‹ LETTERS SUR L'AMERIQUE DU NORDChapitre 7 sur 69 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

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spéculations sur les mines, au poini où la navigation commence. Port-Carbon, c*est son nom, se compose d'une trentaine de maisons répandues sur la pente d'un vallon , conformément à Talignement de la ville future. On était si pressé de bâtir qu'on ne se donna pas le temps de déraciner les arbres qui couvraient remplacement. On les brûla à demi sur pied et on les abattit avec la hache.. Leurs longs cadavres calcinés jonchent encore la terre. On en a empilé une partie de manière à former des chaussées, afin de soutenir audessus du niveau de la vallée les chemins de fer qui conduisent le charbon des mines aux embarcadères du Schuylkili. Leurs souches , toutes debout, montrent leurs têtes charbonnées à une hauteur de cinq à six pieds. On passe d'une habitation à l'autre en serpentant à travers ces fûts écourtés et noircis, et en sautant par-dessus les énormes troncs qui sont épars. Du milieu de cet échiquier sort une grande maison sur laquelle on lit :

Office of Depoiit and Discount;

SCHUVLKILL BaNCK (l).

L'existence d'une banque, au milieu des souches de Port-Carbon, m'a autant étonné que l'élégante et universelle propreté de la paisible Philadelphie, et que l'immensité de la flotte qui sans relâche verse et

(1) Bureau d^escomple et de dép^t ; Banque du Scbuylkill.

LETTRE IVI. t7

reçoit aux quais de New-York les produits de toutes les parties du monde. * ^

Je reviens au triple symbole de Tëglise, de Técote avec rimprimerie , et de la banque. Une société qui se forme par agglomération autour d*un tel noyau ne peut que différer de plus en plus de la société européenne actuelle , qui s*est constituée principalement sous les auspices de la guerre et par une succession de conquêtes superposées les unes aux autres. La société américaine prenant pour son point de départ le travail, s^appuyant sur Taisance générale d'un côté, et de l'autre sur un système d'instruction élémentaire commune à tous, ets'avançant avec le principe reli gieux pour boussole, semble destinée à atteindre un degré de prospérité , de puissance et de bonheur , bien supérieur à ce que nous possédons maintenant avec nos organisations demi-féodales et avec notre inquiète antipathie pour toute règle morale , pour toute autorité. Elle présente sans doute , surtout dans les États les plus nouveaux , des imperfections en grand nombre et elle aura beaucoup à se modifier. C'est le sort de toutes les œuvres qui ne sont qu'ébauchées, même lorsque Dieu est l'artiste modeleur. Mais peu importent quelques travers et quelques ridicules à ceux qui se préoccupent plus des grands intérêts de l'avenir que des petites misères du présent. Peu importent les déboires et les ennuis qu'un Européen aux nerfs délicats aura à iubir, s'il s'aventure, pour tuer le temps , sur les bateaux à vapeur et dans les auberges de l'Ouest; tant pis pour lui s'il s'est lancé dans un milieu où il

» PITT8BUIIG,

n*y a pas place pour on toumte dëtouTréqui abesoîo qu on Tamuse ! Peu importe même qu'un étranger ait Keu de sourire aux naïves expressions d'une vanité nationale sans mesare. Cet orgueil patriotique qu'excusent de brillants résultats obtenus, se tempérera; les travers et les ridicules se corrigeront et se corrigent tous les jours; la grossièreté inévitable des hom* mes des bois (haèktooodà'men) s'adoucira du moment où il n'y aura plus ni forêts à abattre, ni marécages à dessédier, ni bétes sauvages à détruire. Le mal passera et passe , le bien reste et grandit en se transfor» mant comme le grain de sénevé.

LE GÉNÉRAL JACKSOR.

Louisville (ReDtucky) , 15 décembre 1834.

Vous avez dû être bien étonnés en France à la lecture du message du général Jackson. Ici le Um leste et tranchant d'une portion de la presse avait préparé les esprits à quelque démonstration énergique; mais le message a dépassé les espérances de ceux qui voulaient prendre, par rapport à la France, une attitude hautaine, et les craintes de ceux qui redoutaient une im^ prudence.

Si une telle pièce fût émanée de Tun des présidents antérieurs, depuisWashington jusqu'à M. John Quincy Adams, elle eût dû être considérée comme l'expression des sentiments de la majorité du peuple américain. Aucun d'eux n'eût voulu compromettre ainsi les États- Unis, sans s'être assuré que telle était réellement la

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