Des mariages. 1 2. l'ar lanalogie des conditions
/;^ur ces ideçs, il seroit aisé d'établir à peu de Irais, el sans danger, plus de spectacles qu'il n'en iaudroit pour rendre le séjour de notre ville agréable et riant, même
lièrement ne peut ({u'honorer un honnête homme. Même juge--^^ <,-'\ii ment sur les poètes dont je suis forcé de censurer les pièces : ■■'Tj, ceux qui sont morts ne seront pas de mon goût, et je serai pi- " f^' que contre les vivans. La vérité est que Racine me charme, et que je n'ai jamais manqué volontairement une représentation de Molière. Si j'ai moins parlé de Corneille, c'est qu'ayant peu fréquenté ses pièces, et manquant de livres, il ne mest pas assez resté dans la mémoire pour le citer. Quant à l'auteur i
d'^^rée et de Catilina, je ne l'ai jamais vu qu'une fois, et ce c'*^ ^' ftàFpoîïFeTrrecevoir un service (a). J'estime son génie et respecte sa vieillesse ; mais, quelque honneur que je porte à sa personne, je ne dois que justice à ses pièces, et je ne sais point acquitter mes dettes aux dépens du bien pidalic et de la vérité. Si mes écrits m'inspirent quelque fierté, c'est par la pureté d'intention qui les dicte, c'est par un désintéressement dont peu d'auteurs m'ont donné l'exemple, et que fort peu voudront imiter. Jamais vue particulière ne souilla le désir d'être utile aux autres qui m'a mis la plume à la main, et j'ai presque toujours écrit contre mon propre intérêt. Vitam impendere vero{b]; voilà la devise que j'ai choisie et dont je me sens digne. Lecteurs, je puis me tromper moi-même, mais non pas vous tromper volontairement ; craignez mes erreurs et non ma mauvaise k . foi. 1,'amour du bien public est la seule passion qui me^ fait ''^'^^ jgarlërlûrpilblicj'^'e sais alors m'oublier moi-même, et si quèFZ^ ' ' qu'mi m'offense, je mëTâîs^sur son compte de pem' que la colère ne me rende injuste. Cette maxime est^onrar^aTiîés ennemis, en ce qu'ils me nuisent à leur aise et sans crainte de représailles; aux lecteurs, qui ne craignent pas que ma haine leur en impose; et surtout à moi, qui, restant en paix tandis qu'on m'outrage, n'ai du moins que le mal qu'on me fait, et non celui que j'éprouverois encore à le i-endre. Sainte et pure vérité, à qui j'ai consacré ma vie, non, jamais mes passions ne souilleront le sincère amour que j'ai pour toi ; l'intérêt ni la
(a) Nous ignorons lequel : sans doute à l'occasion des fonctions de censeur que remplissait le vieux poète. — (6) Juvénal, IV, 91.
aux étrangers, qui, ne trouvant rien de pareil ailleurs, y viendroient au moins pour voir une chose unique, quoique à dire le vrai, sur beaucoup de fortes raisons, je regarde ce concours comme un inconvénient bien plus que comme un avantage ; et je suis persuadé, quant à moi, que jamais étranger n'entra dans Genève qu'il n'y ait fait plus de mal que de bien*.
Mais savez-Yous, monsieur, qui l'on devroit s'efforcer d'attirer et de retenir dans nos murs? Les Genevois mêmes, qui, avec un sincère amour pour leur pays, ont tous une si grande inclination pour les voyages, qu'il n'y a point de contrée où l'on n'en trouve de répandus. La moitié de nos concitoyens, épars dans le reste de l'Europe et du monde, vivent et meurent loin de la patrie; et je me citerois moi-même avec plus de douleur si j'y étois moins inutile -. Je sais que nous sommes forcés d'aller chercher au loin les ressources que notre terrain nous refuse, et que nous pourrions difficilement subsister si nous nous y tenions renfermés. Mais au moins que ce bannissement ne soit pas éternel pour tous : que ceux dont le ciel a béni les travaux viennent, connue l'abeille, en rapporter le fruit dans la ruche, réjouir leurs concitoyens du spectacle de leur fortune, animer l'émulation des jeunes gens, enrichir leur pays de leurs richesses, et jouir modestement chez eux des biens honnêtement acquis chez les autres. Sera-ce avec des théâtres, toujours moins parfaits chez nous qu'ailleurs, qu'on les y fera
crainte ne sauroient altérer Uhommage que j'aime à foffrir, et ma plume ne te refusera jamais rien que ce qu'elle craint daccorder à la vengeance 1
1. Le trait est décoché droit à 1 2. Allusion fort aigre dans ce Voltaire. • | mot. Voy. Iniroduclion. p. sx.
revonir? Oiiitloront-ils la comédie de Paris ou do Londres pour aller revoir celle de Genève? Non, non, monsieur, ce n'est pas ainsi qu'on les peut ramener. Il faut que chacun sente qu'il ne sauroit trouvt'r ailleurs ce qu'il a laissé dans son pays; il faut qu'un charme invincible le
rappelle au séjour qu il n'auroit point dû quitter^JIfaut que le souvenir de leiiTs~premiers exercices, de leurs premiers spectacles, de leurs premiers plaisirs, reste profondément g^i^avé dans leurs cœursT il laut que les"
do^icesjnipressions |aiies din"fnt la jeunesse demeurent et se renforcent dans un âge avancé, tandis que mille autre^s s eiïaceiTT7~lt faut "qu'au milieu de la pompe des ^grands États et de~ipTir~Triste magnificence une voîT ^ëcfetB'ieTir~ei4e-4ttee^»^aTmneni au lond cféTàmKIji-iii4oïï~sont les jéïïx~mes fètês~7lejna, jeunesse? où est la concorde des çitû3j[ms^-ûii pst JafrajprnUé pi^l>nqiip'^ "Ù; esnrpTnTJoie^jJaverjTalïïéTllé^iie'^^ lananU^,.^
liberté, Téqujj^rjWnnr?"^'"''' ^'''^"g raohomhor^ tout cela. » Mon Dieu, avec le cœur du Genevois, avec une ville aussi riante, un pays aussi charmant, un gouvernement aussi juste, des plaisirs si vrais et si purs, et tout ce qu'il faut pour savoir les coûter, à quoi tient-il que nous n'adorions tous la patrie FjJ
Ainsi rappeloit ses citoyens, par des fêtes modestes et ^ , ' ^ des jeux sans éclat, cette Sparte que je n'aurai jamais ' " ^ assez citée pour l'exemple que nous devrions en tirer; ainsi dans Athènes, parmi les beaux-arts, ainsi dans Suse, au sein du luxe et de la mollesse, le Spartiate ennuyé soupiroit après ses grossiers festins et ses fatigans exercices. C'est à Sparte que, dans une laborieuse oisiveté tout étoit plaisir et spectacle ; c'est là que les plus rudes travaux passoient pour des récréations, et que les moindres délassemens formoient une instruction publique ;
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c'est là que les citoyens, continuellement assemblés, consacroient la vie entière à des amiisemens qui faisoient la grande affaire de l'État, et à des jeux dont on ne se délassoit qu'à la guerre.
J'entends déjà les plaisans me demander si, parmi tant de merveilleuses instructions, je ne veux point aussi, dans nos fêtes genevoises, introduire les danses des jeunes Lacédémoniennes. Je réponds que je voudrois bien nous croire les yeux et le cœur assez chastes pour supporter un tel spectacle, et que de jeunes personnes, dans cet état, fussent à Genève, comme à Sparte, couvertes de l'honnêteté publique; mais, quelque estime que je fasse de mes compatriotes, je sais trop combien il y a loin d'eux aux Lacédémoniens, et je ne leur propose des institutions de ceux-ci que celles dont ils ne sont pas encore incapables. Si le sage Plutarque s'est chargé de justifier l'usage en question ^ pourquoi faut-il que je m'en charge après lui'? Tout est dit en avouant que cet usage ne convenoit qu'aux élèves de Lycurgue ; que leur vie frugale et laborieuse, leurs mœurs pures et sévères, la force d'âme qui leur étoit propre, pouvoient seules rendre iimocent, sous leurs yeux, un spectacle si choquant pour tout peuple qui n'est qu'honnête.
Mais pense-t-on qu'au fond l'adroite parure de nos femmes ait moins son danger qu'une nudité absolue, dont l'habitude tourneroit bientôt les premiers effets en indifférence, et peut-être en dégoût? >'e sait-on pas que les statues et les tableaux n'offensent les yeux que quand un mélange de vêtemens rend les nudités obscènes? Le pouvoir immédiat des sens est foible et borné : c'est par l'entremise de l'imagination qu'ils font leurs plus grands