgeois, pour tout ouvrier, il n'y aura plus de séparation possible. Les grandes distances auront disparu, et ce colosse, dix fois plus vas^eque la France, maintiendra son unité sans çfibrt {%).
Il m'est impossible de ne point reporter ma pensée sur l'Europe , et de ne pas faire une comparaison peu favorable aux grandes monarchies qui la couvrent. Les partisans du principe monarchique soutiennent qu'il a tout autant de puissance pour le bonheur et la grandeur des peuples, et pour le progrès du genre hu-
(1) Voir la note 26 à la fin du volume.
(2) Voir la noie 37 à la fin du volume.
m LES VOIES OE COMMUNICATION.
main, qae le principe d^indépendance et de uîfgovernment qui domine de Tautre côté de TAtlantiqne. Pour mon compte je suis tout porté à le croire. Il faut pourtant que Ton en administre des preuves matérielles, si Ton veut que la conviction opposée ne fasse plus de prosélytes. C'est par les fruits aujourd'hui que Farbre doit se juger. Les gouvernements européens disposent des trésors et des bras de plus de 250 millions d'hommes, c'est-à-dire d'une population vingt fois plus grande que ne l'était celle des États-Unis lorsqu'ils ont commencé à exécuter leur système de communications. Le pays qui réclame leurs soins n^est pas quatre fois aussi étendu (i) que celui qui est actuellement couvert par les États et les territoires organisés. Les milliards qu'ils se procurent si aisément pour la guerre, c'est-à-dire pour détruire et pour tuer, ne leur manqueraient pas pour des entreprises créatrices. Ils n'ont qu'à vouloir, et toutes les nations européennes se confondront tellement d'intérêts , de pensées et de sentiments, seront tellement rapprochées et mêlées, que l'Europe tout entière sera comme une seule nation , et qu'une guerre européenne sera répa> tée sacrilège à l'égal d'une guerre civile. En ajournant plus longtemps ces utiles travaux, ne donneraient- ils pas raison à ceux qui prétendent que la cause des rois est inconciliable avec celle des nations ?
(1) En comptant tout ie nord de l'Europe et tout les pays à. Toueit de TOural.
Lancaster (Pensylvanie) , 30 juillet 1835.
Il n*y a de succès, il n*y a de booheur qae par la spécialité. Homme ou peuple » si tous voulez réussir, gardez-YOus de prétendre à tout savoir et de tout entreprendre. La nature humaine est finie ; limitez-vous comme elle dans vos désirs et dans vos eflforts. Sachez vous contenter et vous contenir; c*est la loi de la sagesse.
Si ces préceptes sont justes, les Américains sont des gens au moins à demi sages, car ils les pratiquent au moins à demi. En général , TAméricain sait peu se contenter; sa notion de Tégalité, c*estde n*élre Tinférieur de personne ; mais il n'aspire à monter que suivant une ligne. Son moyen unique, comme son unique
pensée, c'est la domination du monde matériel, c'est
rindustrie dans ses diverses branches; ce sont les affaires, c'est la spéculation» le travail, Taction.
A son unique objet tout pour lui se subordonne : réducation et la politique, la loi de la famille et celle de rÉtat. Tout, depuis la religion et la morale jusqu'aux usages domestiques et aux détails de la vie, tout, dans la société an^éricaine, est combiné et ployé suivant la direction qui converge le mieux vers le bot commun de chacun et de tous.
Si la règle générale souffre des exceptions, elles sont peu nombreuses el tiennent à deux causes : premièrement , la société américaine , si absorbée qu'elle soit dans sa spécialité, ne doit pas rester à jamais emprisonnée dans ce cercle , et contient déjà le germe des destinées , quelles qu'elles puissent être , qui loi sont réservées pour les siècles à venir ; secondement, la nature humaine, quoique finie, n'est pas exclusive, et nulle force au monde ne saurait étouffer ses protesta* tiens contre l'exdusivisme des goûts, des institutions et des mœurs.
La spéculation et les affaires, le travail et Faction, voilà donc, sous diverses formes , la spécialité que les Américains ont choisie et à laquelle ils se vouent avec une ardeur qui tient de rachamement. C'était celle qu'ils devaient adopter, celle que leur avait assignée le doigt de la Providence, afin que la civilisation fût, d9ns le plus bref délai possible , mise en posKSsion d'igi continent.
Je ne puis sans douleur penser qu'il y eut un moment où la France semblait appelée à partager ia
mSTTRE XXIII. i7ft
gloire de oette grande mission avec les deux peuples , entre lesquels Dieu Ta placée, aussi bien sous le rap* port du caractère et des institutions que sous celui de U position géographique ; avec les Anglais et les Espagnols, Tandis que TËspagne, alors reine du monde » envahissait TAmérique du Sud et le vaste empire du Mexique» y civilisait, le sabre à la main, la population indienne, et y bâtissait des villes monumentales qui témoigneront de son génie et de sa puissance bien des siècles après que les déclamations de ses détracteurs seront tombées dans Toubli , tandis que TAngleterre posait de chétives colonies sur la plage aride de TAmérique du Nord , la France explorait la gigantesque vallée du Père des eaux, et s'emparait du Saint* Laurent, près de qui notre Rhin, tranquille et fier, n*est qu'un ruisseau modeste; nous couronnions de fortifications le rocher à pic de Québec , nous bâtis-^ sioos Montréal , nous fondions la Nouvelle-Orléans et Saint-Louis, et, çà et là, nous défrichions les riches plaines de Flllinois. De T Amérique du Nord, nous possédions alors la portion la plus fertile, la plus belle, la mieux arrosée, la mieux taillée pour recevoir un superbe empire en harmonie avec nos sentiments d*nnité. Nos ingénieurs , avec une sagacité qu'aujour-r d*hui les Américains admirent, avaient marqué par un fortin les positions les plus propres à recevoir de grandes villes. C'est ainsi que notre drapeau flottait à Pittsburg (alors fort Duquesne), à Détroit, à Chicago, à Érié (alors Presqu'île), à Kingston (alors fort Frontenac), à Michillimackinac , à Ticondéraga, à
ilû LK TRAVAIL.
Vînceones, an fort de Chartres, à Péoria, à Saint-Jeao, tout eomme dans les capitales du Canada et de la Louisiane. Alors notre langue pouvait prétendre à être la langue universelle. Le nom français avait alors de belles chances pour devenir le premier» non-seulement, comme celui des Grecs , dans le monde des idées, par la littérature et les arts, mais aussi, comme le nom romain, dans le monde matériel et politique, par le nombre des hommes qui eussent été fiers de le porter, par Timmensité du territoire que sa domination eût couvert. Louis XIY, aux jours de son apothéose, dansFOlympe qu*il s*étalt bâti, rêvait ce noble avenir pour son peuple et pour sa race. Dans Fexaltation d'un sublime orgueil, il croyait lire ses triomphes sur les pages du destin. Il ne nous reste plus à nous, qui ne sommes séparés de lui que par un siècle, il ne nous reste plus, hélas ! que des regrets amers et impuissants. Les Anglais nous ont chassés à toujours, nonseulement d'Amérique , mais aussi des Indes orientales, où le grand roi nous avait aussi installés. Nos descendants du Canada et de la Louisiane se débattent vainement contre le déluge britannique qui les ensevelit. Notre idiome se noie dans le même débordement; les noms même de nos villes et des régions que nous avions explorées se défigurent dans Tâpre gosier de DOS heureux rivaux , et se teutonisent au point d'être méconnaissables. Nous avons oublié nous-mêmes qu'il fut un temps où nous pouvions prétendre à devenir les rois du nouveau monde. Nous n'avons plus souvenance des hommes généreux qui se dévouèrent pour nous en
LETTRE XXni. 117
assurer la dominatioD. Pour que le nom de Théroîque La Salle ne périt pas, il a ialla que le Congrès américain lui érigeât un petit monument, dans la rotonde du Gapitole, entre Penn et John Smith. Nous n*avons pas eu une pierre pour lui dans nos innombrables sculptures; nos peintres ont couvert de couleurs des toiles qu'une lieue carrée contiendrait à peine , et il n*a pas eu les honneurs d'un coup de pinceau.
Pendant ce temps , des colosses, récemment apparus en Europe, nous défient, nous coudoient et nous pressent. En vain les efforts du second Charlemagne nous avaient rendu la capitale du premier César français et les plus belles provinces de Clovis; capitale et provinces nous ont été ravies presque aussitôt. Un pas de plus en arriére et nous sommes refoulés à jamais parmi les peuples secondaires, les peuples vieillis, les peuples déchus , sans successeurs pour recevoir et dignement porter Théritage de la gloire de nos pères. QuVt-il donc fallu pour faire rétrograder ainsi une grande nation, pour la dépouiller de son avenir? Il a suffi, sous notre monarchie absolue, qu'il se trouvât un prince comme Louis XV, qui, du grand roi son aïeul, ne voulut accepter que les vices; il a suffi que pendant cinquante ans, la France servit de marchepied et de jouet à Tinfâme égoîsme de ce prince, â la honteuse impéritie de ses familiers. Les gouvernements sans contrôle peuvent, dans un court espace de temps, enfanter des prodiges, mais il sont exposés à de cruels retours.
Que fût-il arrivé si , au lieu d'être vaincus par les
178 IjE travail.
Anglais , nous eussions été leurs vainqueurs? Â jiiger, par les Canadiens et les Créoles de la Ijouisiane, de ce qu'eût été le peuple de h Nouvelle-France, la rapidité et Taudace du mouvement cîvilisa^ur y eussent considérablement perdu. Lorsqu'il s'agit de vaincre des nations sur les champs de bataille, Le Français peut entrer dans la li^ce la tête haute; po«r dompter la nature , l'Anglais vaut mieux que no^a- H a une fibre plus rigide, des muscles mieux noums; physiquement, il est mieux constitué ponr le travail; il le pousse avec plus de méthode et de persévérance; il s'y plaît , il s'y entête. Si , dms son œuv^^e , il rencontre «n obstacle, il l'attaqua ^v^c ujne passion concentrée dont , nojus Français , npus ne sommes si)sceptibles que contre un adversaire soqs forme bumaioe-
Avec quel zèle et quel entraînement rAnglo-Américain remplit ^a tâche de peuple défricheur! Voyez comme il se fraye sa voie à travers les rochers et les précipices ; comme il lutte corps à corps contre les ^larécages, contre la forêt primitive ; comme il détroit le Ipup et Tours; comme, il extermine l'Indien qui, pour lui , n'est quHine autre béte iàuve ! Dans cette bataille contre le monde extérieur, contre la terre et l'eau , contre les montagnes et contre up air empesté, il j^emble plein de cette impétuosité ^v^ laquelle la Grèce se précipitait sur TA^ie ji 1^ voix d'AUftaodre; de cette audace frénétique que Mabûoiet ««t inspirer à ses Arabes pour la conquête de l'eq^pire de TOrient; de ce courage délirant qui animait nos pères» il y a quarante ans, lorsqu'il^ ^ rusiient sur l'Europe. Aussi,
sur les mêmes rÎTières où nos colons s^abandonnaient, en chantant, au canot d'écorce du sauvage, ils comptent, eux, des flottes de superbes bateaux à vapeur. Là où nous fraternisions avec les Peaux-Rouges , couchant avec eux dans les bois , vivant comme eux de notre chasse , voyageant à pied à leur manière , par des dentiers escarpés, Fopiniàtre Américain a abattu les ari>res antiqcres , promené la charrue, enclos les terrains, substitué les meilleures races bovines de FÂngieterre aux cerfs de la forêt, établi des fermes, de florisëants villages et d'opulentes cités, creusé des canaux et des routes. Ces chutes d^'eau , que nous venions admirer en amateurs du pittoresque , et dont no^ officiers mesuraient la hauteur au péril de leur vie, ils les ont dérobées au paysage et enfermées dàt^ leâ réservoirs de leurs moulins et de leur^ fabriqueis. Si ces pays fossent restés français , la population qui s^y fût développée eût été plus gaie que Faméricaine ; éîle eût mieux joui de ce qu'elle eût possédé ; mais elle eût été entourée de moinB de richesses et de comfort ; et des siècles se fussent écoulés avant que Thoitime. eût été en droit de se dire le maître, sur la même étendue de sol que les Américains ont asservie en moins de cinquante ans.
Si Von récapitule les actes passés à chaque sésàion des législatures locales , on verra que les trois quarts aa moins ont pour objet les banques qui créditent lé travailleur ; la création d'églises nouvelles, qui sont les citadelles où veillent les gardiens de Tesprit du travail ; les moyens de conmiunication , routes , ca-
naux, chemins de fer, ponts, bateaux à vapeur, qai facilitent an producteur Taccès du marché; Tinstmction primaire à Tusage de TouTrier et du laboureur; ou divers règlements commerciaux; ou Fincorpontion des villes et des villages, ouvrages de ces hardis défricheurs. Il n'y est point question d'une armée; les beaux-arts n'y figurent jamais, même pour mémoire; les établissements littéraires et les hautes études scientifiques y sont rarement honorés d'un souvenir (i).
Les lois tendent par-dessus tout à favoriser le travail, le travail matériel, le travail du moment. Dans les États un peu anciens, elles sont habituellement empreintes du respect de la propriété, parce que le législateur sent que le plus grand encouragement à donner au travail consiste à le respecter dans ce qui en est le fruit. Elles sont particulièrement consârratrices de la propriété foncière, soit par réminiscence des lois féodales de la mère patrie, soit aussi parce que Ton a tenu à conserver quoique élément stable an milieu de Tinstabilité de toute chose ; cependant les lois s'inquiètent généralement beaucoup moins qu'en Europe de ce qui est droit acquis. Malheur aux existences en repos ou actuellement improductives , pour peu qu'elles puissent être accusées de s'appuyer sur le monopole et le privilège! Le droit qui précède ici les autres, qui les efface tous, est celui du travail : le repos n'a pas encore droit de cité. C'est afinsi qu'excepté en matière de crédit public, où les États et les
(1) Voir la note S8 à la fin du volume.
LETTRE XXIil. 18t
villes se piquent du plus grand scrupule à remplir leurs engagements, dans tout débat entre le capitaliste et le producteur, c'est ordinairement le premier qui a tort (i).
Tout est ici disposé pour le travail : les villes sont bâties suivant la méthode anglaise ; les hommes d'affaires, au lieu d*étre dispersés par la ville, occupent un quartier qui est exclusivement à eux , où pas une maison ne sert à Thabitation , où tout est bureaux et magasins. Les courtiers, les agents de change, les avoués, les avocats, y ont chacun leur cellule, les négociants leurs comptoirs. Les banques et les compagnies de toute nature y tiennent leur office; les marchandises emplissent , de la cave au grenier, tous les édifices des rues adjacentes. A toute heure du jour, un négociant n'a que quelques pas à faire pour en rejoindre un autre, pour s'aboucher avec un homme de . loi ou un courtier. Ce n'est point comme à Paris, où l'on perd un temps précieux à courir l'un après l'autre. Paris est la cité commerciale la plus mal arrangée de l'univers. New- York est cependant moins bien ordonné ^que Londres ou que Liverpool. Il n'y existe rien dans le genre des grands docks oudu Commercial Hou8e{%).
Les mœurs sont celles d'une société travaillante et
(1) DaDS quelques Etats nouveaux , comme le Kentucky et rillinois, il a été passé , aux époques de crises commerciales, de» lots qui intervecaient entre le débiteur et le créancier, et qui traitaient fort cavalièrement ce dernier. Elles avaient pour objet d^ajourner le payement des dettes.
(2) Voir tome 1 , page 28.
■ICHEL CBBVALIEA. — TOHE II. 16
18t LE TRAVAIL.
agissante. A quinze ans , un homme entre dans les affaires; à vingt et an, il est établi , il a sa ferme, son atelier, son comptoir ou son cabinet, son industrie en6n, quelle qu'elle soit. C'es( aussi Tâgcoù il prend femme ; à vingt-deux ans , *il est père de famille , et , par conséquent, il a un paissant aiguillon pour s exciter au travail. 11 n*y a ici de considération que pour celui qui a une profession , et, ce qui est à peu près la même chose , qui est marié ; pour Thonmie enfin qat est membre actif, directement utile, de Foi^anisme social, qui contribue pour sa part à augmenter la richesse publique, en créant , soit des choses, soit des hommes. L'Américain est élevé dans cette idée, qu'il aura un état, qu'il sera agriculteur, artisan, manufacturier, commerçant, spéculateur, médecin, homme de loi ou d'église , peut-être tout cela successivement, et que, s'il est actif et intelligent , il arrivera à l'opulence. Il ne se conçoit pas sans profession , lors même qu'il appartient à une famille riche , car il ne voit point de gens de loisir autour de lui. L'homme de loisir est une variété de l'espèce humaine dont rhomme du Nord, l' Yankee, ne soupçonne pas l'existence; puis il sait que , riche aujourd'hui , son père pourra être ruiné demain. Le père d'ailleurs est dans les affaires, selon l'usage, et ne se dessaisit pas de sa fortune : si le fils en veut avoir une présentement, qu'il se la fasse !
I^es habitudes sont celles d'un peuple exclusivement travailleur. Du moment où il se lève , l'Américain est au travail. Il s'y absorbe jusqu'à l'heure du
LBTTRB XXin. 185
sommeil. Il ne permet point aux plaisirs de l'en venir distraire; les affaires publiques seules ont le droit d'enlever quelques moments à ses affaires privées. L'instant des repas n'est point pour lui un délassement où il retrempe son cerveau fatigué , au sein d'une intimité douce. Ce n'est rien de plus qu'une désagréable interruption à sa besogne ; interruption qu'il accepte, parce qu'elle est inévitable, mais qu'il abrège le plus possible*. Si la politique ne réclame point , le soir , son attention ; s'il n'est convoqué à aucune délibération , à aucune prière, il reste chez lui , pensif et l'œil fixe , récapitulant les opérations du jour, ou préparant celles du lendemain. Il cesse ses travaux le dimanche , parce que la religion le lui ordonne ; mais elle lui prescrit aussi spécialement , pour ce jour-là , de s'abstenir^ de tout amusement, de toute distraction, musique , cartes , dés ou billard , sous peine de sacrilège au premier chef. Le dimanche , un Américain n'oserait pas recevoir ses amis. Ses domestiques refuseraient de s'y prêter; c'est à peine si, ce jour-là, il peut obtenir d eux qu'ils le servent lui-même à table à l'heure qui leur convient. Il y a quelques jours , le maire de New-York fut accusé par un journal d'avoir traité, le dimanche, certains nobles Anglais venus d'Europe , dans leur yaclit , pour donner à la démocratie américaine une étrange idée des goûts britanniques. Il s'est empressé de faire publier qu'il connaissait trop bien ses devoirs de chrétien pour fêter ses amis le jour du sabbath. Rien n'est donc plus lugubre que le septième jour dans ce pays. Auprès
<84 lE TRAVAIL.
d un pareil dimanche , le travail du lundi est an iNissetemps délicieux.
Abordez un négociant anglais le matin dans son comptoir, vous le trouverez roîde et sec, ne pariant que par monosyllables ; accostez-le à Theure du courrier , il ne fera aucun frais pour vous dissimuler son impatience ; il vous éconduira , sans prendre toujours garde de le faire poliment. Le même homme , le soir dans son salon, ou Tété à sa maison de campagne, sera plein d'empressement et d'urbanité. C'est que l'Anglais divise son temps et ne fait qu'une chose à la fois. Le matin, il est tout aux affaires; les afiaires lui sortent par tous les pores. Le soir , c'est l'homme de loisir qui se repose et jouit de la vie ; c'est le gentleman qui a sons les yeux, pour façonner ses manières et s'instruire dans l'art de dépenser noblement son revenu , le parfait modèle de l'aristocratie anglaise.
Le Français moderne est un mélange indéterminé de l'Anglais du matin et du soir. Le matin , on pea Anglais du soir , et le soir passablement Anglais da matip. Le Français vieux modèle était l'Anglais actuel du soir; ou plutôt disons, pour rendre à chacun ce qui lui appartient , que c'est ce Français dont le type se perd chez nous , sur qui , à beaucoup d'égards , s'est moulée l'aristocratie anglaise.
L'Américain des États du Nord ou du Nord^Ouest, celui dont la nature domine aujourd'hui dans l'Union , est un homme d'affaires en permanence : c'est toujours l'Anglais du matin. On trouve beaucoup d'Anglais do soir dans les plantations du Sud; on commence à
en rencontrer quelques-uns dans les métropoles du Nord.
Haut, mince et dégagé dans sa taille, FAméricain semble bâti tout exprès pour le travail matériel. Il n*a pas son pareil pour aller vite en besogne. Nul ne s^assimile plus aisément une pratique nouvelle ; il est toujours prêt à modifier ses procédés ou ses outils , ou à changer de métier. 11 est mécanicien dans Fâme. Chez nous, il n'y a pas d'élève des hautes écoles qui n'ait fait son vaudeville, son roman ou sa constitution monarchique ou républicaine. Il n'y a pas de paysan du Gonnecticut ou du Massachusetts qui n'ait inventé sa machine. Il n'y a pas d'homme un peu considérable qui n'ait son projet de chemin de fer, son plan de village ou de ville, ou qui ne nourrisse in petto quelque grande spéculation sur les terres inondées de la Rivière Rouge , ou sur les terrains à coton de l'Yazoo ou du Texas, ou sur les champs à blé de l'Illinois. Colonisateur par excellence, l'Âméricain-type , celui qui n'est pas plus ou moins européanisé , l' Yankee pur, en un mot , n'est pas seulement travailleur , c'est un travailleur ambulant. 11 n'a point de racines dans le sol; il est étranger au culte de la terre natale et de la maison paternelle; il est toujours en humeur d'éinigrer, toujours prêt à partir, avec le premier bateau à vapeur qui passera , des lieux même où il est débarqué à peine. Il est dévoré du besoin de locomotion ; il ne tient pas en place ; il faut qu'il aille et qu'il vienne, qu'il agile ses membres et tienne ses muscles en
baleine. Quand ses pieds ne sont pas en mouvement,
il faut qu'il remue les doigts; que, de son inséparable
couteau , il taille un morceau de bois , rogne le dos
d'une chaise ou écorne une table; ou, encore, qu'il
occupe ses mâchoires à presser du tabac. Soit qae le
régime de la concurrence lui en ait donné Thabitade,
suit qu'il se préoccupe outre mesure de la valeur du
temps , soit (jue la mobilité de tout ce qui Tentoure et
de sa propre personne tienne son système nerveoi
dans un ébranlement perpétuel, soit qu'il soit sorti
ainsi fait des mains de la nature, il est toujours
affairé, toujours pressé, excessivement pressé. Il est
propre à tous les travaux, excepté à ceux qui exigent
une lenteur minutieuse. Ceux-là lui font horreur : c'est
sa conception de Tenfer. c Nous naissons à la hâte ,
c dit un écrivain américain ; nous faisons notre édu-
c cation à la course ; nous nous marions à la volée ;
c nous gagnons une fortune d'un coup de baguette,
c et nous la perdons de même pour la refaire et
c la défaire dix fois, toujours en un clin d'œil. Notre
.c corps est une locomotive allant à raison de dix Heues
f à l'heure ; notre âme , une machine à vapeur à haute
c pression ; notre vie ressemble à une étoile qui file ,
c et la mort nous surprend comme un éclair (i). »
c Travaille, dit au pauvre la société américaine ; travaille, et à dix-huit ans, tu gagneras plus, toi, simple ouvrier, qu'un capitaine en Europe (a). Ta
(1) Voir la note 29 à la fta du volume.
(2) Eq ce moment le salaire d^un ouvrier maçon est de 9 fr. 35 centimes à Philadelphie et à New-York ; à 500 jours de travail , ce serait 3,800 fr.
vivras dans Tabondance, tu seras bien veto, bien logé, et tu feras des économies. Sois assidu au travail, sobre et religieux, et tu trouveras une compagne dévouée et soumise ; tu auras un foyer domestique, mieux fourni de comfort que celui de beaucoup de bourgeois en Europe. D'ouvrier, tu deviendras maître ; tu auras des apprentis et des sénateurs à ton tour ; tu trouveras du crédit à pleines mains ; tu passeras fabricant otx gros fermier ; tu spéculeras et tu deviendras ricbe ; tu bâtiras une ville et tu lui donneras ton nom ; tu seras nommé membre de )a législature de ton État, ou alderman de ta métropole, puis membre du congrès ; ton fils aura autant de chances pour être nommé président que le fils du président lui-même. Travaille , et si la chance des affaires tourne contre toi et que tu succombes ^ ce sera pour te relever aussitôt ; car ici la faillite est considérée comme une blessure dans une bataille; elle ne te fera perdre ni Testime ni même la confiance de personne , pourvu que tu aies été toujours rangé et tempérant, bon chrétien et époux fidèle. >
c Travaille, dit-elle au riche, travaille sans jamais songer à jouir. Tu accroîtras tesTevenus sans accroître tes dépenses ; tu augmenteras ta fortune , mais ce ne sera que pour mulliplier les moyens de travail en faveur du pauvre, et pour étendre ta puissance sur le monde matériel. Que ta tenue soit simple et austère. Je te permets, pour ton intérieur, de beaux tapis, de rargenleric à foison , les plus beaux linges de la Saxe et de rÉcosse ; mais ta maison , à Textérieur, sera sur le modèle de toutes celles de la ville ; tu n'auras ni
m LE TRÂYAIL.
titrée, oî laxe de chevaux ; ta o'eneaon^feras |ias le théâtre qui relâche les mœurs ; ta foiras le jeu ; tu signeras les articles de la Société de Tempérance ; to t'abstiendras même de la bonne chère ; ta donneras Fexemple de rassidoité à Téglise ; ta afficheras sans cesse le pins profond respect ponr la morale et la religioa ; car le caltivatear et Toavrl^r qui t*entoarent oui les yeux sar toi , prennent modèle sor toi , et te reconnaissent encore de fait pour arbitre des mœurs et des coutumes, quoiqu'ils t'aient enlevé le sceptre de la politique. Si tu te laissais aller à jouir, si tu te livrais au faste, à la dissipation etaax plaisirs, ils lâcheraient, eux aussi , la bride à leurs passions , nécessairement grossières , à leurs violents appétits. C'en serait fait do pays, c'en serait fait de toi-même, i
Il est possible d'imaginer divers systèmes d'organisation sociale également propres en théorie à favoriser le travail. On pçut concevoir une société constîtoée pour le travail , sous l'influence du principe d'autorité, c'est-à-dire d'association hiérarchique ; on peut en concevoir une autre sous les auspices du principe de liberté ou d'indépendance. Pour organiser dprwri, en vue du travail, un peuple déterminé, il faut, soos peine de tomber dans le roman , consulter ses circonstances de territoire et d'origine, savoir par où il a passé et où il va. Avec le peuple des États-Unis, reje ton de la race anglaise, et imbu de protestantisme jusqu'à la moelle des os, le principe d'indépendance, d'individualisme, de concurrence enfin, devait réussir. L'âme fortement trempée des puritains, qui sont les
LETTRE XSIU. fSO
ultras do protestantisme , ne pouvait manquer de 8*en accommoder admirablement. Voilà pourquoi les fils des États de l'Est, fondés par les pèlerins (i), ont joué le premier rôle dans la prise de possession de Timmense vallée du Mississipi.
La civilisation de TOuest (2) est née du concours occulte et silencieux de deux ou trois cent mille jeunes' cultivateurs partis, chacun pour son compte, de la Nouvelle-Angleterre, quelquefois avec un petit nombre d'amis, souvent seuls. Ce système n'aurait pu réussir avec des Français. L' Yankee, seul avec sa femme au milieu des bois, peut se suffire à lui-même. Le Français est éminemment social ;.il ne supporterait pas rîsolement au sein duquel TYankée vit à Taise. Celuici se passionne , tout seul , pour Tœuvre qu'il a conçue et qu'il s'est imposée. Le Français ne peut se passionner pour une entreprise industrielle qu'à condition d*étre avec d'autres hommes, dont le concours soit évident et palpable, ou plutôt il n'est pas apte à se passionner pour un travail matériel , car il réserve ses uffections et ses sympathies pour ce qui est vivant. Il lui est absolument impossible, à lui, d'être amoureux d'un défrichement, d'éprouver pour le succès d'une manufacture les mêmes transports que pour le salut d^un ami ou le bonheur d'une maîtresse ; mais il est
(1) Oq désigne par ce nom {PUgrimFathers ) les puritains exilés qui vinrent s'élablir à Boston et dans le pays d^alen leur.
(2) Jepai-le ici principalemenl du Nord-Ouest, c*esl-à-dire éff\^ portion de TOuest où Tesclavage n'existe pas. (V.lettreX, tome 1.)
susceptible de s*y appliquer avec ardeur, si ses passions caractéristiques, sa soif de la gloire et son émulation, sont excitées parle contact humain.^ S*il s'agissait de coloniser avec des Français , il faudrait donc peu compter sur les tentatives individuelles. En toute chose le Français a besoin de sentir légèrement le coude do voisin, comme dans une ligj^e de bataille. Sur une terre à coloniser, on peut jeter des Américains isolés ; ils y formeront de petits centres qui , s*élargissant cliacnn de son côté , finiront par embrasser un grand cercle. S'il s'agit de Français, on doit porter avec eux sur la terre nouvelle un ordre social tout fait , des liens sociaux tout établis, ou, au moins, un cadre régulier d'ordre social et des points d'attache pour les liens sociaux; c'est-à-dire qu'il leur faut, dès l'abord, le grand cercle avec son centre unique bien apparent.
Le Canada est à peu près la seule colonie que nens ayons fondée exclusivement avec des Français (i). On y transporta une organisation sociale , complète. Une fois le pays reconnu , la flotte royale y débarqua des seigneurs à qui le roi avait octroyé des fiefs. Ils étaient suivis de vassaux qu'ils avaient pris en Normandie et en Bretagne, et à qui ils distribuèrent des terres. Elle y déposa en même temps un clergé régulier et séculier, doté, lui aussi, d'amples domaines territoriaux, etqoi de plus préleva la dîme. Puis vinrent des marchands et des compagnies à qui des privilèges étaient accordés
(1) Dans la Louisiane, à Sainl-Domingue et dans les ilet,la maiise de la population était formée de noiri.
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pour la traite des pelleteries et pour le commerce. En un mot, le&trois ordres, clergé, noblesse et tiers état, forent importés tout d'une pièce de la vieille France à la nouvelle. La seule chose que les colons laissèrent derrière eux fut la misère du plus grand nombre. Le système était bon pour Tépoque ; le principe d'ordre et de hiérarchie qui y présidait, sous la seule forme possible alors, était en harmonie avec le caractère du peuple. Ce qui l'atteste , c est que , sous ce régime , auquel les Anglais conquérants n'ont rien changé, le Canada a fleuri, et la population s*y est multipliée au sein d'une douce aisance. Je n'ai vu nulle part rien qui offrît mieux l'image de Vaurea mediocritas que les jolis villages des bords du Saint- Laurent. Ce n'est pas l'ambitieuse prospérité des États-Unis , c'est quelque chose de beaucoup plus modeste ; mais s'il y a moins d'éclat, en revanche il y a plus de contentement et de bonheur. Le Canada m'a rappelé la Suisse : c'est la même physionomie de satisfaction calme et de jouissances paisibles. On parlerait du Canada, s'il n'était pas à côté du colosse anglo-américain ; on citerait ses développements, sans les prodiges des États- Unis.
Oh ne serait pas fondé à prétendre que les progrès du Canada se sont réalisés en dépit du mode de colonisation ; la discussion entre le parce que et le quoique est aisée à terminer dans ce cas. Tout ce que le système primitif avait d'onéreux subsiste «ncore intact, et la population ne s'en plaint pas. Les redevances seigneuriales, la dîme, le droit de mouture , le four
1M LE TRATAIL.
banal, y sont acUiellement en pleine vigneor; et, chose ineropble! rien de tont cela ne figare dans rinlerminable lisie des qualre-Tingl-treize griefs, récemment dressée par les Canadiens contre le régime qui les gonveme.
En France , Dieo merci ! il n'y a plus de seigneurs, de vassanx ni de dimes; les trois ordres sont abolis : il n'y a même plus de royauté absolue; mais nous avons un gonvemement à trois têtes qui dispose de ressources bien autrement inépuisables, de moyens d'action bien autrement énergiques. Ce pouvoir central, le seul qui subsiste maintenant, doit faire intervenir sa direction là où autrefois la royauté et les divers ordres imposaient la leur. Nous ne fonderons de colonie ni à Alger ni ailleurs , à moins que le gonvemement ne se charge d'y remplir, sauf les modifications eiigées par le progrès des temps et par les circonstances, le réie que jouèrent au Canada la noblesse et le clergé. Les intermédiaires qui existaient autrefois entre la royauté et la masse de la nation ont disparu. Une partie de leurs prérogatives peut et doit être remise au peuple, ainsi qu'il a déjà été fait à l'égard de l'administration intérieure du pays ; car la nation , devenue plus éclairée et plus apte à se diriger elle-même, n'a pas besoin, an même degré que par le passé , d'une règle venue d'en haut. Cependant, la majeure partie des prérogatives des anciens [>ouvoir6 doit aller grossir celle du pouvoir central , et non point être annulée parement et simplement. Avec nous. Français, tels que nous sommes aujourd'hui, il convient, pour le bien général,
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que te gouvernement ait la meilleure part dans Théritage des influences du passé , surtout en matière de colonisation. Rien n'est plus difficile que de coloniser; c'est une création tout entière. Le propre d'une colonie, c'est d'être mineure; aux États-Unis, oùleselfgavernment a été poussé jusqu'à la dernière limite , les colonies continentales, qu'on appelle territoires, sont traitées comme mineures jusqu'à ce qu'elles aient réuni une population de 60,000 âmes; or, à tout mineur on tuteur est indispensable.
Sans doute un gouvernement qui veut coloniser peut rechercher le concours des capitalistes ; mais on se méprendrait si l'on en attendait, relativement à Alger, de grands efforts et de grands résultats. En fait de compagnies, nous ne sommes pas beaucoup plus avancés que du temps de Louis XIV : peut-être le sommes-nous moins ; je cherche vainement en France quelque chose qui puisse être comparé à nos ci-devant compagnies des Indes.
Je ne veux pas faire le métier de prophète, encore moins celui de prophète de malheur; d'ailleurs, a la distance où je suis d'Alger, je n'en dois parler qu'avec une extrême réserve. Je suis cependant persuadé qu'avec le système de laisser faire ou de ne rien faire , adopté par le gouvernement , nous ne sommes pas en chemin d'y implanter une population française. Et pourtant, jusqu'à ce qu'il y ait 200,000 ou 300,000 Français, notre domination -n'y sera qu'éphémère, à la merci d'un vote inopiné des chambres, ou d'un caprice ministériel , ou d'un bruit de guerre ; et qui pis est