‹ Lettre à M. d'Alembert sur les spectaclesChapitre 50 sur 78 · l.-.J. KOISSEAI · texte numérisé non relu

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fuient, et foibles afin qu'elles cèdent? A quui bon leur donner un cœur plus sensible à la pitié, moins de vitesse à la course, un corps moins robuste, une stature moins haute, des muscles plus délicats, si elle ne les eût destinées à se laisser vaincre? Assujetties aux incommodités de la grossesse et aux douleurs de l'enfantement, ce surcroît de travail exigeoit-il une diminution 'de forces? Mais pour les réduire à cet état pénible, il les falloit assez fortes pour ne succomber qu'à leur volonté, et assez foibles pour avoir toujours un prétexte de se rendre. Voilà précisément le point où les a placées la nature.

Passons du raisonnement à l'expérience. Si la pudeur //étoit un préjugé de la société et de l'éducation, ce senti- / ment devroit augmenter dans les lieux où l'éducation est plus soignée, et où l'on raftine incessamment sur les lois sociales; il devroit être plus foible partout où l'on est resté plus près de l'état primitif. C'est tout le contraire*. Dans nos montagnes, les femmes sont timides ' et modestes; un mot les fait rougir, elles n'osent lever les yeux sur les hommes, et gardent le silence devant eux. Dans les grandes villes, la pudeur est ignoble et basse : c'est la seule chose dont une femme bien élevée auroit honte, et l'honneur d'avoir fait rougir un honf nète homme n'appartient qu'aux femmes du meilleur air. L'argument tiré de l'exemple des bêtes ne conclut point et n'est pas vrai. L'homme n'est point un chien ni im loup. 11 ne faut qu'établir dans son espèce lespre-

' Je matteiids à robjection : les teiniiies sauvages u'uut point / de pudeur, car elles vont nues. Je réponds que les nôtres en ^ ' ont encore moins, car elles shabillent. Voyez la fin de cet essai, au sujet des filles de Lacédénione.

LETTRE A M. D ALEMBEHT. 131

iiiiers rapports de la société pour donner à ses sentimens une moralité toujours inconnue aux bêtes. Les animaux ont un cœur et des passions, mais la sainte image de l'honnèteet duJaeaw-R^ntra jamaïs^que; Je çœïïrdeJ2ûlQ^j

Malgré cela, où a-t-on pris que l'instinct ne produit jamais dans les animaux des effets semblables à ceux que la honte produit parmi les hommes? Je vois tous les jours des preuves du contraire. J'en vois se cacher dans certains besoins, pom' dérober aux sens un objet de dégoût ; je les vois ensuite, au lieu de fuir, s'empresser d'en couvrir les vestiges. Que manque-t-il à ces soins pour avoir un air de décence et d'honnêteté, sinon d'être pris par des hommes? Dans leurs amours, je vois des caprices, des choix, des refus concertés, qui tiennent de bien près à la maxime d'irriter clés. A l'instant même ou j'écris un exemple qui le contirme. Deux jeunes pigeons, dans l'heureux temps de leurs premières amours, m'offrent un tableau bien dilférent de la sotte brutalité que leur prêtent nos prétendus sages. La blanche colombe va suivant pas à pas son bien-aimé, et prend chasse * ellemême aussitôt qu'il se retourne. Reste-t-il dans l'inaction, de légers coups de bec le réveillent : s'il se retire on le poursuit; s'il se défend, un petit vol de six pas l'attire encore : l'innocence de la nature ménage les agaceries et la molle résistance avec un art qu'auroit à peine la plus habile coquette. Non, la folâtre Galatée^ ne

1. Locution de marine : se sau- de se cacher derrière les saules ver à toute voile devant l'assail-

ncertés, qui tiennent de > la passion par les obsta- // s ceci, j'ai sous les yeux '

lant.

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