‹ Lettre à d'Alembert sur les spectaclesChapitre 7 sur 31 · Irail. Querelles JUUéraires, Paris · texte numérisé non relu

Irail. Querelles JUUéraires, Paris

n^avoir parlé des sentiments de quelques ministres rebelles à Calvin que pour avoir occasion d'autoriser ses propres idées. » A cela d'Alembert répondait S non sans esprit, que les théologiens catholiques avaient tort de s'irriter, et que Bossuet l'aurait plutôt remercié, lui qui avait prédit, quatrevingts ans auparavant, que les principes des protestants les conduiraient au socinianisme.

La correspondance de Voltaire nous permet de suivre presque jour par jour les moindres détails de cette affaire, à Paris conune à Genève. Dès le milieu de décembre, il s'était transporté à Lausanne (sa première lettre datée de là est du 20) ; non pas pour fuir momentanément l'ennemi, mais les Délices n'étaient pour lui qu'une maison d'été. C'est à Lausanne, en attendant l'acquisition de Ferney, qu'il avait l'habitude de passer la mauvaise saison, et il y resta en effet jusqu'au milieu de mars. Mais il apprenait tous les incidents qui se produisaient à Genève aussi bien que s'il eût été sur les lieux, et se hâtait d'en informer d'Alembert. Il lui parle (12 décemb.) des « murmures de la synagogue... Ces drôles osent se plaindre de l'éloge que vous daignez leur donner, de croire un Dieu, et d'avoir plus de raison que de foi. » Tout d'abord, il semble traiter la chose assez légèrement. « Les ministres de Genève, écritil le 2li décembre au pasteur Bertrand, de Berne,

t. D'Alembert. OËayres complètes. Tome Vi p. 283.

lassés de leur vie douce, veulent Tempoisonner en excitant contre eux-mêmes une tempête dont M. d'Alembert ne fera que rire. » En même temps il proteste de son innocence ; il n^a pas vu le livre, il' n'y est pour rien. « Si quelque orthodoxe ou hëtérodoxe (lettre du 29 décembre au pasteur Vemes), m'accusait d'avoir la moindre part & l'article Genève^ je vous supplie instamment de rendre gloire à la vérité. »

Cependant l'embarras des ministres égalait leur émotion. Ils devaient aux fidèles, ils se devaient à eux-mêmes de ne pas rester sous le cbup de ce dangereux éloge; mais que faire?

lieur hésitation fut longue. Le mieux eût été d'obtenir de l'auteur une concession. « Ils se remuent, ils aboient, ils voudraient engager les magistrats à solliciter à la cour une rétractation de votre part; mais assurément la cour ne se mêlera pas de ces huguenots, et vous soutiendrez noblement ce que vous avez avancé en connaissance de cause. » (Lettre à d'Alembert^ 29 décembre 17S7.)

A défaut des magistrats, ce fut le docteur Tronchin qui intervint. Il s'adressa directement à d'Alembert, fit appel à la bonté de son àme, à la droiture de son cœur. « Il s'agit, monsieur, disaitil en finissant, d'une tache que vous pouvez effacer ; vous n'y perdrez rien et nous y gagnerons beaucoup. Quelques lignes de votre main bienfaisante, dictées par votre belle àme, nous rendront

le repos que vous nous avez 6té, rempliront nos cœurs de reconnaissance et du respect que nous vous avions voué *. »

D'Alembert répondit (6 janvier 1758) * en protestant de sa surprise ; il se serait attendu plutôt à des remerciements; les ministres de Genève n'avaient pas lu avec attention l'article qui les blessait; on ne les accusait nullement de n'être pas chrétiens. Bref, il se dérobait poliment, mais enfin il se dérobait à la demande du Consistoire.

Eût-il même été, pour sa part, disposé à quelque concession, Yoltaire était là pour s'y opposer. Ne pas se rétracter, telle est sa recommandation dès le début, le mot d'ordre qu'il envoie chaque jour. « Il y va de votre salut, votre conscience y est engagée (12 décembre). » — « Je vous prie très instanmient de leur mander pour toute réponse que vous avez reçu leur lettre, que vous leur rendrez service autant que vous le pourrez, et que vous me chargez de leur signifier vos inten^ tiens et de finir cette affaire. Je vous assure que, mes amis et moi, nous les mènerons beau train ; ils boiront le calice jusqu'à la lie (3 janvier 1758). »

Après l'échec de cette première tentative, une commission fut nommée pour aviser. Yoltaire s'amuse de les voir « s'assembler, se remuer, s'agiter, proposer, contredire, et ne savoir que

1. Lettre iDédite de Tronchin à, d'Âlembert, publiée par M. Gaston Maugras. Voltaire et J,-J. Rousseau, 1886, p. 59.

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