‹ Lettre à d'Alembert sur les spectaclesChapitre 19 sur 31 · Voir Ch. Magnin, les Originadu Théâtre antique · texte numérisé non relu

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L'Église pouvait donc encore les voir avec complaisance; elle admettait même alors les œuvres les plus profanes. C'est à la cour des papes que l'Italie avait vu se produire les premières pièces imitées des anciens. C'est dans les collèges, domaine de l'Église, qu'avaient été jouées nos premières ébauches classiques. Â l'âge suivant Richelieu, Mazarin, continuent la tradition des prélats du xvi" siècle, et Ton sait par le mot de Jean de Wert que les évèques étaient en nombre à la comédie

C'est à l'époque la plus brillante de notre théâtre que les scrupules religieux viennent réveiller contre lui l'ancienne réprobation. Notre Église s'était réformée : plus sévère pour elle-même, elle avait le droit d'exiger plus des fidèles. Mais le moment était-il bien choisi pour renouveler l'anathème? Qu'avait de commun l'art dramatique des modernes avec les monstruosités de la décadence romaine? Le nom seul de spectacles. Notre scène s'épurait chaque jour. Corneille l'avait portée à une incomparable élévation morale. Cette condamnation si rigoureuse ne reposait-elle pas sur une fausse analogie? Ainsi s'explique une certaine hésitation des consciences, et la scission du clergé sur ce point.

D'une part les intraitables, qui acceptent et reproduisent mot pour mot l'interdiction jadis portée parles Pères. Pour eux, il n'y a pas à équivoquer en distinguant le présent du passé; la

doctrine primitive est encore debout. G^est dans cet esprit si étroit que le prince de Gonti, l'ancien protecteur de Molière, devenu dévot, rédige son Traité de la comédie et des spectacles selon la tradition de f Église y tirée des conciles et des saints Pérès ^, ouvrage publié en 1667, mais terminé une année avant la mort de l'auteur, qui arriva le 21 février 1666. Ge traité n'est qu'une longue et sèche énumération de tous les canons des conciles relatifs à cette question, de tous les passages des écrivains chrétiens, jusqu'à saint Bernard et Jean de Salisbury. A cette compilation, le prince ajoute une préface où il expose ses vues générales, innocente les anciens Grecs, et condamne ces peintures de l'amour passionné où les modernes ont placé le seul intérêt du théâtre.

Le prince de Gonti s'était fait janséniste ; sa doctrine est simplement celle de tout Port-Royal, qui se piquait de renouer les traditions oubliées de l'Église. Ainsi pense Lancelot, ainsi Nicole, lorsqu'en réponse aux railleries de Desmaret» de Saint-Sorlin, il déclare « qu'un faiseur de romans et un poète de théâtre est un empoisonneur public, non des corps, mais des âmes des fidèles, qui se doit regarder comme coupable d'une infinité d'homicides spirituels ». Ainsi pense Racine lui-même, lui dont la vocation dramatique avait tant affligé et scandalisé la sainte maison,

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