GAZETTE LITTÉRAIRE DE BERLIN
N° 40, 29 juin 1848.
(Elirait du Uteraritche Zeitung K)
« Quand, il y a quelques semaines (voyez n° 32, du 27 avril, art. 1019], nous reproduisîmes les accusations publiées dans In journaux français contre l'académicien Libri, — à savoir : que le ; célèbre savant avait abusé de sa position, et de la confiance que le gouvernement lui avait accordée, pour piller, à son profit, et de la manière la plus honteuse, les bibliothèques publiques,— nous ne balançâmes pas h déclarer que ces accusations nous semblaient au moins très-prématurées. Cette présomption se confirme aujourd'hui complètement, car Libri s'est si parfaite* . ment cl si radicalement justifié dans un écrit qu'il vient de publier, que ses ennemis les plus acharnés à Paris se trouvent " couverts d'une confusion dont ils ne sortiront pas facilement. La défense de M. Libri, récemment imprimée à Londres sous ce. litre: lié '/mute de M \ Libri au rapport de M. Boucly publié dont ' le Moniteur universel du 19 mars 1848 (Londres, 1848, in-il de 80 pages), va droit au cœur et à la source des accusations, et prouve, de la manière la plus convaincante, l'inanité el la vacuité superficielle de l'inculpation. On ne comprend vraiment pas comment l'organe officiel de la République française (car le Moniteur universel Test devenu) a pu se rendre l'interprète de ces calomnies frivoles, sans tact, et contradictoires; et comment l'ancien procureur du roi français Boucly, lui-même, a pu s'imaginer qu'aucune voix ne s'élèverait de Vautre côté du canal contre celle accusation. Car ce magistrat aurait dû déjà, par respect pour l'humanité , protester contre la publication d'une pièce par sa nature môme partiale, deslinée à rester confidentielle, et dont le complément doit toujours être la défense contradictoire de l'accusé ; il eût dû tout au moins en signaler le caractère essentiellement partial.
«La brochure de Libri, bien qu'elle ne soit pas toujours écrite
1 Cet article est dû à M. Karl Brandes, docteur en philosophie et savant bibliothécaire de Berlin, qui a fait paraître plus tard dans le Serapeum l'autre article qu'on lira plus loiu.
avec la grâce et la légèreté françaises, sera indubitablement beaucoup lue; elle contient une suite de renseignements trèsintéressants sur l'état et l'administration des bibliothèques françaises, et Ton y rencontre beaucoup d'excellentes observations littéraires, bibliographiques et bibliotechniques; il n'est pas d'ailleurs d'un médiocre intérêt pour les bibliophiles, d'apprendre spécialement par quels moyens et avec quelles ressources pécuniaires un bibliomane ardent comme M. Libri a pu parvenir à atteindre son but. L'écrit en question ne sera pas seulement digne d'attention pour ceux qui portent quelque intérêt à la destinée d'un émigré, gravement atteint par les calomnies d'ennemis arroganls dans leur triomphe $ il ne sera pas lu seulement aujourd'hui et à cause de l'intérêt actuel qu'excitent les persécutions dont son auteur est l'objet : il a de plus une valeur durable et en quelque sorlc positive.
« Suffisamment étudié, ce rapport du procureur du roi Boucly, publié dans le Moniteur universel du 19 mars de cette année, réfuté dans toute sa conlexlure par M. Libri, ne contient absolument rien qu'un assemblage de plaintes anonymes contre Libri, joint à des notes sur les différents efforts qui ont été faits pour donner un corps à ces plaintes. Avant tout, il faut établir que c'est Libri qui a provoqué ce rapport, aussitôt qu'il eut la première nouvelle des accusations secrètes dirigées contre lui, par un commissaire-priseur que l'on avait interrogé relativement à deux livres dont il sera parlé plus tard. Cette pièce n'eût jamais existé probablement, si M. Libri eût gardé le silence, ou ignoré l'interrogatoire en question. Cet interrogatoire ne présentait rien d'extraordinaire, car on s'était conduit absolument de la même manière, dans ces derniers temps, après plusieurs ventes de livres aux enchères qui avaient eu lieu à Paris ; et notamment après la célèbre vente de Solcinne, on n'avait pu atteindre aucune espèce de résultats, et on s'était tenu tranquille. Mais M. Libri se sentit profondément affecté ; il crut qu'il était de son honneur de repousser énergiquement une semblable inculpation. Il employa ses relations personnelles avec M. Guizot, pour arriver énergiquement à l'éclaircissement de cette affaire; il .remit aussitôt à M. Hébert, ministre de la justice, vers la fin de janvier, une note dans laquelle il demanda instamment l'autorisation de traduire devant les tribunaux les auteurs des dénonciations calomnieuses dirigées contre lui, et se déclara en même
temps prêt à prouver par des documents Ja propriété légitime des deux livres (un exemplaire non ropnéduThéocrilcellIésiode, Aldin de Tannée 1405, et un exemplaire du Corligiano di Casliglione de Tannée 1528). Le rapport très-vague et très-diffus de Boucly, daté du 1 février, adressé d'abord au ministre de la justice et ensuite, par exception, au président du Conseil Guizol, qui avait porté tout spécialement son attention sur cette affaire , était tout simplement la réponse à cette note.
« Libri a certainement raison quand il attribue la négligence apportée dans l'examen de son affaire aux orages politiques qui se déclarèrent alors coup sur coup. La marche de ces événements est connue ; Guizol fut obligé de s'enfuir, et cette circonstance, que le rapport contre Libri avait été précisément trouvé dans son cabinet, fut considérée comme extrêmement défavorable à ce dernier. On ne sait pas au juste quelle part l'académicien Arago, que nous avons eu souvent à apprécier, non-seulement comme l'orateur du libéralisme criard, mais encore comme un savant jaloux de poursuivre l'exécution de ses plans et de ses desseins personnels, a prise aux menaces passionnées qui ont forcé Libri, son adversaire depuis plusieurs années, à s'expatrier le 28 février. D'ailleurs, pas une seule des accusations du rapport ne paraît vraisemblable.
« Ce qui paraît le plus étonnant, c'est la légèreté avec laquelle les conservateurs des bibliothèques publiques en France ne craignent pas de vendre ou d'échanger les ouvrages les plus rares et les plus précieux, pour avoir des livres nouveaux. On n'a vraiment plus lieu d'être surpris si, avec le temps, elles se sont trouvées dépouillées de leurs principaux ornements. Dans aucun cas il n'est possible d'incriminer, sans autre preuve, les bibliophiles ou les libraires qui posséderaient dans leurs collections ou dans leurs magasins des livres précieux ou des manuscrits qui auraient appartenu précédemment à des bibliothèques publiques de France. Libri était ainsi devenu propriétaire des deux exemplaires Aldim de la bibliothèque de Carpentras, par une simple opération d'échange conclue avec le bibliothécaire de la ville \ il avait donné pour ces deux ouvrages un exemplaire rogné de la môme édition du Théocrite, et environ 60 volumes d'écrits didactiques d'une valeur de 4 à 500 fr. (page 39), et le bibliothécaire, l'abbé Laurans, se montra disposé à céder des manuscrits aux mômes conditions ! En somme,
connaît que Libri ne s'est pas montré intéressé, et n'a ait un mesquin trafic avec les bibliothèques. 11 a fait des n(s considérables à différents établissements de ce genre, isune suite de lettres qu'il a fait imprimer on voit combien nservateurs de ces établissements sont reconnaissants et se it obligés envers lui. Nous attachons moins de valeur à ique Libri voulait faire de toute sa collection à la grande Hhôque royale (aujourd'hui nationale), sous des conditions es règlements ne permettaient pas d'accepter. Eût-il eu isement l'intention de rendre d'une utilité publique les s bibliographiques qu'il avait amassés avec tant de sacribeaucoup de petites bibliothèques auraient accepté avec is vive reconnaissance ce que le grandiose établissement iéra comme de peu d'importance, de manière à offusquer Ibri. C'est immédiatement après ce refus qu'il assure s'être ô à vendre une partie de sa bibliothèque. Toutefois cela resse pas le point principal de l'affaire. Le véritable but crit en question, c'est-à-dire la réfutation des plaintes et aupçons contenus dans le rapport Boucly, nous semble t de la manière la plus complète et la plus satisfaisante.
a D r Karl Bran des.»
Eclaircissements sur la plainte formulée contre M. tir bri, relativement à des vols commis \lans les biblûh tlièques publiques de France.
( Extrait du numéro m du Serajmtm du 15 juillet 18i8, publié à Leipsick, par le D r R. Naumaxx. )
«Le 10 mars, environ quatre semaines après la révolu lion de Février, parut dans le Moniteur universel , organe officiel de k République française, une pièce publiée dans l'intention évi-, dente d'étouffer moralement et d'écraser sous le plus profond 1 mépris la renommée d'un homme à qui, sous le ministère Guizot, on avait donné beaucoup de preuves de confiance et de reconnaissance. Cet homme était l'académicien français Libri , qui dans Tannée 1831 avait quitté l'Italie, sa patrie, pour venir se i fixer dans la capitale de la France , et y était parvenu à des en> plois lucratifs et à une grande réputation scientifique. Cette.! pièce consistait en un rapport du procureur du roi Boucly, an ministre de la justice Hébert, en date du 4 février 1848 ; elle-' contenait une longue énumération des plus noires accusations élevées contre Libri, que l'on prétendait avoir abusé de la confiance de l'autorité pour commettre des vols infâmes dans les bi- . bliothôques françaises, et de l'influence de sa position et de sa ré- . pulation de savant pour en tromper les employés. Au premier aspect, le caractère de l'inculpé parut sous le jour le plus odieux; la crainte de sa vengeance ou de son habileté à nouer des intrigues avait effrayé, disait-on, les témoins ou les complices de ses escroqueries, et les avait empêchés de s'y opposer. Tont semblait devoir faire présumer, en outre, que les mobiles de ces vols avaient été , non l'ardeur de la science, non les entraînements de la bibliomanie , non ! mais l'avidité , l'avarice et une indigne spéculation d'argent.— Ce rapport avait été trouvé, après le 24 février, au palais des Capucines , dans le cabinet do président du Conseil Guizot , parmi les papiers qu'il avait laissés dans sa fuite ; il n'est pas étonnant que l'on crût avoir an double motif de publier un factum compromettant pour le système de la dynastie de Juillet et le ministère Guizot. La circonstance même que Libri s'était enfui de France peu de jours après la victoire de la révolution sembla devoir augmenter te
poids des accusations dirigées contre lui ; le nouveau gouvernement ne fît pas de difficulté de s'emparer de ses livres el de sespapiers-, le domestique du fugitif et même sa femme furent arrêtés, et l'accusation formulée par M. Boucly sembla destinée à justifier les mesures impitoyables prises contre le favori de l'ancien régime.
« Une peut être dans la tâche de celte feuille d'entreprendre la défense Juridique et politique de Libri; l'intérêt de nos lecteurs est plus simple, plus étranger à des questions purement personnelles ou sociales. L'affaire dont nous venons de parler présente cependant plus d'un côté intéressant, pour un journal spécialement consacré à la bibliographie, par suite de la défense que Libri a écrite et fait imprimer en Angleterre '. 11 suit dans cet écrit, avec la plus grande exactitude, l'accusation dans toutes ses parties. Il divise toute la pièce en 35 paragraphes ou passages, et il fait suivre de sa réponse immédiate chaque assertion, chaque soupçon, chaque plainte. Les lecteurs sont donc mis à même de reconnaître la valeur ou plutôt le peu de valeur du réquisitoire, les erreurs et les malentendus du rapporteur, trop tard à la vérité, el après que les insinuations diffamatoires n'ont que trop bien réussi auprès de la plus grande partie du public. Dés le commencement de l'introduction, il en détruit la valeur, en apparence si significative : enfin , on voit que tout cela n'est qu'une relation partiale, rédigée à la suite des actives réclamations de Libri; relation dont l'annulation a été différée par les conjonctures extraordinaires de l'époque, et qui s'est trouvée confiée par hasard aux mains plus expéditives du nouveau régime. Ce qui intéresse tout particulièrement les lecteurs du Serapeum, ce sont : 1° les observations sur l'administration particulière des bibliothèques françaises; 2° quels moyens un savant, qui n'avait pas une grande fortune, mettant tout son plaisir et toute sa joie dans sa bibliothèque particulière, pouvait employer à Paris pour satisfaire son goût en achetant les livres les plus rares et les plus coûteux. £1 s'il ressort de là que les accusations se résolvent en malentendus, en
1 Réponse de M. Libri au rapport de M. Boucly publié dans le Moniteur universel du 19 mars 1848, Londres, imprimé par Schulze et comp., in-8°, 86 pag. Outre cette publication que nous avons sous les yeux, une autre a paru à Paris. "Voyez Bibliographie de la France, n°23, art. 2909.
soupçons sans fondement cl en tissu d'intrigues perfide», nous profiterons en même temps avec plaisir de l'instruction qui en résultera pour nous. — Il est nécessaire toutefois de jeter d'abord un coup d'œil rapide sur la marche de cette affaire ; nous devons d'autant moins y manquer qu'un inténH général se môle ici à l'intérêt individuel.
« Le 3 juillet de Tannée précédente, on vendit à Paris, aux enchères, une bibliothèque littéraire extrêmement remarquable par les livres rares et précieux quelle contenait. Le Catalogne portait le litre de bibliothèque de M. L. On ne cherchait nullement à cacher que celle bibliothèque appartint a l'académicien Libri. 11 arrive à Paris beaucoup plus souvent qu'en Allemagne que des savants fassent vendre aux enchères, pendant leur vie, leurs collections de livres. L'habitude générale s'est établie à cette occasion que le nom du propriétaire reste entièrement caché, ou ne soil désigné, comme cela est arrivé dans la circonstance actuelle, que par les premières lettres du nom. C'est ainsi que Paul Lacroix (sous le pseudonyme du bibliophile Jacob), le comte de la Uédoyère, le prince d'Ëssling el le marquis de Coislin ont fait en ces derniers temps. — Dans ce catalogue se trouvaient entre autres les articles suivants : n° 294, Theocriti et Jksiodi opéra, tjrœcù ; f'enctiis imprmum char acier ihus ac studio Aldi Manutii, 1495, in-folio, parch. non rogné ; n° 2701, // lihro del Cortujiano del conte liald. Castiglione; l r cnc\\(k % Aldo. 1528, fol. Le premier de ces livres fut acheté G35 francs par le libraire Paync, de Londres; le second par le libraire •• Tilliard, de Paris, pour 519 francs. jj
« Ces deux numéros furent, dans le commencement de celte ! année, l'objet dv^ recherches toutes particulières du procureur- • du roi, parce qu'on pensait qu'ils avaient été autrefois la pro- ». priété de la bibliothèque d«» Carpenlras. La voie la plus naturelle pour se procurer des éclaircissements certains eût été de faire • interroger, par le procureur du roi de Carpenlras, le bibliothécaire Laurans de celle ville, sur les présomptions qui étaient mises en avant eï de savoir en même temps de quelle manière lçs livres avaient pu être enlevés de la bibliothèque. C'esl a dessein probablement que celle voie ne fui pas choisie; une demande semblable, mais certainement sans importance, que Boucly y a Yailfail faire au commencement de Tannée 1846, sur la dénonciation d'un anonyme contre Libri, était restée sans aucune espèce
de réponse ; peut-être que lo magistrat chargé de l'instruction eût pensé à jeter la responsabilité de cette négligence sur le procureur du roi et le bibliothécaire de Carpentras, aussitôt qu'il eût été certain de l'état des choses. Quoi qu'il en soit, l'instruction porta sur cette demande : les deux livres portent-ils les traces de l'apposition antérieure d'un timbre ou d'un cachet ? Cette question fut posée formellement au commissairepriseur M. Commendeur, chargé de la vente des livres, vers la fin du mois de janvier. Libri eut aussitôt par celui - ci la
• première nouvelle des accusations formulées contre lui; il éprouva une extrême colère d'une semblable manœuvre,
. ainsi dirigée secrètement contre lui, et il ne se borna pas seulement à prouver à M. Commendeur le peu de fondement de
. ^accusation, en lui montrant sur l'heure les papiers qui établissaient de la manière la plus complète par quelle voie régulière il était arrivé à la possession des deux livres -, il déclara encore
. qu'il était résolu à poursuivre les dénonciateurs et les auteurs de la plainte et à les forcer à une rectification. En vain Commendeur, qui n'avait pas compté sur cette susceptibilité et sur
. cette résolution , chercha à calmer M. Libri ; ce fut en vain qu'il lui rappela qu'à la vente de la collection Soleinne une semblable enquête avait été faite sans produire aucun résultat, qu'il n'y avait pas à s'occuper décela, etc., etc. Libri se rendit immédiatement chez le président du Conseil, et le pria, en présence de plusieurs hauts employés des ministères qui se trouvaient là par hasard, de lui obtenir satisfaction de la part du ministre de la justice Hébert, dans une affaire si pénible. —
• Guizot sembla disposé, par la grande considération qu'il a toujours témoignée à la classe des savants, à promettre sa médiation dans celte enquête importante. Il chargea un des employés ' qui l'entouraient de communiquer l'affaire, dans la matinée
suivante, au ministre de la justice, et dans l'après-midi du jour . suivant, Libri reçut l'avis que le ministre de la justice avait fait- demander le procureur du roi afin de pouvoir faire sans retard un rapport sur cette affaire. Libri présenta surabondamment une courte note, dons laquelle il reproduisait d'une part ses plaintes, et se déclarait prêt à prouver la légitimité de la possession des livres en question, et de l'autre demandait l'autorisation nécessaire pour poursuivre les auteurs des dénonciations calomnieuses articulées contre lui. C'est ainsi que s'ex-
pliquc l'existence du rapport qui fut publié dans le Moniteur du 19 mars, et la marche de l'affaire explique comment il dut se trouver dans le cabinet de Guizol. — Pour qui se rend un compte exact du contenu de ce rapport, il est clair que, dans certains passages du moins, il semble n'avoir pour objet que de venir en aide aux accusations. On y donne principalement comme motifs de l'enquête postérieure deux dénonciations anonymes du 5 février 1846 et du 13 juillet 1847; quand le rapporteur a établi aussi bien ces dénonciations que ses démarches pour une information postérieure et leur résultat, il termine en disant qu'il a été obligé d'obéir aux nécessités de son emploi ; il ajoute : Je ne puis m'empêcher de remarquer que peut-être, si elles n'eussent pas été aussi réservées et aussi timides, ces recherches, commencées depuis deux années, auraient accru plus vite et plus sûrement la somme des présomptions qui se sont produites. Peut-être, d'un autre côté, une hésitation moindre à vérifier certains faits, et surtout des explications demandées à M. Libri lui-même (que je riaipas voulu interpeller) eussent-elles au contraire fait disparaître les soupçons dirigés contre lui. En appréciant dans toute sa . valeur une telle conclusion, il est évident que tout ce qui a été dit précédemment est non-seulement affaibli, mais tombe encore dans le domaine des présomptions sans aucune espèce de certitude. Si on ajoute à cela ce que Libri établit comme très-vraisemblable, que ce rapport a été falsifié dans certains endroits, le reste des charges que le lecteur serait tenté de baser sur les hésitations et les contradictions avec lesquelles cette pièce a été fabriquée, disparaît entièrement.
« Le rapporteur sera naturellement peu gravement touché du reproche que lui adresse Libri, page 73, de ne rien entendre, aux vieux livres. Qui pourrait attendre cela d'un légiste praticien? Libri élève ce reproche devant l'assertion tendant à le faire soupçonner d'avoir, lui Libri, fait enlever de plusieurs des livres mis aux enchères les timbres ou les cachets qui s'y trouvaient précédemment. Il rappelle à cet égard : que rien n'est plus commun à Paris que ces sortes de marques apposées sur les vieux livres, surtout à Paris, où au moins les deux tiers des livres qui se trouvent dans les boutiques d'antiquaires ont été la propriété des bibliothèques des communautés religieuses.
« Lors de la suppression des monastères, la plupart des livres qui s'y trouvaient furent vendus sans autre formalité; mais les autres, et ce furent ordinairement les plus précieux, tombèrent entre les mains de personnes qui, s'en étant emparées par une voie peu régulière, cherchèrent à faire disparaître les traces de celle origine. Ils essayèrent, en conséquence, d'enlever les dessins et timbres que portaient ces livres, soit par des lavages, soit en grattant, soit môme en coupant la place du dessin > s'inquiétant peu que le livre perdît de sa valeur par ces altérations. De semblables livres se trouvent le plus fréquemment défigurés par ces marques, malproprement lavées, ou à demi grattées. Les amateurs de livres de Paris ont l'habitude d'écarter de leurs collections ceux qui portent de tels défauts. Libri assure avoir dépensé 12,000 francs pour de semblables restaurations à une partie de sa bibliothèque. Il est étonnant que ce plaisir de restaurer des livres défigurés et démonétisés arrive chez certains individus jusqu'à une sorte de passion, et qu'il y ait des bibliomanes qui achètent, à dessein , de mauvais exemplaires pour les remettre, après beaucoup de peine et de dépense, dans un état passable. Libri n'était pas complètement exempt de cette manie de réparer ses livres. Il fit faire pendant quelque temps ses reliures en Angleterre et en Italie, parce que les bons relieurs de Paris sont extrêmement chers, et que les médiocres ou les mauvais ne pouvaient remplir ses vues -, mais les frais de transport, qui étaient irès-considérables, le décidèrent à s'en tenir aux relieurs de Paris. Il a, par exemple, dépensé 1,200 francs, outre la reliure, pour la restauration du Boccace (n° 2259 du catalogue), acheté de Payne et Foss de Londres ! Il y a, de plus, certains cachets ou timbres (par exemple, Bibliothèque du Tribunat, Bibliothèque de Richard Simon), qui sont si grossiers et si horriblement laids, que tout amateur de bon goût cherche à les faire disparaître. — Il ressort de là que, même dans les circonstances les plus défavorables, l'enlèvement de ces marques n'entraîne jamais, en général, la moindre cause de suspicion. Toutefois, Libri assure n'avoir jamais fait enlever de ses livres, des cachets de bibliothèques publiques. Beaucoup d'exemples prouvent au contraire qu'il a constamment rendu , avec le plus grand désintéressement, ce qui avait appartenu à ces établissements, quand ces livres lui arrivaient par achat ou échange , et qu'il a mérité la reconnaissance d'un grand nombre de
ces Bibliothèques publiques par des présents considérables qu'il leur a faits.
<( Libri affirme, entre autres choses, et nous n'avons aucun motif pour mettre en doute son affirmation, qu'avant son émigration en France par suite de circonstances politiques, il n'avait reculé devant aucune peine et devant aucuns frais pour se procurer une magnifique collection de livres. 21 pouvait, en France, se livrer sur une plus grande échelle à cette bibliomanie. Avec un traitement fixe de 13. ^OO francs, auquel se joignaient environ 10,000 francs d'autres émoluments que lui rapportait sa collaboration lilléraire au Journal des Savants, à la Revue des Deux- Mondes et au Journal des Débats, jouissant en outre d'un patrimoine encore considérable, el vivant trés-modestement, il pouvait consacrer environ 50,000 francs par an à l'achat de ses livres. Voilà pourquoi il fui en correspondance avec les antiquaires les plus célèbres en France, en Italie, en Angleterre, etc. Aucune vente aux enchères importante de l'intérieur et de l'étranger ne fui négligée par lui. ïl lAcha de se procurer surtout tantôt des manuscrits précieux, tantôt des imprimés rares, et assez souvent il fut favorisé par d'heureuses combinaisons. Page 02 à 71 il raconte, à cet égard, une suite de particularités intéressantes.
«Libri conteste en même temps, avec la plus grande énergie, qu'il ait par pure spéculation pris tant de peine et dépensé tant d'argent pour compléter sa collection de livres et de manuscrits. Sa première intention était de faire présent de toute sa collection à une bibliothèque de .Florence. 11 abandonna cependant celte pensée quand il eut été si maltraité par le gouvernement toscan, et spécialement quand il cul vu que la collection de manuscrits donnée à la bibliothèque Laurenlienne par le dernier rejeton de la famille Redi restait, négligemment empaquetée sur . le plancher, parce qu'on n'avait pas de local pour son exposition. Plus tard Libri désira laisser toute sa collection à la Bibliothèque de Paris , sous la condition qu'elle continuerait de former un loul inséparable. Mais les conservateurs de celte bibliothèque ne se montrèrent pas disposés à accepter conditionnellementun présent si considérable, qui ne pourrait être soumis aux règles administratives de rétablissement. Un essai d'intermédiaire, fait à cet égard parGuizot lui-môrnp, resta sans résultat. Rebuté par ces désagrémenls, gêné par une trop grande
accumulation de livres dans son logement, Libri prit le parti d'en faire vendre une partie aux enchères. Nous avons indiqué plus haut (page 203) que cela eut Heu en 1847.
« Libri réfute, tout aussi victorieusement que les points qui précèdent, toutes les autres accusations de vol des bibliothèques publiques. Nous avons vu que ces accusations se réduisaient à celle qui portait sur l'exemplaire non coupé de l'édition Aldine du Théocrite (Venise, 1495), enlevé à la bibliothèque de Carpentras. Libri prouve à cet égard, par sa correspondance avec l'abbé Laurans, alors bibliothécaire de la ville de Carpentras, qu'il l'a obtenu par suite d'une transaction fortuite. Il donna en échange, outre un exemplaire coupé de la même édition , au moins soixante ouvrages de sciences, d'histoire, de mathématiques, de physique, de chimie et d'agriculture (page 39), d'une valeur de 4 à 500 francs. Une semblable négociation ne s'est jamais vue en Allemagne ; mais il paraît que beaucoup de bibliothécaires français ne se font pas un très-grand scrupule d'échanger ainsi môme des manuscrits contre des ouvrages utiles. Libri cite, page 40, une occasion où un exemplaire imprimé sur parchemin d'un Homère grec a été échangé contre une Biographie universelle de Michaud et quelques autres ouvrages. Le timbre môme de la grande Bibliothèque royale (aujourd'hui Bibliothèque nationale) n'est pas un titre suffisant pour prouver qu'un livre ou un manuscrit appartient de droit à cet établissement. Tout au moins est-il certain que les tribunaux ont repoussé, lors delà vente aux enchères de la bibliothèque Soleinne, cette prétention soulevée par d'autres Bibliothèques de Paris (notamment les bibliothèques Mazarine et Sainte-Geneviève), par la raison que leurs conservateurs ne purent pas prouver que ces livres fussent sortis d'une manière irrégulière de ces établissements. Il est tellement reconnu, à Paris, que le cala- ' logue des bibliothèques publiques ne donne aucun renseignement exact sur l'état présent de ces bibliothèques, et tant de livres provenant de celle source sont répandus de tant de manières différentes dans le public, que personne ne fait difficulté d'acheter un livre frappé du timbre d'une bibliothèque.
« Si l'on- prend l'ensemble des accusations formulées par le procureur du roi français, on ne trouve évidemment aucun de ses soupçons et de ses plaintes suffisamment fondé. Il eût élé à désirer que Libri eût usé de l'influence de sa position pour com-
battre énergiquemcnt les déplorables abus qui se sont introduits dans l'administration des bibliothèques françaises. Nous verrons maintenant si la révélation qu'il a faite de ces scandales ouvrira les yeux au gouvernement français, et si Ton saisira celte occasion d'arrêter des malversations dont les suites sont incalculables.
« Berlin.
« D r K. Brandes,
« Conservateur à la Bibliothèque royale. »
(Extrait du Haniburger litterarische und kritische Blatter *, Feuille littéraire et critique de Hambourg,)
N° 91 , du 29 juillet 1848.
« M. Libki pour la troisième fois. (Voyez notre Feuille littéraire et critique, n 0s 75, 76 et n° 79.)On ne peut trop faire le bien, dit un proverbe allemand, qui n'est pas seulement un proverbe, mais une belle et bonne vérilé; s'agit-il de défendre l'honneur attaqué d'un savant honorable, on peut très-bien invoquer ce proverbe, pour s'excuser de traiter le même thème pour la troisième fois. — Dans la troisième avant-dernière livraison du Bulletin du bibliophile belge, souvent cité dans ce journal, l'éditeur, M. le baron de Reiffenberg, s'exprime ainsi sur la réponse de M. Libri, publiée à Londres et imprimée de nouveau à Paris (chez tous les libraires) : « Le rapport adressé par « M. Boucly, procureur du roi, à M. Hébert, garde des sceaux, « le 4 février 1848, et trouvé le 24 février dans le cabinet de « M. Guizot, a fait beaucoup de bruit dans le public. La Presse « l'a déclaré irréfutable, et la fuite subite de M. Libri en Ance gleterre a fait considérer sa culpabilité comme à peu près « incontestable. Une seule voix peut-être , celle d'un de ses « compalriotes , M. le comte Térence Mamiani (ministre ro- « main), s'éleva en sa faveur } il déclara de la manière la plus « formelle et la plus absolue, dans Y Epoque, journal romain du « 24 avril, que les accusations formulées contre M. Libri « étaient d'indignes calomnies. Maintenant, M. Libri répond « lui-même, et quand nous avons répété l'accusation (dans un (( précédent numéro du Bulletin) nous avons dit en même temps . « que la défense, qui ne néglige aucun chef d'inculpation et ré- « pond au rapport phrase par phrase, nous paraissait avoir « combattu victorieusement tous les faits essentiels, et que tout « le reste était pour nous extrêmement vraisemblable. L'accu- « sation précise-t-elle des faits, M. Libri y répond avec la même
1 M. Hoffmann, savant bibliothécaire à Hambourg, a pris ma défense avec un aèle et une constance dont je ne saurais assez le remercier. Il a fait paraître une traduction, en allemand, de l'article publié par M. De Morgan dans YAthenœum, et il n'a cessé de combattre pour le triomphe de ma cause qui est celle de la vérité et de la justice. Le petit article qu'on va lire donnera une idée de son opinion. Je le cite de préférence, parce que j'y trouve la traduction d'un article de M. de Reiffenberg, dont, comme je l'ai déjà dit (p. 121), je n'ai pas pu voir l'original.
« précision; il est tout naturel qu'il ail repoussé avec moins u d'agilité et de sûreté les traits en l'air décochés contre lui. Nous « ne voulons pas juger le procès qui sera bientôt vidé en dernière u instance ; mais nous ne serions pas étonné que les hostilités pou liliques vinssent y jouer encore un rùle déplorable. Février a « obscurci ou couvert dun voile épais bien d'autres vérités ; le « temps produira sans doute à la lumière du jour la confusion u des malveillants. »
« (On a imprimé quelques lignes de moi dans le supplément du 18 juillet de la Gazette universelle dC slugsbourg , où je traite sous le même aspect celte déplorable affaire. Mais elles ont été complètement défigurées et sont devenues an non-sens, par suite dcTinlercalalion dans le texte, d'une note particulière. Il faut y ajouter aux lignes cinq et six, prises du bas : comme M. le docteur et bibliothécaire Spiker dans la Gazette de Haud et Spener.)
« F. L. Hoffmann. »
Réponse de If. Libri au rapport de M. Boucly.
( Elirait do YAlhenœum », ii° 1074, pag. 527. Londres, £7 mai 1848.)
(c Nos lecteurs n'ont sans doute pas oublié qu'il y a quelques semaines nous les avons priés, tant au nom de la justice duc à tous, que de l'indulgence que pouvait attendre de nous un étranger de distinction, — de suspendre hîur jugement relativement à une accusation très-grave contre M. Libri qui circulait dans la société et dans la presse. Ils savent que peu de temps après les événements de février, le bruit courut que ce membre de l'Institut était parvenu à former une précieuse collection de livres par des moyens déslionnètcs. M. Guizot était accusé d'avoir souffert que des faits si graves restassent sans investigation, bien qu'ils fussent venus à sa connaissance d'une manière officielle. Ces bruits semblaient se confirmer par deux circonstances : — Premièrement, la fuite de M. Libri en Angleterre ; — secondement, la publication, dans le Moniteur universel du 19 mars, du rapport fait à ce sujet à M. Hébert, garde des sceaux, par le procureur du roi, M. Boucly. Ce rapport est daté du 4 février ; de sorte qu'en accordant le temps raisonnable pour le faire, le transmettre à M. Hébert, le faire passer de là entre les mains de M. Guizot, il paraîtrait nécessairement vrai, comme ce dernier l'avance, que le rapport ne lui est parvenu que quelques jours avant la révolution de Février. Le gouvernement provisoire s'empara de ce rapport et le publia immédiatement, enchanté de cette occasion pour faire croire que M. Guizot avait amorti le coup {cushioned) de l'accusation de fraude portée contre son ami et son adhérent. Mais nos lecteurs verront facilement qu'avec l'affaire du banquet qui s'agitait alors, le ministre ne pouvait pas avoir eu le temps, pendant la quinzaine qui précéda la révolution, de s'occuper d'une affaire, fût-elle même aussi
1 J'ai déjà dit (page 44) que M. De Morgan, secrétaire de la Société royale astronomique et professeur à YUniversity collège de Londres, m'avait autorisé à déclarer qu'il était l'auteur des nombreux articles publiés dans VAthenœum pour ma défense. Pour ne pas dépasser les limites que j'ai dû me prescrire, je suis forcé de ne donner qu'un seul de ces articles. Le talent et le savoir de M. De Morgan sont appréciés de tous ceux qui ont lu ses nombreux ouvrages ; mais personne mieux que moi n'est en état d'apprécier la noblesse et l'indépendance de caractère dont il a fait preuve en prenant si franchement la défense d'un homme qu'il n'avait jamais vu.
grave qu'une accusation de vol portée contre un membre de
I Institut.
« 11 était nécessaire de commencer par celle explication, parce que M. Guizot est , en quelque sorte , un témoin cité en faveur de M. Libri. Ce dernier déclare s'être assuré que, dans chaque occasion où ce ministre est nommé à l'appui d'un fait, la mémoire. 1 de M. Guizot s'accorde avec la sienne. De plus, M. Libri nous donne à entendre qu'il n'a pas cessé d'être dans des termes d'amitié reconnue avec M. Guizot, d'où nous devons conclure, comme nous l'avons déjà annoncé, que ce dernier ne croit pas aux accusations. M. Guizot est en Angleterre, et pourrait, s il le voulait, donner son désaveu. M. Libri ayant déclaré qu'il était disposé ;\ montrer les originaux des documents sur lesquels il appuie sa défense, nous avons profilé de celte offre. iNous avons vu toutes les lettres : celles que nous citerons, et toutes celles qui sont publiées dans sa brochure; — aussi bien que les lettres imprimées de MM. Mamiani cl Techener.
II ne peut y avoir le moindre doute sur leur authenticité, comme le verront au premier coup d'œil tous ceux qui les examineront.
« 11 y a trois questions A discuter : — Pourquoi M. Libri a-t-il quitté la France : } — Qu'a-l-on avancé contre lui et sur quels fondements? — Qu'a-l-il à répondre? — La réponse aux deux dernières questions fera juger de ce qu'on doit penser de la première.
« Comme nous ne pouvons pas donner la brochure de M. Libri in twtcnto. et comme l'extrait ou l'abrégé que nous en donnerons devra nécessairement recevoir le cachet de notre opinion sur l'ensemble, nous commencerons par déclarer que, selon nous, M. Libri a mis ses accusateurs dans la nécessité de se défendre eux-mêmes d'une grave accusation. — rien moins que d'avoir saisi avec empressement des conjectures qui ne devraient jamais compter pourquoi que ce soil dans uni 1 procédure judiciaire, et cola dans le but de ruiner l'honneur d'un adversaire politique. Naturellement ils pourront se disculper comme 31. Libri s est disculpé lui-meme ; mais en attendant, il faut qu'ils subissent prima fane les apparences qui sont contre eux, aussi bien qu'il a dû subir celles que leur acte avait jetées sur lai. Et ici. qu'on le remarque, nous ne parlons pas de 31. Boucly : il a pu être dj son devoir de recueillir, pour en donner une infor-
matioo particulière au gouvernement, tout ce qui pouvait éclairer les investigations et montrer la voie qu'il y aurait à suivre. Il a pu agir dans ce que les Français appellent la sphère de ses idées en cas de crime évident. Mais nous nous adressons ici au gouvernement provisoire, qui s'est emparé de ce mémorandum confidentiel pour le convertir en un document public et accrédité. Ce n'est pasM. Boucly chuchotant (whispering) aux oreilles du garde des sceaux les motifs qu'il avait eus pour commencer ses investigations que nous considérons dans cette affaire, mais MM. Aragoet Lamartine proclamant, à la face de l'Europe, la condamnation de leur adversaire politique. Nous allons voir maintenant quelles ont été les insinuations et quelles sont les réponses.
« Le 5 février 1846, le préfet de police transmet à M. Boucly une note rédigée sous ses yeux (par qui ? on ne le dit pas), établissant que M. Libri a vendu un Psautier curieux, qui avait appartenu à la Chartreuse de Grenoble, et que tout le monde était surpris de voir en sa possession. M. Libri en réponse cite l'ouvrage deduSommerardsur une des planches duquel, exécutées avant 1842, ce même Psautier est dit avoir passé de la Chartreuse dans les mains du docteur Commarmont, de Lyon . C'est de ce dernier que M. Libri l'a acheté, et après en avoir fait acquisition, il le fit voir publiquement à l'Académie des inscriptions. Un postscriptum dit que M. Libri avait volé des livres (on ne les nomme pas) à Montpellier : mais M. Boucly dit ensuite que la réponse aux informations qu'il prit à Montpellier, fut qu'il n'y manquait ni livre, ni manuscrit.
« Cette première note était accompagnée d'une note pseudonyme signée H. deBaisne, dans laquelle il était dit que M. Libri avait pris dans les bibliothèques du midi de la France, et particulièrement de Carpen Iras, des livres et des manuscrits pour une valeur de trois à quatre cent mille francs 5 qu'il avait effacé les cachets, fait relier les livres en Italie, puis les avait fait vendre en Angleterre. A une accusation si vague on ne peut répondre que par la dénégation , à moins de faire cette question bien naturelle : Comment a-t-il été possible de voler des livres par charretées? Mais la même note accuse M. Libri d'avoir volé des lettres de Henri IV à la bibliothèque de l'Arsenal. Comme M. Boucly n'ose pas dire qu'il soit notoire que M. Libri ait Jamais possédé ces lettres de Henri IV, M. Libri se contente ici
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de nier simplement le double fait de vol et de possession des objets volés. Toutefois il produit une note de M. Varin, conservateur de la bibliothèque de l'Arsenal, prouvant qu'il le pressai! d'accepter, non comme un présent, mais en manière de restitution , des livres qu'il avait trouvés avec le timbre de cet établissement, et que le bibliothécaire de l'Arsenal refusa cette restitution en disant qu'il ne pouvait être certain que ces livres eussent été perdus ou volés, mais qu'il offrait cependant de les recevoir avec reconnaissance et comme pur don. Après cette lettre de M. Varin, nous sommes fondés à croire M. Libri quand il dit qu'il a fréquemment rendu à des bibliothèques publiques des livres portant la marque de ces établissements et qu'il avait trouvés dans ses recherches. Il faut ajouter à cela que le bibliothécaire de Carpentras ne lit pas de réponse à l'enquête de M. Boucly, et que de Grenoble il fut donné pour réponse que tous les Psautiers appartenant à la bibliothèque s'y trouvaient encore.
« Une lettre anonyme, du 13 juillet 1847, accuse M. Libri d'avoir volé les bibliothèques Ma za ri ne et de l'Arsenal, et plusieurs autres dans le midi de la France. Il est arrivé, au contraire, que le Journal des Débats du 9 mai contient un long et élogieux article sur le présent d'une grande valeur, fait par M. Libri à la bibliothèque Mazarine, de l'exemplaire d'un ouvrage qui avait été perdu ou volé dans cet établissement. Il faut que M. Libri soit un singulier homme s'il vole par amour du lucre et s'il consacre le produit de ses vols à réparer les méfaits commis par les autres. Nous accordons quelque importance à ces lettres anonymes, parce que M. Libri le fait lui-même. Mais que penserions-nous en Angleterre d'un magistrat basant gravement une enquête sur de semblables choses? Si nos lecteurs veulent se référer à nos numéros 866, 876 et 923, ils verront que le vol dans les bibliothèques publiques n'est pas inconnu en France , et que le gouvernement a essayé de mettre les mains sur des livres volés après qu'ils avaient passé dans des mains honnêtes par des moyens réguliers.
« Le procureur du roi commence alors son propre rapport en rappelant que le gouvernement avait employé M. Libri à visiter les bibliothèques du midi de la France. Dans notre pays on ne donnerait certainement pas cela comme preuve qu'il les a volées; mais M. Libri, dans sa réponse, rend compte de la formation
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de la Commission dont il était membre, du plan qu'elle avait adopté, et de la manière dont, en conséquence de ce plan, différents manuscrits lui furentenvoyésà lui et à d'autres, à Paris, pour être examinés. Comme il termine en citant un reçu, signé Félix Ravaisson,dc vingt-neuf livres et manuscrits qu'il lui a rendus en donnant la démission de son emploi, nos lecteurs croiront sans doute que celte restitution a eu lieu sans en conclure qu'il y en avait d'autres qu'il a gardés. Le procureur du roi continue en disant qu'il a fait des enquêtes près des conservateurs de quelques bibliothèques du Midi. D'abord à Poitiers, certains livres ont été perdus, mais on ne dit pasd quelle époque. M. Libri rend compte de différents vols qu'il a reconnus et poursuivis : car il semble croire nécessaire (et cela doit à peine nous étonner dans les circonstances de l'accusation) d'établir par des exemples absolus, que des livres ayant été volés, il est possible qu'ils l'aient été par d'autres que par lui. Il commence par dire qu'il n'a été que deux fois à Poitiers, et chaque fois quelques heures seulement : que la première fois le bibliothécaire ne Ta pas quitté, et que la seconde fois il était accompagné par le comte Mamiani, maintenant premier ministre à Rome. Ce dernier, quoiqu'un peu séparé de M. Libri par des divergences politiques, a pris sa défense dans les journaux italiens en entendant parler de l'accusation dirigée contre lui. Secondement, à Albi quelques manuscrits ont été prêtés par le dernier bibliothécaire-, mais le bibliothécaire actuel ignore si ces manuscrits se trouvent ou non entre les mains de quelques amis de son prédécesseur. On dit que cinq ouvrages ont disparu de la bibliothèque de Troyes. M. Libri, avec le consentement du maire, a emprunté cinq ouvrages de celte bibliothèque, à la condition qu'il les garderait jusqu'à ce que le bibliothécaire, qui devait venir à Paris, vint les lui réclamer. Cette convention fut oubliée par le bibliothécaire. Quatre ans après, M. Libri reçut une lettre du bibliothécaire redemandant les livres et attribuant leur non-restitution à leur faute commune. A cette expression M. Libri a répondu par une remontrance sévère, ela renvoyé les livres. La réponse du bibliothécaire, imprimée tout au long, contient le reçu des livres et des excuses.
« A Carpentras, M. Libri avait été accusé d'avoir pris un Théocrite antique et devoir donné en échange un exemplaire inférieur. Il certifie que l'échange avait été régulier : et il imprime
en enlier une lettre de M. Laurans, le bibliothécaire, qui confirme cette assertion. L'exemplaire qu'il a reçu était en effet le meilleur des deux ; mais il avait donné à la bibliothèque pour 4 à 500 francs d'ouvrages en retour de son exemplaire inférieur. Gel exemplaire est désigné, dans le catalogue de vente de M. Libri, dressé sous sa propre direction, comme relié en par» chemin et non rogné. Et c'est par cette description, fournie par M. Libri lui-même, que l'exemplaire de Carpentras avait été reconnu comme étant en sa possession. Ceux qui ont dit que M. Libri était un voleur n'ont jamais prétendu qu'il fût un sot; ce qu'il eût dû être certainement, si, en supposant que l'exemplaire eût été volé, il avait divulgué ainsi lui-même son propre crime. Mais que pourrions-nous dire à ceux qui ne voudraient voir, tout bien considéré, aucune présomption d'innocence dans la conduite de M. Libri que nous venons d'exposer? De plus, un livre intitulé // Cortigiano di CastiglUme manquait à Carpentras, et un exemplaire du même livre fut vendu dans la vente aux enchères de M. Libri. C'est un livre qui se vend ordinairement 20 francs, et l'exemplaire de Carpentras n'a aucune description particulière qui indique qu'il fût autre qu'un exemplaire ordinaire. Mais celui de M. Libri était un Grolier^ dont la reliure antique que ce nom seul promet aux bibliomanes était si belle et si rare qu'il fut vendu 519 francs. Le catalogue de Carpentras ne dit pas un mot de la reliure antique de son exemplaire. M. Libri rend un compte détaillé de la manière dont il l'a acquis, et il fait imprimer tout au long une lettre du libraire Merlin, qui le lui a vendu.
« Nous devons mentionner ici que le procureur du roi s'en réfère souvent au témoignage des libraires Techener père et fils. Pour répondre à cela, M. Libri reproduit une lettre écrite par M. Techener père dans la Presse du 2 avril 1848, dans laquelle il déclare que son fils, quoique cité, n'a été ni appelé ni interrogé, et que quant à lui il avait déclaré au procureur du roi qu'il ne savait absolument rien de celte affaire.
(( La dernière accusation estfondée sur le ouï-dire d'un Français, que M. Libri aurait volé des livres à Florence et à Milan. On lui repr.oche ensuite qu'une insinuation semblable a paru dans le National. M. Libri publie une lettre justificative du rédacteur. On lui reproche encore que le Courrier français et la Bibliothèque de l'Ecole des Chartes ont fait de semblables insinuations,
et ainsi de suite. Enfin on établit que M. Libri a vendu pour 8,000 livres sterling de manuscrits à un libraire de Londres, etc., etc. Mais nos lecteurs doivent être aussi ennuyés que nous d'une si pitoyable machination tendant à faire souiller par le pouvoir le caractère et la réputation d'un homme éminent.
« M. Libri donne un compte détaillé de ses moyens pécuniaires, et des voies par lesquelles il était arrivé à réunir sa bibliothèque, produit d'un travail de trente ans. Avec 23,000 francs d'appointements qu'il recevait du gouvernement ou qu'il se procurait par ses travaux, les sommes qu'il recevait de sa mère en Italie, et la modestie de son train de maison, il a pu, dit-il, dépenser 20,000 francs par an pour ses livres. Quoique plus connu comme mathématicien que comme bibliophile, il a été adonné toute sa vie à la bibliographie. Quelque importante et de quelque valeur que fût sa collection, il ne l'en offrit pas moins à la Bibliothèque royale de Paris, livres cl manuscrits sans exception, avec une seule condition à ce présent, c'est qu'elle formerait une collection unique et ne pourrait jamais être divisée. Celle condition fut refusée. M. Guizot se rappelle cette offre, et la mention qu'il en fit à celte époque.
« Maintenant vient la question : Pourquoi M. Libri a-t-il quitté Paris?
« Nous croyons que nos lecteurs accepteront comme réponse suffisante , qu'il eût été vraiment fou s'il était resté dans un pays où le rapport qui précède a pu servir de base à une enquête judiciaire. M. Libri, cependant, croit devoir en donner une raison plus particulière.
a II avait été rédacteur du Journal des Débats et il était connu comme tin des partisans de la politique de Guizot. Il déclare que, six mois avant la révolution , les journaux républicains l'avaient désigné à la vengeance de leur parti. — Et ceci est un fait que l'on peut facilement vérifier. Quand le mouvement eut lieu, ses amis particuliers lui conseillaient de se cacher, — ce qu'il fit pendant quelques jours. — Il alla ensuite à une réunion de l'Institut, où il ne se passa rien de particulier quanta lui, jusqu'à la fin ; — alors quelqu'un lui glissa un petit billet dans la main. Ce billet l'informait qu'une pièce épouvantable contre lui était entre les mains du ministère, et se terminait, autant qu'il peut se le rappeler, par ces mots : « Epargnez au peuple français un de ces actes de vindicte populaire qui repu*
gnent au caractère de notre nation. Ne venez plue à VInttiiuL; disparaissez! » Tous les amis de M. Libri lui donnèrent (ont naturellement le môme conseil ; — et c'est ce qui détermina son départ.
« Le lecteur verra que la défense de INI. Libri ne repose pas seulement sur ses propres assertions ; — mais nous devons le reconnaître, c'est notre devoir de lui dire en môme temps que tout ce qu'il a écrit porte véritablement le cachet de la franchise et delà vérité. Si, chassé comme il Ta été de sa patrie adoptive, il s'était présenté devant nous, souslecoupdu document extraordinaire publié par le gouvernement provisoire, nous eussions dit que toutes les présomptions étaient en sa faveur; nous dirons plus aujourd'hui. Nous avons lu ce document, en le désapprouvant beaucoup, avant la réponse de M. Libri ; l'impression qu'il nous avait faite, c'est que personne ne pouvait être mis en jugement sur une semblable pièce. Ayant à cœur de nous dépouiller autant que possible de notre penchant en faveur de M. Libri, sentiment qui nous a été inspiré par ses accusateurs eux-mêmes, nous avons exprimé au commencement de cet article notre opinion sur sa défense. II nous reste maintenant à examiner ce que ses accusateurs sont capables de dire pour eux-mêmes ; car nous sentons que ce sont eux qui sont cités maintenant à la barre de l'opinion publique, el non pas l'objet de leur malveillance.
« M. Libri dit formellement qu'il n'eût pas osé rester en France depuis que M. Arago, qui a été constamment et pendant douze ans son adversaire à l'Institut, était arrivé au pouvoir. Si le gouvernement provisoire avait, en cette affaire, tenu la balance de la justice ou seulement celle de la non-intervention, nous eussions pu croire que M. Libri avait jugé trop sévèrement son adversaire. Les hommes de science n'ignorent pas que M. Arago est un homme d'un tempérament ardent et avide de pouvoir. — 11 est quelque chose de plus que cela, un chaleureux ami et un rude ennemi. Cependant il passe pour un homme d'un esprit généreux. Maintenant il ne peut plus soutenir celte réputation que par ce qu'il dira pour appuyer ou pour réparer le mal qu'il y a tout lieu de croire qu'il a fait. Il était tout à fait dans son caractère, plus encore que dans celui de M. Libri, de former un jugement précipité sur ses adversaires politiques ou scientifiques. Lorsque la réclamation d'Adams fut d'abord opposée à celle de Leverrier, et que M. Arago se trouvait dans un état de colère
*ême, répandant toutes sortes d'imputations, M. Libri fut le libre de l'Institut qui rappela ses collègues au calme et à la itesse, plus capables de maintenir les droits nationaux que déclamations frénétiques. M. Arago peut-il commencer à se duire comme il n'est pas douteux que ïVi. Libri l'eût fait envers ians de semblables circonstances? Nous voulons l'espérer. »
(A De Morgan.)
Je n'oublierai jamais que pendant qu'en France le gouvernement provisoire me calomniait officiellement dans le Moniteur, et que des misérables affirmaient que j'avais quitté l'Italie après y avoir été condamné pour vol à deux ans de prison \ les hommes que l'Italie avait chargés de ses destinées , des hommes d'un nom européen , n'ont pas hésité à prendre spontanément ma défense avant même que j'eusse publié ma justiGcation. Le comte Mamiani, chargé deux fois depuis un an de diriger la politique du gouvernement romain, et M. Guerrazzi , successivement ministre de l'intérieur et membre du gouvernement provisoire en Toscane, ont été les premiers à faire entendre au public leur voix en ma faveur. Bien que nous fussions des adversaires politiques , bien que M. Guerrazzi déclarât même franchement qu'il était loin d'avoir de l'amitié pour moi (noi non gli siamo amici), ils n'hésitèrent pas un instant, ni l'un ni l'autre, à faire paraître une déclaration formelle à mon égard. Ces deux déclarations ont paru ensemble dans VEpoca, journal de Rome, du 24 avril 1848. Voici ce que disait M. Mamiani :
« Je déclare queje suis l'ami de Libri, et plein de reconnaissance pour les preuves nombreuses et cordiales d'amitié et d'estime particulière qu'il m'a toujours données. C'est pour cela que je sais gré à M. Guerrazzi des paroles qu'on vient de lire et qu'il a bien voulu rendre publiques , dans l'intérêt de la justice et de l'honneur de l'Italie. L'accusation de vol dirigée contre Libri est si vile et si calomnieuse que je ne la croyais pas digne d'être réfutée. Toutefois j'ai appris avec beaucoup de plaisir que Libri prépare en Angleterre une défense, non pour réhabiliter sa probité, mais pour confondre ses ennemis, dont quelques-uns ont bassement profilé de leur élévation subite et insolente pour l'outrager et le frapper par derrière.
a Terenzio Mamiani. »
Dès que ma Réponse au rapport de M. Boucly fut arrivée à Rome, le comte Mamiani , qui était alors ministre de l'intérieur, s'empressa de la faire annoncer au public dans un article qui n'était pas signé, mais dont, comme on va le voir, il a assumé la responsabilité, et qui parut dans VEpoca du 28 juin. Le voici :
((Nous sommes enchante que le professeur Guillaume Libri, faussement accusé, ait élevé la voix pour défendre son honneur et se laver d'une tache honteuse. L'évidence des preuves qu'il
« Voyez pag. 179, 183, etc.
donne pour établir la légitimité de l'origine de chaque autographe et de chaque volume de sa bibliothèque, met complètement en plein jour l'artifice de la calomnie au moyen de laquelle on avait tâché de ternir la réputation de l'illustre Italien. Nous avons fait abstraction de toute opinion politique pour repousser une vile et lâche accusation.
« Notre devoir est de respecter l'homme qui diffère consciencieusement de notre opinion, et nous ne devons pas chercher le moyen de profiter de notre élévation pour dénigrer un nom glorieux, et pour le couvrir d'opprobre, ou le charger de la réprobation des coupables.
« Le rapport de M. Boucly, fondé sur des bases incertaines et des dénonciations couvertes de l'anonyme, croule de toutes parts en présence de la réponse du professeur Libri, qui est appuyée de documents exubérants, et du témoignage de personnes respectables, et qu'il est impossible de récuser. L'ignoble accusation de vol n'avait pas besoin de justification de la part d'un homme de mœurs irréprochables ; mais nous sommes reconnaissant envers Libri, de ce qu'en exposant ses droits, et en confondant ses puissants ennemis, il a su défendre en même temps que son honneur, l'honneur du nom italien. »
Voici en quels termes, dans une lettre qui est entre mes mains, M. Mamiani, écrivant à ma mère, assumait la responsabilité de cet article :
« Roma, li 26 digiugno 1848.
Alla nobil Donna la signora Rosa Libri, a Firenze.
« Preg ma Signora,
<( Credo che domani slesso VEpoca renderà conto dell' opuscolo del suo figliuolo e mio caro amico Guglielmo. Mi duole che sian passait più giorni, contra al mio desiderio e non ostante le mie premure. Ma i giornalisli, Ella sa, soffrono tutti del maie del reslio. Quanlo alla risposta al rapporte di M. Boucly, io l'ô per trionfante e compiuta in ogni sua parle; del che per allro non 6 mai polulo dubitare. Ma lodo il Libri d'averla falla, se non allro per consolazione degli amici suoi e di lei carissima signora. Rispetto poi al caso che Ella vuol fare di quelle mie poche parole slampate neWEpoca, Ella mi concédera che il mio silenzio sarebbe slato sleale ç il
parlare è stato mio pieno e streltissimo debito. Ciô non pef lanto son lielo d'averlc piaciuto c la ringrazio senxa fine delta soddisfazione che me ne dimostra. Scrivendo al figliaolo mi ricordi a lui con grandissimo affelto e lo preghi a non miscemare dramma deir antica benevolenza.
(( Ella mi comandi e creda con ver i ta.
«Terenzio M ami a ni. »