VoY. Introd.. p. x\i
LETTRE A M. DALEMBEUT.
Que de questions je trouve à discuter dans celle que vous semblez résoudre ! si les spectacles sont bons ou mauvais en eux-mêmes? s'ils peuvent s'allier avec les mœurs ? si l'austérité républicaine les peut comporter ? s'il faut les souffrir dans une petite ville? si la profession de comédien peut être honnête ? si les comédiennes peuvent être aussi sages que d'autres femmes ? si de bonnes lois suffisent pour réprimer les abus? si ces lois peuvent être bien observées? etc. Tout est problème encore sur les vrais effets du théâtre, parce que les disputes qu'il occasionne ne partageant que les gens d'église et les gens du monde, chacun ne l'envisage que par ses préjugés. Voilà, monsieur, des recherches qui ne seroientpas indignes de votre plume. Pour moi, sans croire y suppléer, je me contenterai de chercher, dans cet ess'ai, les éclaircissements que vous nous avez rendus nécessaires ; vous priant de considérer qu'en disant mon avis, à votre exemple, je remplis un devoir envers ma patrie; et qu'au moins, si je me trompe dans mon / sentiment, cette erreur ne peut nuire à personne.
I kii premier coup d'œil jeté sur ces institutions *, je \ vois d'abord qu'un spectacle est un amusement ; et, s'il est vrai qu'il faille des amusemens à l'homme, vous conviendrez au moins qu'ils ne sont permis qu'autant qu'ils sont nécessaires, et que tout amusement inutile est un mal pour un être dont la vie est si courte et le ^ temps si précieux -i L'état d'homme a ses plaisirs, qui
1. Les spectacles qu'il appelle lez-vous donc rendre un peuple plus loin (p. 26) « ces sortes d'éta- actif et laborieux, donnez-lui des iîlissements ». fêtes, oflrez-lui des amusemens
2. Dans un autre passaj^e de qui lui fassent aimer son état. » cette lettre (p. 188, note de Rous- Mais pn'>cisément alors ce ne sont seau)il parait se contredire :«Vou- plus des amusemens inutiles.
j.-j. RorssEAr
(lérivoiiL de sa nature, et naissent de ses travaux, de ses rapports, de ses besoins *, et ces plaisirs, d'autant plus .doux que celui (pii les goûte a l'ànie plus saine, rendent quiconque en sait jouir peu sensiide à tous les autres. In jtère, un fds, un mari, un citoyen, ont des devoirs si chers à remplir, (pi'ils ne leur laissent rien à dérober à l'ennui. Le bon emploi du temps rend le temps plus précieux encore ; et mieux on le met à profit, moins on en sait trouver à perdre. Aussi voit-on constanunent que l'habitude du travail rend l'inaction insupportable, et qu'une bonne conscience éteint le goût des plaisirs frivoles : mais c'est le mécontentement de soi-même, c'est le poids de l'oisiveté, c'est l'oubli des goûts simples et naturels, qui rendent si nécessaire un amusement étranger. Je n'aime point qu'on ait besoin d'attacher mcessamment son cœur sur la scène, comme s'il étoit mal à son aise au-dedans de nous. La nature même a dicté la réponse de ce barbare * à qui l'on vantoit les magnificences du cirque et des jeux établis à Rome. (( Les Romains, demanda ce bon homme, n'ont-ils ni femmes ni enfans? )) Le barbare avoit raison. L'on croit s'assembler au spectacle, et c'est là que chacun s'isole; c'est là qu'on va oublier ses amis, ses voisins, ses proches, pour s'intéresser à des fables, pour pleurer tes
Chrvsost.. i?i Matth.. liomel. 58.