La France, la Savoie et l'Etat de Berne
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/ indignation ce monument du luxe et de la mollesse > s'élever sur les ruines de notre antique simplicité, et menacer de loin la liberté publique ! Pensez-vous qu'ils iront autoriser cette innovation de leur présence, après l'avoir hautement improuvée? Soyez sûr que plusieurs vont sans scrupule au spectacle à Paris, qui n'y mettront jamais les pieds à Genève, parce que le bien de leur patrie leur est plus cher que leur amusement. Où sera l'imprudente mère qui osera mener sa fille à cette dangereuse école ? et combien de femmes respectables croiroient se déshonorer en y allant elles-mêmes ! Si quelques personnes s'abstiennent à Paris d'aller au spectacle, j c'est uniquement par un principe de religion, qui sùre-j* ment ne sera pas moins fort parmi nous; et nous aurons U de plus les motifs de mœurs, de vertu, de patriotisme, ;^ qui retiendront encore ceux que la religion ne retient droit pas*.
J'ai fait voir qu'il est absolument impossible qu'un théâtre de comédie se soutienne à Genève par le seul concours des spectateurs. Il faudra donc de deux choses l'une : ou que les riches se cotisent pour Le soutenir, charge onéreuse qu'assurément ils ne seront pas d'humeur à supporter longtemps ; ou que l'État s'en mêle et le soutienne à ses propres frais. Mais comment le soutiendra-t-il? Sera-ce en retranchant sur les dépenses
' Je nentends point par là qu'on puisse être vertueux sans religion : j'eus longtemps cette opinion trompeuse, dont je suis trop désabusé. Mais j'entends qu'un croyant peut s'abstenir quelquefois, par des motifs de vertu purement sociale, de certaines actions indifférente? par elles-mêmes, et qui n'intéressent point immédiatement la conscience, comme est celle d'aller aux spectacles dans un lieu où il n'est pas bon qu'on les souffre.
nécessaires, auxquelles suflit à peine son modique revenu, (ie quoi pourvoir à celle-là? ou bien destinera-t-il à cet usage important les sommes que l'économie et lintégrité de l'administration permet quelquefois de mettre en réserve pour les plus pressans besoins ? Faudra-t-il réformer* notre petite garnison et garder nous-mêmes nos portes? Faudra-t-il réduire les foibles honoraires de nos magistrats? ou nous ôterons-nous pour cela toute ressource au moindre accident imprévu? Au défaut de ces expédiens, je n'en vois plus qu'un qui soit praticable, c'est la voie des taxes et impositions, c'est d'assembler nos citoyens et bourgeois en conseil général dans le temple de Saint-Pierre, et là de leur proposer gravement d'accorder un impôt pour l'établissement de la comédie. A Dieu ne plaise que je croie nos sages et dignes magistrats capables de faire jamais une proposition semblable! et, sur votre propre article, on peut juger assez comment elle seroit reçue.
Si nous avions le malheur de trouver quelque expédient propre à lever ces difficultés, ce seroit tant pis pour nous, car cela ne pourroit se faire qu'à la faveur de quelque vice secret qui, nous atfoiblissant encore dans notre petitesse, nous perdroit enfin tôt ojj^Iârd. Supposons pourtant qu'un beau zèle du théâtre nous fît faire un pareil miracle : supposons les comédiens bien étabhs dans Genève, bien contenus par nos lois, la comédie florissante et fréquentée ; supposons enfin notre ville dans l'état où vous dites qu'ayant des mœurs et des spectacles elle réuniroit les avantages des uns et des autres : car celui des spectacles n'étant que de suppléer aux mœurs, est nul partout où les mœurs existent.
J. Mt'ttre à In ivfornie. lioenripr.