‹ Lettre à M. d'Alembert sur les spectaclesChapitre 60 sur 78 · Kt qu'il ny ait là un crenne de conspiratit · texte numérisé non relu

Kt qu'il ny ait là un crenne de conspiratit

m .I.-.I. norssEAr.

Or, de toutes les sortes de liaisons qui peuvent rassembler les particuliers dans une ville comme la nôtre, les cercles forment sans contredit, la plus raisonnable, la plus honnête, et la moins dangereuse, parce qu'elle ne veut ni ne peut se cacher, cju'elle est publique, permise, et que l'ordre et la règle y régnent i. Il est même facile à démontrer que les abus qui peuvent en résulter naîtroient également de toutes les autres, ou qu'elles en produiroient de plus grands encore. Avant de songer à détruire un usage établi, on doit avoir bien pesé ceux qui s'introduiront à sa place. Quiconque en pourra proposer un qui soit praticable et duquel ne résulte aucun abus, qu'il le propose, et qu'ensuite les cercles soient abolis; à la bonne heure. En attendant, laissons, s'il le faut, passer la nuit à boire à ceux qui, sans cela, la passeroient peut-être à faire pis.

Toute intempérance est vicieuse, et surtout celle qui nous ôte la plus noble de nos facultés. L'excès du vin dégrade l'homme, aliène au moins sa raison pour un temps, et l'abrutit à la longue. Mais enfin le goût du- vin n'est pas un crime; il en fait rarement commettre; il rend l'homme stupide et non pas méchant *. Pour une

' >'e calomnions point le vice même : na-t-il pas assez de sa laideur? Le vin ne donne pas de la méchanceté, il la décèle. Celui qui tua Clitus dans l'ivresse fît mourir Philotas de sangfroid. Si l'ivresse a ses fureurs, quelle passion n'a pas les siennes? La différence est que les autres restent au fond de l'âme, et que celle-là s'allume et s'éteint à l'instant. A cet emportement près, qui passe et qu'on évite aisément, soyons sûrs que quiconque fait dans le vin de méchantes actions couve à jeun de méchans desseins.

1. Le docteur Tronchin, mieux I dans une lettre en réponse à ce placé pour en juger, exprime, | passage, \m avis tout opposé.

LETTRE A M. DALEMRERT.

querelle passagère qu'il cause, il forme cent attachemens durables. Généralement parlant, les buveurs ont de la cordialité, de la franchise; ils sont presque tous bons, droits, justes, lidèles, braves et honnêtes gens à leur défaut près*. En ose-t-on dire autant des vices que l'on substitue à celui-là? ou bien prétend-on faire de toute une ville un peuple d'hommes sans défauts et retenus en toute chose ? Combien de vertus apparentes cachent souvent des vices réels ! le sage est sobre par tempérance, le fourbe l'est par fausseté. Dans les pays de mauvaises mœurs, d'intrigues, de trahisons, d'adultères, on redoute un état d'indiscrétion où le cœur se montre sans qu'on y songe. Partout les gens qui abhorrent le plus l'ivresse sont ceux qui ont plus d'intérêt à s'en garantir. En Suisse, elle est presque en estime; à Naples, elle est en horreur; mais au fond laquelle est le plus à craindre, de l'intempérance du Suisse ou de la réserve de l'Italien 2?

Je le répète, il vaudroit mieux être sobre et vrai, non seulement pour soi, même^ pour la société; car tout ce qui est mal en morale est mal encore en politique. Mais le prédicateur s'arrête au mal personnelle magistrat ne voit que les conséquences publiques ; l'un n'a pour objet que la iLerfeilimi-deiUioimïie où l'Jiomme n'atteint point ; l'autre, que le bien de l'État autant qu'il y peut attein-

1. CeUe étrange apologie de l'ivrognerie se retrouve dans la Nouvelle Héloise (part. I, lettre 25), où Saint-Preux avoue à sa niaitresse qu'il s'enivre « par reconnoissance » pour ne pas « fâcher rrles bonnes gens du Valais qui le reçoivent à leur table. Sa prédilection pour les plaisii"s simples va loin.

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