III. Caractères intermédiaires
3 1 • La séparation des signes idéographiques et phonétiques n'est pas aussi nette ni aussi décidée que/ V on serait porté à le croire si l'on ne considère que la plus grande simplification qu'un inventeur aurait pu donner à ce système composite* Mais justement parceque les Egyptiens étaient
(5i) J'ai encore admis deux signes que j'ai note par un astérisque parcequ*ils n'appartiennent pas à Talphabet général proprement dit. Le premier signe qui parait représenter un noeud de corde se trouve employé pour Q ^^ OU ™^'^ ^^^^ rarement dans les temps pharaoniques, et dans ces cas il n'est jamais remplacé par un signe homophone , preuve évidente qu'il avait une valeur spéciale. L'autre signe Isl faucille pour JUt se trouve au commencement de plusieurs paroles , notamment en iUt.6XO 9 voir ; UtHX, la vérité; UtOYX le lion ; 110X6 , V éclat, et quelques autres; alors il ne varie pas non plus, de manière qu'il aurait fallu le mettre sous num. II. s'il eut été joint à une lettre constante. Il paraît cependant que ce sont toujours des voyelles qui suivent, surtout le bras ou l'aigle*
partis d^une écriture idéographique et que Fécriture pbo«
nétique n était chez eux qu'un développement ultérieur de leur écriture primitive et indigène , non une invention fiurvenup du dehors y ils ne pouvaient ni se détacher entièrement du principe idéographique , comme d'autres peu* pies r ont fait, ni parcourir le long chemin qui mène au phonétisme pur sans conserver beaucoup de traces des degrés intermédiaires par où ils avaient passé.
32* Pour moi c'est un fait, une conviction acquise 9
qui repose sur bien des observations analogues que \e ne
puis produire ici, que, ni les peuples sémitiques, ni les In«
diens, ni d'autres peuples qui se servent d'une écriture es*
sentiellement syllabique n'ont développé cette écriture chez
eux; que c' est une écriture née autre part , soit chez les
Égyptiens , soit chez un autre peuple qui se servait d'une
écriture idéographique* Je le crois par la raison même
que cette écriture syllabique n' a conservé aucune trace
d'un degré antérieur dont elle serait partie , et qu' elle
suppose pourtant nécessairement*
33* Il en est de 1' écriture et de beaucoup d* autres sciences et arts , comme des plantes et des arbres fruitiers qui ne se peuvent régénérer, ni porter des fleurs ou de^ fruits d'une espèce plus noble et plus développée , qu'après avoir été transplantés dans un nouveau sol* Nous voyons en effet se répéter ce phénomène dans les écritures de l'Europe, qui sont devenues purement alphabétiques du moment où elles ont été implantées chez nous , et n*ont conservé aucune trace de l'écriture syllabique dont elles sont pourtant originaires. Les alphabets phénicien, hébreu, san^ scrit et d'autres , quoiqu'ils eussent déjà développé de bonne heure quelque chose d' analogue à notre écriture de voyelles et de consonnes, ne pouvaient cependant jamais se détacher du principe enraciné de procéder par syllabes. Comme le nouveau caractère, le progrès décidé de Té-
criture européenne doit par conséquent nous être la prett«ye la plus forte que son développement primitif n'appartient pas aux peuples de l'Europe , que c'est une plante exotique et transplantée chez nous qui a poussé ce nouyeau germe , ainsi , parceque nous trouvons dans l'écriture égyptienne non seulement le principe alphabétique et te principe sjllttbique y mais encore les traces de la premi^ re enfance de l'écriture , le principe idéographique y qui même a pénétré et domine jusqu'à un certain point toutes les autres parties y j'y trouve la preuve la plus évidente que cette écriture est née en Egypte et s'est développée en Egypte sans aucune influence ou importation du dehors. Voyons maintenant comment en effet la tendance profonde et innée de parler aux yeux par des images ou par des symboles se manifeste partout , comment ce principe idéographique c^est entrelacé, pour ainsi dire, de la manière la plus variée et la plus gracieuse avec le prin« cipe phonétique qui, quoique devenu la partie la plus importante de récriture, ne semble pourtant qu'accompagner, qu'illustrer autant que cela paraissait nécessaire , les signes idéographiques qui furent toujours recherchés avec une cex^ taine prédilection.
1* Caractères initiaux JCune uafeur phonétique spéciale^
34. Nous trouvons d' abord une foule de mots qui , exprimés autrefois par des signes idéographiques seulement et transcrits plus tard en lettres phonétiques, ont pourtant conservé pour première lettre phonétique le signe idéographique même. On voit que par cela on ne changeait rien au principe même d'après lequel on avait créé les signes phonétiques ordinaires. La croix ansée par exemple (pL A* IL n. 3.) était le symbole de la vie y i^li^^
On aurait pu admettre ce signe comme OU dans Talphabet général aussi bien que la chouette 11.0Y?\&Z pour iUt.,ou Taigle, d.i^OUiit , pour &• On ne Ta pas fait parcequ^il fallait se restreindre à un certain nombre* Mais on a excepté un seul cas, savoir le mot CJUJt/Ô même, le seul mot dans toute la langue sans exception oii ce signe représente la lettre OU. On ajoutait le Jt et le ;^ de Talpbabet général et réunissait ainsi Récriture idéographique et phoné^ tique dans un seul groupe. De même la table iToffrande sert exclusivement comme OU pour la parole OUTIT, offrir; le luth coTomQ N pour la parole Jt^j p', ion, bien, bien'» faisant^hi tête f^omme à* pour &ne , le premier (52) etc* On pouvait, de cette manière, employer chaque signe figuratif ou symbolique au moins une fois phonétiquement , savoir dans la parole même dont il est le symbole et dans %es dérivés (ô3). 11 fallait donc d'abord séparer , dans Tal-
(Sa) Ghampollion Gr. p. *i^o< s* est singulièrement trompé sur ce groupe. Comme il n*avaît pas trouve' la tête ailleurs pour &jii croyait que dans ce groupe qui se rencontre très souvent dans le sens de premier , la tête était symbolique et le carré l'article masculin, et le traduisait par le mot vulgaire gOTIT ou CAJODIT qui ne se trouve point dans le dialecte sacré des hiéroglyphes. Mais l'i^rticle masculin n'est jamais placé après son substantif, et il aurait au moins dû revenir de son erreur en trouvant le féminin d.n-T (pl.B.n.53 aj et la forme plus complète <J.ni (n-53 1>). On rencontre souvent pour variante le poignard (pi. A. Vll.b 26«) qui doit par conséquent être transcrit aussi par &n6« Le diale^ cte sacré formait donc le mot premier , princeps du nom de la tète même , d^ITB ^^ copte; c'est ce qui explique le <ihoix de rhiéroglyphe qui souvent se trouve aussi seul. Le mot s' est conservé dans le dialecte memphitique ^^6 avec le sens de primus , princeps , voy. Peyron.
(55) On trouve par exemple la branche d'nne certaine plante dans plusieurs mots qui ont ()e 1' affinité vraie ou imaginée av«c
COTTJt le ^o^-
phabet de ChampoUion ^ tous ces signes d^une t^eur phonétique toute spéciale, et )*en ai donné un choix sur nO' tre planche A. n. IL , en les rangeant au dessous des lettres phonétiques générales et en ajoutant leurs complémens qui sont toujours écrits en lettres ordinaires.
35. On comprend maintenant pourquoi on pouvait employer presqu'arbitrairement et souvent seulement d'après le besoin calligraphique, ou le seul signe initial, qui alors est idéographique, ou bien tout le groupe, dont il faut alors regarder le premier signe, mais uniquement pour ce cas, comme phonétique. ChampoUion avait par conséquent tort de renverser la question en appelant abréviations les signes idéographiques auxquels on ajoutait quelques fois leurs complémens phonétiques (54). Je n*ai pas encore rencontré une seule véritable abréviation phonétique. C' est uue de ces méprises auxquelles Tadmirable génie de ChampoUion fut exposé par la nécessité , si heureuse sous beaucoup d'autres rapports , de fonder son premier alphabet phonétique sur l'analyse des noms grecs et romains dans lesquels il rencontrait en effet plusieurs signes employés phonétiquement et sans distinction, qui dans les temps pharaoniques avaient une valeur ou symbolique ou phonétique limitée* Mais ce n'était qu'un abus des temps postéiûeurs où on se permettait d'étendre le principe du pho^ nétisme bien au-delà des limites primitives , une espèce d'ostentation savante qui souvent aussi a rendu l'interprétation des inscriptions défigurées de cette manière du temps des Grecs et Romains, plus difficile que celle des inscriptions pharaoniques.
36* C'est ce qui nous a aussi engagé à séparer pour la première fois les caractères qui ne furent employés phonétiquement que dans les noms des empereurs ro"
(54) Toy. la Gramm. p. 64- sqq.
SI mains et qui aulreibis étaient tous ou symboliques ou initiaux. Je les ai arraifgés sur la pL A. sous n. III, de même que les signes iaitianZ) d*après Tordre des caractères de l'alphabet général*