‹ Lettre à d'Alembert sur les spectaclesChapitre 15 sur 31 · Desnoiresterres, p · texte numérisé non relu

Desnoiresterres, p

nouveaux. On répéta Fanime. M"* Rilliet, future marquise de Florian, était, parait-il, admirable dans le rôle de Palmire. Grande fut Tattraction de ces fêtes. « Je corromps toute la jeunesse de la pédante ville de Genève. Je crée les plaisirs. Les prédicants enragent; je les écrase. Ainsi soitil de tous les prêtres insolents et de tous les cagots! » (Lettre à d'Argental, 27 septembre 1760.)

La présence d'un duc et pair et de tant d'autres visiteurs de marque, sans compter les Genevois qui affluaient, parut une bonne occasion pour sortir de la réserve qu'il avait fallu s'imposer jusqu'alors, et braver l'ennemi sur son propre territoire. Se transporter à Tournay pour la représentation était encore une contrainte. Mieux valait rester aux Délices; on y joua V Orphelin (19 oct. 1760.) Mais les pasteurs veillaient. Dè^ le lendemain, la protestation se produisit dans une séance du Consistoire.

<{ Rapporté que dans le public on est fort surpris que le Consistoire ne fasse aucune démarche pour réprimer l'indécence que commettent plusieurs personnes de l'un et de l'autre sexe de cette ville qui sont acteurs dans les comédies qui se représentent dans notre voisinage, faisant observer qu'il importe d'autant plus d y pourvoir que, outre le théâtre établi en terre étrangère, le sieur de Voltaire fit représenter hier une pièce à Saint-Jean, territoire de la République, contre la promesse

qu'il 'avait faite au mois d'août i75S que cela ^'arriverait plus. »

i En conséquence l'assemblée, à la date du 47 novembre, faisait observer au Magnifique Conseil: « que le moyen de couper le mal par la racine paraissait devoir être : 1* d'intimer au sieur Voltaire une défense expresse de jouer et de permettre que Ton joue dans sa maison de Saint-Jean aucune pièce de théâtre, soit par représentation publique ou par répétition ; 2'' qu'il plaise au Magnifique Conseil de rendre un arrêt de défense plus étendu que les précédents et qui interdise expressément à toutes personnes de cet État de représenter aucune pièce de théâtre tant sur le territoire de cette ville que sur les terres étrangères qui sont dans notre voisinage » .

Le Magnifique Conseil prit bonne note de ces remontrances, se déclara résolu à faire exécuter les lois de l'État^ promit d'agir, et ne fit rien. C'était là un premier encouragement, un commencement de victoire pour Voltaire, désormais assuré de goûter sans contrainte son plaisir favori. Mais sa rancune exigeait davantage. Il lui fallait une scène publique, ouverte à tous, pour corrompre, c'était son mot, la petite bourgeoisie et le menu peuple aussi bien que la haute société. En attendant qu'il puisse dresser le théâtre au cœur même de la ville, du moins il essaiera de l'établir à ses

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