LETTRE A. U. MAGENDIE
« dicaiiient mercuriel; il était même découragé parla crainte ))de ne pas guérir. Je crus que c^était l’occasion d’em- » ployer le muriate d’or; un grain fut divisé en quinze frac- ))tions. Le malade, comme il est facile de le deviner, fut » enchanté du changement de traitement et de la facilité «dans son administration; il employa une fraction chaque «jour en friction sur la langue; le second grain fut divisé » en quatorze fractions. A la troisième friction de ce second «grain, un mouvement de crise fort remarquable se fît «sentir; les sécrétions augmentèrent dans leur qualité et «changèrent dans leur nature; à la grande quantité d’u- «riiies se joignirent des sueurs abondantes et très fétides. » A la fin du second grain , le malade ne ressentit plus rien, «tout l’appareil des symptômes disparut comme par en- « chantement ; il quitta donc l’hôpital. »
« Le nommé Louza, âgé de vingt-deux ans, tempérament «sanguin-bilieux, soldat de profession, entra dans l’hôpilal «de cette ville à la fin d’avril 1826. Il avait une très forte « gonorrhée , des ulcères vénériens â la verge , des verrues , «des excroissances, ainsi que des douleurs générales dans « tout le corps. Cet appareil de symptômes s’était montré «chez lui depuis le commencement de 1824. 11 avait pris «des préparations nxercurielles qui avaient échoué soit parle » peu de méthode dans l’administration , soit par le mauvais «régime, soit enfin par d’autres causes inconnues. Vu «toutes ces circonstances, je résolus l’emploi du muriate «d’or en frictions sur la langue. Premier grain en quinze «fractions; point d’eflèt sensible pendant son administra- «tion; deuxième grain en quatorze , diminution des dou- » leurs à la seconde ou troisième friction , et abaissement « de tous les symptômes : à la fin de ce deuxième grain «le malade fut complètement guéri.
SUR LES PRÉPARATIOKS d’oR.
« N’oublions pas de noter que la maladie s’était jugée *>par des sueurs très abondantes d’une odeur âcre et f‘é~ î>lide, ainsi que par des urines sédimenteuses. Je lui avais «prescrit pendant sa maladie le petit-lait ainsi que des «tisanes de mauve \ »
D’après ces faits , il est aisé de concevoir qu’un grain et moins d’un grain pourrait donner lieu h de pareils phénomènes sur un sujet aussi susceptible d’excitation que celui dont parle M. Magendie dans son Formulaire (5® édition , page 25 1 , et 6® édition, page 249). Il dit « avoir été con- «sulté par un malade auquel ou avait mal à propos admi- » nislré le muriate d’or. Il n’avait pris ce sel qu’à la dose » d’un dixième de grain dans une tasse de lait , pendant «huit jours; au bout de ce temps, il eut une gastrite des )) plus intenses , et après que l’irritation fut calmée , il éprou- «vait encore une chaleur extrême à la peau, une insomnie « opiniâtre et des érections fatigantes. Cet état d’irritation, « malgré le régime le plus doux et le plus sévère , persiste » encore au bout de trois ans , et le malade ne peut encore «faire usage du vin, même très étendu d’eau"*.»
* J’écris les observations mot pour mot , sans corriger quelques fautes de rédaction, pour n’y rien mettre du mien. Si M. Hisueno n’a pas poussé plus loin le muriate après la disparition des symptômes, c’est qu’il connaissait l’ouvrage de M. Niel, que je lui avais fait parvenir.
® Quel sentiment pénible a dû éprouver M. Bailly, qui a revu et corrigé la cinquième édition du Formulaire magistral de Cadet de Gassicourt, s’il a lu le Formulaire de M. Magendie , en voyant qu’un dixième de grain de muriate , donné pendant huit jours dans du lait , a produit les plus graves accidents I lui qui n’a pas craint de le prescrire à la dose de trois, six, douze et dix-huitgrains par jour dans le sirop de gomme. S’il avait eu égard à la réclamafion que j’ai faite à ce sujet dans une lettre à M, Pcrcy, pu])li('c
LETTRE A M. MAGENÜIE ,
Je me garderai bien de dire : Qui prouve trop ne prouve rien; il me suffit , pour croire ce fait, qu’un homme aussi^ recommandable que M. Magendie assure en avoir été témoin, persuadé qu’il a pris toutes les précautions pour connaître sûrement la cause de l’état qu’il décrit.
En n’élevant aucun doute sur ce fait, il m’est permis d’attribuer les accidents survenus après une dose aussi faible de muriate que celle qui avait été administrée dans le lait , véhicule très propre à atténuer , quoiqu’il ne le décompose pas ‘ , la première impression du remède sur l’épigastre, à une susceptibilité unique à l’action de ce médicament par l’effet de l’idiosyncrasie. A combien de phénomènes en effet presque incroyables ne donne- l-elle pas lieu !
Un homme me consulta à une époque où je ne faisais point usage des préparations d’or, pour le délivrer d’une blennorrhagie syphilitique ; je lui prescrivis le calomel. Il
dans les journaux et insérée dans l’ouvrage de M. Niel, il n’aurait pas eu à gémir sur le mai qu’il a fait, au cas que les doses de muriate qu’il prescrit aient été administrées. C’est sans doute pour s’exposer à moins de regrets que dans la sixième édition il a retranché du Mémorial pharmaceutique à l’article Syphilis (en la laissant néanmoins subsister dans le texte ), la prescription de fhydrochlorate d’or et de soude depuis trois jusqu’à dix-huit grains par jour, tandis qu’elle se trouve dans la précédente, imprimée en 1823, long-temps après ma réclamation.
• Je dois dire : Ne la décompose pas instantanément , et je dois supposer que dans le cas rapporté par M. Magendie le mélange du sel aurifère avec le lait était fait au' moment de l’ingestion ; car M. Figuier a constaté que mon muriate triple est décomposé par tous les corps , et d’autant plus rapidement qu’il est en proportion plus faible. La seule solution qui soit slable est celle dans l’eau distillée.
SUR LES PRÉPARATIONS d’oR.
en prit un grain le jour même que j’en conseillai l’emploi , et dès le lendemain il survint une salivation qui devint très abondante, qui dura un mois^ terme après lequel le sujet en fut délivré, de même que de la blennorrhagie, qui avait diminué peu à peul >
Dans unedes lettres que j’ai reçues de mon jeune ami le docteur Legrand, où il demande à ma vieille expérience quelques conseils pour l’aider dans des cas difficiles , il me parle d’une femme qui, s’étant frictionné le pubis deux fois avec l’onguent mercuriel (un demi-gros au plus pour chaque friction) , eut peu de temps après une herpe qui lui couvrit tout le corps et a persisté plusieurs mois; elle céda cependant à l’usage des bains domestiques, des délayants et de quelques diaphoréliques.
Dans le même temps que je voyais une si faible dose de calomel donner Heu à un si grave accident que celui que j’ai mentionné, j’avais indiqué à un homme vigoureux l’emploi de deux gros de pommade mercurielle, pour le débarrasser de ces mêmes insectes qui tourmentaient la femme qui est le sujet de l’observation précédente. Ayant rencontré cet individu huit jours après qu’il eut fait usage de ce moyen , je lui demandai s’il en avait obtenu l’elfet qu’il désirait : il me répondltaffirmativemcnt, en m’apprenant que, comme il était extrêmement couvert de poils, et qu’il éprouvait des démangeaisons partout, il s’était frictionné fortement les membres et le corps sans excepter d’autres parties que la plante des pieds , le visage et la tête , avec quatre onces de pommade mercurielle préparée au tiers; il n’avait ressenti qu’un léger mal de tête , même passager , deux fois vingt-quatre heures après cette imprudence.
Que conclure de ces faits? que les premiers sujets
avaient une idiosyncrasie qui les empêchait de supporter le mercure , et que le troisième pouvait en supporter une dose énorme ; en supposant que les phénomènes diamétralement opposés qu’ils m’ont offerts , ne fussent pas dus à des dispositions actuelles et momentanées. M. Niel a vu un homme tellement réfractaire à l’action dumuriate , qu’il lui en administra une quantité considérable , plus de vingt grains, sans qu’il parût le plus léger signe d’excitation. M. le docteur Farjon , au moment où j’écris , soigne une fille de treize ans, scrophuleuse , à laquelle il a fait frictionner, et en sa présence , treize grains de muriate , les cinq derniers à un huitième de grain, sans qu’il se soit manifesté le moindre changement dans l’état physiologique.
Un fait opposé à ceux-ci , et que j’invoque pour prouver ce que peut l’idiosyncrasie sous l’influence du même agent, est le suivant, que je trouve dans \e formulaire de M. Magendie ( sixième édition , pag. 249).
M. Gullerier neveu, dit cet auteur, a vu des malades qui n’ont pu en aucune manière supporter le muriate d’or.
«Une dame , âgée de quarante-cinq ans , avait desulcè- »res aux fosses nasales ,* on lui administra ce remède à un «quinzième de grain. A la seconde dose il y a eu irritation » gastrique , rougeur de la gorge , sécheresse de la langue , « douleurs d’entrailles et dévoiement. Un vingtième de «grain fut administré de nouveau ; lorsque les premiers «symptômes se furent dissipés, les mêmes effets eurent «lieu. Plusieurs nouveaux essais renouvelés chez la même » dame n’ont pas été plus heureux ; cette dame est presque «aussi sensible à l’action du mercure , elle n’a pu être « guérie que par ce dernier moyen. »
M. Gullerier aurait dû dire, ce me semble, si celte dame avait dû sa guérison au sublimé ou aux frictions
SUR LES PRÉPARATIONS d’or.
mercurielles. On pourrait considérer cette omission comme malveillante pour les préparations d’or.
Ce fait me cause moins de surprise que celui dont parle M. Magendie, parceque j’ai rencontré dans ma pratique des sujets sur lesquels il aurait été imprudent d’employer le muriate d’après l’excitation précoce qu’ils en avaient éprouvée; mais dans ce cas , lorsqu’ils ont eu besoin d’antisyphilitiques, au lieu de mettre un entêtement condamnable dans l’administration d’une préparation dont le mode de sensibilité de l’individu ne pouvait pas s’accommoder, j’ai eu recours aux oxides , à l’or divisé , et si ces dift'érentes préparations administrées avec les ménagements nécessaires avaient eu trop d’énergie , j’aurais donné le muriate en dissolution ( un grain sur six ou huit onces d’eau distillée ) , ajouté à la dose d’une , deux , trois ou quatre cuillerées à café par jour, jamais qu’une à la fois, dans une décoction plus ou moins chargée de salsepareille renforcée par le sirop de la même plante, et j’aurais augmenté ou diminué l’énergie du remède en faisant ajouter la dissolution au moment même de son ingestion , ou quelque temps avant , dans ce dernier cas la décomposition du muriate étant très avancée, quoiqu’elle ne soit pas complète.
J’use souvent de ce mode de traitement , au moyen duquel je guéris des véroles constitutionnelles très anciennes. Je lui donne la préférence sur celui par les frictions, lors surtout que les principaux symptômes ont leur siège dans labouche, au voile du palais, dansrarrière-houche, et que j’ai à craindre la trop grande susceptibilité du sujet : jamais je ne m’en suis servi de cette façon contre la syphilis primitive. Je ne me borne pas à un grain de muriate dissous dans la quantité d eau que j’ai indiquée : la première dosc'. de dissolution épuisée sans augmenter le véhicule, j’aug-
LETTRE A ÎI. MAGENDIE ,
mente le muriate de demi-grain ou d’un grain jusqu’à le porter successivement à trois ou quatre. Il ne m’est point arrivé de dépasser ce nombre , et j’ai continué le remède pendant plus ou moins de temps , comme lorsque l’on se sert du su> blimé uni aux sudorifiques.
Ordinairement je fais faire une décoction d’une once de salsepareille dans deux pintes d’eau jusqu’à réduction de moitié. Le malade prend chaque jour la colature en quatre verres, avec addition sur chacun d’une cuillerée à bouche de sirop préparé avec la même racine , et d’une cuillerée à café de la dissolution, que je supprime en tout ou en partie pour un temps plus ou moins long , si quelques signes m’annoncent une surexcitation prochaine ,* je retranche la dissolution d’un, de deux , de trois verres; j’en suspens môme l’usage, si elle s’établit sans que j’aie pu la prévenir. Cette surexcitation cède toujours facilement à la suspension dont je parle , à quelques verrées d’une boisson mucilagineose, et dans aucun cas elle n’entraîné après elle les accidents fâcheux que M. Gullerier a vus accompagner l’emploi du muriate. ^
Suivant ce chirurgien, les effets généraux de l’hydrochlorate d’or et de soude sont une chaleur interne, des céphalalgies , sécheresse de la bouche et du gosier, oppression , irritation gastrique , constipation ou diarrhée , accélération de la circulation. {Formul. de M. Magendie, page sSo; sixième édition , page 249. )
De tous ces phénomènes , le seul que j’ai observé constamment , de quelque manière que les préparations d’or aient été administrées , mais plus marqué quand j’ai employé le muriate en frictions sur la langue, c’est l’accélération de la circulation, que je regarde comme indispensable pour obtenir l’excitation qu’on sollicite , et que je
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détache de la série des accidents avec lesquels M. Gulle- 1 ier paraît la confondre ; accidents qu’il éviterait , s’il le voulait, en prenant cette accélération pour sa boussole. Gomme ce docteur n’a pas lu la note 17 , page Sgg , de ma Méthode ïatraleptique , je vais la rapporter : elle pourra lui servir, s’il emploie de nouveau le muriate. C’est en parlant d’un malade qui , usant de cette préparation , éprouva de la chaleur à la peau et de l’agitation dans le pouls qui me sert de guide pour la suspension , l’augmentation ou la modification du remède; que je dis :
((Pa7^ C agitation du pouls (note de la page 099) entends de la fréquence dans les pulsations et le développement de L’artère qui ont toujours lieu , plus ou moins ^ quand j’emploie ma méthode, mais surtout le muriate ^ cette excitation , que je regarde comme indispeiisablement nécessaire pour la guérison des maladies contre lesquelles j’ administrée or dans de justes bornes, ne s’ac¬
compagne jamais de lésion notable ou même sensible des fonctions ; la bouche est bonne , la langue humectée; il n’y a pour l’ordinaire qu’une augmentation des urines ou de la transpiration ; mais en la poussant trop loin je courrais le risque de déterminer un éréthisme général , l’inflammation même de tel ou tel organe , suivant les dispositions du sujet, ce qui non seulement enrayerait le traitement , mais pourrait décider une nouvelle maladie souvent plus fâcheuse que celle que je cherche à détruire. J’ai pour règle de la suspension ou de la modification du remède l’état le plus prochain de la fièvre qui s’annonce par une chaleur insolite et soutenue de la peau \ »
* Je me serais dispense de rapporter cette note , si elle eilt été en entier dans le Formulaire de M. Magendie. Je transcris ici ce
Je ne crains pas d’avancer qu’en usant des précautions que j’indique, jamais les traitements par les préparations d’or n’auront de suites fâcheuses, et que tous les prati'
qu’on a cru devoir en copier, afin qu’on juge si ce qui en a été supprimé , et qui se trouve plus haut en italique , n’aurait pas dû être dit également , et si cette lacune ne peut pas nuire à l’emploi du muriate d’or, sans que M. Magendie en ait eu, j’en suis sûr, ' l’intention.
Après un compte rendu de l’ouverture de deux chiens , l’un petit , l’autre fort , qui avaient péri par l’ingestion de trois grains de muriate chez le premier, par celle de dix grains chez le second, et dans l’estomac desquels on avait trouvé tous les phénomènes qui annoncent la manière d’agir des substances corrosives , il est dit (page 229 et 23o du Formulaire , et 248 de la sixième édition) :
« Suivant M. Chrestien , le muriate d’or est infiniment plus actif que le sublimé corrosif , mais il est moins irritant pour les gencives. Administré à la dose d’un dixième de grain par jour, il a occasioné dans un cas une forte fièvre. » (Il est vrai que j’ai dit que le muriate d’or est plus actif sur le système en général que le sublimé; mais cette assertion , pas plus que ce que j’annonce relativement à la fièvre survenue par l’emploi d’un dixième de grain par jour, ne font partie de cette même note, mais d’une qui précède (page SgS)). L’excitation développée par ce sef restreinte dans de justes bornes y ne s’accompagne jamais de lésion notable ou même sensible des fonctions. La bouche est bonne , la langue humectée , l’appétit se soutient , les évacuations alvines n’éprouvent aucun dérangement; il n’y a pour l’ordinaire qu’une augmentation dans les urines et dans la transpiration . Mais en poussant la dose trop loin , on court le risque de produire un éréthisme général , l’ infammation même de tel ou tel organe , suivant les dispositions de l’individu; la fièvre s’annonce par une chaleur insolite et soutenue de la peau.
Voilà l’exposé des accidents dont sont menacés les malades chez lesquels on poussera l’excitation trop loin. On dit la dose qui peut l’occasioner, elle même Formulaire offre des exemples qui prouvent qu’une bien plus faible dose peut causer cette trop vive ex-
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ciens qui s’en serviront proclameront leur innocuité , con:ime l’a lait M. Niel , comme l’a fait le docteur Gozzi de Bologne
Si ces deux praticiens ont acquis les preuves nécessaires pour tenir un pareil langage , c’est qu’avant de se livrer à 1 emploi de mes préparations , ils ont lu mon ouvrage pour y puiser une règle de conduite. J’ai la certitude qu’ils n’ont été imités que par bien peu de gens de l’art qui ont
citation. Mais fallait-il négliger de dire les précautions à prendre pour éviter ces accidents, pour prévenir cette fièvre , que je redoute dans certains cas ? Ne fallait-il point enfin faire connaître les signes qui indiquent la nécessité de modifier ou de suspendre le remède ?
* Ce praticien, dans un ouvrage publié en italien sous le titre tV Annolatiojis théoriques et pratiques adressées au célèbre professeur Jacques Tommasini ^ sur V usage de quelques remèdes aurifiques dans les maladies vénériennes , après avoir présenté un assez grand nombre de faits pour bien asseoir son opinion , s’exprime ainsi :
«Des divers faits que j’ai exposés jusqu’ici, je crois pouvoir rt déduire que l’or divisé, l’oxide d’or par l’étain ou la potasse, » et surtout le muriate triple d’or et de soude combiné avec l’amij)don, employés en frictions , particuliérement sur les gencives ,» (Je ne me rends pas raison de la préférence que le docteur Gozzi accorde aux gencives sur la langue pour placer les frictions. Les gencives ont moins de vaisseaux absorbants , un frottement un peu lort est dans le cas d’excorier, et l’acide que contient le muriate noircit le collet de la dent , pour peu qu’il y ait de tartre. Aucun de ces accidents , que j’ai signalés dans ma Méthode ïatraleptlque, n’a lieu quand c’est la langue qu’on frictionne.’) « offrent contre » la syphilis un moyen curatif facile, simple , commode , écono- )) mique , d’une grande innocuité, et supérieur à toute autre mé- ))tbode. Conséquemment je pense que ces préparations doivent » obtenir la préférence sur les remèdes les plus vantés et le plus » généralement employés dans les memes cas. m
voulu se servir du muriale sans avoir consulté ni ma Méthode ïatraleptique , ni le travail de M. Niel; aussi ne savent-ils pas l’administrer ni distinguer les cas où les oxides et l’or divisé mériteraient la préférence, à cause de leur moins d’énergie, quoiqu’ils possèdent la même propriété. Plusieurs fois on a demandé mes avis pour remédier à des accidents produits par le muriate administré sans règle, sans jugement, et d’une manière que ni M. Gozzi , ni M. Nie! , ni moi n’avons indiquée. Entre autres cas , je me rappelle celui d’un homme atteint de syphilis auquel on avait fait prendre dans vingt-quatre jours vingt-quatre grains de muriate dans deux pintes de vin blanc. Le sujet fut jeté dans un état d’irritation nerveuse d’où on eut beaucoup de peine à le tirer; il conserva la raison , ce qui n’arrive pas toujours à ceux qui ont pris trop de mercure.
Depuis la publication de ma Méthode ïatraleptique , j’ai employé à l’intérieur une dose infiniment plus forte de muriate que celui dont je viens de parler, et quoiqu’il fût sans addition de muriate de soude , non seulement je n’ai point éprouvé d’accidents, mais j’ai obtenu au contraire un succès auquel je n’osais pas m’attendre \
Le sujet était une femme de cinquante ans, qui depuis cinq ans n’avait plus ses règles , d’un tempérament éminemment lymphatique , chez laquelle on observait au cou des cicatrices qui décelaient l’existence ancienne d’un vice scrophuîeux , à la recrudescence duquel j’attribuai un
ï Long-temps ayant que la formule de ce muriate eût été insérée dans le Codex gallicus , avec l’addition ridicule , quoique réfléchie, d’un nonnihil muriatis sodi, je l’avais employé dans un cas dont je vais donner l’histoire , et dans un autre que je rapporterai plus bas.
SUR LES PRÉPARATIONS d’oR.
engorgement très considérable, je pourrais dire énorme, des deux seins. Cet engorgement était dur et raboteux; l’absence de la douleur me rassura sur la nature actuelle du mal, sans me Irancjuiiliser néanmoins sur les suites. Sentant le besoin indispensable des remèdes qu’on appelle fondants, et n’en connaissant pas de plus efficaces que les préparations d or , je me déterminai h y avoir recours. Quand même je n’y aurais pas été autorisé par mon expérience et par celle de plusieurs confrères qui ont eu la complaisance de m’instruire des succès qu’ils en avaient ■obtenus contre les affections scrophuleuses , je me serais décidé a en user, sur 1 opinion qu’a énoncée le célèbre Dupuytren, dans une consultation écrite de sa propre main , et qui est en mon pouvoir : il y conseille h un scrophuleux qui avait un engorgement considérable du système glanduleux, défaire usage des préparations d’or, annonçant qu il ne connaissait pas de remède aussi puissant contre les engorgements de la nature de celui-ci. Cet aveu me fait un double plaisir; il est une déclaration formelle que 'cet habde praticien reconnaissait la propriété anti-scrophuleuse de mes préparations aurifiques , et une preuve bien authentique qu’on m’avait trompé en m’assurant qu’il n’en parlait jamais qu avec dérision. J’ai vu également avec une vraie jouissance qu’il recommandait au malade de ne pas forcer la dose du remède (c’est l’oxide par l’étain qu’il ordonne) , mais de l’employer long-temps , afin d’user, pour ainsi dire, le mal. J’ai dû être flatté de cette recommandation parcequ’elle annonce l’opinion que j’ai toujours eue, et que j’ai imprimée, de ne traiter que longuement et avec lenteur les maladies anciennes qui affectent toute la constitution. (Page 362 , Méthode ïcitraleptique. )
Je soumis donc la femme dont il s’agit à l’usage du mu-
riatc d’or pur adminislré à l’intérieur. Un grain fut dissous dans huit onces d’eau distillée , et chaque matin à jeun la malade prit une cuillerée à bouche de celle dissolution dans une tasse d’une forte décoction de racine d’anonis. Chaque fois que la dissolution fut renouvelée , un grain de muriate fut ajouté à la dose précédente, et je parvins ainsi à douze grains, toujours dans huit onces de véhicule pris dans l’espace de douze jours. Cette dernière dose fut répétée cinq fois : la totalité du muriate s’éleva à 126 grains, et le traitement dura six mois et demi , la malade n’ayant pas suspendu un seul jour l’emploi du remède. L’engorgement, qui avait diminué d’une manière très sensible avait tout à-fait disparu à cette époque. Les^seuls phénomènes qui se présentèrent pendant ce traitement furent l’augmentation de l’appétit , des forces , et une abondante excrétion d’urines. M. le docteur Martinier , qui avait donné des soins à la malade avant que j’eusse été appelé , m’ayant dit quatre mois après que l’engorgement reparaissait , les moyens qui avaient déjà réussi furent employés de nouveau en recommençant par un grain de muriate, et après deux mois de leur administration ils furent abandonnés. L’engorgement n’existait plus ; plusieurs années s’étaient écoulées sans que les seins fussent affectés, et le sujet avait joui , depuis le dernier traitement , d’une bonne santé , lorsqu’il fut atteint d’une hydropisie ascite , compliquée d’anasarque, à laquelle il succomba.
Je n’avais pas besoin de ce fait pour savoir que le muriale pur ingéré était supporté à de plus fortes doses que lorsqu’il élail frictionné dans l’intérieur de la bouche, mais je n’en avais aucun qui pût me fixer sur celle à laquelle on pourrait administrer, par la méthode de Clare, la préparation que j’avais rejetée de ma pratique employée en
SUR LES PRÉPARATIONS ü’oR. 59
rriclion sur la langue , à cause de sa trop grande causticité. Je fus bien aise de faire, à cet égard , quelques essais ; Toccasion ne se fit pas attendre.
11 se présenta chez moi deux sujets , dont l’un , d’une constitution délicate j était atteint de deux chancres sur le gland , sans aucune inflammation , et l’autre portait un goitre volumineux. Je fis diviser, pour le premier, demigrain de chlorure d’or pur associé à deux grains d’iris dépouillée de sa partie extractive, en seize fractions , et pour le second, d’une forte constitution et sanguin , un grain du môme chlorure et trois grains d’iris en vingt-quatre; l’un et l’autre firent une friction par jour. A la huitième , le premier éprouva une excitation forte manifestée par une chaleur âcre de la peau , de l’altération dans-le pouls, de la soif, sans aucun changement dans l’ulcération. Je fis abandonner les remèdes ; le second put aller jusqu’à la vingt-quatrième friction ; mais quand même le goitre n’aurait pas diminué d’une manière sensible, je n’aurais pas poussé plus loin le traitement , par la crainte fondée de déterminer une apoplexie annoncée par une turgescence sanguine à la tête. Le pouls était plein et vif, la face vultueuse, les yeux étaient fortement injectés, sans que le sujet se plaignît de chaleur interne; il eut des urines abondantes qui coulèrent encore en quantité pendant plusieurs jours.
Mal gré la disparition du goitre par l’administration d’un seul grain de chlorure d’or pur ‘ , je n’y aurai plus jamais recours eu frictions.
» C’est ce chlorure que je m’étais interdit d’employer, comme on peut le voir dans mon ouvrage , page 34o , à cause de son extrême déliquescence (ce qui suppose que j’entendais parler de son administration en friction) et de sa trop grande causticité,
Je n’ ai pas besoin d’une préparation qui ait plus d’énergie que le muriate d’or et de soude, puisque, pendant l’emploi de celui-ci , il me faut quelquefois avoir recours à des moyens répressifs , ainsi que je l’ai dit dans ma Méthode ïatraîeptique , page 54i*
Jusqu’à l’époque où j’ai imprimé ce que je rappelle, j’avais toujours , et pendant environ vingt ans, associé le muriate ’ à une poudre composée d’amidon, de charbon et de laque des peintres. Il y avait plus ou moins de décomposition, ce que M. Double ne manqua pas de faire observer dans la critique qu’il fit de mon nouveau remède anti-venérien , et je n’en avais pas moins obtenu des succès assez constants pour que je pusse avancer avec certitude qu il était rare que quatre grains de muriate ne fussent pas suffisants pour guérir dans les cas ordinaires de maladies syphilitiques primitives. Si ce que j’ai avancé à ce sujet se trouve démontré jusqu’à l’évidence par les expériences d autrui, où M. Magendie voit-il la nécessité d’augmenter I énergie d’un remède auquel il en reproche trop ? S’il propose de remplacer l’iris par la poudre de lycopode, ce n est (comme il ledit page 254) pour éviter la
que les auteurs du Codex gallicus ont adopté. Ce qui me prouve qu’ils en redoutaient l’action, c’est la précaution qu’ils ont prise de recommander aux pharmaciens de ne le délivrer que sur l’ordonnance d’un homme de l’art. Quel motif a pu décider la substitution d’une préparation dangereuse à une préparation qui ne le devenait que par l’impéritie ou la malveillance de celui qui s’en servait? Je 1 ignore; mais ce que je sais , c’est que mieux eût valu ne pas parler du muriate d’or, puisqu’on ne voulait pas insérer la formule de l’auteur.
Alors mou muriate contenait un quart de sodium en excès , ce qui en diminue l’astion, comparée à celle du muriate cristallisé.
SUR LES PRÉPARATIONS d’oR.
décomposition qu’il craint de la part de la première substance , si elle n’est parfaitement réduite à la partie ligneuse, ce qui peut arriver souvent, sans anéantir l’efficacité du remède ^
Mais n’aurait-il pas dû prévenir que la poudre de lycopode, laissant au muriate toute son activité, le praticien qui l’emploie ainsi préparée devra avoir plus de surveillance? Lorsque M. Figuier présenta son Mémoire sur la préparation du muriate d’or et de soude cristallisé , il ajouta, à ma prière, une note pour prévenir que, dans le cas qu’on administrât celui-ci , trois quarts de grain équivalent à un grain de l’autre non cristallisé. Sans blâmer la préférence que M. Magendie veut donner à la poudre dé lycopode sur celle d’iris , une fois les praticiens prévenus , en adoptant même ce nouveau mélange, qui laissera au muriate bien préparé un degré uniforme d’activité , je crois important d’avertir que plusieurs fois ayant eu à traiter des sujets atteints de symptômes syphilitiques dans la bouche , l’arrière-bouche , même à la face , j’ai été obligé d’abandonner le muriate préparé à l’iris , à cause de l’irritation locale que l’action trop immédiate du remède procurait, et de me servir du muriate mêlé avec la poudre de char-
* J’ai acquis depuis loug-temps la preuve de ce que j’avance, et je l’ai dit dans ma Méthode (page SpS), en prévenant que, quoique le muriate d’or et de soude mis en petits paquets attirât l’humidité de l’air, il ne perdait pas d’une manière sensible de son action. J’ajouterai que le papier qui le contenait , uni au charbon , à l’amidon et à la laque , se colorait en pourpre , ce qui annonçait bien ’ décidément plus ou moins de décomposition , et que je n’en guérissais pas moins. Peut-être le traitement aurait-il été, sans cette décomposition, un peu plus court; mais je n’ai jamais vu d’accidents.
LETTRE A 31. 31AGEND1E ,
bon , d’amidon et de laque. 11 est prohable que, si l’on veut avoir égard à mon observation , on sera plus souvent dans cette nécessité lorsqu’on emploiera le muriate uni à la poudre de lycopode , excepté qu’on ne l’administre à une dose plus faible. Ne courra-l-on pas alors le risque , pour éviter l’irritation locale , de ne pas produire ou de retarder l’excitation indispensable du système en général?
L’avertissement que je donne relativement au muriate administré sur la langue dans les circonstances indiquées , est bien plus essentiel, si on se sert en gargarisme delà dissolution de chlorure d’or et de sodium , qui n’est applicable que lorsque les symptômes s’accompagnent d’atonie j. et même dans ce cas il ne faut pas en abuser, car à l’état atoniquc succède facilement un état contraire. Jamais je n’ai été témoin d’un changement pareil quand j’ai eu les malades près de moi ; mais il a eu lieu quelquefois lorsqu’ils n’étaient pas sous ma direction immédiate , et notamment dans une occasion de la plus haute importance pour la réputation de mes préparations d’or.
Dans une des visites que je fis à Marseille au feu roi Charles IV ou à la reine , je fus consulté pour une dame à laquelle leurs majestés prenaient le plus vif intérêt. Elle était entachée d’un vice syphilitique très ancien, auquel on n’avait opposé aucun remède. Entre autres symptômes on remarquait des ulcérations étendues , quelques unes assez profondes, au voile du palais , à la luette , aux amygdales, dans l’arrière-bouche, toutes présentant un caractère atonique. Malgré l’opposition formelle du médecin et du chirurgien de leurs majestés à l’administration du muriate , ce remède fut adopté. Ce ne fut pas par entêtement que je me refusai aux préparations mercurielles , mais à cause des graves accidents qu’aurait entraînés leur emploi.
SUR LUS PRÉPARATIONS d’oR.
Le Irailemenl devant être secret, la malade ne pouvait pas prendre de bains , et son estomac se refusait à toute bois son qui n’était pas en petite quantité : il ne supportait pas plus de six onces de liquide dans les vingt-quatre heures.
En prescrivant le muriate frictionné sur la langue , il fut convenu que la malade userait en gargarisme, malin et soir, d’une tasse de décoction d’orge, sur laquelle on aurait mis une cuillerée à café de dissolution d’un grain de ce
sel dans six onces d’eau distillée.
J’étais de retour à Montpellier depuis six jours, lorsque je reçus du docteur Soria , premier médecin de leurs majestés , une lettre qui m’annonçait que la malade avait l’intérieur des joues, la langue, le palais , les gencives tout ulcérés , celles-ci très gonflées , et que l’inflammation était telle, que la déglutition n’avait lieu qu’avec des douleurs atroces. L’arrière-bouche étant affectée comme les autres parties, j’eus un vif regret d’avoir insisté sur un traitement que n’avait point approuvé mon confrère, et auquel il n’avait consenti que forcément. Un autre aurait pu profiter de cet accident pour nuire aux préparations d’or et à
leur auteur ; mais lui , philanthrope et loyal , me demandait ce qu’il fallait opposer à l’orage , m’annonçant qu’il avait fait discontinuer les frictions et les gargarismes, et qu’il usait des mucilagineux en attendant mes nouveaux avis. J’approuvai pleinement sa conduite, en lui marquant que l’accident dont il me faisait part ne pouvait reconnaître pour cause qu’un abus du gargarisme , ou une affection scorbutique que nous avions méconnue. A peine quinze jours furent-ils écoulés depuis ma réponse, que mon digne collègue m’instruisit qu’il n’existait pas de scorbut chez la malade; que la véritable cause de l’accident qui m’avait donné de l’inquîclude avait été l’einploi immodéré du gar-
garisme ; qu’on avait repris l’usage des frictions , et que tout allait au mieux. Le traitement , continué le temps nécessaire , eut le succès le plus complet.
Quoique j’aie dit plus haut que je renonce pour toujours à me servir en frictions sur la langue du chlorure d’or pur , je conçois pourtant qu’il pourrait devenir utile pour réveiller la sensibilité presque éteinte dans certains cas de maladie syphilitique ou d’autres; si le chlorure d’or et de sodium était impuissant , donné même à forte dose , ou si d’autres stimulants restaient sans action : je suis fondé à émettre cette opinion d’après les eifets que j’ai vu produire au premier de ces chlorures administré en pilules.
Une femme de soixante ans , ayant passé depuis dix l’âge critique, réclama mes soins. Cette femme, d’un tempérament éminemment bilieux, était dans un état presque paralytique. La sensibilité était perdue dans tous les membres , et ce n’était qu’avec une peine infinie qu’elle pouvait changer de place lorsqu’elle i/était pas soutenue.^ Voulait-elle faire quelques pas dans son appartement après qu’on l’avait levée de dessus son fauteuil , il fallait qu’elle s’appuyât , tantôt d’une main , tantôt de l’autre , sur le dos des chaises qu’on avait placées à droite et à gauche , mais sans les saisir, le défaut de flexion des doigts ne le lui permettant pas. Elle ne pouvait. satisfaire à aucun besoin sans des secours étrangers, si elle ne voulait pas, pour quelques uns , oublier les règles de la propreté. La tête était saine , et les fonctions organiques paraissaient d’ailleurs se bien faire.
Cet état avait commencé depuis dix-huit mois , après des évacuations abondantes de bile par haut et par bas ; il était parvenu peu à peu au point que je décris. Mes recherches pour lui assigner une cause probable ne m’éclairant pas ,
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je crus ne devoir m’occuper que des indications prises du défaut de sensibilité et de mouvement. On avait mis en usage les adoucissants , les délayants , puis les excitants les plus énergiques à l’extérieur et en ingestion , mais sans arrêter le mal , qui au contraire allait toujours croissant. Je pensai à l’emploi du chlorure d’or pur. Avec un grain de cette préparation , et très peu de mucilage de gomme arabique, on fit douze pilules. La malade en prit une chaque jour dans la première cuillerée de soupe , à dîner. Dans la crainte de procurer de l’irritation, j’avais ajouté à l’administration de ce médicament celle du lait d’ânesse. Ce premier grain de chlorure n’ayant produit aucun mauvais effet , le second ne fournit qu’à onze pilules, le troisième à dix, et en décroissant d’une chaque fois qu’on en faisait de nouvelles. Je parvins à donner le chlorure à demi -grain par jour, dose qui fut continuée pendant plusieurs semaines.
Vers l’époque de l’administration du quatrième grain, on remarqua un peu de sensibilité à la peau , et moins de gêne dans les mouvements des extrémités , surtout des abdominales. En continuant le traitement , l’amélioration devint plus prononcée ; la malade était parvenue à marcher pendant demi-heure , à l’aide d’un hâton , et à se servir de ses bras et de ses mains au point de porter celles-ci à la bouche , de se coiffer seule , de coudre et de broder. Malheureusement à l’époque où la malade éprouvait ce bien inàltendu , on se rendait aux bains de Balaruc. On lui avait tellement dit que ces bains la guériraient complètement, qu’il me fut impossible de l’empêcher de s’y rendre. Forcé de céder à une volonté fortement prononcée , je conseillai d’user des bains avec ménagement , en défendant la boisson d’eau minérale , dont je redoutais l’abus , d’après le désir souvent exprimé par la malade d’être purgée, et motivé
sur l’idée où on était que le dérangement de sa santé avait été occasioné par des congestions bilieuses qu’elle prétendait exister encore. Celte malade trouvant à Balaruc plusieurs personnes qui lui dirent ne s’y être rendues que pour se débarrasser de la bile , au mépris de ma défense , se livra à une boisson qui lui devint funeste. Elle obtint ce qu’elle désirait ardemment, des évacuations alviues. Informé de cette infraction à mes conseils , et effrayé des suites , j’écrivis pour faire abandonner la boisson de l’eau minérale qui offrait le double inconvénient de détruire par des évacuations abondantes les forces que j’avais eu le bonheur de relever, et d’établir une irritation fâcheuse sur l’estomac et les intestins. Mes nouveaux avis furent méprisés , la boisson fut continuée , et il s’établit une diarrhée qui , après avoir duré pendant un mois et demi , malgré tout ce que je pus lui opposer, fit succomber la malade revenue auprès de moi. La sensibilité et le mouvement des extrémités avaient perdu , mais il s’en était conservé assez dans les bras pour que la malade pût porter à la bouche ce qu’on lui servait. La faiblesse générale l’empêchait de se soutenir sur les jambes, en lui laissant néanmoins la faculté de les remuer plus librement dans le lit que lorsqu’elle arriva à Montpellier.
En convenant avec M. Magendie que la meilleure méthode pour l’emploi des sels d’or est celle des frictions dans l’intérieur de la bouche, et qu’en général l’hydrochlorale d’or et de soude est préférable , je ne frappe pas, comme il le fait , de proscription leur mélange avec les sirops , les extraits de plantes, ou avec d’autres substances végétales. Je ne m’élèverai pas contre l’opinion de MM. Dupoi lal et Pelletier, qui disent que les matières végétales ou animales dissoutes ou non dissoutes décomposent la disso-
SUR LKS PRÉPAR/VTIONS d’oR.
iiitionaclde deTor ; nî contre l’opinion de M. Proust, d’après laquelle' il y a peu de sucsTégétaux, acides, goniineux, sucrés , extractifs, qui n’aient la propriété de désoxider l’or (Formul. de M. Magendie). Ces messieurs parlent en chimistes , et je vais parler en praticien observateur.
Quand même je n’aurais pas la certitude que le chlorure d’or et de sodium dissous dans demi-gros d’alcool, et mis dans six onces de sirop de tussilage , éprouvant une décomposition presque instantanée, formant un précipité d’or métallique, contientcependant encore une quantitébien sensible ducomposé d’or qui se trouve toumurs à l’état de chlorure; quand même je ne serais pas assuré que l’oxide d’or n’est point décomposé parles substances organiques; que les pilules , que les pommades conservent toujours la couleur propre à l’oxide d’or qu’on y a mêlé , et qui est bien différente de celle qu’on remarque dans les mêmes préparations faites avec l’or divisé ; que des pastilles préparées avec l’oxide d’or, traitées par l’eau simple pour en séparer le sucre et la gomme, donnent un résidu qui est indubitablement de l’oxide d’or, puisque , soumis à l’ana lyse , il fournit du gaz oxigène et du métal ; je n’en emploierais pas moins les préparations queM. Magendie veut qu’on rejette comme étant intidèles.
Si j’ai à traiter une maladie vénérienne constitutionnelle ou une syphilis même récente chez un adulte , je donnerai sans doute la préférence à Thydrochlorate d’or et de soude en frictions , excepté que le sujet ne soit doué d’une grande sensibilité , très disposé à l’irritation, et dans ce cas j’aurai recours aux oxides, à l’or limé, à l’or divisé , ou enfin h. la dissolution du muriate employée comme je l’ai dit plus haut. Je me conduirai de même pour le traitement des affections lymphatiques qui exigeront un certain degré d’ex-
citation. Mais lorsqu’il s’agira de sujets jeunes, dont il faut ménager la sensibilité, auxquels il serait difficile de frictionner le remède j j’emploierai avec conflance le muriate dans tel ou tel sirop , approprié aux cas, ou les oxides unis aux extraits que l’expérience m’a démontré convenir le mieux à la maladie. Tous les jours je fais entrer ceux-ci dans des pastilles de chocolat que je donne à des enfants atteints d’engorgements lymphatiques, même scrophuleux, et je n’ai qu’à me louer de ce mode d’emploi. On le croira aisément si j’affirme (et je le fais) qu’il m’a servi à guérir plusieurs enfants du carreau parvenu au second degré, en leur faisant suivre , autant que possible , le régime qui convient le mieux au traitement des scrophules. Gomme j’aime à me persuader qu’on ne doutera pas de ce que j’avance , je vais entrer dans quelques détails sur le mode d’administration des sirops avec addition de muriate, et sur celui des pastilles dont je viens de parler ; ils épargneront des tâtonnements aux praticiens qui voudront m’imiter.
A dix onces de sirop anti-scorbutique de Portai ( c’est celui que j’emploie ordinairement pour les enfants, en faisant supprimer le muriate suroxigéné de mercure qui entre dans sa composition), j’ajoute un grain de muriate d’or cristallisé, préalablement dissous dans un peu d’alcool. Je fais donner le sirop à une ou deux cuillerées à café par jour, étendu dans un véhicule agréable ou dans un peu d’eau , à un enfant de deux ou trois ans. La première dose de sirop épuisée, j’augmente l’action du remède en ajoutant un grain de plus de muriate à la quantité indiquée de sirop , dont je n’administre que le même nombre de cuillerées à café, ou en laissant le muriate à la même dose , et donnant quelques cuillerées de plus; pour les enfants audessus de quatre ans, je l’administre à une dose un peu
plus forte. Il est superflu de dire que j’en observe les eflels. Si je veux activer le remède sans augmenter la quantité du sirop, j’emploie le muriateen dissolution dans l’eau distillée, et je ne l’ajoute à l’excipient qu’au moment de l’ingestion, ainsi que je l’ai dit en parlant du muriate associé aux sudorifiques.
Les qualités toniques et excitantes du sirop antiscorbutique , même sans addition du muriate suroxigéné de mercure , étant bien reconnues , on se croirait fondé à n’accorder aucune part , dans les succès que je dis avoir obtenus , au muriate d’or ajouté à ce sirop. Mais , avant de se prononcer , qu’on lise l’histoire de la maladie qui a été guérie par l’emploi du sirop de tussilage avec addition du chlorure d or et de soude i on ne pourra pas, je pense, accorder au sirop l’honneur de la cure que MM. Portai et Alibert peuvent attester; ils avaient soigné le malade, qu’ils avaient envoyé aux bains du Mont-d’Or comme dernière ressource, et ils l’ont revu jouissant de la plus brillante santé. Ces messieurs n’ont point ignoré que je l’avais soumis h l’usage du muriate mis dans du sirop de tussilage i.
Ce sujet, né d’une forte constitution, avait joui de la plus brillante santé jusqu’à l’âge de vingt-deux ans; par
* Dans un moment où le malade me laissait moins d’espoir que jamais, une personne qui y prenait le plus grand interet écrivit de Paris de faire passer un bulletin exact pour le soumettre aux deux habiles praticiens que j’ai nommés. Je rendis compte de l’état, en annonçant que le malade usait du muriate d’or et de soude dans le sirop de tussilage ; que mon espoir se fondait sur ce seul remède, mais que cependant j’étais disposé à administrer ceux que mes honorables confrères proposeraient. Point de réponse] Ou ils approuvaient le médicament, ou ils disaient avec Gelse : Melius est aJiceps adhibere remedium quam nullum.
l’effet d’un travail forcé de cabinet et par un usage trop soutenu de la parole , il éprouva alors quelque fatigue à la poitrine. Consulté à cette époque, je conseillai le repos et les adoucissants J l’état du sujet s’améliora : mais comme il reprit les fonctions de sa profession (il était avocat) , l’irritation delà poitrine reparut, elle augmenta , il s’établit dans le principe une toux sèche, fréquente; peu de temps après survint une petite fièvre augmentant le soir , s’accompagnant de sueurs nocturnes et d’expectoration abondante, comme on l’observe dans le catarrhe pulmonaire grave. Je n’avais pas vu le sujet depuis que sa santé avait été rétablie (il s’était écoulé cinq ou six mois), lorsqu’appelé dans le lieu qu’il habitait, je le trouvai dans l’état que je viens de décrire. Je prescrivis les escargots avalés crus , après les avoir dépouillés de leurs coquilles % et à défaut, les bouillons de tortue, la décoction de lichen d’Islande. J’appris quelque temps après que le malade s’étant tiré de celte position fâcheuse, était allé à Paris, où il s’était marié. L’abus des plaisirs du mariage, des excès de danse et quelques autres causes rappelèrent la maladie, qui exigea les soins de MM. Portai et Alibert. Bientôt ces deux honorables confrères voyant l’insuffisance des moyens qu’ils avaient employés, se décidèrent pour les bains du Mont-d’Or,qui n’eurent d’autre effet sensible que de relever un peu le ton des organes épigastriques.
« En nommant ces mollusques, je ne puis pas me taire sur les bous effets que je leur ai vu produire administre's crus. Mon jeune «mi , le docteur Legrand , est charge' par moi de la publication d’un travail que je lui ai confié , et qui constatera la haute efficacité de ces mollusques, ingérés dans le traitement des maladies du poumon et du larynx.
SUR LES PRÉPARATIONS d’or.
Le malade, au retour de ces bains, se fixa à Montpellier, où il resta quelque temps sans faire de remèdes et sans s’imposer les privations qu’exigeait son état de santé ; mais s’apercevant que celle-ci dépérissait, il me fit prier de le voir. Il avait une fièvre continue avec exacerbation , quelques sensations pénibles dans la poitrine , de la gêne dans la respiration , une toux plus fréquente que jamais avec une expectoration beaucoup plus suspecte et d’une très grande abondance; en outre, diminution de l’appétit, des forces et de l’embonpoint. Si le malade n’avait point eu de cautère , j’en aurais fait appliquer; les escargots furent repris , la décoction de lichen d’Islande fut conseillée. Forcé d’abandonner les premiers, je les remplaçai par des bouillons dont j’ai parlé plus haut , mais rien n’opéra. L’état du malade empira; il y eut augmentation des symptômes cidessus énoncés, et il s’y joignit de l’Insomnie, des vomissements provoqués par la toux , l’altération de la voix , des sueurs nocturnes, de la diarrhée, l’enflure des extrémités inférieures et une telle faiblesse, que le malade, marchant avec la plus grande peine dans son appartement, allait le corps tout plié quand il n’était pas soutenu.
Vu l’insuffisance des moyens employés jusqu’alors, encouragé par les services que m’avait rendus le muriate d’or et de soude dans des cas d’affections de poitrine de la nature de celle-ci, mais infiniment moins avancées, je me décidai à avoir recours à cette préparation mise dans le sirop de tussilage administré dans la décoction de lichen, qui n’avait pas été abandonnée. Je commençai par un grain sur dix onces d’excipient , dont le malade prit matin et soir une cuillerée h bouche dans une tasse de décoction de deux gros de lichen (demi-once par jour). Après un mois, le muriate fut augmenté de demi-grain , mis toujours sur
dix onces du même sirop , et enfin il fut porté à deux grains. La dose totale employéeen dix mois et demi a été de soixantequatre grains: cinq, du 9 avril 1822 au 10 mai* trentetrois, du i5 de ce mois au 2 novembre,* et vingt-six, du i5 novembre au 19 février 1823, une nouvelle augmentation de demi-grain ayant eu lieu. Cette note de la quantité du sel aurifère consommé a été copiée sur les registres du pharmacien.
Je ne suivrai pas jour par jour les effets salutaires du traitement. Pendant le premier mois, les accidents restèrent stationnaires; depuis cette époque ils furent en décroissant, et la convalescence fut bien établie lorsque le malade eut pris les deux derniers grains de muriate. A dater de ce moment, plus de quatre ans se sont écoulés sans que le sujet ait eu à se plaindre de sa santé , quoiqu’il ne se soit point imposé plus de privations qu’avant d’être malade.
Pour être bien sûr qu’il n’y avait rien d’altéré dans les détails , j’ai communiqué cet historique au père de l’individu ; il était toujours resté auprès de son fils , excepté pendant le séjour de celui-ci à Paris; il s’est parfaitement rappelé toutes les circonstances de la maladie , et il a trouvé mon exposé de la plus grande exactitude.
Quel nom donner à cette maladie ? L’appellerai-je catarrhe pulmonaire , phthisie scrophuleuse ? Jamais le vicô scrophuleux n’a existé dans la famille du sujet, chez lequel il ne s’en est jamais rien manifesté. Dirai-je phthisie tuberculeuse? Celle-ci, d’après l’opinion la plus généralement reçue, est la même que la précédente. Mais n’importe! mon intention n’est pas de présenter le muriate comme opérant des miracles. J’ai voulu prouver que cette préparation ne se décomposait pas complètement dans les si-
!«C1\ LES PRÉl’AHATlOi^S d’oR.
rops. Les praticiens tireront le parti qu’ils jugeront convenable du (ait que je viens de rapporter.
Si je cherche h défendre le mélange du chlorure d’or et de sodium avec les sirops , en m’appuyant sur des faits qui doivent l’emporter sur tous les raisonnements , je passe condamnation pour ce qui concerne son association aux extraits , en convenant qu’il peut en résulter une préparation infidèle : cependant l’expérience pratique et l’analyse chimique, qui me mettent dans le cas d’apprécier jusqu’à quel point la décomposition a lieu \ me fournissent des ar-
* D après les expenences de M. Chamayou, pharmacien distingue de Montpellier , qüi s’est occupe long-temps des préparations d’or sous les auspices de MM. Figuier, les pilules contenant chacune un douzième de grain de chlorure d’or et de sodium préparées dans :
Fe'cule de pomme de terre . /J8 grains.
Gomme arabique en poudre . 12
Chlorure d’or eide sodium . 2
Eau distillée . 12
Pour ylngt-quatre pilules ,
sont réduites par la décomposition qu’elles éprouvent à un vingtième de grain chacune à peu près. Les mêmes pilules , faites à un quart du même chlorure, reviennent par la décomposition à un quinzième. Celles pre'parées à un douzième de grain de chlorure pur ont été ramenées à un seizième de grain. La décomposition serait plus forte si on mêlait le muriate avec des extraits; mais il ne serait pas plus difficile de savoir à quel degré elle a lieu. Il faudrait à la vérité augmenter la dose du chlorure d’or; une dose faible ne permettant pas à l’analyse d’obtenir des résultats affirmatifs.
Si je pense, comme M. Magendie, qu’il vaut mieux ne pas meler le muriate avec les extraits, je ne renonce pas au mélange du saindoux avec le muriate. Je n’ai employé qu’une seule fois (avec le plus grand succès et par essai) la pommade qui en ré-
mes pour prendre sa défense, mais je ne vois pas ia nécessité d’en user, parceque depuis long-temps je ne mêle plus aux extraits le muriate , que je remplace par les oxides, quoi que puisse dire M. Proust de leur décomposition , d’après ce que je lis dans M. Magendie. H y a long-temps que j’ai la conviction du contraire; mais pour que M. Magendie ne me croie pas sur parole, je vais présenter le résultat des expériences qu’a faites à ma prière M. Porché , professeur agrégé à la Faculté de médecine de Montpellier, chirurgien en chef de la maison de détention, homme de mérite et judicieux observateur: « Marie F..., âgéede vingt-cinq ans, d’un » tempérament lymphatique , me consulta vers la fin du mois » de mars dernier. Elle était atteinte de blennorrhagie , de s chancres à la vulve, d’un bubon et d’excroissances syphi- »litiques au périnée : la blennorrhagie et deux des chan- » cres existaient depuis quatre mois. M. le docteur Chres- »tien m’ayant témoigné le désir de s’assurer d’une manière «qui ne laissât pas le moindre doute si les guérisons qu’il » avait obtenues par l’emploi de divers extraits auxquels il «avait mêlé les oxides d’or, et notamment par celui du » daphne mezereum, étaient dues à l’excipient ou aux oxides, »je saisis avec empressement l’occasion qui se présentait, »et je prescrivis à la malade l’extrait ci-dessus sans aucune «addition. Je l’avais fait mettre en pilules de deux grains. » Elle en prit trois par jour pendant quatre jours , cinq par
suite dans le traitement d’une syphilis ; mais je m’en trouve trop bien en frictions sur les pe'riostoses, pour ne pas m’en servir toutes les fois que l’occasion s’en présentera. Quoique par le mélange que MM. Duportal et Pelletier blâment , il s’opère une décomposition , elle n’est pas assez complète pour que cette pommade , mise sur la langue long-temps après sa préparation, n’y laisse la saveur acerbe qui prouve la présence du muriate.
SUR UES PRÉPARATIONS d’oR.
» jour pendant une semaine , et pendant trois autres , six » par jour. J’y joignis l’usage de quelques bains entiers , «d’applications résolutives sur le bubon, de lotions avec » une dissolution aqueuse du même extrait sur les chancres «et les excroissances; j’eus même recours pour les der- » nières à la cautérisation avec le nitrate d’argent.
«Voyant, après trente-quatre jours de traitement, que «la malade n’était pas mieux, que les symptômes s’aggra- » valent au contraire, puisqu’il était survenu un chancre )) de plus sur la lèvre inférieure, et que les excroissances » augmentaient , que des douleurs profondes dans les mem- » bres étaient venues troubler le repos pendant le jour, et «particulièrement la nuit, je crus ne devoir pas pousser «plus loin un remède dont l’insulTisance tout au moins «m’était démontrée, et je me décidai à remplacer les pi- » Iules que j’administrais par d’autres du même extrait , du «même poids, avec addition sur chacune d’un dixième » de grain d’oxide d’or par l’étain. Peu de jours après l’ein- « ploi de celles-ci , qui avaient été prises au nombre de deux » en débutant , j’observai les changements les plus heureux. «Le mieux a été croissant par l’administration soutenue « des mêmes pilules , dont j’ai porté successivement la dose «à dix par jour, et aujourd’hui, un mois après en avoir » commencé l’usage , tous les symptômes ont disparu, à l’ex- » ception d’une perte blanche , que je juge n’être pas de «nature syphilitique.
* La même expérience comparative , faite sur les sujets » scrophuleux , a offert le même résultat : je n’ai observé «nul effet de l’emploi de l’extrait seul , et il n’a été marqué » en bien qu’après l’addition de l’oxide.
aSîf^né Porc HÉ. «
De pareils résultats ne m’autorîsent-ils pas à croire que, quand même au moyen des agents chimiques , on démon- Ireraitîa décomposition de l’oxide d’or quand il estmêlé avec des extraits, elle ne s’opère pas dans l’estomac , vu que la quantité d or métallique qui resterait serait si faible qu’on ne devrait lui attribuer aucune action ? Voudrait-on en accorder à l’étain qui, désoxidé, se retrouverait en substance? J ai la preuve que ce métal, mis en oxide , et frictionné sur la langue , à de très fortes doses et pendant long-temps, ne jouit d aucune propriété. C’est encore M. le docteur Porche , qui a bien voulu faire des expériences pour m éclairer sur la manière d agir de cette dernière préparation.
Quoi qu’il en soit , malgré l’opinion de M. Proust et celle de tous les chimistes qui me prouveraient , à ne pouvoir en douter , que la décomposition de l’oxide ingéré a lieu ; comme praticien qui n’a pas de guide plus sûr que l’observation , je î emploierai comme j’ai fait jusqu’aujourd’hui. Je mêlerai avec tel ou tel extrait l’oxide par la potasse ou celui par 1 étain, qui a un peu plus d’énergie que le premier, et je continuerai à user, pour les enfants , de l’une de ces deux préparations mises dans des pastilles de chocolat. Pour ceux d’un âge tendre (d’un à deux ans), je fais mettre un seizième de grain par pastille , et j’en donne une chaque jour dans l’intervalle des repas. Celte première quantité épuisée , un nouveau grain d’oxide ne fournit qu’à quinze , un troisième à quatorze , et , en faisant une pastille de moins chaque fois qu’on en prépare de nouvelles , je parviens à en administrer un huitième , même un sixième de grain par jour. Chez les sujets plus âgés , je commence par un quatorzième , par un douzième, quelquefois par un dixième de grain , et je fais toujours suivre
SUR LES l’RÉPARATlONS d’oR.
les progressions que j’ai établies , ayant égard néanmoins aux circonstances qui exigeraient une diminution de la dose ou la suspension du remède.
Jamais je n’ai traité de maladies vénériennes ni d’autres afïections du système lymphatique chez les adultes par les pastilles dont il est question; mais je suis dans la plus ferme persuasion cju’on guérirait par ce mode d’administration Ne guérit-on pas la syphilis par l’emploi à l’intérieur des préparations mercurielles? ne donne-t-on pas par ingestion les remèdes antiscrophuieux lorsqu’on n’a pas recours aux préparations d’or Irictionnées sur les gencives ou sur la langue? n’ai-je pas guéri plusieurs fois le carreau, même très avancé, par l’usage à l’intérieur de ces pastilles? les expériences de M. Porché laissent-elles le moindre doute sur l’efficacité de l’oxlde ingéré , qu’il soit décomposé ou non ? Quoiqu’elles me paraissent concluantes , elles ne me sufliraientpas pour établir les preuves irrécusables que je désire, attendu qu’on voittous les jours deuxsubstances médicamenteuses , administrées séparément ,ne produire aucun effet salutaire , tandis que, réunies , elles jouissent de beaucoup d’efficacité , si je n’âvais par-devers moi nombre de faits qui me prouvent l’action puissante des oxides d’or ingérés , après les avoir unis à des substances inertes.
Mais si , dans tous les cas, l’on adoptait l’emploi par in-
' Le docteur Legrand m’écrit qu’il a dans ce moment en traitement une jeune dame qui porte sur la langue un chancre qui a envahi le tiers postérieur de cet organe. Il lui donne l’oxide d’or par la potasse incorporé dans des pastilles de chocolat. Il n’a , du reste, fait que continuer un traitement commencépar notre honorable confrère, le docteur Dubreuil. Cette dame éprouve une amélioration si considérable , qu’on peut considérer sa cuve comme très prochaine.
LETTIUI A M. JIAÜENDIli,
gestion des préparations d’or , qu’il faudrait alors élever à de plus fortes doses que lorsqu’on s’en sert par la méthode de Clare, on perdrait l’avantage d’attaquer plus directement le mal sans fatiguer l’estomac , en faisant au contraire courir le risque d’une gastrite des plus intenses , laissant à sa suite une irritation extraordinaire qui s est soutenue pe7idant trois ans , comme l’a vu M. Magendie : il faut dire que sans doute l’individu qui éprouva ces accidents avait pris mal à propos le muriate , et qu’il eût fallu lui administrer les oxides dont l’action est infiniment plus douce ; et encore en les surveillant dans leurs efléts , car le médecin ne doit jamais oublier la maxime que commande l’humanité, si non proses saltem non noces l C’est parceque j’ai toujours été pénétré de l’importance de cette maxime , que j’ai mêlé h très petites doses, le muriate d’or et de soude avec l’extrait de garou lorsque j’ai voulu donner, dans le principe , ce médicament à l’intérieur. J’ignorais à cette époque que l’extrait procurât une décomposition , et que les préparations d’or ingérées pussent , sans inconvénient , être portées à des doses plus fortes que quand on s’en sert en frictions. Une fois que j’ai su quele muriate à un soixantième de grain ne pouvait qu’être entièrement décomposé , je lui ai substitué l’un ou l’autre oxide , ainsi que je l’ai dit plus haut , mais sans chercher à établir , comme l’a fait M. Magendie (page 235; sixième édition, page 2 54), qn'on pouvait remplacer six grains de ceux-ci par un grain de muriate triple. Je ne l’ai point dit dans mon ouvrage , et il n’y a rien qui annonce que j’aie voulu faire des expériences comparatives entre ces différentes préparations. Peut-être M. Magendie a-t-il raison , quoique je ne croie pas que , quand même il n’y aurait pas décomposition du muriate , un grain de celle substance
SUR LES PRÉPARATIONS d’oR.
|)ùt équivaloir, pour l’effet, à six grains d’oxide dans ce mode d’administration.
J’avoue cependant que j’ai peine à me persuader que, malgré la décomposition qu’il a subie par son mélange avec l’extrait de garou , ce dernier ait agi seul dans les guérisons que j’ai obtenues et que j’ai rapportées fidèlement dans ma Méthode ïatraleptique , si je raisonne surtout d’après l’insuffisance que M. Porche lui a reconnu lorsqu’il l’a employé, sans addition d’oxide. Le muriate même en se décomposant , ne communique-t-il pas à l’extrait un mode d’action qu’il n’aurait pas sans cela? Ce serait à l’expérience è prononcer sur ce point. Je ne vois pas, du reste , quel avantage il y aurait h résoudre le problème , toutes les fois qu’on peut user de l’oxide.
Les médecins qui s’efforcent de prouver qu’il n’existe pas de virus vénérien , et qui ne considèrent les symptômes primitifs qu’on attribue à ce virus que comme des inflammations locales qu’on ne doit traiter que par le repos et les antiphlogistiques; de même que ceux qui , sans nier l’existence du virus, adoptent la même métho'de et veulent proscrire le mercure dans le plus grand nombre des cas, si ce n’est pas dans tous , seront fort étonnés que je choisisse ce moment pour donner quelques instructions sur l’administration des préparations d’or; et cependant jamais circonstances ne m’ont paru plus favorables.
Je ne prétends pas élever de discussion pour établir si les premiers ont tort ou raison de nier l’existence du virus syphilitique , et si les seconds sont fondés à rejeter du traitement des symptômes primitifs toutes les préparations mercurielles , en attribuant à celles-ci, quand elles ont été administrées contre ces symptômes, la gravité des maladies secondaires; mon intention est seulement de sii^naler