Ce n*est pas tout : ils ont des livres utiles et
* Je crois entendre un bel esprit de Paris se récrier, poarvu qu'U ne lise pas lui-même, a cet endroit comme & bien d'antres, et démontrer doctement aux dames (car c'est surtout aux dames que ces messieurs démontrent), qu*il est impossible qu'une maison de bois soit chaude. Grossier mensonge! Erreur de physique! ah! pauvre auteur! Quant & moi, je crois la démonstration sans réplique. Tout ce que je sais, c'est que les Suisses passent chaudement leur hWer au milieu des neiges dans des maisons de bois.
sont passablement instruits; ils raisonnent sensément de toutes choses, et de plusieurs ayec esprit*. Ils font des siphons, des aimants, des lunettes, des pompes^ des baromètres, des chambres noires ; leurs tapisseries (121) sont des multitudes d'instruments de toute espèce; vous prendriez le poêle (122) d'un paysan pour un atelier de mécanique et pour un cabinet de physique expérimentale. Tous savent un peu dessiner, peindre, chiffrer; la plupart jouent de la flûte^ plusieurs ont un peu de musique et chantent juste. Ces arts ne leur sont point enseignés par des maîtres, mais leur passent pour ainsi dire par tradition. De ceux que j'ai vus savoir la musique, Tun me disait l'avoir apprise de son père, un autre de sa tante, un autre de son cousin, quelques-uns croyaient l'avoir toujours sue. Un do leurs plus fréquents amusements est de chanter avec leurs femmes et leurs enfants les psaumes à quatre parties; et l'on est tout étonné d'entendre sortir de ces cabanes champêtres l'harmonie forte et mâle de Goudimel (123), depuis si longtemps oubliée de nos savants artistes. 94. — Je ne pouvais non plus me lasser de parcourir
* Je puis citer en exemple un homme de mérite, bien connu dauB Paris, et plus d'une fois honoré des suffrages de FAcadémie des sciences. C'est M. Rivaz, célèbre Valaisan. Je sais bien qu'il n'a pas beaucoup d'égaux parmi ses compatriotes ; mais enliu c'est en Tivant comme eux qu'il apprit à les surpasser (1759).
(ISl) C'est-à-dire ce qui orne et recouvre les parois de leurs chambres.
Tapistirie s'emploie encore dans le même sens pour désigner les papiers peints.
(S2S) C'est le nom donné dans certains pays à la chambre où est le poêle. « Je demeurais tout le jour enfermé seul dans un poêle, où j'avais tout le loisir de m'entretenir de mes pensées. (Descartes, JHaeoun de ta liithode. II, 1.)
(123) Claude Goudimel, né en Franche-Comté vers 1510, tué à Lyon en 1573, lors des massacres <}ui suivirent la Saint-Barthélémy : il mit en musique les psaumes traduits par Marot et Théodore de Bèie. C'est un chant à quatre parties, à peu prèe oublié maintenant en France, mais dont la tradition s'est conservée dans la Suisse romande. (Voir Douen,C/^« ment Marot et le Psautier huguenot, (t vol. 1878, Imprimerie natioaaie).
ces charmantes demeares (124), que les habitants de m*y témoigner la plus franche hospitalité. Malheureusement j'étais jeune : ma curiosité n'était que celle d'ua enfant, et je songeais plus à m'amuser qu'à m'instruire. Depuis trente ans (125), le peu d'observations que je fis se sont effacées de ma mémoire. Je me souviens seulement que j'admirais sans cesse en ces hommes singuliers un mélange étonnant de finesse et de simplicité qu'on croirait presque incompatibles, et que je n'ai plus observé nulle part. Du reste, je n'ai rien retenu de leurs mœurs, de leur société, de leurs caractères. Aujourd'hui que j'y porterais d'autres yeux, faut-il ne revoir plus cet heureux pays (126)? hélas! il est sur la route du mien I
95. — Après cette légère idée, supposons qu'au sommet de la montagne dont je viens de parler, au centre des habitations, on établisse un spectacle fixe et peu coûteux, sous prétexte, par exemple, d'offrir une honnête récréation à des gens continuellement occupés, et en état de supporter cette petite dépense; supposons encore qu'ils prennent du goût pour ce même spectacle, et cherchons ce qui doit résulter de son établissement.