TOME II
dans ce siècle positif, Alger nous ooAten beaoeoop sans nul retour.
Si je ne m'abuse complètement, ce qui se déYose à Alger, avec le système des émisgration individuelles, • doit être, sauf un petit nombre d*eiceptions, le rebut de nos grandes villes. Il faudrait la fleur de nos campagnes et de nos ateliers, de jeunes cultivateurs où de robustes ouvriers comme ceux qui, le mousquet à la main , font la gloire de nos armées : ceux-là auraient la force et la volonté de s'emparer du sol, comme s*en empare la civilisation , par la culture et le travail. Nos honnêtes campagnards et nos ouvriers intelligents sont sourds à Tappel des compagnies; ils ont debonnesiaisons pour ne pas croire aux promesses des spéculateurs. Ils ne se déplaceront , pour aller asseoir avec eux la domination française sur le sol de l'Afrique , que lorsqu'un gouvernement éclairé les y appellera à haute et intelligible voix; mais ils y afflueraient s'ik y voyaieot organisé, sous le patronage et la garantie de TÉtat, un noyau de colons véritables.
Tous les ans, deux milliers environ de soldats quittent la régence ( car c'est encore la régence ! ) pour rentrer dans leurs foyers et redevenir ouvriers et paysans. Quelle fortune ne serait-<:e pas pour Alger, si Fou pouvait les y retenir, ou s'ils voulaient y retourner, après être venus en France prendre fenune ! Avec l'ambition d'arriver à la propriété dont toat homme est possédé aujourd'hui , il ne serait pas impos sible de les y résoudre en leur donnant des terres, des outils, des maisonnettes, que l'armée aurait bàUes elle-
même. Distribués dans de grandes fermes ou dans des villages, autour desquels chacun d'eux aurait son champ, et qu'au besoin protég^erait l'inexpugnable blockhaus, ils formeraient un noyau que la population française irait bientôt grossir, et dont Texistence enhardirait les compagnies à tenter enfin des entreprises sérieuses. Si ou leurlaissait leur fusil etleur uniforme, ils constitueraient une milice aguerrie qui ne craindrait pas les Bédouins, et que les Bédouins redouteraient. Qui pourrait trouver mauvais qu'Alger, conquis par notre armée, en devînt le patrimoine ? Nos soldats ont payé Alger au même prix que les premiers settlers américains ont acheté l'Ouest , c'est-à-dire de leur sang.
l\ri;e!it.
Sunhury (Pensylranie) , 5f juillel 1855.
Dans une société vouée à produire et à trafiquer, Targent doit être vu d'un autre œil que chez des peuples à Tesprit militaire ou nourris d'études classiques et de spéculations savantes. Chez ces derniers, rargentdoil être réputé , théoriquement au moins , un vil métal. L'honneur et la gloire y sont de plus puissants et de plus habituels mobiles que l'intérêt ; c'est la monnaie dont beaucoup de gens se contentent , la seule qae plusieurs ambitionnent. Dans une société travaillante, l'argent, fruit et objet du travail, ne sent pas mauvais; la richesse d'un homme est la mesure de sa capacité et de la considération que ses concitoyens lui accordent.
Quelle qu'en soit la cause, il est certain qu'ici l'argent n'est pas ce qu'il est chez nous» qu'il pèse là où
LETTRE IXIV. 197
chez nous il n'a pas de poids ; qu'il intervient franchement là où chez nous il se cache.
Déjà , en Angleterre, j'étais étonné de voir de nombreux écriteaux dans les docks, par exemple, menacer d'amende les délinquants à certaines règles de police, avec promesse de moitié pour le dénonciateur. Le sang bouillonnerait dans nos veines si un préfet de police offrait ainsi une prime à la dénonciation. Ici l'on fait comme en Angleterre : on use même plus souvent encore de ce procédé. Lorsqu'un crime est commis l'autoriié s'empresse de faire afficher que 100 ou 200 dollars seront comptés à qui en dénoncera ou en livrera les auteurs. Tai vu, à Philadelphie, le gouverneur de Pensylvanie et le maire de la ville rivaliser de promesses et enchérir l'un sur l'autre. Un assassinat avait été commis dans une élection préparatoire ; le maire et le gouverneur s'efforçaient de prouver, par Télévalion de leur offre, l'un, que le parti de l'opposition , auquel il appartenait, était innocent du meurtre, l'autre, au contraire, que c'était ce parti qui l'avait provoqué. Dans certains cas d'incendie et d'empoisonnement , la primera été portée à i,000 doll. 11 faut dire qu'en Angleterre, Londres excepté, et ici, il n'y a pas de police organisée comme chez nous ; il y est donc indispensable que les citoyens la fassent eux-mêmes.
Ici , la règle est que tout se paye. Les musées gratuits et les institutions gratuites de haut enseignement sont inconnus. On ne connaît pas davantage ces fonctions gratuites qui détournent un citoyen de ses affaires,
ei le mettraient, s'il voulait fidèlement lès remplir ,