Cf. Bossuet. Maximes et réflexions sur la comédie
« On dit qu'il faut bien trouver un relâchement à lesprit humain, et peut-être un amusement aux Cours et au peuple. Saint Chrysostome répond que sans courir au théâtre, nous trouverons la
nature si riche en spectacles divertissants, et que d'ailleurs la religion et même notre domestique sont capables de nous fournir tant d'occupations où l'esprit se peut relâcher, qu'il ne faut pas se tourmenter pour en chercher davantage.... »
LETTRE A M. DAEEMBERT. 2o
malheurs des morts, ou rire aux dépens des vivans. Mais j'aurois dû sentir que ce langage n'est plus de saison dans notre siècle. Tâchons d'en prendre un qui soit mieux entendu.
Demander si les spectacles sont bons ou mauvais en eux-mêmes, c'est faire une question trop vague ; c'est examiner un rapport avant que d'avoir fixé les termes^ Les spectacles sont faits pour le peuple, et ce n'est que par leurs effets sur lui qu'on peut déterminer leurs qualités absolues. Il peut y avoir des spectacles d'une infinité d'espèces * : il y a de peuple à peuple une prodigieuse diversité de mœurs, de tempéramens, de caractères. L'homme est un S je l'avoue ; mais l'homme
* « Il peut y avoir des spectacles blâmables en eux-mêmes, comme ceux qui sont inhumains ou indécens et licencieux : tels étoient quelques-uns des spectacles parmi les païens. Mais il en est aussi d"inditlerens en eux-mêmes, qui ne deviennent mauvais que par l'abus qu'on en fait. Par exemple, les pièces de théâtre n'ont rien de mauvais en tant qu'on y trouve une peinture des caractères et des actions des hommes, où l'on pourroit même donner des leçons agréables et utiles pour toutes les conditions : mais si l'on y débite une morale relâchée, si les personnes qui exercent cette profession mènent une vie licencieuse et servent à corrompre les autres, si de tels spectacles entretiennent la vanité, la fainéantise, le luxe, l'impudicité, il est visible alors que la chose tourne en abus, et qu'à moins qu'on ne trouve le moyen de corriger ces abus ou de s'en garantir, il vaut mieux renoncer à cette sorte d'anmsement. » Instructions chrétiennes [a , tome III, liv. III, chap. XVI (qu'on trouve chez Rey à Amsterdam).
Voilà l'état de la question bien posé. Il s'agit de savoir si la morale du théâtre est nécessairement relâchée, si les abus sont inévitables, si les inconvénients dérivent de la nature de la chose, ou s'ils viennent de causes qu'on ne puisse écaiier.
(a) Voy. la note (o), p. 19.