‹ Lettre à M. d'Alembert sur les spectaclesChapitre 11 sur 78 · Jouées par des baladins ou des marionnettes · texte numérisé non relu

Jouées par des baladins ou des marionnettes

J.-J. liOlSSEAU.

ceux (jui h's ont Irailés jusqu'ici avoc tant de rij,aieur ot inènio d'iuconséquonco. On no los vorroil pas d'un cùtô ponsionn«'»s par le gouvernement, et de l'autre un objet d'anathènie : nos prêtres perdroieni Ihalfitude de les excommunier, et nos bourgeois de les regarder avec m»''j»ris : et une petite république auroil la gloire d'avoir reformé l'EurojJe sur ce jmuiiI. j»ln- iiiii)ortant peut-être qu'on ne pense*. »

Voilà certainement le tableau le jtlus agréable et le plus séduisant qu'on pût nous, oll'rir; mais voilà en même temps le plus dangereux conseil qu'on pût nojis donner. Du moins, tel est mon sentiment ; et mes raisons sont dans cet écrit. Avec quelle avidité la jeunesse de Genève, entraînée par une autorité d'un si grand . poi(i^,^m5 se livrera-t-elle point à des idées auxquelles lie n'a déjà que trop de penchant-! Combien, depuis la

» Genevois, d'ailleurs moment de favoriser ant rendre jui'^seoice K.ft- à la patrie et presque au genre humain î Voilà le sujet ^^ de mes alarmes, voilà le mal que je voudrois prévenir.

'\^ Je rends justice aux intentions de M. d'Alembert, j'espère . h'^: —TTr—^^, rrc^^^xji^, -f^^w.vu- '.-). ;^---K,v. -v ?" j^ii f^^ qu il voudra bien la réiidiie-aiix nuennes ; je n ai pas

••^"^nlus d'envie de lui déplaire qrtg~4TrrMe nous nuire. Mais

ajjUpublication de ce volume, de j^eunes '■^ ^bons citoyens, n'attendent-ils que le i ——rétablissement d'un théâtre, crovani

d'Alembert et Voltaire, qui le souffle, feignent d'ignorer.

2. Cette jeunesse de Genève, y compris bon nombre d'aspirants au ministère sacré, répond avec empressement aux sollicitations de Voltaire, et. malgré le scandale, court aux séances dramatiques données chez lui ou à son instigation. (Voy. Iiitrod., p. xxret xxiii.)

Il s'agirait simplement, parait-il. pour que ce beau projet s'accomplit, d'anéantir le préjugé barbare soutenu par l'Eglise catholique. On y invite la cité calviniste. Mais le préjugé barbare n'y est pas moins enraciné qu'en pays catholique ; bien au contraire. Ni « philosophie ». ni « liberté » n'y font. C'est ce que

PRKFACE. 7

enfin, quand je me tromperois, ne dois-je pas agir, parler, selon ma conscience et mes Imiiiéres? Ai-je dû me taire? l'ai-je pu, sans trahir mon devoir et ma patrie*?

Pour avoir droit de garder le silence en cette occasion, il faudroit que je n'eusse jamais pris la plume sur des sujets moins nécessaires. Douce obscurité qui fis trente ans mon bonheur, il faudroit avoir toujours su t'aimer; il faudroit qu'on ignorât que j'ai eu quelques liaisons avec les éditeurs de l'Encyclopédie^, que j'ai fourni quelques articles ^ à l'ouvrage, que mon nom se trouve avec ceux des auteurs; il faudroit que mon zèle pour mon pays fût moins connu, qu'on supposât que l'article Genève m'eût échappé, ou qu'on ne pût inférer de mon silence cpie j'adhère à ce qu'il contient! Rien de tout cela ne pouvant être, il faut donc parler : il faut que je désavoue ce que je n'approuve point, afin qu'on ne m'impute pas d'autres sentimens que les miens. Mes compatriotes n'ont pas besoin de mes conseils, je le sais bien; mais moi, j'ai besoin de m'honorer, en montrant que je pense comme eux sur nos maximes*. Je n'ignore pas combien cet écrit, si loin de ce qu'il devroit être, est loin même de ce que j'aurois pu faire en de plus heureux jours. Tant de choses ont concouru à le mettre audessous du médiocre où je pouvois autrefois atteindre, que je m'étonne qu'il ne soit pas pire encore. J'écrivois pour ma patrie : s'il étoit vrai que le zèle tint heu de talent, j'aurois fait mieux que jamais ; mais j'ai va ce

1. Voy. à Vlntrod., p. xix. les premiers sentiments de Rousseau sur l'article Genève. Lindi^^nation ne lui est pas venue tout de suite.

Page 1