LETTRE AM. MAGENDIE
dais par ces cas ordinaires, en ajoutant de suite, comme on peut le voir dans la note à la page 398 de ma Méthode ïatraleptique : « Souvent j’ai vu disparaître les symptômes,
» tels que chancres , ‘poireaux , bubons réunis sur le même «sujet avant le quatrième grain , et j’ai cessé l’emploi du » remède sans que les malades aient à se plaindre de ne l’a- »voir pas continué plus long-temps. Je vois tous les jours «des gens que j’ai guéris il y a plus de dix ans * , par «l’emploi de trois grains de muriate, et qui se portentpar- «faitement. «
Il ne me serait pas difficile de prouver ce que j’ai avancé j que dans les cas ordinaires , je le répète, quatre grains suffisent pour guérir , en rapportant un grand nombre d’observations de divers praticiens , et même que plusieurs fois il n’a fallu en administrer que trois. Ayant confié au docteur Legrand le soin de convaincre par une grande masse de faits, je me contenterai de copier l’observation neuvième de la thèse que soutint à la Faculté de' médecine de Montpellier , sur V efficacité du muriate d'or et de soude dans la syphilis et autres maladies du système lymphatique^ M. Deslouches, chirurgien major du régiment de Montpellier , corps royal du génie , homme très distingué par son mérite et par sa loyauté.
G Le sapeur Lecompte , âgé de vingt-deux ans , d"un » tempérament sanguin très prononcé , qui n’avait jamais » eu de maladie syphilitique, me consulta dans le mois d’août » 1817 , pour lui indiquer un traitement qui le délivrât de » chancres si nombreux sur le gland , qu’ils en couvraient « toute la surface : il n’y avait pas plus de quinze jours «quh'l avait connu la femme qui l’avait infecté , et ces uL
Aujourd’hui je puis dire, depuis viugt-sept ans.
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Mcères avaient paru depuis huit. Un phimosis vint bientôt » se joindre aux premiers symptômes syphilitiques, et il »se manifesta une inflammation assez vive dont je devais » prévenir les suites , le sujet étant surtout fort vigoureux : » néanmoins , cet état inflammatoire me paraissant borné » aux parties infectées , je me contentai de prescrire des » bains locaux dans la décoction de fleurs de mauve, qui » servit également à des injections entre le gland et le pré- »puce ; je Ils aussi dispenser le malade du service. 11 s’é- » coula quinze jours avant que je pusse administrer le mu- »riate, mais ce terme passé , et quoique le phimosis «existât encore, j’en fis commencer l’usage sans aban- » donner celui de la décoction en injections et en bains. «Deux jours étaient à peine écoulés depuis l’emploi du sel «triple , qu’on put facilement mettre le gland à découvert : «je ne trouvai pas moins d’étendue dans l’ulcération ,’ l’in- «llammation était seulement diminuée , j’insistai sur les » bains locaux, et je fis recouvrir les ulcères de plumasseaux «garnis de cérat de Galien. Je m’attendais à voir, comme « dans les cas précédents , les chancres cicatrisés au com- » mencement de l’emploi du troisième grain du sel triple î » mais il y en avait trois assez profonds et étendus dans «un état stationnaire après l’emploi du quatrième grain ; «si c’eût été 'mon coup d’essai , peut'être aurais-je soumis » Lecompte à un traitement mercuriel, en accusant le pre- » mier d’insuffisance. L’aspect vraiment atonique des ulcè- «res me fit penser qu’ils étaient entretenus par une débilité «locale que j’avais pu même déterminer en faisant insister «trop long-temps sur les applications émollientes , et que «le virus syphilitique n’y était plus pour rien; plein de cette «idée, je touchai les chancres avec le nitrate d’argent s fondu ; la première application me prouva, parles chaii-
«gements favorables qui survinrent, que j’avais eu raison » la seconde, faite trois jours après, ajouta tellement au bien » qu’avait produit la première, que, cinq jours s’étant écou- »îes, il ne resta plus que des cicatrices solidement établies.
«Cette maladie fut suivie par un jeune médecin anglais «qui désirait connaître les effets des préparations d’or «contre la syphilis ; il resta convaincu que, dans ce cas,
» ils avaient été heureux. »
Le même praticien me fournit encore dans la même thèse la preuve que je n’ai rien avancé inconsidérément en annonçant que rarement il hdlait plus de quatre grains de muriate dans les cas que j’ai appelés ordinaires de syphilis. J’emprunte son langage.
«A l’exemple de M. le docteur Ghrestien, et d’après ce » qu’il dit , j’ai commencé l’emploi du muriate frictionné «sur la langue ( en ma présence quand j’ai soigné des sol- « dats ) par un quinzième de grain , ne faisant faire «qu’une friction par jour, et , autant que la chose était «possible après que les malades avaient mangé , afin que «la langue , plus dépouillée par la mastication , fût mieux «disposée à une absorption plus complète; l’opération du- «rait une minute, et le sujet avalait la salive après l’avoir «gardée quelques instants dans la bouche. Le premier «grain de sel triple , associé à deux grains de poudre d’iris «parfaitement réduit à la partie ligneuse , épuisé en quinze «jours je suis venu à un quatorzième de grain, puis à un «treizième et ainsi de suite; rarement ai-je été obligé » d’employer plus de trois grains de muriate pour obtenir «la guérison des maladies récentes, tandis que d’autres «praticiens en emploient de plus fortes doses dans les » mêmes cas : ce qui m’a prouvé que le docteur Chrestien « avait eu raison de me dire avoir observé que l’exercice et le
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» travail, même forcés, favorisaient l’action du médicaments «Deux grains de muriate ont suffi en général pour dissiper » les symptômes , etj ai administré le troisième pour mieux «assurer la guérison : jamais nul accident ne m’a fait sus- «pendre l’emploi du remède, quoique les malades que je » traitai fussent exposés à toutes les intempéries des saisons » et de l’air »
Je ne bornerai point à ce que je copie de la thèse de M. Destouches , les preuves que je n’ai rien avancé de trop
* Dans mon mémoire a l’Institut, envoyé quelques années avant que IVI. Destouclies soutint sa these, j’ai consigné que dans les hôpitaux, dans les maisons de réclusion surtout, où le genre de nourriture et 1 inaction jettent, entre autres causes, les sujets dans un état d’atonie plus ou moins prononcée , les doses de mes préparations d or doivent être plus fortes que chez les hommes qui jouissent de toute leur liberté , se nourrissent convenablement et se livrent à des occupations.
* Ai-je eu tort, d’après ce que fait observer M. Destouches que les malades qu’il a traites ont guéri sans accidents, quoiqu’ils eussent ete exposes a toutes les intempéries des saisons et de l’air , d’avancer dans mon ouvrage (page 547) que ma méthode laissait a ceux qui y étaient soumis la faculté de vaquer à leurs occupations
ordinaires, quelle que fût la température dans notre climat ?
Le docteur Weter, de Mulhouse , où la température est infiniment plus basse qu’à Montpellier, m’a marqué dans le temps que la plupart des malades qu’il a traités par mon muriate (il en a soigné un très grand nombre) avaient été guéris par l’administration de quatre grains, et plusieurs par celle de trois, en se livrant à leurs travaux accoutumés; mais chez d’autres aussi il a fallu en administrer six, sept et huit grains. ■— Le baron Girardot, praticien très distingué de Varsovie , m’a appris qu’il avait guéri d’une syphilis, pendant un hiver fort rigoureux, un militaire en activité de service, sans qu’il y ait manqué un seul jour; mais dans ces
régions glaciales il faut administrer trente et quarante grains du sel aurifère.
en (lisant qu’en général quatre grains de muriate d’or suf~ lisent dans des climats tempérés comme celui où je vis pour guérir les maladies syphilitiques primitives. Sans en faire l’histoire je parlerai de dix guérisons opérées sur des soldats du régiment de Rennes , artillerie à pied, en garnison à Toulouse , par trois grains dé muriate d’or administrés à chaque malade sous la direction de M. Mignot , chirurgienmajor de ce corps ; tous les sujets étaient atteints de chancres et de bubons. Écrivant à ce confrère estimable pour le remercier de l’attention qu’il avait eue de me donner l’historique des maladies et de me communiquer les succès des traitements faits à la caserne sans qu’aucun soldat suspendît son service , ce qui est attesté par l’état-major du régiment , je ne pus m’empêcher de lui témoigner les craintes que m’inspiraient d’aussi petites doses de muriate , aucun sujet n’ayant dépassé le troisième grain. M. Mignot surveilla la santé des militaires dont il est question, et m’annonça quelques années après qu’ils se portaient tous bien sans qu’il se fût manifesté chez un seul le plus léger symptôme consécutif.
Afin de ne pas rester dans une erreur meurtrière , et ne pas y jeter ceux qui auraient eu confiance en ma méthode , j’ai voulu savoir de M. Destouches s’il s’était aperçu de l’insuffisance de la dose qu’il dit avoir employée le plus communément; je lui ai écrit, sa réponse a été négative; il m’a même marqué qu’il obtenait des succès si constants de l’emploi du muriate , qu’il ne tenait plus de notes des traitements faits par ce remède.
M. Audibert , médecin de l’hôpital militaire de Mont- Dauphin , en administre de quatre à cinq grains dans les maladies primitives, les sujets étant traités dans l’hôpital même , circonstance qui le met probablement dans le cas
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(l’élever la dose plus haut que ne l’ont fait MM. Destouches et Mignot : la température de Mont-Dauphin , plus basse que celle de Montpellier et de Toulouse, y contribue peutêtre aussi.
Combien on a raison de dire qu’il n’y a que le premier pas qui coûte 1 Je croyais n’avoir pris la plume que pour rectilier un fait, et je vais m’en servir encore pour présenter quelques réflexions relatives à l’administration de mes préparations d’or en relevant, par occasion , ce qui m a paru , dans le Formulaire de M. Magendie, tendre à atténuer les bienfaits de ma méthode , et en retarder les progrès. Qu’il est fâcheux qu’un homme aussi recommandable que lui ne l’ait pas employée ! il en aurait dit du bien , et elle aurait été adoptée plus vite , car j’ose me flatter qu’elle le sera généralement tôt ou tard. La pratique de l’inoculation de la petite-vérole, celle de la vaccine qui a fait abandonner la première , n’ont-elles pas eu pour s’établir de grands obstacles à surmonter? L’usage de l’antimoine n’a-t-il pas été proscrit par arrêt du parlement de Paris, en i556 , à la sollicitation de la Faculté de médecine de cette ville? Le même parlement n’en a-t-il pas permis l’emploi cent ans après? Et cette substance n’a- t-elle pas fourni , entre autres préparations utiles , le tartrate de potasse antimonié , un des plus puissans remèdes que possède l’art de guérir ?
Il n’en sera pas de mes préparations d’or comme il en a été de 1 antimoine , et il ne faudra pas, comme pour celui-ci , un siècle pour qu’elles soient généralement employées. On rejeta l’antimoine par la raison que les préparations qu’on en avait faites étaient mauvaises et produisaient des effets meurtriers , tandis que les oxides et le muriale d’or que j’ai fait connaître étaient parfaitement
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confectionnés , et que je n’en ai publié les propriétés qu’en les appuyant sur un nombre considérable d’observations qui en démontraient l’efficacité. Abstraction faite de quelques motifs particuliers que je passe sous silence, et qui suscitent des ennemis à ma méthode , elle serait infiniment plus répandue si les praticiens qui en ont obtenu des succès les avaient fait connaître , si plusieurs des gens de l’art qui l’ont employée n’avaient pas voulu changer le mode d’administration que j’ai indiqué, et ne s’étaient pas servi , dans les cas où l’or en substance et les oxides auraient mérité la préférence, du muriate à des doses beaucoup trop élevées, lors même que c’eût été la préparation la plus convenable.
Je crois devoir ici chercher à fixer d’une manière presque sûre les doses auxquelles il convient de s’arrêter dans le traitement de la syphilis primitive , récente ou non ; et la règle que je vais établir sera applicable dans tous les climats , en faisant observer que la quantité de muriate à employer doit être plus considérable dans les pays où l’excitation est plus difficile à obtenir, soit par l’influence d’un froid excessif qui émousse la sensibilité , soit par celle d’une très grande chaleur qui amène l’atonie. Cette influence est à peine marquée dans le pays que j’habite ; mais on l’observe d’une manière très prononcée à Varsovie et à l’île Bourbon ; de sorte qu’en Pologne et dans la partie d’Afrique que je cite, il faut, pour obtenir les efîets qu’on obtient ici au moyen de cinq ou six grains de muriate , en administrer jusqu’à trente et plus , en débutant même par un huitième de grain , et arrivant rapidement à un cinquième , un tiers , un demi-grain et même un grain par friction.
Il semblerait, à juger sans réflexion, et en voyant d’après les observations des docteurs Gozzi et Niel et du
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docteur Rlsueno, de Carlhagène, que dans plusieurs cas ia syphilis traitée par le muriate a été guérie par des sueurs abondantes; il semblerait, dis-je, que le climat de l’île Bourbon devrait favoriser l’action de ce remède; mais, en y réfléchissant, on doit établir une bien grande dilFérence entre la sueur provoquée par une excitation médicatrice et celle qui a eu lieu par l’eflet d’un climat brûlant qui énerve. Sous ce climat, il est indispensablement nécessaire d’opposer un stimulant plus énergique à la cause permanente de la débilité , qui est la sueur. Je pourrais établir un parallèle entre celle-ci et celle qu’on observe dans le commencement de certaines maladies; symptomatique alors , elle devient dangereuse par ses effets débilitants. Mais revenons à la règle que j’ai annoncée.
La période inflammatoire passée * , on commencera par un grain de muriate d’or et de soude mêlé avec deux grains d’iris de Florence , privé par l’alcool et l’eau de toutes les parties solubles, et divisé en quinze fractions dont on frictionnera une chaque jour sur la langue Quand
« On ne me reprochera pas, j’espère, de n’avoir pas pre'venu de laisser passer cette période, puisque je dis, dans ma méthode ïatraleptique (page 042), que j’ai observé ordinairement que dans les véroles récentes, et lorsque les symptômes annoncent la période inflammatoire , ceux-ci s’exaspèrent par l’action du muriate, donné même avec prudence.
Ce que je n’ai pas dit , et que je dois faire observer, c’est que si l’inflammation ne se manifeste que sur les bubons , on ii’a pas besoin d’autant de retenue , l’expérience m’ayant appris que ia résolution avait eu lieu sous faction du muriate, quoique tout annonçât l’ouverture assez prochaine de la tumeur.
^ Je conseille de faire la friction après le repas , par les raisons exposées dans ce que j’ai copié de M. Destouches , à qui j’en avais fait part ; je rappellerai qu’il faut, de suite après l’opération , la-
même les symptômes inflammatoires disparaîtraient pendant l’emploi de ce premier grain , on ne devrait pas se dispenser d’administrer le second et le troisième. On ne pourrait pas raisonnablement croire que celle disparition fût l’efTet du remède, s’il avait existé des bubons volumineux, des excroissances, des ulcères profonds; l’expérience ayant appris d’ailleurs que quelquefois ces symptômes se dissipent sans traitement , sauf l’exception qu’on ne traitât des sujets tellement sensibles à l’action du muriale qu’il ne fallût qu’un grain, peut-être moins de celte préparation, pour procurer, à un degré suffisant, l’excitation que j’appelle sut generis , que je crois indispensable pour la guérison de la vérole, et qu’elle ne se manifestât par une sueur abondante et par des urines copieuses décidant une crise complète , comme l’a vu M. Niel (voyez son ouvrage) et comme l’a observé le célèbre praticien de" Carthagène dont j aurai occasion de parler plus bas , en rapportant deux faits qu'il a eu la bonté de me communiquer, faits si étonnants qu’ils sortent de la règle générale que je vais continuer d’exposer.
La sensibilité du sujet n’obligeant pas d’abandonner le muriale avant d’en avoir administré trois grains , le second en quatorze fractions et le troisième en treize, on ne dépasserait pas cette dose au cas que les symptômes eussent disparu pendant l’emploi du second grain , ou par les trois ou quatre pi'emières fractions du troisième : mais si la disparition n’avait lieu que par les dernières fractions de celui-ci , on aurait recours au quatrième , au cinquième,
ver le doigt dont on se sera servi , pour qu’il ne prenne pas une couleur pourpre , et qu’on ne doit pas être surpris si la langue prend une teinte noire.
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au sixième, etc. , d’après ies conditions que je viens d’é~ lablir , et en diminuant toujours d’une fraction chaque' nouvelle subdivision.
Je puis assurer que je n’ai jamais été obligé de dépasser le quatrième grain dans la cure des maladies primitives , surtout récentes, que lorsque la syphilis a été compliquée de scrophules. 11 m’est arrivé plusieurs fois , dans des cas pareils , d’avoir besoin de plus de quatre grains de muriale pour dissiper les symptômes vénériens, et même une fois dissipés, j’ai continué long temps ce remède, sans provoquer les accidents qui ont eu lieu sur deux sujets non scrophuleux qui , malgré mes avis, usèrent du muriale après la disparition des symptômes contre Télément desquels je, l'avais administré. Gomme de pareils accidents pourraient se présenter sur d’autres individus et étonner les médecins qui en seraient témoins, je crois utile de donner l’histoire de ces deux cas.
Consulté par un jeune homme de vingt-deux ans , d’un tempérament bilieux , d’une constitution forte, qui, depuis plusieurs semaines, était atteint d’une maladie syphilitique, caractérisée par deux chancres sur la face interne du prépuce , un bubon à l’aine gauche , et une blennorrhagie , je conseillai l’usage du muriate , en le commençant par un quinzième de grain. Le malade ayant débuté par cette dose , et en suivant les gradations que j’ai indiquées , avait vu disparaître tous les symptômes avant d’avoir commencé l’emploi du quatrième grain , qu’il prit cependant en douze fractions , quoique j’eusse recommandé de ne pas pousser plus loin le traitement; le sujet , dans l’espoii* d’une guérison plus assurée , consomma encore deux grains, l’un divisé en onze fractions et l’autre en dix : cela fut fait à mon insu.
A peine la flernière dose eut-elle été employée , qu’il survint un engorgement hémorrhoïdal très considérable, nouveau pour le jeune homme , des excroissances vers l'anus en nombre infini , accompagnées d'un écoulement abondant d’une matière que le malade croyait être du pus , et qui n’était que lymphatique. Effrayé de ces accidents, il se fit examiner par un homme de l’art instruit , qui augmenta beaucoup ses inquiétudes, en lui annonçant que tous les phénomènes qu’il éprouvait étaient dus à un déplacement du virus syphilitique, et qu’un nouveau traitement était indispensable ; mais , avant de s’y soumettre , le sujet voulut connaître mon opinion.
Je ne partageai pas celle que je viens de communiquer ; je ne vis dans ces accidents détaillés que les effets d’une excitation exubérante du système lymphatique , et avec d'autant plus de raison que les excroissances étaient moins frangées , plus lisses , moins dures et plus blanches que ne le sont les excroissances syphilitiques. D’après les caractères de celles que j’avais sous les yeux , et que M. Fages vit comme moi (je l’avais prié de les examiner, dans la crainte de me faire illusion, et me rappelant d’avoir été témoin d’un engorgement considérable des glandes inguinales , provoqué par l’usage trop soutenu du muriale quoique je n’eusse atteint que les fractions du quatrième grain , après la disparition des symptômes vénériens, et que j’ai rapporté dans ma Méthode ïatraleptique , page 4i i ) , je ne craignis pas d’affirmer au malade que ce qu’il éprouvait n’appartenait pas au virus syphilitique , mais était dû à une surexcitation , et je ne prescrivis que des bains , des boissons rafraîchissantes, un régime analogue et des lotions d’eau fraîche. Les inquiétudes du malade augmentèrent lorsque sa bouche fut garnie d’aphthes, que la langue s’ul-
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céra dans plusieurs points , que les cheveux et la barbe tombèrent, et que les sourcils se dégarnirent. Il ne fallut rien moins qu’une grande confiance en moi pour le garantir d’un découragement funeste auquel le portait encore un dégoût absolu pour toute sorte d’aliments. La continuation des moyens que j’avais prescrits, l’éloignement de l’époque où la surexcitation avait eu lieu et un voyage ramenèrent une santé parfaite.
Le malade qui me fournit le second cas, était un voyageur , âgé de trente ans , fortement constitué , d’un tempérament bilioso-sanguin , portant depuis plusieurs semaines trois chancres sur le gland et un bubon à chaque aine. Passant à Montpellier, vers la fin du mois d’avril, peu de jours avant que le premier sujet m’eût fait part de l’état fâcheux où l’avait mis son imprudence , il vint me consulter : ne pouvant s’arrêter , il se munit de six divisions de muriate , la première en quinze fractions , et la sixième en dix, en suivant les gradations accoutumées. Je ne manquai pas de le prévenir que si les symptômes étaient dissipés pendant l’emploi des premières fractions de la troisième division, il ne devaitpas pousser le traitement plus loin; que si la guérison ne se manifestait que vers la fin de cette division , il userait la quatrième , et qu’il se conduirait d’après cette règle pour la cinquième et la sixième , en l’assurant que j’étais fortement persuadé que les deux dernières lui deviendraient inutiles. Je crus prudent de les lui faire emporter, parceque , dans le cas où , contre ce que m’avait appris une très longue expérience , le mal résistât à l’administration de quatre grains de muriate , il n’aurait trouvé nulle part aussi bien que celui que je lui avais fait fournir.
Près de trois mois après, je reçus de ce malade une lettre datée de Limoges, par laquelle il m’annonçait qu’au iné-
pris de mes instructions , il avait employé les six divisions de muriate, ciuoicju’après Tiisage de la troisième il eût été délivré des chancres et des bubons , et qu’il lui était sorti des excroissances occupant depuis la première courbure de la verge jusqu’au-dessus de l’os sacrum. Il réclamait mes conseils en me priant de lui adresser, le plus promptement possible, ma réponse à Bordeaux.
Persuadé que les excroissances dont il se plaignait étaient de même nature que celles que j’avais vues sur le premier sujet , attendu qu’elles reconnaissaient la même cause , je conseillai les mêmes moyens que dans le cas précédent , en affirmant au malade que l’accident qui l’avait tant effrayé n’aurait pas la moindre suite fâcheuse.
Il s’était écoulé une vingtaine de jours depuis ma réponse , lorsque je reçus chez moi le sujet, dont la santé générale était excellente, mais à qui il restait beaucoup d’excroissances , quoiqu’elles fussent en moindre quantité qu’à son départ de Bordeaux, où il n’avait pu prendre que trois ou quatre bains domestiques,* les seuls moyens dont il avait usé en route , avaient été quelques verrées de sirop d orgeat et des lotions d’eau fraîche. Les excroissances m’ayant offert les caractères que j’ai dépeints dans l’observation précédente , je n’eus pas la plus légère crainte sur leurs suites. Je ne pus faire partager ma sécurité au malade , à qui trois médecins qu’il avait consultés à Bordeaux avant qu’il n’eût reçu ma lettre, avaient annoncé un déplacement du virus et la nécessité indispensable de faire de suite un nouveau traitement. J’obtins cependant qu’arrivé chez lui , où il devait prendre deux mois de repos , il en employât au moins un à suivre un régime adoucissant, et à faire usage de bains , de bouillons rafraîchissants, de petit-lait, etc.
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Le lendernaîn de son départ de Monlpellier, j'eus la visile du premier individu, qui jouissait de la santé la plus brillante, entièrement délivré de ses excroissances, les cheveux , la barbe étant revenus en grande partie, et les sourcils se garnissant de nouveau.
Je m’empressai d’instruire le second sujet de l’état sallslaisant dans lequel j’avais vu celui dont il vient d’être ({ueslion, et j’eus l’extrême satisfaction d’apprendre, quinze jours après que je lui eus écrit, que, malgré la fatigue du voyage, fait toujours à cheval , pendant une saison encore bien chaude, il n’avait plus d’excroissances.
J’ai eu occasion de le voir plusieurs années après , se j)ortant à merveille ^
En supposant que pendant ou après l’emploi du quatrième grain les symptômes restassent stationnaires, sans signes d’excitation , on devrait augmenter la dose du remède et en donner un huitième de grain , un sixième, etc. , sauf à revenir h une dose moindre , sitôt qu’on aurait réussi è stimuler la sensibilité
On pourrait même associer è l’usage des frictions celui du muriale ou de l’oxide à l’intérieur (comme celte pra-
* M. Duffour, médecin très distingué, qui pratiquait à Paris, et dont on a à regretter la perte , m’écrivit , il y a quelques années, avoir été témoin plus d’une fois de pareilles excroissances par la même cause, et qu’elles avaient cédé au temps et aux antiphlogistiques.
® Il ne m’est point arrivé de cas de syphilis récente où j’aie eu besoin de forcer la dose du remède ; mais ils se présentent dans le traitement des véroles constitutionnelles , pour lesquelles on peut suivre les règles générales que j’établis , en insistant un peu plus sur l’emploi des préparations d’or après la disparition des symptômes, que lorsqu’il s’agit de maladie primitive.
LETTRE A M. MAGEWDIE ,
tique appartient h M. Niel , on devrait consulter son excellent ouvrage) , et au cas qu’une atonie locale s’opposât â la cicatrisation des chancres , on les toucherait avec le nitrate d’argent fondu. Quant aux excroissances , si elles ne diminuaient pas après l’emploi de deux grains de muriate dans un climat tempéré, et après, celui de quatre ou cinq dans le climat qui exige une plus forte dose de chlorure d’or, enfin h mi-traitement, on les attaquerait d’après la for me qu’elles auraient, ou avec l’instrument en les cautérisant après l’excision, ou avec la dissolution un peu forte de muriate dans l’eau distillée \
Une amélioration qui se serait manifestée par une dose quelconque de muriate rétrogradant , on est autorisé à soîipçonner une cause étrangère au mal et au traitement, n est superflu de dire qu’il faut chercher à la découvrir
• IVotre jeune ami , le docteur Legrand , nous a e'crit qu’il pensait qu’il ne devait presque jamais être ne'cessaire d’avoir recours à ces moyens , et que l’action de l’or déterminait toujours la résorption des végétations.
= Cette dissolution , d’après ce qu’a eu la bonté de me marquer M. le marquis Pascalis , de New-York , sert avec grand avantage à M. John Gheesman pour tous les cas qui exigent des caustiques. Ce dernier praticien, médecin de la société des Quakers, depuis l’année 1812, n’emploie plus que le muriate d’or (il l’administre à l’intérieur) contre la Syphilis primitive ou constitutionnelle , à moins que les malades ne veuillent absolument user du mercure.
La lettre de M. Félix Pascalis est en date du i4 novembre i8i3. Je puis la représenter, de même que toutes les lettres et les observations qu’on a bien voulu m’adresser relatives aux succès qu’ont procuré mes préparations d’or. J’ai confié presque toutes ces pièces au docteur Legrand, afin qu’il en fasse l’usage le plus convenable pour populariser mes préparations d’or j il se fera un vrai plaisir de les communiquer à quiconque le désirera , cl je l’ai pleinement autorisé à le faire.
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pour lui opposer les moyens qu’elle exige. Plusieurs fois j’ai vu un mieux sensible, produit par deux ou trois grains de muriate ou par toute autre préparation d’or^être enrayé et rétrograder par une cause gastrique. La suspension du remède et des émétiques ou des purgatifs , suivant que les unes ou les autres méritaient la préférence , en détruisant la gastricité , ont rendu à la préparation aurifique dont j’avais repris l’usage, toute son action bienfaisante.
J’ai admis plus haut des cas d’exception dans lesquels on devrait se borner à l’administration d’un seul grain de muriate pour guérir une syphilis primitive et récente. Pour qu’on ne regarde pas cette hypothèse comme hasardée et invraisemblable, je vais rapporter les faits sur lesquels je la fonde , en transcrivant* deux observations que m’a communiquées le praticien de Garthagène dont il a été déjà fait mention.
« Liopis (Dominique), âgé de vingt-quatre ans, marin ))de profession , d’un tempérament sanguin bilieux, entra » à l’hôpital militaire de cette ville , ayant des douleurs gé- »nérales et plusieurs tubercules disséminés sur le corps. » Il avait été atteint, à diverses époques, d’ulcères , de » gonorrhées et d’éruptions, pendant les années 1819, 1820, » 1825 et 1826. Toutes ces affections avaient constamment » reconnu pour cause un vice vénérien ; les préparations «mercurielles avaient été employées par différents méde- » cins. La guérison s’était chaque fois si long-temps lail atten- » dre, que le malade, impatienté de si longues souffrances, «avait une répugnance décidée pour toute espèce de mé-
* Je transcris littêraletnent. M. Magendie, s’il me lit, s’apercevra que j’ai copié mot pour mot ce que j’ai pris dans son Formuiaire.