Voy. l'article à l'Appendice L p. 2Û
INTRODUCTION. xmi
tromper personne, aurait pu sembler spécieuse, si les principaux intéressés lavaient confirmée, fût-ce par leur silence. Mais ils ne pouvaient se dispenser de s'inscrire en faux. On savait que d'Alembert avait fait visite à Voltaire l'année précédente, et que pendant son séjour à Genève il s'était longuement entretenu avec les principaux pasteurs, que par conséquent il était censé n'avoir rien avancé qu'à bon escient. L'autorité de son témoignage était rendue considérable par sa haute situation scientifique, et le clergé de Genève, s'il n'obtenait pas d'être par lui mis hors de cause, s'exposait à passer pour avoir un double langage sur les points les plus essentiels de doctrine, l'un véridique pour les entretiens intimes, l'autre mensonger et hypocrite pour la chaire. D'Alembert avait bien pu donner à certaines confidences un sens inexact, en exagérer la hardiesse philosophique; mais il n'avait pas tout inventé. Dans le clergé de Genève, comme dans toute église protestante, où le sens personnel n'est pas enfermé dans les limites d'une orthodoxie précise, il y avait tout au moins des tendances diverses, les unes plus traditionnelles, les autres plus larges et plus libérales. Mais en matière de théologie il y a mille nuances et restrictions, qui permettent de concilier l'indépendance desprit et la foi, et grâce auxquelles, en toute loyauté, le ministre dune communion qui n'exclut pas le libre examen se garde d'appuyer, quand il prêche, sur ses opinions essentiellement personnelles et sur lem^s conséquences rigoureusement logiques. L'esprit de corps, en pareil cas comme en beaucoup d'autres, exerce aussi son influence. D'Alembert ne s'était point embarrassé de ces scrupules * et s'était donné le plaisir d'attribuer à Genève, en poussant la logique jusqu'au bout, le parfait clergé, sans religion, que les encyclopédistes jugeaient très suffisant pour les besoins de la morale pubhque. Mais les pasteurs et le consistoire répudièrent ce compUment.
1. D'Alembert, dans sa réponse à Rousseau, nhésite pas à reconnaître qu'il a un peu forcé le sens exact des paroles recueillies par lui, mais prétend l'avoir fait de plein droit. — « Ces sentiments (ceux qu'il a prêtés aux pasteurs de Genève) sont une suite nécessaire des principes de la religion protestante; et si vos ministre;? ne jugent pas à propos de les adopter ou de les avouer aujourd'hui, la logique que je leur connois doit naturellement les y conduire, ou les laissera à moitié chemin. «