Voltaire et les« philosophes
du temps ont une manière de voir tout opposée, et c'est leur préten-
tion affichée que Rousseau déclare vaine. — « Il n'est d'autre remède à cette maladie épidé-
LETTRE A M. D AI.EMUEIIT.
livres, prendre le glaive et punir les fourbes. De plus, je crains bien, par rapport à Mahomet, qu'aux yeux des spectateurs sa grandeur d'âme ne diminue beaucoup l'atrocité de ses crimes; et qu'une pareille pièce, jouée devant des gens en état de choisir, ne fit plus de Mahomet que de Zopire. Ce qu'il y a du moins de bien sûr, c'est que de pareils exemples ne sont guère encourageans j^our la vertu.
Le noir Atrée n'a aucune de ces excuses, l'horreur qu'il inspire est à pure perte ; il ne nous apprend rien qu'à frémir de son crime, et, quoiqu'il ne soit grand que par sa fureur, il n'y a pas dans toute la pièce un seul personnage en état par son caractère de partager avec lui l'attention publique : car, quant au doucereux Plisthène*, je ne sais comment on Ta pu supporter dans une pareille tragédie. Sénèque n'a point mis d'amour dans la sienne : et puisque l'auteur moderne a pu se résoudre à limiter dans tout le reste, il auroit bien dû l'imiter encore en cela. Assurément, il faut avoir un cœur bien flexible pour souflrir des entretiens galans à côté des scelles d'Atrée.
C^Avant de finir sur cotte pièce, je ne puis m'empêcher a\ remarquer un mérite qui semblera peut-être un défaut à bien des gens. Le rôle de Thyeste est peut-être de tous ceux qu'on a mis sur notre théâtre le plus sentant le goût antique-. Ce n'est point un héros courageux.
iiiiiliie(le fanatisme), dit Voltaire, que l'esprit philosophique, qui, répandu de proche en proche, adoucit enfin les mœurs des hommes, et qui prévient les accès du mal. » (Dict. philos., article Fiiiifitisme.)