QUESTIONS POSÉES À ROME ET LETTRE DU CARDINAL MISES EN REGARD
Maintenant, Monseigneur, pour répandre le plus grand jour possible sur la question qui nous occupe, je mettrai en regard les questions que vous avez posées à Rome et les réponses qu’on a faites.
Vous avez d'abord demandé : «si l'usage presque exclusif des « auteurs païens, tel qu’il se pratique dans les grandes Institutions « de Rome, dans la plupart des séminaires et Colléges du monde « catholique, et en particulier dans notre séminaire diocésain, dont « j'envoyais en même temps le programme d’études, si cet usage, « dis-je, n’est que toléré par l'Eghse et si elle ne le souffre qu'à « cause de la grande difficulté de le faire disparaître. »
A cette question, le Cardinal Patrizi ne répond pas directement ; il ne dit rien des Institutions que vous mentionnez, non plus que du programme d’études que vous lui avez fait parvenir. Il se borne à vous rappeler quel est l'enseignement voulu par l'Eglise en citant les paroles de Pie IX dans l'encyclique Inter multiplices. C'est assez
clairement vous dire, Monseigneur, d’abord, que les Institutions de Rome et autres ne doivent pas être regardées comme donnant un enseignement, expression de l'autorité pontificale ; ensuite, qu'il vous faut chercher à connaitre comment on a généralement interprété dans le monde chrétien et catholique cette partie de l’encyclique qui a trait à l’enseignement, et de vous en rapporter à cette interprétation.
Or, personne ne saurait nier, que partout cette interprétation a été généralement faite dans le sens de la thèse que nous défendons et qui est celle de Mgr. Gaume. On a déjà fait voir, Monseigneur, surtout dans la brochure intitulée : Mgr. Gaume, sa thèse et ses défenseurs, que dans toutes les parties du monde chrétien un très grand nombre d'évèques ont adopté la réforme proposée. C'est ce dont rend témoignage, même un journal protestant de Londres, l’Union, qui écrivait le 3 décembre, 1858, c’est-à-dire cinq ans après la publication de l'encyclique Jnter multiplices les remarquables paroles suivantes : « Ce plan d'enseignement (celui de Mgr. Gaume) a reçu «les plus hautes approbations dans toutes les parties du monde «chrétien. Le Pape, pour marquer son approbation, a élevé son «auteur à la haute dignité de protonotaire apostolique. Le Car- « dinal Gousset, Archevêque de Reims, l’a encouragé par une lettre « où il lui annonce qu’il adopte son plan pour tous les séminaires « de son diocèse. Plusieurs autres évêques de France ont suivi cet «exemple, ainsi qu’un grand nombre d’évêèques d'Autriche et de « Lombardie. On ne compte pas moins de douze évèques (aujour- « d’hui on en compte quarante) qui ont accepté cette réforme dans «le royaume de Naples, et à leur tête se trouve l'illustre évèque «d’'Aquila, qui a montré tant de zèle à l'appliquer, que Pie IX n’a « point craint de l’honorer du titre d’apôtre de la réforme dans l'édu- «cation. L'épiscopat espagnol n’a pas montré moins d'empresse- « ment, et les vues de Mgr. Gaume ont été adoptées en Espagne, « ainsi que l’a témoigné le vénérable évèque d’'Urgel. »
Les adversaires mèmes de la thèse de Mgr. Gaume, entr'autres Mgr. Dupanloup et Mgr. Landriot, ont si bien compris la portée des paroles de Pie IX dans l’encyclique Inter multiplices, que le premier a cessé d'écrire sur la question et de combattre la réforme, et que le second a ensuite protesté publiquement, notamment sur l’Univers, qu’il.n’était. pas paien comme on l'avait prétendu, qu'il était seulement. opposé à l'exclusion corpplèie des auteurs païens dans les cours classiques.
De nos joursencore, les gloires. de lé épiscopat ne font elles pas les plus grands efforts pour faire adopter le système chrétien. .1l
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suffit de nommer le Cardinal Altieri qui l’a adopté pour son séminaire d’Albano, malgré la vive opposition des Jésuites ;' Mgr. Manning, en Angleterre, qui a invité Mgr. Filippi à venir organiser ses petits séminaires comme ceux d’Aquila, ét la presque totalité des évèques d'Irlande qui, l'an dernier, écrivaient des lettres de félicitation à Mgr. d'Aquila à propos de l'élan qu’il avait donné à la réforme chrétienne, et qui le suppliaient de continuer ses travaux en ce sens.
Le Cardinal Patrizi dit ensuite que les auteurs voté parfaitement expurgés sont non-seulement tolérés, mais permis. C'est par là même dire que ceux qui ne sont pas expurgés, lés souls contre lesquels nous nous sommes élevés, ne sont et n'ont été que tolércs à cause du malheur des temps.
Vous avez encore demandé, Monseigneur, «si, dans les Conciles « de Latran, de Trente, dans l’encyclique /nter multiplices, et autres « documents authentiques, l'Eglise a voulu que les écrits des Saints « Pères eussent la plus large part dans les études classiques. »'
Ne vous parait:il pas surprenant, Monseigneur, que, demandant l'explication d’un passage de l’encyclique Znter multiplices, on ne vous réponde qu’en citant textuellement ce passage ? Cela rend om ne peut plus évident ce que je viens de dire, que Rome veut que vous cherchiez à connaitre comment les évêques ont généralement interprété ce qu'a dit Pie IX à propos de l'enseignement des séminâires. Je vous prierai de remarquer encore, Monseigneur, que les Saints Pères se trouvent nommés, dans l’encyclique, en premier lieu, et les auteurs païens en dernier lieu. Cet ordre dans l’énumération des auteurs à étudier a sa raison d’être ; les évèques ont généralement compris que le Pape voulait dire par là: Les ‘écrits des Saints Pères doivent avoir la première place dans les études classiques.
Vous avez encore denréndé: «si, en particulier, l’on doit entendre «la seconde partie de la septième regle de lIndex, en ce sens « qu’elle défende aux enfants la lecture des auteurs païens, quels « qu’ils soient. »
A cela, le,Cardinal répond que la lecture de ces livres est permise, pourvu qu'ils soient entièrement expurgés. Or, nous n'avons jamais dit le contraire. Ce que nous avons prétendu, c'est que tous les auteurs paiïens tombaient sous le coup de cet règle de l'Index, au moment de sa publication, parcequ’alors aucun n'était expurgé, et que ceux, qui aujourd'hui ne le sont pas encore, restent soûs de coup de cette règle. Ge n’est qu'après sa publication qu’on se miten frais de les expurger alin.de pouvoir s'en servir.
Vous demandez enfin, Monseigneur, «si l'étude des classiques « paiens, telle que pratiquée dans nos colléges, est de nature à «inculquer le paganisme dans l'esprit des jeunes gens, à mettre en « danger leur foi et leurs mœurs, à en faire des sceptiques et des « incrédules, et si enfin cette étude est bien réellement une des «causes de tous les maux qui menacent aujourd’hui la société, « comme on à voulu le prétendre, de sorte qu’un des moyens de : «salut pour la société chrétienne serait de cesser d'enseigner les « auteurs päiens, au moins dans les basses classes. »
Le Cardinal Patrizi n'a pas fait un mot de réponse àces questions, vous laissant libre, Monseigneur, ainsi que les autres, d’avoir làdessus l'opinion qu'il vous plaira.
Après avoir fait l'exposé des questions que vous avez posées à la Sainte Inquisition, vous renvoyez, Monseigneur, à une note que voici: « Il est très bon de remarquer que la Congrégation du Saint « Office, avant de donner sa réponse, a eu sous les yeux la brochure « de M. George St. Aimé, intitulé : « La Méthode Chrétienne» Que je vous suis reconnaissant de cette note, Monseigneur ! J'étais loin, bien loin de penser que ma brochure aurait l’'honnéur d'être examinée par le St. Office, et de sortir de la terrible épreuve, non-seulement sans censure aucune, mais pleinement confirmée, puisque la réponse que vous avez reçue de Rome n’est incontéstablement que le résumé des doctrines qu'elle contient. Nous avons demandé l'étude simultanée des auteurs chrétiens et des auteurs païens, et de plus, la parfaite expurgation de ces derniers, c'est ce que prescrite Cardinal dans sa lettre. Nous avons aussi soutenu que l’usage des auteurs païens non expurgés est très dangereux, et le Cardinal pense évidemment de même, puisqu'il ne veut voir que des livres parfaitement expurgés entre les mains des élèves. Je me réjouis donc d'un pareil succès, non pas pour moi, qui ne vaut pas grand’chose, mais pour tous les partisans de la réforme. proposée, pour cette réforme elle-même qui vient encore une fuis de recevoir l'approbation de la plus haute autorité.