‹ Lettre à M. d'Alembert sur les spectaclesChapitre 63 sur 78 · C'est-à-dire au peuple, car · texte numérisé non relu

C'est-à-dire au peuple, car

ainsi qu'il le dit un peu plus loin.

« dans une démocratie... les sujets et le souverain ne sont que les mêmes hommes considérés sous didérenls rapports ». Cette théorie

et celte terminolo',Me ont passé dans le Contrat social.

5. Les places assises ou debout sur la scène, que la présence de ces spectateurs obstruait de la manière la plu? fâcheuse. On connaît l'anecdote relative à la représentation de Sémiramis. où l'on fut obligé de crier : « Place à l'ombre ». au moment où Ninus sortait de son tombeau. Cet abus

J.-J. HOUSSE AU

quatre francs pour l'ordinaire, et à six quand on tierce*; le parterre est à vingt sous, on a même tenté plusieurs fois de l'augmenter. Or on ne dira pas que le bien des plus riches qui vont au théâtre n'est que le quadruple du bien des plus pauvres qui vont au parterre. Généralement parlant, les premiers sont d'une opulence excessive, et la plupart des autres n'ont rien*. 11 en est de ceci comme des impôts sur le blé, sur le vin, sur le sel, sur toute chose nécessaire à la vie, qui ont un air de justice au premier coup d'oeil, et sont au fond très-iniques; car le pauvre, qui ne peut dépenser que pour son nécessaire, est forcé de jeter les trois quarts de ce qu'il dépense en impôts, tandis que, ce même nécessaire n'étant que la moindre partie de la dépense du riche, l'impôt lui est

* Quand on augmenleroit la diflerence du prix des places en proportion de celle des fortunes, on ne rétabliroit point poui' cela l'équilibre. Ces places inférieures, mises à trop bas prix, seroient abandonnées à la populace : et chacun, pour en occuper de plus honorables, dépenseroit toujours au delà de ses moyens. C'est une observation qu'on peut faire aux spectacles de la Foire. La raison de ce désordre est que les premiers rangs sont alors un terme fixe dont les autres se rapprochent toujours sans qu'on le puisse éloigner. Le pauvre tend sans cesse à s'élever au-dessus de ses vingt sous : mais le riche, pour le fuir, n'a plus d'asile au delà de ses quatre francs ; il faut, malgré lui, qu'il se laisse accoster: et. si son orgueil en souffre, sa boui^se en profite.

subsistait depuis le milieu du xvH* siècle, entretenu à la fois par la vanité des gens du bel air, qui aimaient à être vus au moins autant qu'à voir, et par la cuiiiiliti- des comédiens, qui n'y

renoncèrent, en 1759, que pour 12000 livres payées par M. de Lauraguais.

1 . Augmentation d'un tiers sur le prix des places, en cas de grand succès.

LETTRE A M. DALEMBEKT. 171

presque insensible*. De cette manière celui qui a peu] paye beaucoup, et celui qui a beaucoup paye peu : je ne) vois pas quelle grande justice on trouve à cela. /

On me demandera qui force le pauvre d'aller aux spectacles. Je répondrai, premièrement, ceux qui les établissent et lui en donnent la tentation : en second lieu, sa pauvreté même, qui, le condamnant à des travaux continuels, sans espoir de les voir finir, lui rend quelque délassement plus nécessaire pour les supporter. Il ne se tient point malheureux de travailler sans relâche quand tout le monde en fait de même : mais n'est-il pas cruel à celui qui travaille de se priver des récréations des gens oisifs? Il les partage donc; et ce même amusement, qui fournit un moyen d'économie au riche, aftbiblit doublement le pauvre, soit par un surcroît réel de dépenses, soit par moins de zèle au travail, comme je l'ai ci-devant expliqué.

De ces nouvelles réflexions il suit évidemment, ce me semble, que les spectacfes modernes, où l'on n'assiste qu'à prix d'argent, tendent partout à favoriser et auglïienter l'inégaUté des fortunes, moins sensiblement, il ^st vrai, dans les capitales que dans une petite ville

' Voilà pourquoi les imposteurs de Bodin a et autres fripons publics établissent toujours leurs monopoles sur les choses nécessaires à la vie. afin d'afTamer doucement le peuple sans que le riche en murmure. Si le moindre objet de luxe ou de faste étoit attaqué, tout seroit perdu; mais. pourvu que les grands soient contens. qu'importe que le peuple vive?

(a) « Ceux que Bodin appelle in^posteurs, dit ailleurs Rousseau {De l'économie politique), c'esl-k-à\re ceux qui imposent ou imaginent des taxes, étant dans la classe des riches, n'auront garde d'épargner les autres à leurs propres dépens, et de se charger eux-mêmes pour soulager les pauvres. » — Jean Bodin est l'auteur des Six livres de la République (1377).

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comme la nôtre. Si j'accorde que cette inégalité, portée jusqu'à certain point, peut avoir ses avantages, vous

\ m'accorderez bien aussi qu'elle doit avoir des bornes, surtout dans un petit Ktat, et surtout dans une répu-

I blique. Dans une monarchie où tous les ordres sont intermédiaires entre le prince et le peuple, il peut être assez inditîérent que quelques hommes passent de l'un à l'autre; car, comme d'autres les remplacent, ce changement n'interrompt point la progression. Mais dans une démocratie, où Jjes sujets et le souvera[iijae sonX^ie^ les mêmes hommes considérés sous différens rapports, sitôt que Ie~plus petit nombre l'emporte ènfîchesses sur le plus grand, il faut que l'État périsse ou change de forme. Soit que le riche devienne plus riche ou le pauvre plus indigent, la différence des fortunes n'en augmente pas moins d'une manière que de l'autre ; et cette difterence, portée au delà de sa mesure, est ce qui détruit l'équilibre dont j'ai parlé*.

f Jamais, dans une monarchie, l'opulence d"un particulier ne peut le mettre au-dessus du prince; mais, dans une répubhque, elle peut aisément le mettre au-dessus des lois. Alors le gouvernement n'a plus de force, et le riche est toujours le vrai souverain. Sur ces maximes incontestables il reste à considérer si l'inégahté n'a pas atteint parmi nous le dernier terme où elle peut parvenir sans ébranler la république. Je m'en rapporte làdessus à ceux qui connoissent mieux que moi notre constitution et la répartition de nos richesses. Ce que je sais c'est que, le temps seul donnant à l'ordre des choses une pente naturelle ver? cette inégalité et un progrès

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