‹ Lettre à Monseigneur Baillargeon, évêque de Tloa sur la question des classiques et commentaire sur la lettre du Cardinal Patrizi [microforme]Chapitre 3 sur 14 · QUESTIONS POSÉES A ROME ET RÉPONSES · texte numérisé non relu

QUESTIONS POSÉES A ROME ET RÉPONSES

J'arrive enfin, et j'en suis fort aise, à ce qui fait le fond de votre circulaire, je veux dire l'exposé des questions que vous avez pré: sentées à la Sainte Inquisition, la réponse du Cardinal Patrizi, et les conséquences pratiques que vous en déduisez.

Vous voudrez bien me permettre, Monseigneur, de soumettre |

chacun de ces points à l'examen le plus minutieux et le plus scrupuleuxpossible, car cela est important, pour nous surtout partisans de la méthode chrétienne.

Votre Grandeur a demandé à Ja Sainte Inquisition «si l'usage «presque exclusif des auteurs païens, tel qu’il se pratique dans les « Institutions de Rome, dans la plupart des Séminaires et des « Colléges du monde catholique, et en particulier dans notre Sémi- « naire diocésain, dont j'envoyais en même temps le programme « d'études, si cet usage, dis-je, n’est que toléré par l'Eglise, et si elle « ne le souffre qu'à cause de la grande difficulté de le faire dispa- «raître ; si, dans les Conciles de Latran et de Trente, dans l’'Ency- «clique Jater mulliplices, et autres documents authentiques, l'Eglise «a voulu que les écrits des Saints Pères eussent la plus large part «dans les études classiques, et si, en particulier, l'on doit entendre « la seconde partie de la septième règle de l’Index, en ce sens qu'elle « défende la lecture des auteurs païens, quels qu'ils soient; si « l'étude des classiques païens, telle que pratiquée dans nos colléges, «est de nature à inculquer le paganisme dans l'esprit des jeunes « gens, à mettre en danger leur foi et leurs mœurs, à en faire des «sceptiques et des incrédules, et si enfin cette étude est bien «réellement une des causes de tous les maux qui menacent aujour. « d'hui la société, comme on a voulu le prétendre, de sorte qu’un

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« dés moyens dé salut pour la société chrétienne serait de cesser « d'enseigner les auteurs païens, au moins dans les basses classes.»

Le Cardinal Pairizi vous a fait la réponse suivante :

“E Jlustris ac Reverendissime Domine uti frater.

‘ Ex tuis litteris die 23. novembris anno proxime elapso ad me

Hi datis Eminentissimi Patres Cardinales una mecum Sacræ Inquisi-

I} tioni præpositi ægre adinodum intellexerunt graves in ista diœcesi Hi obortas esse et adhuc commoveri dissentiones inter viros potissi- ! mum ecclesiasticos, propterea quia in tradendis humanioribus

litteris tum in Semenario diæcesano, tum in aliis puerorum juve-

| numque collegiis vigilantiæ atque auctoritati tuæ commissis libri ab ethnicis auctoribus conscripti, licet emendati, præleguntur. ! Nonest profecto, cur qui hujusmodi libros a litterarum studiis

amandandos existimant, hac in re vehementer sollicitos anxiosque se præbeant. Explorata enim res est et antiqua constantique consuetudine comprobata, adolescentes etiam clericos germanam dicendi scribendique elegantiam et eloquéntiam sive ex sapienñtissimis Sanctorum Patrum operibus, sive ex clarissimis éthnicis scriptoribus ab omni labe purgatis absque ullo periculo addiscere

: optimo jure posse. Id ab Ecclesia non toleratur modo, sed omnino

permittitur, et a SSmo Domino Nostro Pio Papa IX. perspicue declaratum fuit in epistola encyclica ad Galliarum Episcopos die,

1 21. martii 1853. missa. Quumigitur antiqui libri ab ethnicis græce £ aut latine conscripti, qui in seminario et collegiis istis adhibentur, } non ii nimirum sint, qui res lascivas seu obscenas tractant,

narrant, aut docent, imo ab omni labe sint jam diligentissimeexpurgati, sicut insigni testimonio tuo ultro fatéris, idcirco nihil est quod in usu hujusmodi librorum juré possit reprehendi. Verumtamen illud maxime dolendum est, quod hanc ob causam, disturbata isthic cleri concordia, non parum commioti sint animi : quia si semper, nunc certe viri catholici præsertim ecclesiastici non in agitandis fovendisque importunis controversiis, sed in catholica tuenda veritate et in sanctæ ecclesiæ juribus, quæ adeo

1 divexatur, propugnandis omnem ‘operam et industriäm debent

impendere. Quarce Te maximopere Sacra hæc Congregatio in Domino cohortatur, ut non minori contentione quam pastorali

caritate ecclesiasticos istos viros concordissimis anirmis idipsum : dicere omnes et in eodem sensu atque in eadèm sententia perfectos | esse moncas; atque efficias ut ab omni quæstionum vanitate

abhorrentes, sedulo naviterque Dei et proximorum negotium agant.

Non dubitatur, quin pro spectata tua prudentia a procurando ‘hoc

salutari officio nunquam desinas ; et interim fausta cuneta ac felicia Tibi precor a Deo. À Romae die 15. februarii 1867.

“ Amplitudinis Tusæ “Addictissimus uti frater,

Ÿ (Sign.) C. Cann: PATRIZI.

. CR. P. D. Episcopo Administratori Apostolico Diæcesis Quebecensis.”

Voici la traduction de cette lettre :

D'après la lettre que vous m'écriviez l'an dernier, en, date du 23 | novembre, les Eminentissimes Cardinaux, qui sont en mème temps | que moi préposés à la Sainte Inquisition, ont appris avec une grande !

douleur que dans votre diocèse, de graves dissensions s'étaient WA

élevées, surtout parmi les ecclésiastiques, et qu'elles y produisaient encore, aujourd’hui de l'agitation, parce que dans l’enseignement ! des lettres humaines, tant dans votre Séminaire diocésain que dans ! les autres Colléges, où étudient les enfants et les jeunes gens, et ! qui sont soumis à votre surveillance et à votre autorité, on explique | les auteurs païens, tout expurgés qu'ils soient. Il n’y a certainement !

pas lieu, pour ces ecclésiastiques, de penser qu'il faille mettre ces 4

livres de côté dans l’enseignement littéraire, ni de se montrer à cet !

égard si inquiets et si grandement alarmés. La chose a été examinée Hi À! et elle a reçu la sanction que donne un usage antique et constant ; #4

les jeunes clercs peuvent sans aucun péril apprendre très-bien l’art M de parler et d'écrire élégamment et avec éloquence, tant dans les !

œuvres éminemment sages des Saints Pères que dans les auteur;

paiens les plus célébres, purifiés de toute souillure. (*) Cela est nor- #

(*) On remarquera que je traduis sive ex sapientissimis. . , , sive ex clarissimis par ik

tant dans les œuvres. .gre dans, « «., et non par sut dans les œuvres, . . soit WE dans. « « «Car d’abord, si la phrase était disjonctive, le absque periculo addiscere tomberait #2

aussi bien sur les œuvres des Saints Pères que sur les livres païens, On ne peut pas supposer «u’il en soit ainsi,'parce qu’il serait plus que naïf de dire que l’étude des œuvres des Saints Pères n’oflre pas de dangers. En second lieu, sève répeté a souvent le sens de !

et répété, qui signifie la même chose que tant... .gue, Ici, s've doit réellement s’inter- [AR

préter ainsi, car, comme tout le monde l’avouera, le Cardinal cite l’ancyclique Zater multi- M plices, Or, dar cette envyclique on ne lit pas sive répeté, mais tu qui signifie tan’, … … . que. De plus dans un Mémoire itulien, présenté aux évêques réunis à Rome en 1862 et où ! se trouve vité ce passnge de l’envyclique, l’auteur traduit ainsi tm répêté, Enfin, toutes les traductions françaises les pius autorisées suivent cette interprétation,

seulement toléré par l'Eglise, tnais entièrement ‘permis, comme . Notre Saint Père le Pape Pie IX. l'a clairement déclaré dans sa lettre encyclique, adressée aux révèques: de France, en date du 21 Mars, 1853. Puis donc que les livres païens, soit grecs, soit latins, dont on fait usage dans le séminaire et les colléges mentionnés plus haut, ne sont pas de ceux qui traitent de choses lascives ou obscènes, qui les racontent ou les enseignent, et qu’en outre ils ont déjà été purifiés de toute souillure avec le plus grand soin possible, comme vous m'en donnez vous-même Ja haute garantie, il n’y a certainement rien qu’on puisse raisonnablement blâämer dans l'usage de pareils livres. Cependant, il est très-déplorable que pour cette raison, la concorde entre les membres de votre clergé ait été détruite et que les esprits ne.se soient pas peu: échauffés. Toujours, et aujourd'hui plus que jamais, les catholiques et surtout les ecclésiastiques, loin de soulever et d'entretenir des discussions fâcheuses, doivent employer tout leur zèle et leurs efforts à défendre la vérité catholique et à combattre pour la défense des droits de la Sainte Eglise, qui est si vivement attaquée. C’est pourquoi cette Sacrée Congrégation vous exhorte fortement dans le Seigneur à amener tous ces ecclésiastiques, en usant d'autant d'énergie que de charité pastorale, à proclamer la mêmé chose en union de cœurs, et à ne faire qu'un par la conformité dé vues et de sentiments. Elle vous exhorte en outre à faire en sorte, qu'ayant en horreur de vaines discussions, ils s'occupent avec zèle et dévouement ‘des intérêts de Dieu et du prochain. On ne doute päs, eu égard à votre prudence, que vous ne cessiez jamais de veiller à l'accomplisséement de ce devoir de salut. Sur ce, je prie Dieu qu'il vous accorde bonheur et prospérités.

De votre Grandeur, &e., &c., &c.

(Signé.) C. Carp. PATRIzI.

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