‹ Lettre à M. de Falloux, ministre de l'instruction publique et des cultesChapitre 5 sur 65 · C H ET AISE · texte numérisé non relu

C H ET AISE

« P. S. Cette lettre terminée, je sors, et au premier étalage je trouve, enpré- « sencede trois personnes, le tome III des Controverses de Bonaventure, avec « le timbre de la grande Bibliothèque de Toulouse; je vous le remets. »

1 Lisez, pages 11G-11S, la lettre de M. Molini, ancien bibliothécaire du grand-duc de Toscane.

s'appliquer à des volumes précieux, à des livres provenant du cabinet de Grolier 1 .

Je veux aujourd'hui me borner aux faits généraux, et ne parler que de choses connues publiquement, réservant pour une autre occasion les informations particulières que j'ai reçues; car je ne cherche qu'à me défendre, et j'éviterai le scandale autant que cela me sera possible. Ce n'est pour- ■ tant pas commettre une indiscrétion que de rappeler ce pro- : ces célèbre qui eut lieu, il y a trois ans ? à propos d'une quittance autographe de Molière que la Bibliothèque royale réclamait, et qu'elle n'obtint qu'après deux jugements opposés, le premier l'ayant déboutée de sa demande. Contrairement à l'arrêté du tribunal de première instance, la Cour royale décida que cette pièce, ayant appartenu à l'Etat, ne pouvait pas devenir la propriété d'un particulier. Mais l'administration de la Bibliothèque royale ne songea nullement à intenter un procès criminel. Il aurait été difficile qu'il en fût autrement ; car pendant que le gouvernement reconnaissait dans le journal officiel que des soustractions, des actes illégitimes, avaient été commis, mais que ces actes ne porkntfas atteinte à la bonne foi des détenteurs, il fut amplement démontré , par des déclarations émanées de différentes personnes très-connues et très-haut placées, que la Bibliothèque royale avait vendu un très-grand nombre de pièces autographes du plus grand prix, sans qu'il restât aucune trace de ces ventes \

• Voyez, page 85, la lettre de M. Panizzi, conservateur au département des '■ imprimés au British Muséum, dans laquelle, en mentionnant le volume de Grofier auquel je fais allusion ici , il parle des énormes soustractions qui ont eu lieu à la Bibliothèque nationale de Paris, et généralement dans les collections publi- > fus de la France. C'est là un fait public et reconnu. Lisez aussi, page 91, i h déclaration de M. Holmes , premier adjoint au département des manuscrits ,. dans le même établissement. (Voyez aussi aux pages 46, 55, etc. ) ■■- * On lit Ce qui suit dans le Moniteur universel du 28 juillet 1845 :

t Parmi les observations qui ont été portées à la tribune au sujet de la Biblio- . « thèque du Roi, il est une assertion qui ne peut pas rester sans réponse, parce ' t qu'aie compromet des intérêts soumis en ce moment à la décision de la jus- '■'' « ttee. Il n'eut pas possible qu'un autographe de Molière ait disparu par l'effet

Je ne nommerai pas aujourd'hui les amateurs de Paris qui possèdent ostensiblement des volumes précieux, des autographes de grande valeur, provenant de certaines collections , de certains fonds de la bibliothèque nationale, que, dans des lettres qui sont entre mes mains , on m'affirme avoir été mis littéralement au pillage. Plusieurs de ces autographes, dont le fac-similé a été publié il y a peu d'an- i nées dans V Isographie , sont indiqués dans cet ouvrage À comme existant dans cette Bibliothèque au moment de la -j publication, et ils ont passé nombre de fois dans des ventes ! publiques sans motiver aucune réclamation de la part de ' l'administration. Si fou veut bien consulter les ouvrages ; publiés par divers savants étrangers qui, depuis quelque temps , ont travaillé à la Bibliothèque nationale, on y rencontrera des indications 1 nombreuses de pièces qui sont por-

« d'une mesure ordonnée par le ministre de l'intérieur en 1823, et qu'il ait été f vendu avec de vieux papiers.

« l^e ministre de l'intérieur, par décision du 20 janvier 1825, autorisa l'admi- < nistration de la Bibliothèque royale à vendre, après examen, des parchemins « jugés sans valeur. Le triage fut fait par des personnes dont le savoir et la * « probité sont au-dessus de toute contestation , et la signature de Molière ne «r fut pas confondue avec les écritures jetées au reluit. Ou mit à part avec soin « quatre pièces qui portaient cette signature, et de ce nombre est celle dont « M. Lherbette a parlé, et que des hommes de lettres ont vue et copiée à la Bi- « bliothèque royale.

« Cet établissement n'a pu en être dépossédé que par un acte illégitime qui, « sans porter atteinte à la bonne foi des détenteurs, doit au moins vicier li-pos- « session dans son origine.

ce L'administration ne cessera pas de poursuivre la revendication du droit de « la Bibliothèque royale jusqu'à la dernière limite des voies de justice Le droit « de propriété de l'Etat est engagé, et les débats ne peuvent que mettre dans « tout leur jour la sollicitude vigilante et éclairée qui , alors comme aujour- « d'hui, présidait dans l'administration de la Bibliothèque à la gestion des inte- « rets de ce grand dépôt national. »

Cette assertion du Moniteur , à propos d'une pièce qui avait appartenu à M. Campenon, de l'Académie française, et qui a passé par différentes mains sans avoir jamais été cependant en ma possession, a été contredite par des hommes bien connus, par M. Fossé d'Arcosse, conseiller à la Cour dçs comptes; par M. le condi' d'ilauterive, sous-directeur au ministère des affaires étrangères; par M. Feuillet de Conches, égalemeiitsous-directeur au même ministère. Gomme on le verra plus loin (pag. 237-202», ces collecteurs distingués ont déclaré que la Bibliothèque royale avait vendu , à l'époque indiquée (1823) , une multitude ■ d'autographes précieux. Le Moniteur, qui n'a pas répondu aux déclarations formelles de MM. Fossé d'Arcosse, d'ilauterive et Feuillet de Conches, a cependant ■ reconnu que des soustractions mystérieuses avaient eu lieu , et qu'on pouvait posséder de bonne foi des objets provenant de la Bibliothèque royalo. C'est. la l'important.

1 Je n'en citerai qu'un seul exemple. Dans un savant ouvrage, intitulé : Documenti di storUi italiana, qui parut à Florence en 1856, M. Molini , qui avait

tées au catalogue, et qui ont été arrachées des volumes reliés où elles devaient se trouver. Plusieurs des manuscrits les plus précieux, les plus célèbres de cette Bibliothèque, ont été ainsi mutilés à différentes époques, et Ton comprendra que, comme ce n'est que par hasard et à l'occasion de quelque travail spécial que Ton a pu constater ces mutilations, le nombre de celles qui ont été reconnues ne peut être que très-faible relativement à celles qui ont dû rester ignorées , et que Ton ne pourrait découvrir que par un examen détaillé de chaque volume. Je me bornerai à donner le résultat de quelques renseignements recueillis m British Muséum. Les savants conservateurs de la Bibliothèque nationale de Paris n'ignorent sans doute pas que treize feuillets arrachés au célèbre manuscrit qu'on appelle communément la Bible de Charles le Chauve , et qui par l'ancienneté comme par les riches ornements dont il est décoré, fait l'admiration de tous les savants, de tous les amateurs de l'Europe, ont été vendus à Londres et se trouvent au Briiish Muséum ' . Depuis le siècle dernier, la disparition de ces treize feuillets a été signalée au public et n'est un secret pour personne. Ce qui est moins connu peutêtre, c'est qu'il se trouve également au Briiish Muséum plusieurs volumes formés de fragments sortis principalement 4e France, et arrachés aux plus beaux et aux plus précieux manuscrits. On a enlevé deux feuillets par-ci , quatre feuillets par-là, et on les a apportés en Angleterre. Des miniatures précieuses, des fragments d'auteurs classiques du

examiné dans un but tout spécial quelques volumes de la collection Béthune, placée à la Bibliothèque nationale, fait remarquer que dans lo volume 8505 de ce fonds Béthune, le catalogue porte l'indication d'une lettre de Clément VII à François I er , qui devait se trouver au feuillet 52, et qui avait été enlevée. Au volume 8544 de cette même collection, il a signalé un autre feuillet qui avait disparu fvoyez Molini, Document i, toin. 1, page xxv et xxxu). C'est en 1851 que M. Molini irait constaté ces pertes. Tous les éditeurs qui ont travaillé à la Bibliothèque nationale auraient pu signaler de semblables lacunes; mais tous n'avaient pas h scrupuleuse exactitude de M. Molini. (Voy. plus loin, pag. 116, 520, etc.) i C'est dans le volume 7551, Plut, xlvi, H. de la collection Harléyenne, que se lofant oe» treize feuillets.

neuvième et du dixième siècle, des autographes de grand prix, etc., etc., tout cela est sorti des bibliothèques du continent, et malheureusement (les renseignements qu'on m'a transmis de Paris ne laissent aucun doute sur ce point) l'ancienne Bibliothèque royale n'a pas peu contribué à la formation de ces recueils qui existent au British Muséum depuis un grand nombre d'années.

On se tromperait, Monsieur le Ministre, si des faits que je viens de citer et d'autres faits semblables que je pourrais signaler, on voulait inférer que le British Muséum est un établissement qui ne vit et ne grandit qu'aux dépens des établissements du continent. Londres est un immense marché sur lequel, de tous les points de l'Europe, affluent des objets rares et précieux. Mais le British Muséum n'achète que de personnes connues et dont la probité lui est démontrée ; et comme dans cet établissement les acquisitions se font sur la proposition des divers conservateurs et d'après l'approbation d'une Commission de Trustées qui, par leur rang, par leur fortune, parleurs lumières, sont les hommes les plus haut placés de l'Angleterre, on doit être assuré que toute proposition d'achat qui pourrait donner lieu au moindre soupçon serait immédiatement repoussée. Mais, d'un côté, il est bien difficile de reconnaître si des fragments ou des autographes qui ne portent aucune estampille et qui, depuis longtemps, circulent publiquement dans le commerce sans avoir donné lieu à aucune réclamation, sont sortis d'une façon illégitime d'un établissement qui ne s'est pas aperçu de leur disparition; et, d'autre part, le British Muséum, par suite de legs ou de donations, reçoit fréquemment des collections entières dans lesquelles peuvent se trouver de ces objets qu'il n'a pas le droit de refuser. Des livres et des manuscrits, sortis d'autres bibliothèques d'une manière plus ou moins régulière, plus ou moins légitime, se rencontrent en France aussi dans les plus grands établis-

sements publics. Ainsi, lorsqu'à la vente de la grande collection des manuscrits de Richard Heber la Bibliothèque royale acheta le fameux Cancionero de Baena, elle savait parfaitement que ce volume avait été dérobé en Espagne à la bibliothèque de l'Escurial ; car cette provenance était indiquée 1 dans le catalogue imprimé de la vente. Bien qu'il soit de notoriété publique que ce volume a été dérobé, l'administration de la Bibliothèque nationale répondrait probablement à toutes les réclamations qui pourraient arriver de Madrid, qu'elle a acheté et payé ce volume et qu'elle se considère comme légitime propriétaire. Or, à moins qu'on ne veuille confirmer en propres termes la fameuse sentence : vérité au delà des Pyrénées, erreur en deçà, il faut reconnaître que, d'après l'exemple de la Bibliothèque nationale, on pourrait se croire légitime possesseur d'objets que Ton saurait avoir été dérobés à des bibliothèques publiques de la France. Si l'on voulait prendre exemple sur ce qui s'est fait à la Bibliothèque nationale, on arriverait même à des conclusions bien plus larges. On sait, en effet, que cette Bibliothèque possède un grand nombre d'ouvrages dont elle ne saurait légalement justifier l'origine. Ce sont, en général, des volumes du plus grand prix, que les armées victorieuses de la République et de l'Empire avaient enlevés aux bibliothèques des pays conquis, et qu'à la paix on s'obligea, par des traités, à restituer à ceux auxquels ils appartenaient primitivement. Personne n'ignore qu'à la Restauration, certains conservateurs, mus par le plus fervent patriotisme, se sont empressés de cacher des volumes qu'on s'était engagé à rendre, et que parfois ils ont donné des exemplaires défec-

1 Voyez plus loin, page 315. La belle bibliothèque de l'Ecole de Médecine de Montpellier se trouve dans le même cas. Elle possède un nombre considérable de 'manuscrits précieux, parmi lesquels se comptent des écrits autographes du Tasse, qui, au moment de l'occupation de Rome par les armées de la République française, furent dérobés à la bibliothèque Albani. Les réclamations réitérées qui sont arrivées de Rome à ce sujet sont toujours restées sans résultat. La bibliothèque de Montpellier avait acheté et payé, et Von n'a écouté aucune réclamation.

tueux ou moins recommand'ables à la place de ceux qu'on réclamait ! . Ces conservateurs, dont le nom est bien connu, mais qui ont cessé d'exister, se sont glorifiés à plusieurs reprises et publiquement de ce qu'ils avaient fait. Il en est résulté que la Bibliothèque nationale s'est trouvée enrichie dd quelques volumes précieux, mais qu'elle ne peut guère en profiter, car plusieurs de ces volumes restent dans l'ombre, ou ne se montrent qu'avec de grandes précautions. Il y a quelques années, qu'au second étage du département des manuscrits de ce grand établissement, on a montré, à une personne que je pourrais nommer, des manuscrits précieux qu'on disait provenir de certaines bibliothèques de la Belgique et qu'on cachait à tous les regards, de crainte, disait-on, qu'ils ne fussent réclamés par le gouvernement belge. C'est seulement pour le plaisir de l'argumentation que je cite ces faits, car, pour ma part, je n'ai jamais cru pouvoir garder un volume sur l'origine duquel je pusse conserver le moindre soupçon, et j'ai toujours voulu que, chez moi, tout se passât au grand jour*.

Si j'avais à ma disposition mes livres, mes catalogues et les notes que j'ai laissées à Paris et qui ont été saisies , je pourrais vous fournir, Monsieur le Ministre, une liste aussi nombreuse qu'intéressante des volumes et des divers objets sortis de la Bibliothèque nationale ou d'autres établissements publics, et qui ont été livrés aux enchères depuis vingt ans. Mais en attendant que je puisse compléter des

1 Dans une lettre qui m'a été adressée d'Italie, on me signale un de ces volumes restés, pour un motif ou pour un autre, à la Bibliothèque Nationale. C'est un ancien recueil manuscrit de poésies des troubadours, volume précieux qui avait appartenu successivement à Pétrarque et au cardinal Bembo, et qui, à la Restauration, n'est pas retourné au Vatican, d'oii il était sorti. Des Espagnols instruits m'ont assuré qu'il était resté à Paris une partie des archives de Simancas, et il y a peu d'années que de savants bibliographes de Milan se sont plaints à mol que les manuscrits de Léonard de Vinci, qui se trouvent à la bibliothèque de l'Institut, n'eussent pas été restitués à la Bibliothèque Ambroisienne. On peut se rappeler d'avoir lu, il y a quelques années, dans les journaux des plaintes très-vives de la ville de Paris qui réclamait tous les manuscrits déposés à l'Institut.

a Voyez précédemment, pag. 34, et pag. 91.

renseignements qu'on ne peut se procurer qu'avec beaucoup de peine et de temps, je me bornerai à vous signaler un petit nombre de faits qui démontrent de plus en plus que dans toute collection un peu nombreuse de livres, de manuscrits ou d'objets d'art quelconques, se trouvent des objets sortis des établissements publics de la France.

Je lis dans V Alliance des Arts *, recueil périodique trèsestimé, qui était consacré en grande partie à la bibliographie, qu'à la mort de M. Auger, membre de l'Institut , on trouva chez lui plus de trois cents volumes provenant de la Bibliothèque royale, et qui furent réintégrés dans cet établissement. Je lis dans le même journal que pareille chose arriva après la mort de M. le comte Daru, ancien ministre de l'empereur Napoléon et membre également de l'Institut. D'autres volumes, provenant delà Bibliothèque royale, ont été trouvés parmi les livres de M. Boulard et de M. de Soleinne, bibliophiles bien connus 2 . A la vente de la collection théâtrale de

1 Voyez plus loin, pag. 271-272.

* Voici les curieux renseignements que je trouve dans une lettre que M. P. Lacroix m'a tait l'honneur de m ; adresser le 15 janvier dernier :

« Mon cher Monsieur, « Je vous ai promis de vous communiquer plusieurs pièces relatives à des res- € titutions de livres et de dessins que j'ai eu le bonheur de faire opérer au prolit « des établissements publics de Paris, lorsque j'étais chargé d'une partie de la « direction de V Alliance des Arts; mais il m'est impossible de rechercher mainc tenant ces pièces dans mes papiers; contentez-vous de deux faits qui sont « présents à ma mémoire, et dont seraient garants, au besoin, M. baudet, direc- • teur de la Bibliothèque nationale, et M. de Cailleux , ex-directeur des Musées t royaux. En rédigeant le catalogue de la Bibliothèque dramatique de feu M. de t Soleinne, j'ai trouve dans cette bibliothèque un bel exemplaire de la Hodot montade, tragédie et autres œuvres de Charles Bauter dit Méliglossc (Paris , « Eve, 1605, in-8°), portant l'estampille rouge de la Bibliothèque royale : je a me suis empressé de le faire remettre à M. Naudet, qui m'en accusa réception. « En examinant les dessins rassemblés par feu M. Villenave (dont un grand t nombre provenaient de l'ancienne collection de Versailles , réunie depuis à t celle du Louvre), j'ai trouvé un fort beau dessin du Guaspre, je crois, portant f la marque du Musée impérial (M. I.) : je l'ai envoyé sur-le-champ à M. de c Gailleux, qui m'en accusa réception. Plus d'une fois, dans les ventes publi- « ques, j'ai eu occasion de signaler des volumes comme appartenant aux bibliot thèques publiques. Je me souviens d'un exemplaire du .loinville, édition de ç Dueange, reliure en maroquin rouge, au timbre de la Bibliothèque du Roi, lec quel exemplaire était parmi les livres du respectable M. Boulard, et avait été c décrit dans le catalogue par l'honnête et savant libraire Bleuet. C'est moi qui t m'opposai à la vente de ce volume, et qui le fis restituer à La Bibliothèque dont 1 11 était sorti depuis cent ans peut-être. Je ne finirais pas si je voulais consicgner ici tous les faits analogues. Au reste, les voleurs de livres se donnent

M. de Soleinne, il fut mis en vente plusieurs volumes d'un grand prix, sortant des diverses bibliothèques de Paris, sans qu'aucune action en revendication fût dirigée contre les héritiers... Je me trompe : à propos d'un rare volume (les OEuvres de Roger de Collerye, 1536, in-8°), vendu 220 fr. et qui portait l'estampille de la bibliothèque Mazarine , les conservateurs de cette bibliothèque firent des sommations par huissier, qui n'eurent aucun résultat 4 . Je lis dans le Manuel de M. Brunet 2 qu'un autre volume d'une grande rareté (appelé communément Y An des sept Dames), qui avait été volé deux fois de suite à la bibliothèque Sainte- Geneviève, figurait également à la vente Soleinne. Il fut racheté par le gouvernement, qui, pour le ravoir, dut débourser 350 francs. Une gravure d'Albert Durer, désignée sous le nom du Petit cheval, et qui avait été enlevée au Cabinet des estampes de la Bibliothèque royale, fut mise aux enchères à la vente des estampes de M. de Magnoncour, amateur des plus distingués 3 , alors pair de France et gendre,

« quelquefois le plaisir de la restitution. Tous les initiés aux mystères de la Bi- « bliothèque du Roi ou nationale se rappellent ce paquet de volumes qui fut « lancé un soir sous le vestibule de la grande porte, sans qu'on ait jamais connu <r la main qui opéra cette restitution anonyme. Or, parmi les volumes ainsi res- « titués sous le manteau, quelques-uns avaient disparu depuis nombre d'années. « Ne voit-on pas aussi, dans l'intérieur delà Bibliothèque, un département res- « tituer au département voisin ce qu'il lui avait pris on ne sait comment ni à « quelle époque? Ces iours derniers, on a réintégré au département des ma- « nuscrits une liasse de lettres autographes du cardinal de Noailles, ayant reçu « déjà le baptême de l'estampille du département des imprimés. C'était rendre « à César ce qui est à César. Mais on s'est aperçu que lesdites lettres , revenues « ainsi des imprimés, avaient été détachées d'un recueil existant aux manuscrits. « Ce recueil de lettres est le n° 15 du fonds des Jacobins Saint-Honoré. Expli- « quezcela?....

« P. Lacroix, « Bibliophile Jacob. »

1 Voyez plus loin, page 270.

2 Dernière édition, tome III, pages 550-351.

8 Le catalogue imprimé et anonyme (je suis forcé de noter cette circonstance, à cause des reproches qu'on me faisait dans le § 21 du Rapport de M. Boucly, d'avoir publié mon catalogue sans nom et avec là seule initiale L.), dans lequel se trouvait cette gravure portait ce titre : « Catalogue d'une collection d'estam- <l pes anciennes et modernes, provenant du cabinet de M. le comte de **% dont « la vente se fera les 18, 19 et 20 janvier 1847, hôtel des ventes, rue des Jeu- « neurs, n° 16, par le ministère de M° Pressé, commissaire-priseur, rue Tact ranne, u° 11. » — La gravure en question portait, dans le catalogue, le n°156;

si je ne me trompe, de M. de Tracy, actuellement ministre de la marine dans le gouvernement français. Avant la mort du savant M. Villenave, qui s'était défait des dessins originaux de sa collection, on trouva parmi ces dessins une belle pièce qui portait la marque du Musée impérial, et qui fut rendue à M. de Cailleux \ Comme je ne veux rien avancer qui ne soit appuyé sur des témoignages publics, je ne vous parlerai pas pour le moment d'autres faits plus nombreux et plus curieux encore, sur lesquels je m'applique à rassembler des documents qu'on se procure difficilement , non-seulement par le peu d'importance qu'on avait toujours attaché à ces sortes d'affaires, inconnues au public ou bien Yite oubliées, mais aussi par la répugnance qu'éprouvent aujourd'hui les bibliophiles à donner des renseignements sur certains objets qui sont entre leurs mains, et dont la possession pourrait leur faire craindre d'attirer sur eux-mêmes des vexations analogues à celles dont je suis l'objet, vexations auxquelles n'ont jamais été exposés les amateurs dont je viens de citer les noms.

Si jusqu'à présent, en France, on avait considéré comme chose indifférente la présence dans les ventes d'objets provenant des collections publiques, à l'étranger, on s'empressait, dans certains cas, de proclamer dans les catalogues imprimés la provenance des livres ou des manuscrits sur lesquels une illustre origine pouvait appeler davantage

elle fut adjugée au prix de 32 francs 50 centimes à M. Guichardot, marchand d'estampes, rue Saint-Thomas-du-Louvre, qui, ayant reconnu qu'elle avait été enlevée à la Bibliothèque royale, dont elle portait l'estampille encore visible, malgré les efforts qu'on avait faits pour l'effacer par des procédés chimiques, s'empressa de l'offrir, contre ses déboursés, a l'administration de cette Bibliothèque. Mais le savant directeur de cet établissement retint la gravure, et déclara, par écrit, que le droit de la Bibliothèque était imprescriptible, et qu'il n'entendait rien rembourser. En définitive , la gravure resta à la Bibliothèque, et M. de Magnoncour en rendit le prix à l'acquéreur. Le fait est consigné dans le procès-verbal de la vente. On a de la peine à concilier ce refus absolu avec l'offre faite aux libraires, et dont il est question dans la lettre de M. Cretaine (voyez ci-dessus, pag. 47-48), de racheter les livres qui porteraient l'estampille de la Bibliothèque royale.

1 Yoyez ci-dessus, page 55.

l'intérêt des connaisseurs. Je ne choisirai mes exemples que dans un petit nombre de catalogues qui sont entre les mains de beaucoup de personnes en France, et je ne signalerai que des volumes d'un grand prix. J'ai déjà parlé 1 des manuscrits de R. Héber, parmi lesquels se trouvait le Cancionero de Baena, provenant de l'Escurial. Le catalogue de M. F. Douce contient la description détaillée d'un recueil précieux d'anciennes poésies des Troubadours, qui avait appartenu à la collection de Peiresc*, et qui devait être sorti de la bibliothèque de Carpentras. Dans la collection des manuscrits du duc de Susscx, vendus en 1844 à Londres, se trouvait un recueil d'ancienne musique, annoncé dans le catalogue comme provenant de la bibliothèque de l'Escurial 8 . Dans le catalogue d'une vente, faite à Londres l'année dernière, de livres que l'on disait sortis du cabinet d'un des amateurs les plus connus et les plus justement estimés de Paris, était annoncée la première édition , si rare, de Don Quichotte, comme provenant de la bibliothèque publique de Reims \ J'abuserais de votre patience, Monsieur le Ministre, si je ne mettais pas un terme à cette énumération. Permeltez-moi seulement de citer l'exemple le plus frappant et le plus singulier de ces annonces, en rappelant qu'en 1827 MM. Sotheby et C% faisant paraître ici le catalogue d'une vente d'autographes précieux , qui furent mis aux enchères le 18 juillet de la même année, annoncèrent sur le titre, pour rehausser encore le prix de ces autographes, qu'ils sortaient des Archives royales de France 5 ( from the royal Archives of France ). Il n'est pas inutile d'ajouter que ce catalogue, qui fut très-répandu, ne provoqua aucune réclamation.

1 Lisez plus haut, p. 53. et plus bas, page 515.

a Voyez plus loin, page 516.

3 Lisez plus loin, page 515.

4 Voyez plus loin, page 515.

* Lisez la lettre de M. Panizzi , page 86.

Le sujet est si vaste, si fécond, Monsieur le Ministre, qu'il serait impossible, sans dépasser de beaucoup les bornes que j'ai dû me prescrire, de vous exposer tous les faits relatifs aux divers établissements publics de Paris qui sont arrivés à ma connaissance. Si je nie suis arrêté particulièrement sur deux établissements, la Bibliothèque nationale et l'Institut, c'est que, dune part, j'y ai été amené par la possibilité de n'avancer que des faits qui ont été publiés depuis longtemps, ou qui se sont passés à la face du soleil, sans commettre aucune indiscrétion, sans compromettre personne ; et que, d'un autre côté, j'ai dû songer à repousser les attaques qui, tout Paris le sait, ont été dirigées contre moi par les experts appuyant leurs calomnies sur de prétendues soustractions que j'aurais commises dans l'ex-Bibliothèque royale et à l'Institut. C'est le besoin de me défendre contre de telles attaques, dis— je, qui m'a forcé à m'occuper spécialement de ces deux établissements. Je désire vivement n'avoir plus à traiter de tels sujets ; mais pourtant je ne reculerai jamais devant aucune des tristes nécessités dans lesquelles on m'aurait entraîné.

Vous parlerai-je, Monsieur le Ministre, des bibliothèques des provinces? Quoiqu'on ait voulu profiter des pertes éprouvées par ces bibliothèques pour porter atteinte à ma réputation, je ne saurais, à moins d'y être invité d'une manière spéciale, me lancer dans cet abîme sans fond. M'abstenant de faire usage des documents particuliers qui m'ont été fournis, et me bornant à vous donner connaissance de quelques exemples seulement, que je cite en note \ tirés d'ouvrages connus et qui n'ont jamais

» Si l'on prend la peine de consulter un ouvrage dont il a déjà été question, l'ouvrage de Haenel, savant allemand, qui visila, depuis 1821 jusqu'en 1828, la plupart des bibliothèques publiques de la France . on trouvera, pour ne dire que les faits principaux, les renseignenienls suivants :

A Amiens, les manuscrits de la bibliothèque ont été vendus au poids pour une somme de 13,000 francs, et Hsenel a racheté des fragments du X e siècle qui provenaient dé cette bibliothèque.

rencontré de contradiction , j'espère pouvoir vous donner une idée suffisante de l'étendue de ces pertes ; elles se résu-

AArras, un nommé Lîard, bibliothécaire de Saint- Waast, a enlevé et apporté en Angleterre pour 100,000 florins (plus de 200,000 fr.) de manuscrits, et comme si cela n'était pas assez, un autre bibliothécaire, nommé Caron, mutila et vendit en 1818 un grand nombre de manuscrits.

A Autun,un Virgile et un Horace, manuscrits d'un prix inestimable, du VI«et du VII e siècle, ont disparu.

A Auxerre, on a vendu en 1825 la plus grande partie des manuscrits à un libraire nommé Comynet.

A Carpentras, il y avait environ deux mille manuscrits en 1808, et il n'en restait plus que 609 en 1826. A cette première date, plusieurs manuscrits de Peiresc avaient déjà été égarés.

A Chàlons-sur-Marne, les chartes sur parchemin des Archives de la ville ont été vendues au poids, et Ilœnel en a racheté lui-même.

A Saint-Dié, le préfet a fait vendre, en 1828, les chartes précieuses et trèsanciennes des Archives, parmi lesquelles se trouvait une charte de Chilpéric de l'an 663.

A Lyon, les manuscrits de la cathédrale, parmi lesquels on citait un Code Théodosien des plus précieux, se sont perdus.

A Moulins , l'ancienne bibliothèque publique a été dépouillée et a perdu un grand nombre de manuscrits grecs, etc.

A Nantes, les livres ont été vendus à cinq sous la livre.

A Rouen, on avait réuni après la Révolution, en les tirant des bibliothèques des amateurs et des corporations religieuses, près de deux cent cinquante mille volumes; mais après des dilapidations immenses et des ventes considérables faites en Angleterre, il n'est plus resté que vingt mille volumes.

Ces faits, répétés et confirmés par d'autres écrivains et par toutes les autorités, n'ontjamais été contredits. On trouvera plus loinfpag. 291, 515) les citations textuelles tirées de l'ouvrage d'IIœnel, avec d'autres faits non moins curieux.

Si l'on voulait puiser à d'autres sources, on rassemblerait un bien plus grand nombre de faits analogues ; qu'il me soit permis d'en citer un qui m'est personnel. Lorsque j'étais secrétaire de la Commission des manuscrits, d'après le désir plusieurs fois exprimé par M. V. Leclerc, président de la Commission, d'avoir des renseignements sur les manuscrits de la bibliothèque de Courges, et sur l'invitation du ministre «le l'Instruction publique, je me rendis dans cette ville. L'inventaire des manuscrits qui y existaient en 1821 , se trouve dans Hœnel, qui en enregistra 357, dont quelques-uns formaient plusieurs volumes. Je devais espérer de rencontrer dans ce nombre, et M. Leclerc y comptait, quelques volumes précieux provenant de Saint-Sulpice et de i'ancienne Université de Bourges. Mais mon attente fut trompée, car allant avec le bibliothécaire visiter les manuscrits, j'en trouvai à peine une centaine dénués d'intérêt. Ayant demandé l'explication d'une telle diminution, j'appris du bibliothécaire que les manuscrits provenant en grande partie d'établissements religieux et étant placés dans les bâtiments de l'archevêché (je les rencontrai en effet dans les combles de cet édifice), certains membres du clergé avaient cru pouvoir reprendre ce qui avait appartenu autrefois à l'Eglise. A mon retour à Paris, je rendis compte de cette affaire à la Commission des manuscrits. Mon rapport n'excita aucune réclamation ni aucune surprise.

Faut-il nommer maintenant ce bibliothécaire de Tours, condamné en 1845 pour vol de livres et manuscrits dans la bibliothèque de cette ville? (Voyez plus loin , page 290.) Déjà en 1826, Hiencl (Catalogi, col. 482) signalait dans cette bibliothèque la disparition des plus précieux manuscrits qui avaient été décrits dans le Nouveau Traité de diplomatique, et dont les volumes les plus précieux, imprimés et manuscrits, se sont répandus partout et ont ligure vingt fois à Londres et à Paris dans les catalogues de ventes que je pourrais indiquer au besoin. Faut-il rappeler que les manuscrits si précieux de la bibliothèque d'Avranches avaient été au moment d'être vendus au public à vil prix, et que cette vente n'a été arrêtée que par l'intervention d'un savant bibliographe de

ment en peu de mots. Les autographes et les chartes sont sortis par masses des archives des départements ; les manuscrits des bibliothèques des provinces jetés dans le commerce se comptent par milliers, et les volumes imprimés dont ces mêmes établissements ont été privés se montent à plusieurs centaines de milliers. Je ne parle pas des pertes faites au moment même de la révolution de 1793; je me borne aux objets perdus par les bibliothèques des provinces depuis qu'une administration plus régulière s'y est établie, et plus particulièrement dans ces trente dernières années. Après avoir passé par différentes mains, ces livres, ces manuscrits, ces chartes, ont été en grande partie se placer dans les collections des amateurs, et il faudrait s'étonner beaucoup si, dans les quarante mille volumes imprimés ou manuscrits que j'ai pu posséder, tant en Italie qu'en France, il ne s'en était pas rencontré un seul qui fût sorti de ces établissements.

Bien que les élèves de l'Ecole des Chartes qu'on a chargés de l'examen de mes collections aient prouvé à plusieurs reprises qu'ils n'avaient pas fait une étude sufûsante des questions sur lesquelles ils étaient appelés à éclairer la justice \ il est difficile pourtant d'admettre qu'ils n'aient pas eu connaissance des faits que je viens de vous signaler, Monsieur le Ministre, et que j'ai tirés presque uniquement

Paris? Faut-il dire le nom de cet amateur très-connu et très-estimé de Paris, qui racheta chez un batteur d'or une masse de manuscrits sur vélin qui avaient été vendus par une bibliothèque de province à ce batteur d'or qui devait les détruire en les employant aux usages de son métier? Faut-il dire entre les mains de qui ont passé les manuscrits si anciens et si précieux qui provenaient des églises de Beauvais? Je veux éviter les noms propres, et je me tairai aujourd'hui sur ces faits comme sur une multitude d'autres qui sont à ma connaissance. Je dirai seulement que j'ai recueilli a Londres, chez des libraires très-connus, un certain nombre de manuscrits provenant de quelques bibliothèques de France, et que je les réserve pour le besoin de ma défense.

1 Une personne, qui a puisé aux meilleures sources, m'a adressé, l'année dernière, une lettre d'après laquelle on pourra juger du degré d'instruction bibliographique de ces experts qu'on a chargés de l'examen de ma bibliothèque. Ceux qui ont lu le3 lettres publiées aux pages 6 et 105 me pardonneront, je l'espère, si je ne livre pas à l'animosité des experts le nom de cette personne. Qu'il me suffise d'annoncer que les faits qu'on va lire sont confirmés dans beau-

d'ouvrages qui sont entre les mains de tous les bibliographes. Placés au centre de la France, ayant à leur disposition mille sources d'information qui me manquent, et disposant depuis un an sans réserve de tpu$ mes livres, de toutes mes notes, ils devraient savoir tous ces faits beaucoup mieux que moi, qui n'ai pu trouver à Londres qu'un petit nombre de ces ouvrages, qu'on pourrait appeler de localité et de circonstance, de ces journaux, de ces renseignements de toute nature qu'on peut se procurer

coup d'autres documents que je possède, et qu'ils y sont blâmés d'une Taçon encore plus énergique. Celte lettre contient le nom de certaines personnes que je laisse en blanc et sur lesquelles je veux suspendre mon jugement. Je désire qu'elles puissent expliquer d'une manière plausible les longues séances qu'elles , ont faites dans une maison où lu justice ne les appelait pas, et où elles entraiea' malgré moi :

A Monsieur Libri, membre de F Institut, à Londres.

« Paris, ce 20 septembre 1848.

« Mon cher Monsieur,

« Je n'ai pas perdu de temps. Depuis que je suis ici, j'ai déjà trouvé moyen « de m'entrelenir de vos affaires avec plusieurs des personnes qui sopt le mieux *< instruites de ce qui se passe, et des menées ténébreuses de vos ennemis. On « apprend, dans le. laisser-aller de la conversation, mille choses qui ne s'écrier vent guère, surtout dans la crainte où l'on est de s'attirer la naine de yos <t ennemis. Je vais cependant tacher de vous rendre compte de ce que j'ai pu « recueillir à de bonnes sources. Du reste, la manière de procéder des experts a « été d'une légèreté et d'un sans-façon tels, qu'ils ne peuvent s'attendre a tenir et leur conduite complètement secrète. Ils ont introduit chez vous tant de sortes <r de gens, ils ont si peu observé dans leurs discours la réserve que leurs fonc- « tions auraient dû leur imposer, ils se sont mis si ouvertement en relation. « avec vos plus puissants ennemis, que beaucoup de choses, que pour leur hon- « ne.ur ils auraient dû dissimuler, ont transpiré, grâce à cette légèreté même. a J'aurai mille anecdotes curieuses à vous raconter sur eux quand nous nous « reverrons. En vérité, ou ne se ligure pas comment des hommes qui défraient « avoir quelque connaissance de ce dont ils s'occupent, après avoir accepté surce tout vis-à-vis de la justice une responsabilité si sérieuse-, peuvent agir a tort et « à travers comme ils le font. Il semble qu'ils se soient dit en entrant chai « vous: «Nous sommes ici dans une caverne de voleurs; prenons au hasard. > « Kt en effet, ils ont commencé par mettre de côté, sans autre examen, tout ce « qui leur a paru rare ou précieux. C'était beau, c'était chez voua, donc c'était « suspect. jTowè livre imprimé sur peau vélin a grossi le nombre de ces suspects. a Parmi ces livres sur \wan vélin, qui sont devenus l'objet des soupçons « des experts, on m'a signalé la Généalogie des Dieux, par Boccace, vo- « lume in-folio avec miniatures, imprimé chez Vérard, sans date. Tous a les volumes portant quelques traces d'une estampille ou d'un cachet a quelconque ont été mis à l'index, ainsi que tous les livres provenant de (a « bibliothèque de Golbert, de celle des Jésuites de Taris ou de la bibliothèque « du Prytanée. Vous avez su sans doute quelque chose de l'empressement qu'a « mis M. ... à prêter son concours bénévole aux experts ; il ne s'est pas Tait

à toute heure et sans le moindre effort a Taris. Mais, en admettant môme, et seulement comme circonstance atténuante, une telle ignorance, en supposant que ces experts, exclqsivement occupés de travaux qui n'auraient pour objet que les livres et les manuscrits, aient ignoré ce qui était connu de tous les bibliographes, de tous les amateurs, de tous les libraires instruits de l'Europe, personnelle voudrait croire qu'ils pussent rester étrangers à ce qui se passe à côté d'eux, au sein même de cette société de l'Ecole des Chartes à laquelle ils appartiennent, et qui établit entre tous ses membres, qui

» foute de pénétrer maintes fois chez vous, pour joindre ses clameurs à celles « de ces messieurs. Or, il a alïirmé que les livres provenant de ce dernier étaf bassement appartenaient à la hiltliolhrqiio de la Sorbonne! Tout s'est «fait dans cette affaire comme si vous étiez déjà convaincu de culpabilité, « et comme s'il s'agissait seulement de grossir à plaisir et d'accumuler les appa- « renées contre vous. La calomnie, mon cher Monsieur, a toujours eu un besoin « insatiable d'avoir raison, et elle ne recule devant aucune infamie pour « arriver à ses lins. Mais ce ne sont pas seulement les mauvaises passions qui « égarent vos ennemis : il faut encore qu'il y ait bien de l'ignorance dans leur « fait. Gomment, en effet, ces persécuteurs à dix francs par jour, ces experts dont « le devoir serait de se tenir un peu au courant des choses qui concernent labihlio- « graphie, ont-ils pu ignorer ce que tous les libraires savent, par exemple que t la plupart des livres sur vélin qui leur semblent suspects, ont ligure dans des t catalogues imprimés, et que le précieux Borcatie avait élé acheté par vous pu- « Iniquement peu de mois avant la révolution de Février à la vente du prince « d'Essling? Un livre comme celui-là. qui a élé payé 2,500 fr. et dont le nom t de l'acheteur a été prononcé à haute voix au moment de la vente, acquiert une « véritable célébrité et le souvenir ne s'en perd plus. Veulent-ils se faire illusion t a eux-mêmes, ou bien ne veulent-ils que tromper ceux qui sont complètement t ignorants en ces sortes de matières, lorsqu'ils considèrent comme suspects « tons les livres sans distinction qui portent une estampille quelconque? l'eu- « vent-ils sérieusement ignorer que de tels livres fourmillent dans le commerce? i Me savent-ils pas que la blihliothèque de (lolhcrt a élé mise aux enchères à i Paris en 1728, et que les livres provenant de cette célèbre collection se sont f répandus partout; que les livres des Jésuiles ont été vendus à Paris en 47ti5, i et que les catalogues de ces ventes sont entre les mains de tous les amateurs? f Est-ce ignorance ou mauvais vouloir?

« Quant à M. ..., il n'en faut pas parler Vous vous étonnerez

i de sa lourde méprise; vous vous demanderez comment il a pu un instant i s'arrêter à ces livres du l'rytanée, comment il a pu ignorer qu'il s'en ren- • contre de tous côtés; vous vous casserez la tête, vous vous perdrez en conc lectures... Il faut pourtant bien que vous sachiez le mot de l'énigme. Votre

t logement de la Sorbonne plait à M 11 le convoite, il postule dans les

t bureaux du ministère pour l'obtenir. Proh pudor! N'y a-t-il pas de l'analogie « entre cette conduite et celle de quelques-uns de ces débiteurs, dont on m'a ç dît les noms, qui, profitant de la circonstance, non-seulement ont refusé de i payer ce qu'ils vous doivent, mais qui se sont joints à vos ennemis pour essayer i de vous perdre ? L'un donn- 1 son appui aux experts dans l'espoir qu'on vous t expulsera delà Sorbonne et qu'il aura votre logement: les autres se montrent t hostiles contre vous, afin que vous n'osiez pas les poursuivre et pour garder "e TOtrc argent. Il y a véritablement grande analogie dans le but qu'on se prot pose et dans les moyens employés... Je ne vous apprendrai rien sur ceux qui % convoitent vos places... »

sont d'anciens camarades, des liens intimes et de fréquents rapports. Ils n'ont pas ignoré sans doute que quelques-uns de leurs camarades ont été l'objet d'accusations analogues à celles qui me poursuivent. Us ont été informés que certains anciens élèves de l'Ecole des Chartes se livraient, non sans succès, au commerce des vieux livres et des vieux manuscrits (je leur en ai acheté moi-même), et que quelques-uns d'entre eux se sont trouvés mêlés à la vente de manuscrits ou d'autres objets dérobés aux collections publiques. A cette I époque on se gardait bien de prétendre que la possession d'un volume qui avait été dérobé à une bibliothèque fût une preuve d'improbité et dût imprimer une tache ineffaçable au caractère de celui qui aurait possédé un tel' volume. Je laisse à d'autres le soin de fouiller dans les journaux français ou étrangers, pour connaître certains ' noms que je ne prononcerai que dans le cas d'une nécessité absolue. Je citerai pourtant un fait, parce qu'il montre comment un homme d'honneur peut très-innocemment se ■ trouver possesseur de livres volés, sans môme pouvoir donner la preuve d'en avoir fait l'acquisition. C'est là un . précédent admis à la fois par l'Ecole des Chartes et par les magistrats, et si je le cite, ce n'est nullement pour jeter l'ombre d'un doute sur le caractère d'un homme qui jouit d'une considération méritée, mais seulement afin qu'on • comprenne que la justice ne saurait avoir deux poids et deux mesures. Voici ce que je trouve dans une lettre écrite par une personne très-honorable que je ne veux pas nommer aujourd'hui pour ne pas l'exposer aux rancunes des experts, mais qui se fera connaître au besoin. Le fait est d'ailleurs de notoriété publique, et il doit avoir laissé des traces au parquet.

ci Voici, dit cette lettre, les seuls renseignements que je puisse « vousdonnersur l'affaire du manuscrit de la Chevalerie de Ogier . « de Danemarche, volume in-12, soustrait de la bibliothèque de

« Tours, et réclamé par le parquet sur les dénonciations de

« M. Fr. Michel dans les journaux. Ce manuscrit a [été vendu

« 500 fr. à M. Barrois par Tcchcner, qui le tenait de Leroux de

« Lincy, auquel il l'avait payé 300 fr. Le livre ayant été saisi,

«MM. Barrois, Techener et Leroux de Lincy ont été appelés

a devant le juge d'instruction. Là , interrogé comme simple

ce témoin , M. Leroux de Lincy a déclaré avoir acheté le

« manuscrit d'un colporteur qu'il a rencontré par hasard sur

« le quai à Orléans, au moment où il se proposait de quitter

« cette ville, et qu'il l'avait payé 5 francs. La saisie a été

« maintenue, et le livre a été réintégré dans la bibliothèque de

« Tours. On a restitué les 500 fr. (plus 50 francs de reliure) à

« M. Barrois. J'ignore ce qui s'est passé ensuite entre Teche-

« ner, acquéreur et vendeur de bonne foi, et M. Leroux de

« Lincy. Ce que je puis affirmer, c'est que ce dernier n'a été

« l'objet d'aucune poursuite, et que depuis il n'a cessé de faire

« partie de la Société de la Bibliothèque de l'Ecole des Chartes,

« et qu'il en a été même élu trésorier. »

J'ai besoin de le répéter, ce n'est pas le moins du monde par esprit de récrimination que je viens de mettre en cause

" un ancien élève de l'École des Chartes. C'est uniquement pour citer un exemple bien frappant et bien propre à porter la lumière dans les esprits les plus prévenus ; je ne cherche <p'è me défendre, et je ne me passionne pas au point de vouloir faire pendre l qui que ce soit, pas même certains experts qui savent exprimer leur animosité avec une telle délicatesse de langage. D'ailleurs , il est bon qu'on le sache, l'accusation dirigée contre moi est une de ces calomnies banales qu'on jette à la figure des amateurs et

1 des bibliographes 2 . Un des savants les plus considérables et les plus estimés de l'Allemagne, un homme qui jouit d'une

!■ réputation européenne, M. Ch. Witte, a eu le courage, en prenant ma défense, d'avouer qu'il s'était trouvé soupçonné

.* C'est toujours le fameux mot de M. Lalanne. (Voyez ci-dessus, page 6.) 1 Yoyez plus loin (page 174), ce que dit à ce sujet le marquis Capponi, et r+tiiei l'extrait de V Examiner, page 10.

d'avoir voit; un livre d'un prix inestimable \ Combien d'autres, s'ils l'osaient, pourraient l'aire un aveu semblable? Il n'y a pas de bibliophile à Paris qui n'ait entenda maintes fois diriger des imputations, ou du moins des allusions fort claires, contre les amateurs les plus distingués. Sur un bit mal connu ou mal apprécié il se bâtit peu à peu une longue histoire qu'on répète par désœuvrement et sans y attacher d'importance. Il y a des gens qui parlent aussi légèrement de la probité des amateurs * que l'on parle de la vertu des femmes du monde. Les mauvais propos se répandent ; ils sont commentés, grossis par la malveillance, et, lorsqu'éclate une révolution, il se trouve des gens trop heureux de ramasser toutes ces calomnies vagues ou anonymes pour perdre un ennemi politique. Je ne suis pas la seule victime de ces basses machinations, de ces atroces, calomnies qui n'étaient ducs qu'aux vieilles rancunes de • certains vainqueurs de Février: des hommes qui avaient rendu de grands services aux lettres ont été attaqués comme moi; mais je suis le seul qui ait été calomnié officiellement et à l'égard duquel toutes les formes aient été violées. Il y a on an que l'on a commencé à me poursuivre, et Ton en etf encore à chercher les faits qui auraient d& servir de base aux accusations dont je suis l'objet.

Si l'on voulait se rendre compte, Monsieur le Ministre» .1 de la manière dont ces vides immenses ont pu se fprfltf \ dans la plupart des bibliothèques, on trouverait que des à causes multiples et diverses ont présidé à ces disparition*, à -s ces détournements qui ont eu lieu dans la plupart des établissements littéraires et scientifiques de la France* Dans 1 certaines bibliothèques le prêt des livres a donné Heu à des

« Lisez, page 159, l'article dans lequel M. Ch. Witte a pris si franchement xni défense.

* Voyez plus loin, aux pages 102 et 110, ce que pensent les experts desanateurs qu'ils appellent en masse des voleurs et qui se trouveraient tous menait, si la persécution dont je suis l'objet pouvait avoir le moindre succès.

s considérables, sans doute, mais beaucoup moindres l i ne le croit généralement. On a fait fréquemment des iges, des ventes, non-seulement dans les bibliothèques ovince placées, pour la plupart dans la dépendance des nistrations municipales qui se croyaient généralement rit de disposer librement des collections que renferment tablissements, mais aussi dans les plus grandes biblioîes de Paris 8 . Comme le droit de procéder à ces ventes ces échanges a été parfois contesté aux villes par le gouunept, il en est résulté que lorsque, dans le but de se irer les fonds dont ces bibliothèques manquent, et pour ;er des ouvrages modernes qui font défaut presque paret qui sont réclamés par les lecteurs, on a procédé, certaines localités, à des opérations de ce genre, ces étions se sont faites sans publicité, presque toujours en t v et Ton s'est gardé de laisser aucune trace au catalogue entes auxquelles l'État pouvait être tenté de refuser sa ion. Il suffit de parcourir quelques villes des départements apprendre à ce sujet les faits les plus positifs et les plus kyablet 3 , qui, du reste, ne sont pas ignorés à Paris. Sous

)yez, pages 71 et 72, ce que disait à ce sujet M. Villemain, alors ministre de action publique, à la Chambre des députés, le 15 juin 1845. à Bibliothèque nationale a vendu, à plusieurs reprises, un grand nombre âges précieux, et je puis fournir la preuve que ces ouvrages vendus pas toujours été revêtus d'une estampille destinée à montrer qu'ils sont régulièrement de cet établissement. À la vente de M. de Soleinne, il fut ox enchères deux livres fort rares , les Actes des apôtres (Paris, 1540, o) et la Bestrttction de Troyes (Paris, 1498, in-folio), qui, vers le milieu çje, dernier, avaient été vendus comme doubles ou inutiles par la BibUob nationale. Le premier , qui dans le catalogue Soleinne portait le nu- 550, fut yendu 550 franes, et le second, qui portait le numéro 561 , s'éleva kâCK) francs (voyez Bulletin de V Alliance des Arts, tome II, pag. 227 et 265). rè tfU est resté dans cet établissement des traces régulières de toutes ces .. D'après une déclaration insérée au Moniteur et que j'ai reproduite plus haut 4Ût5Q), il semblerait que la Bibliothèque nationale n'a gardé aucun souvenir itographes précieux qu'elle avait vendus en 1825 à différents amateurs, ta ce sujet, pag. 257-262, les déclarations de MM. d'Hauterive, Fossé iaa* et Feuillet de Couches que j'ai déjà citées.) On doit croire cependant ï n'a pas oublié d'enregistrer les pièces cédées plus tard à M. de Mobté. (Voyez page 25.) D'autres grands établissements de Paria ont vendu wip de livres. On peut en voir la preuve dans une lettre du savant biblioift M. Varia, que j'ai déjà publiée et qu'on trouvera plus loin (page3()B>, oyez par exemple les faits que j'ai signalés aux pages 60-61. J[ y a des en France qui ont vendu récemment au poids leur bibliothèque publique

le prétexte banal de vente ou d'échange de doubles (c'est là le nom dont on couvre habituellement ces transactions), les ouvrages les plus précieux , les manuscrits les plus rares ont passé souvent, de la plupart des établissements de province, entre les mains de petits libraires qui ont leurs correspondants à Paris ou à Londres, et sont devenus la proie des marchands ambulants ou des colporteurs. On l'a appris par quelques procès qui ont eu du retentissement. Pénétrant dans les églises, comme dans les bibliothèques, ces marchands savent obtenir à vil prix les objets les plus précieux confiés à la garde de personnes qui, parfois, en ignorent la valeur 1 . La plupart des livres ou des objets ainsi vendus portent des cachets ou des marques qui en constatent l'origine, et il est bien rare qu'il s'y trouve une double estampille prouvant que la vente ait pu s'en faire régulièrement. Une autre circonstance à laquelle il faut attribuer la mise en circulation d'ouvrages imprimés et manuscrits portant l'estampille de diverses bibliothèques, ce sont les restitutions qu'on a faites depuis la Restauration aux anciens propriétaires, aux familles des émigrés, à certaines corporations, d'objets qui avaient été saisis à la première Révolution. Ces restitutions, dont on a peu parlé, ont été nombreuses ; elles ont fait sortir de la Bibliothèque nationale et d'autres bibliothèques de Paris beaucoup de manuscrits du plus grand prix, qui avaient été depuis longtemps estampillés et numérotés, et qui, si je suis bien informé, ont été parfois remplacés par d'autres ouvrages portant le même numéro .et une reliure plus moderne 8 . Ces resti-

tout entière. Imprimés et manuscrits, tout a été vendu en bloc et au poids. (Voyez plus loin, page 293).

1 Ce ne sont pas seulement des livres ou des manuscrits qui sont sortis des établissements publics, mais je dois écarter toutes les questions accessoires pour ne m'occuper que de ce qui est nécessaire à ma défense.

a Ce ne serait qu'à regret que je me verrais forcé de faire connaître les personnes ou les familles auxquelles la Bibliothèque nationale a rendu des volumes précieux. Il en a été de ces livres comme du fameux Fauteuil du roi Dagobert, qui était au cabinet des médailles de la Bibliothèque nationale, et qui fut rendu, pour quelque temps, au chapitre de Saint-Denis.

Pour compléter rémunération des causes qui ont produit de si grands déson-

tutions, dont quelques-unes furent signalées dans des ouvrages imprimés depuis plusieurs années, ont été encore plus nombreuses en province 1 qu'à Paris. Il faut ajouter à tout cela les livres, les manuscrits, les autographes, les fragments qui ont été réellement enlevés des établissements publics. Ces objets sont en grand nombre, et il est bien difficile d'expliquer comment des livres sur lesquels leur rareté et leur valeur appelaient une surveillance spéciale, et qui, par leur format, par leur volume, ne pouvaient être emportés sans que les conservateurs ou les divers employés dussent s'en apercevoir, ont pu être enlevés de quelques bibliothèques, surtout lorsque ces volumes ont dû êtreplacés dans des réserves, dans des armoires fermées à clef, et qui ne s'ouvrent que très-rarement 9 . Dans certains établissements,

dres à la Bibliothèque nationale, ajoutons les recueils brûlés en 1795, sur la place Vendôme, sous prétexte qu'ils contenaient des papiers aristocrates. (Voyez plus loin, page 516.)

I Je me bornerai à citer ici très-peu d'exemples.— Hœnel (Catalogi, col. 124) parle en ces termes des livres rendus par la Bibliothèque de Chartres.

« Partem librorum vindicarunt viri quidam nobiles nuperrime in patriam rec versî, qui statim omnes libros quos suos esse opinati sunt, usuipublico surri- « puernnt. »

II faut noter que c'est en 1826, époque à laquelle Haenel visitait la Bibliothèque de Chartres, que le savant allemand employait ce mot nwperrime.

La Bibliothèque publique de Lyon a perdu une masse énorme de manuscrits qui sont décrits dans le catalogue de Delandine, imprimé en 1812, et qui ont été rendus à l'Académie de Lyon.

La Bibliothèque et les archives de Grenoble ont rendu des manuscrits et des documents aux Chartreux et même au gouvernement du Piémont.

On a déjà vu (page 00) comment, d'après ce qui m'a été raconté à la bibliothèque de Bourges, le clergé du Berry serait rentré dans la possession d'une partie de ses anciens manuscrits.

La Bibliothèque d' Angouléme possédait une collection de lettres autographes des anciens rois de France et des personnages historiques les plus considérables. Ces lettres, qui étaient reliées en plusieurs volumes, se trouvaient indiquées au catalogue. Elles sont sorties de cette bibliothèque pour être remises à une ancienne famille qui les réclamait.

1 Voyez ce que j'ai dit plus haut (page 56) à l'égard de quelques livres précieux que j'ai trouvés à Londres dans le commerce, et particulièrement ce que dit X. Panizzi (voyez plus loin, page 85) au sujet de VAusonius avec la reliure de :. Grolier, qui est au British Muséum. Or, ou ces livres ont été vendus sans aucune formalité , sans double estampille , et alors comment distinguer ceux

Îr'on aurait aliénés de ceux qui auraient été dérobés ? ou bien ils ont été enlevés une façon tout à fait inexplicable. Voici, du reste, un fait qui montrera encore a&ux que des livres du plus grand prix ont été dérobés, depuis longues années, ala Bibliothèque nationale.

Les bibliographes n'ignorent pas qu'à l'article Ilolland, M. Brunet, dans son Manuel, décrit avec son exactitude accoutumée un exemplaire qui se trouve à la

il s'est passé des faits plus curieux encore. Des livres anciens, des éditions précieuses et de grand prix, ont été enlevés, et Ton a mis en place d'autres éditions plus modernes et sans valeur des mêmes ouvrages; puis on a estampillé ces livres, on a collé sur la couverture une étiquette avec le nu* méro d'ordre que portaient les ouvrages qui avaient disparu, et Ton a remis ces livres, auxquels on avait donné l'apparence des livres enlevés, à la place que ceux-ci avaient occupée. Ces laits et beaucoup d'autres du même genre sont connus des bibliographes; on y a fait allusion dans les journaux, et ils ont donné lieu a toutes sortes de conjectures ' . Quant aut autographes qui ont été livrés par masses au commerce, souvent comme papiers inutiles et qui. comme je l'ai prouvé plus haut, sont sortis de toutes les archives, de toutes les bibliothèques, de tous les ministères de la France, il faut remarquer que, pendant longtemps, on n'a pas attribué à ces papiers, si recherchés aujourd'hui , l'importance qu'ils ont acquise depuis. Jusqu'à ces dernières années, il a été permis à quelques rares amateurs de se procurer, facilement et à bon marché, des collections considérables d'autographes qu'on vendait, qu'on donnait, et qu'on laissait prendre partout avec une déplorable facilité. J'ai entre les maius des notes originales dans lesquelles des hommes haut placés, des savants bien connus n'ont pas craint d'indiquer, de leur propre

Bibliothèque nationale du BasiliJogia, recueil de gravures in-folio très-rare et tres-estimé. Il y après de trente ans queM. Colnaghi, célèbre marchand d'estampes de Londres, étant à Paris, trouva et acheta , chez un marchand de gravures, "Uû tres-bel exemplaire de ce recueil. En l'examinant à loisir, M. Golnaghi découvrit, à son grand etonnemenl. que h* volume portait l'estampille de la Bibliothèque royale. 11 ne larda pas à se rendre à relie bibliothèque et, s'a dressant au conservateur en chef des imprimés, ilîït.à propos «lu livrede llolland, des questions qui furent rerues, non-seulement avec embarras, mais avee répugnance. M. Coluaghi insista, et après explication, il fui reconnu (pie l'exemplaire qu'il venait d'acheter avait été dérobé, à la Bibliothèque royale. Il l'offrit pour le prix qu'il l'avait payé, prix fort minime, en comparaison de la valeur réelle du livre, car M. Colnaghî estimait ce volume au moins deux cents livres sterling cinq mille francs) : l'offre fut acceptée , le. livre fui rétabli à la place qu'il n'aurait dû jamais quitter, et l'affaire en resta là ! Personne n'est plus connu et plus estimé à Londres que M. Colnaghi, auquel on pourrait s'adresser si l'on désirait d'autres éclaircissements sur cette affaire.

1 Voyez ci-dessus (page 45) un extrait de Y Illustration.

main, les collections publiques dans lesquelles ils avaient rencontré les autographes précieux dont ils s'étaient emparés et qui, après leur mort, ont été vendus à vil prix. Je possède des catalogues imprimés, complétés par diverses lettres, par les extraits authentiques des procès-verbaux de certaines ventes, et qui prouvent que d'autres savants ont fait cadeau, ou ont laissé mettre en vente des pièces appartenant aux établissements dont ils avaient la direction. Ces pièces-là, Monsieur le Ministre, je les garde, et ce ne serait qu'à mon corps défendant que je consentirais à les mettre au jour.

Une chose qu'il ne faut pas perdre de vue et qui est capitale, c'est que toutes ces pertes produites par tant de causes diverses n'ont pas eu lieu en un seul jour ni tout à coup ; elles se sont accumulées, ajoutées d'année en année, sans qu'on ait jamais songé à rechercher l'état réel des collections. Les catalogues des principales bibliothèques de Paris ont été rédigés dans le siècle dernier; quelques-uns ont même plus de cent ans de date, et, depuis cette époque, les pertes se sont succédé et multipliées sans qu'on ait jamais songé à établir, par un simple récolement, quels étaient les vides qui avaient pu se former. C'est ainsi, par exemple, qu'à partir de l'année 1707, époque où le Dauphinois Aymon ! s'était enfui en Hollande après avoir volé et mutilé un grand nombre des plus précieux manuscrits de l'ancienne Bibliothèque royale, la masse des livres, des manuscrits, des autographes, des fragments vendus, échangés, détournés, égarés ou déplacés, a toujours été en augmentant 2 ; et, pendant qu'on inscrivait, ou qu'on

1 Yoyez ci-dessus, page 45.

'■.. .' Ces pertes anciennes et progressives ont été officiellement constatées; voici ■ comment, dans la séance du 15 juin 18-13. s'exprimait, ace sujet, devant la Chaui- ^.brc des députés, M. Villemain, alors ministre de l'instruction publique : * ■ • D y a beaucoup d'anciennes pertes; il y en a môme qui datent de l'époque où

n'inscrivait pas sur certaines listes les nouvelles acquisitions, on négligeait de s'assurer si les objets qui avaient été précédemment inscrits ou catalogués se trouvaient encore à la place qui leur avait été assignée. Ce que je dis ici de la Bibliothèque nationale peut s'appliquer avec plus ou moins d'étendue à la plupart des établissements littéraires et scientifiques de l'Etat.

Les faits que je viens de signaler à votre attention, Monsieur le Ministre, sont appuyés sur des preuves matérielles, sur des assertions publiées depuis longtemps et qu'on n'a pas démenties, sur des documents authentiques. Ils méritent, ce me semble, toute votre sollicitude. En effet, comme ministre de l'instruction publique, non-seulement vous veillez à la conservation des bibliothèques publiques et des collections qui dépendent des principaux établissements littéraires et scientifiques ; mais vous devez prendre un intérêt particulier à tous les établissements du même genre qui peuvent se trouver dans les attributions des autres ministres. Il vous appartient spécialement de vous éclairer sur la manière dont certaines pièces, qui auraient dû rester dans les archives de votre ministère ! , et que j'ai l'honneur de vous adresser, ont pu être soustraites et entrer dans le commerce. Les pertes éprouvées par la plupart de ces établissements dépassent tout ce qu'on pourrait s'imaginer. Le mal est immense. Vous en acquerrez la preuve, si vous voulez ordonner qu'il soit fait un récolement dans les bibliothèques publiques. Ce récolement auquel on paraît n'avoir jamais songé, et qui est bien autrement urgent que les catalogues généraux dont on a tant parlé, fera constater les vides affreux qui

« a été constituée la bibliothèque dite nationale. Lorsque cette bibliothèque s'ent richit d'une foule de dépôts particuliers, elle en a reçu quelques-uns dans utt « état incomplet. J'ai constaté que le chiffre si considérable de livres dépareillés ' « ne tenait pas seulement aux prêts actuels , mais qu'il remontait à l'époque de « Faccroissement de la bibliothèque. 9

1 Voyez plus haut, page 40.

se sont formés dans certaines bibliothèques. Cette opéra-* tîon n'est pas impossible. Ici, en trois semaines seulement, on a fait, il y a peu de mois, le récolement de tous les livres imprimés qui se trouvent au British Muséum. Sans le secours d'aucun employé supplémentaire, il a été constaté, toujours en trois semaines, que, sans parler des ouvrages qui sont à la reliure, il existe dans cet établissement 431 ,539 volumes imprimés, dont aucun n'a manqué à l'appel. Il est vrai que rien n'égale l'ordre admirable et la régularité qui régnent dans le département des livres imprimés 1 du British Muséum; mais ce précédent montre qu'avec un peu de bonne volonté, on pourrait effectuer la même opération dans les principales bibliothèques de Paris, dans celles surtout, et il en existe, où tous les livres portant un numéro d'ordre progressif, il n'y aurait qu'à suivre l'ordre naturel de la numération pour reconnaître à la fois les ouvrages qui manquent et ceux qui sont déplacés. Ëh bien, qu'on fasse dans ces bibliothèques ce récolement si simple, si nécessaire, et Ton verra tout ce qu'elles ont perdu. Si Ton ne se décide pas à faire une telle opération, qui seule peut arrêter le mal», on verra le gouffre se creuser tous les jours, on se donnera le plaisir stérile de répandre ou de laisser répandre des calomnies contre toute personne qui aurait acheté de bonne foi des ouvrages livrés au commerce, et on laissera les vrais coupables, s'il en existe actuellement, continuer tranquillement à dépouiller les établissements de l'Etat et à répandre

1 L'ordre oarfait qui règne dans ce département a permis de faire cette gigantesque opération à l'aide des moyens les plus simples. Avec quatre personnes, dont trois ont travaillé vingt-deux jours et une quinze jours seulement, ce récolement a été effectué !

* Ce n'est qu'en s'assurant, d'après les anciens catalogues, les anciens inventaires, de ce qu'on a et de ce oui manque, qu'on peut poser des bases qui effrayeraient quiconque serait tenté ae dérober un objet dont la présence aurait été récemment constatée. C'est surtout dans une sage pensée de conservation que H. Villemain, dont l'administration a été signalée par tant de mesures utiles aux lettres, et dont l'Université gardera toujours un souvenir reconnaissant, avait prescrit la formation d'un catalogue général des manuscrits des départements. (Voyez le Moniteur universel du 16 juin 1843.)

des calomnies au succès desquelles ils seraient les premier» intéressés.

En cet état de choses, je viens, Monsieur le Ministre, vous demander de vouloir bien nommer une Commission forte et impartiale, composée d'hommes éminents choisis parmi les sommités de la représentation nationale, de l'Institut, de l'administration, et qui aurait pour mission : premièrement d'eiaminer les livres, les documents et les autographes que j'ai l'honneur de vous adresser l ; en second lieu, de recher* cher comment et à quelle époque ces livres et ces autographes ont pu sortir des établissements auxquels ils appartenaient ; troisièmement, de procéder au récolement des livres et des manuscrits contenus dans certaines bibliothèques publiques, pour constater les pertes qu'on a faites et pour arrêter les dilapidations ; en quatrième lieu, enfin, de prendre connaissance des accusations dirigées contre moi, ainsi que des faits qu'on prétend avoir découverts à l'appui de telles accusations, et d'apprécier ces faits et ces inculpations d'après l'état réel, bien constaté des bibliothèques. A une Commission éclairée et impartiale, comme indubitablement serait celle que vous auriez choisie, je me sens disposé à corn* ; muniquertous les documents que je possède, tous les faits qui sont à ma connaissance. Je désire que la lumière se fasse sur tous les points. Déjà, pour répondre à l'accusation frivole 1 '; d'avoir vendu en Angleterre mes manuscrits sans en avoir

1 Je désire qu'après cet examen les livres et les autographes dont il s'agit* accompagnés des documents qui constatent l'acquisition que j'en ai faite, soient rendus gratuitement aux établissements d'où ils sont sortis et qu'ils n'aurai*»* ! dû jamais quitter. 11 est l»icn entendu qu'auparavant je me réserve le droit d'en faire, devant les magistrats, l'usage qui pourrait être nécessaire à ma défense. Mon intention était d'en faire une exhibition publique à Paris, mais »*l amis m'ont fait remarquer (lue très-probablement les élevés de l'Ecole de* Chartes seraient arrivés, comme à l'ordinaire, armés d'une commission rogatoire; que les livres et les documents auraient été saisis, et que je n'eu aurais pi* entendu parler, .l'ai donc du renoncer à ce projet. J'espère pourtant qu'il fll* sera permis de les présenter à l'examen de l'Institut avant de les faire remettre au Ministre de l'instruction publique.

9 Voici ce qu'on lit dans le Rapport de M. Boucly :

« Enfin, dans une de leurs dernières livraisons, les rédacteurs de la JKMto-" t thèque de l'Ecole des Chartes ont annoncé qu'ils avaient l'espoir de «t prt-

\ le catalogue, j'ai prié ttd bibliographe éttnitient et qui ses preuves* M. P. Lacroix, de vouloir bieti se charger n de faire paraître ce catalogue qu'il appuiera sur les Je vente, sur les Factures, les bordereaux et les reçus aux. M. Lacroix a examiné les documents que je posfet il est en tnesùre de donner toUs les éclaircis&emfetots pourrait désirer'.

en Angleterre la note complète des manuscrits vendus par M. Libri. ce cas, leur but serait apparemment de rendre ce catalogue public en :e, et d'appeler ainsi contre M. Libri les réclamations des villes qui y iraient la trace des manuscrits ayant appartenu à leurs bibliothèques. » faire remarquer, pour la dixième fois , que le caractère constant de ,*es inculpations dirigées contre moi par les rédacteurs de la Bibliode l'Ecole des Chartes, c'est qu'il faut admettre d'abord que je suis e, et chercher ensuite des faits pour légitimer cette supposition de cul- , je me bornerai à citer un paragraphe d'une lettre que j ai reçue récemt dans laquelle je lis ce qui suit :

wieurs les experts vous font un grand crime d'avoir vendu vos manusans catalogue. Feront-ils poursuivre M. Barrois, qui vient de vendre les sans catalogue et au même lord anglais? »

arrois, ancien député, jouissant d'une grande fortune et d'une considérès-méritée, avait formé le plus beau cabinet de manuscrits qui fût en entre les mains d'un particulier. Il l'a vendu, et il n'a pas cru devoir, rçner satisfaction aux experts, consacrer plusieurs mois à la rédaction de ilogue. Les magistrats ne pourraient mieux s'éclairer sur une foule de relatives à la manière dont on peut rassembler une collection de mai comme celle que j'ai possédée, au'en consultant M. barrois, dont j'inci le témoignage avec d'autant plus de confiance, que je n'ai jamais eu Hr de me rencontrer avec lui.

îe faut jamais oublier qu'on m'a r pris la plupart de mes papiers : les îe j'ai cités ( voyez page 25) ne prouvent que trop que les quittances et lires des libraires qui se trouvaient chez moi n'ont pas été conservées elles auraient dû l'être ( voyez la lettre de M. Durand, page 50-32). 3 les papiers originaux n'étaient pas entre mes mains, j'ai dû chercher )léer en demandant des factures ou des bordereaux en duplicata, d'après 38 des marchands chez lesquels j'avais fait des acquisitions, ou d'après îès-verbaux des commissaires-priscurs. Il m'a fallu pour cela beaucoup » et d'efforts, et je n'ai pas toujours réussi. Car l'intimidation exercée kte affaire (voyez aux pages 6, 27, etc.) faisait naître de grands obstacles. part, plusieurs personnes qui m'avaient vendu des livres et des manuscrits \è d'exister, ce qui rend très-difficile de retrouver les traces de .certaines Ions. J'ai cité l'exemple remarquable d'un ancien élève de l'Ecole des , qui n'a pas pu prouver qu'il eût acheté un manuscrit qu'il avait en- $nau çt qui avait été dérobé dans une bibliothèque publique (lisez cip. 64 et 65). Cette absence de preuves se rencontre fréquemment; car il arout moment qu'on achète chez des particuliers, on même chez des libraires onquinistes, deslivresou des manuscrits, sans en retirer de reçu. D'ailleurs, ce quî £eut se flatter d'avoir gardé tous les reçus qu'on lui a faits dans sa vie, quand on n'a pas toujours vécu dans le même pays, quand on a traversé des ions, subi des proscriptions? ,1e me servirai d'uneVomparaison triviale : Qui t,par exemple, présenter les reçus de tous les souliers, de toutes les bottes. «les chemises, de tous les bas, de tous les mouchoirs, de tous les pantalons, les chapeaux, de tous les gilets, de tous les habits qu'il aurait achetés et spufa trente ans ? Or, qu'on n'en doute pas, j'ai acheté depuis trente ans ent, frteoftiparaiïement plus de manuscrits que de bottes. Ajoute* à

A une époque de trouble et de réaction politique, il fat permis à un ministre de l'instruction publique, à M. Cartoutes ces difficultés celles qui résultent tic l'état actuel de l'Italie, pays où j'ai acheté tant de livres et de manuscrits à différentes époques; où il n'y a, pour, ainsi dire, pas de ville qui ne m'ait fourni son contingent, et où chacun est depuis un an tellement préoccupé de la gravité des a Ha ires, qu'il est presque impossible d'en tirer aucun renseignement, ('.(miment, par exemple, pourrais-je me procurer de M. tînoato de Venise, qui m'a vendu un très-grand nombre de livres et de manuscrits; comment, dis-je. pourrais-je me procurer de M. Guoato on extrait détaillé de ce qu'il m'a vendu? J'en pourrais dire autant de M. Branca de Milan et de vin^t autres lihi aires italiens.

Néanmoins, je n'ai pas reculé devant cette œuvre difficile, pour laquelle M. Paul Lacroix veut bien me prêter son excellent concours. Je ne saurais assez le remercier d'avoir voulu, dans le seul intérêt de la vérité et de la justice, se charger de cette tâche laborieuse et ingrate. Nous voulons publier un catalogue des manuscrits (pie j'ai possédés, lequel catalogue sera complété par les documents qui en constatent l'acquisition. Plusieurs volumes de prix se trouvaient depuis longtemps dans ma famille, et il en sera fait une mention particulière avec les preirves à l'appui. Je ferai connaître la bibliothèque considérable que j'avais formée en Italie et de l'existence de laquelle j'ai déjà donné des preurei ailleurs (voyez plus loin. pag. 511 et 312). M. Lacroix fera connaître en même temps la manièredont se sont faits ces achats. Il établira pour ainsi dire mon budget, mes revenus, mes dépenses et les sommes que j'employais annuellement en achat de livres. 11 fera connaître les emprunts que j'ai faits "dans le but d'acheter certaines collections. 11 publiera les certilicats des banquiers qui prouvent, leurs livres en font foi, que ma mère m'a envoyé depuis 1831 une somme de 53,916 fr. . qui ont servi à acheter des livres : qu'elle a acheté et payé nour moi en Italie la grande collection des manuscrits du marquis Pucci, qui a coûté environ 48,000 fr. et qu'elle m'a ensuite envoyée en France, sans compter d'autres dépenses fort considérables qu'elle a faites pour mon compte , en livres. D prouvera, ce que j'avais déjà dit dans ma Réponse au Rapport de M. Boucly,que chez six libraires et un commissaire-priseur seulement, j'ai acheté, depuis l'année 1830, pour plus de 103.000 fr. de livres ; il prouvera en outre, d'après les docu- ! ments originaux :

Que j'ai acheté chez MM. Payne et Fo«s, à Londres. . 542 manuscrits.

Outré, une grande collection de chartes et un grand nombre d'autographes.

Chez M. Rodd, de Londres, en 1837 et 1838 seulement. . . 66 manuscrits-

A la vente (iianlilippi. qui a eu lieu à Paris 278 manuscrits.

Qu'à la première vente Boutourlin seulement, faite en 1830, à Paris, j'ai aelieté pour 8,072 fr. de livres. Sur cette somme, la plus grande partie a été employée en achat de manuscrits.

Que j'ai acheté en Italie, en 1840, la grande collection des manuscrits Pucci. payés par ma mère, et qui contenait . . . 533 manuscrit*;

Enfin que par l'entremise de M. Tilliard, libraire très-connu de Paris, j'a* acheté neuf manuscrits qui m'ont coûté quinze mille sept cent soixante et quinze francs.

Les manuscrits compris dans ces divers articles seulement, et dont plusieurs se composent d'un grand nombre de volumes, font un total de quinze cents vo-' hunes environ, auxquels il faut ajouter ce que j'ai acheté dans une foule d'autres ventes, chez beaucoup d'autres libraires, chez des particuliers, etc., etc. Enfin, sans parler d'autres acquisitions considérables que j'ai faites en France, en Italie, en Suisse, en Angleterre, j'ai acheté, en une seule fois, cent dLr-neuf volumes reliés de lettres autographes et d'écrits originaux des hommes les plus illustres, à partir du quatorzième siècle. Cette collection contenait plus de vingt mille lettres autographes achetées en bloc et sans catalogue descriptif, comme cela arrive très-souvent. (Voyez plus loin. pag. 208 et suiv.)

Tout cela sera dit. prouvé, démontré, dans le catalogue que M. Paul Lacroix a bien voulu m'oflrir de rédiger. Tout ce trouble, tout ce travail, toutes cw

not, de s'appuyer sur des dénonciations anonymes, et sur un document repoussé par l'Europe entière * pour désigner, pour imposer 9 presque à la justice une Commission composée d'hommes qui, dans un langage bien empreint des mauvaises passions du moment, déclaraient simplement qu'ils voulaient me faire pendre*; j'espère que dans un temps de calme et de réhabilitation, un ministre qui doit vouloir être réparateur ne se refusera pas à s'appuyer sur les preuves nombreuses et matérielles que je remets entre ses mains, pour charger des hommes indépendants et éclairés de chercher la vérité dans une affaire à laquelle l'honneur d'un membre de l'Institut est attaché, et qui touche à la fois aux intérêts les plus graves des principaux établissements littéraires et scientifiques de l'Etat.

Agréez, Monsieur le Ministre, l'hommage de ma considération la plus distinguée.

Guillaume LIBRI.

peines auront été nécessaires pour saper l'échafaudage élevé contre moi pap la malveillance et la calomnie, et pour me laver du crime énorme d'avoir travaillé pendant trente ans à former une grande bibliothèque I

1 Voyez pages 10, 83, 102, etc.

1 Lisez pages 18, 103.

1 Voyez ci-dessus, page 6.

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