ÆXAMEN DÉTAILLÉ DE CE QUE DIT LA LETTRE DU CARDINAL PATRIZL
#1: Le: Cardinal Patrizi dit en premier lieu :
« Qu'ilest fort chagrin d'apprendre que dans votre diocèse de « graves dissensions se sont élevées, surtout parmi les ecclésiastiques, « parce que dans vos colléges on fait usage de classiques païens «“ éxpurgés. »
Ici, Monseigneur, j'ignore si son Eminence a bien compris la portée de votre lettre, mais il me semble que c'est beaucoup trop dire que d'affirmer qu'il règne de graves dissensions dans votre diocèse, à propos d'auteurs paiens expurgés. D’abord, il n’y a pas dissensions, mais seulement divergence d'opinions, ce qui n’est pas du tout la même chose. Et encore n'est-il pas parfaitement exact de diré qu’il y a divergence d'opinions, puisque la presque totalité de votre clergé est.pour la réforme proposée : le clergé des autres diocèses du Bas Canada partage absolument la même manière de voir. Votre séminaire diocésain a persécuté, il est vrai, quelques uns de ses plus dignes et savants prêtres, mais hors cela, tout s’est. passé dans l’ordre. Je déplore un peu cependant que les procédés violents dont a cru devoir se servir cette maison soient mis à la charge de tant de personnes paisibles qui n'ont fait qu'embrasser trié Opinion des plus autorisée. !
Ensuite, la discussion n’a jamais eu pour objet les auteurs païens expurgés, mais les auteurs paiens non expurgés, et la nécessité d'introduire des auteurs chrétiens dans les classes et les classes inférteures surtout.
Le Cardinol Patrizi dit en second lieu: |
«Qué les ecclésiastiques de votre diocèse liont pas raison Gé \peñser qu'il faille bannir des classes les auteu? aaïens ainsi | “éxpurgés, de s'inquiéter, des'alarmer à ce sujet. Es NL 0
Mais encore une fois, Monseigneur, les inquié! W lb: a
ne sont pas le moins du monde causées par l'étué __pafens expurgés, mais par celle des auteurs non expurgés C wi suffisamment expurgés, par l'exclusion presque complès des auteurs chrétiens. lues auteurs paiens expurges, voilà ce jue veulent, ce ‘qu'appellent de tous leurs vœux les partisans dela réforme dans l'enseignement. Ne l'ont-ils pas même formellement déclaré dans
les brochures auxquelles vous faites allusion ? Ainsi, l’auteur de la Réponse aux Rectifications de M. l'abbé Chandonnet ne dit-il pas, page 43. «Les partisans de la méthode chrétienne, et Mgr. Gaume «entr'autres, n'ont jamais élé opposés à l'étude des auteurs païens par- « failement eæpurgés ; bien au contraire, c'est ce qu'ils s'efforcent « d'obtenir. » |
Qu'il me soit permis de dire, Monseigneur, que je trouve encore infiniment regrettable les paroles un peu amères que le Cardinal Patrizi laisse échapper sur le compte de votre clergé, parolés qu'on ne saurait lui reprocher cependant, parce qu'il est sous une. fausse impression. Son langage, sans doute, eût été bien différent s'il eût connu que la thèse défendue par l'immense majorité du clergé <anadien est la même que celle qu'ont soutenue et favorisée de tout leur pouvoir les Cardinaux Gousset, Altieri et Antonelli.
Le Cardinal Patrizi dit en troisième lieu :
« Que la chose a été examinée et. qu'elle a reçu la sanction d'un «antique et constant usage : les jeunes clercs peuvent sans aucun « péril apprendre très-bien l’art de parler. et d'écrire élégamment et « avec éloquence, tant dans les œuvres éminemment sages des Saints « Pères que dans les auteurs païens les plus célèbres, purifiés d' « toute souillure. »
Ces paroles, Monseigneur, sont la justification complète de ma brochure et de tout ce qu'ont écrit les partisans de la réforme dans l'enseignement. Nous avons toujours invoqué cet antique et constant usage des âges de foi, où les auteurs chrétiens jouaient un rôle si important dans les études et où les auteurs païens non expurgés n'étaient jamais mis entre les mains des élèves. Le professeur seul les avait en sa possession et il n’expliquait que les passages qui ne présentaient absolument aucun danger. Nous avons toujours invoqué cet antique et constant usage que l'Eglise a sans cesse rappelé dans ses Conciles, notamment dans ceux de Trente et de Latran. Nous avons toujours demandé, et demandé rien de plus, rien de moins qüe ce que veut le Cardinal Patrizi en s'appuyant de l'autorité.de l'encyclique Inter Muliplices : que les jeunes élèves des Sémifaires étudient simultanément les auteurs chrétiens et païens
etfèrement expurgés, et que même alôrs, les auteurs chrétiens aLr a place d'honneur qui leur convient, Ces dernières paroles ne 86 #4 pas en toutes lettres dans la réponse du Cardinal, mais elles y SON uivalemment : l'ordre dans lequel sont mentionnés les auteurs 4 stulier ne laisse pas de doute à cet égard : en premier lieu : Sapienlisna Sanctorum Patrum opera ; en second lieu : cla
rissimé elhnici sipiores ab omni labe murgati.
Veuillez relire maintenant, s’il vous plait, Monseignenr, tout ce qui a été écrit sur la méthode chrétienne depuis deux ans, et vous demeurerez convaincu que nous n'avons pas parlé autrement que le Cardinal Patrizi. ILest dit en effet dans la brochure intitulée : Mgr. Gaume, sa thèse et ses défenseurs : « Il ne sera peut-être pas inu- « tile de constater ici que l’encyclique Jnter multiplices ne contredit «en rien les documents que nous avons cités et qui émanent de Ja « mème, source, qu’elle... Les quelques, mots, qui, dans cette «“encyclique, ont, trait à l'éducation de la jeunesse, sont tout-àfait « favorables à la thèse de Mgr. Gaume, puisqu'il y'est dit que les «auteurs. paiens les plus célèbres ne doivent être mis.entre les « mains, des élèves qu'après avoir été purifiés de toute souillure. »
Dans le Monde actuel il. est. dit : ,« Pour nous, nous demandons
« comme Mgr. Gaume, que les auteurs chrétiens soient les classiques «exclusifs des enfants jusqu’à la quatrième inclusivement ; qu'après « la quatrième, ils continuent à ètre étudiés simultanément avec les «autres paiens, parfailemeut expurgés, et qu'alors encore ils tiennent « la place d'honneur qui leur est due. »
L'auteur, comme on le voit, exprime le désir que les livres chré” tiens soient les livres exclusifs des enfants jusqu'à la quatrième. C'est, là, on le comprend assez, un. simple détail d'application, etnon pas une condition sine qu non du système chrétien.
L'auteur de la. Réponse à M, l'abbé Chandonnet s'exprime ainsi : « Les partisans de la méthode chrétienne, et Mgr. Gaume entr'autres, «ont, jamais, élé opposés à l'étude des auteurs. païiens parfaitement «eæpurgés; bien au contraire, c’est ce qu'ils s'efforcent d'obtenir, « pourvu toutefois que cette étude se fasse simultanément avec celle « des monuments dela littérature chrétienne comme le désire encore «Pie IX»
Enfin; moi-mème n'ai-je pas écrit dans la Méshode. Chiétienne : « Insulterionsnous par hasard l'Eglise en demandant qu'on fasse au «Christianisme une part plus large (nous ne sommesdonc pas exclusifs) «que celle qu'on lui a faite jusqu’icidans l'enseignement des colléges ? « Mais n'est-ce pas là le vœu qu'elle-mème a exprimé dans le Saint « Concile de Trente? N'est-ce pas là aussi ce que demande l'immortel «et glorieux Pie IX, dans son encyclique Inter multiplices ? »
Comment peut-il donc se faire, Monseigneur, qu'après avoir tenu un langage si clair, après avoir fait des déclarations aussi formelles, nous soyons, représentés comme des exagérés, comme voulant exclure absolument. tous les auteurs païens des études classiques, mèême.ceux qui sont parfaitement expurgés? Je ne puis m'expliquer une semblable méprise.
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Ë Monseigneur, que les partisans de la réforme chrétienne dans l'en- | selgnement sont en parfait 'accotd'avec le Cardinal Patrizi : leurs que écrits ne sont que lé rigouteux développement des règles qu’il pose | avec tant de sagesse.
EM Mais continuons.
Le Cardinal dit en quatrième licu : |
qu « Que l'étude des auteurs païens expurgés cst non seulement Hd «toléréé mais permise, comme l’a clairement déclaré Pie IX»
C'est ce que les partisans de la méthode chrétienne disent aussi depuis longtemps. Mais'ils ont soutenu et soutiennent encore que ï ue l'étude des auteurs païens non expurgés n’a été que tolérée par HE l'Eglise, ce qu'il est facile de conclure par la lettre du Cardinal. | | à) C'ést d’ailleurs ce qu'a très explicitement déclaré le Père Cérino, con Î} sulteur de l'Index, dans une réponse officielle à Mgr. Gaume.
| Es Le Cardinal Patrizi dit en cinquième lieu :
4 « Que puistjue les livres païens, grecs ou latins, dont on fait usage jh « dans vos colléges et votre séniinaire diocésain, sont de ceux dans
| f | 18 1 D'après les citations que je viens de faire, il ést done incontéstable,
jh «lesquels ne se trouvent pas d'obscénités, ni de choses lascives, et «qu'en outre ils ont été purifiés de touté souillure avec le plus « grand soin possible, comme vousimême en donnez la haute garan-
fi 1 «tie, on ne peut pas blâmer l’usägé de pareils livres»
ue Ici, Monseigneur, je vous’avouerai que je ne suis pas médiocre- # ment surpris en lisant ces paroles du Cardinal. Son Eminence dit | que vous lui donnez l'assurance que dans votre séminaire et vos colléges les auteurs païèns sont parfaitement expurgés. Impossible de supposer qu'Elle se soit méprise sur la portée de vos paroles, car,
mi de la confiance et de la bonne foi de Votre Grandeur! Votre séminairé a donc deux éditions de classiques ? l’une parfaitement expurgée, qu'il étale dans les grandes circonstances et dont il ne fait aucun usage hors de là; l'autre, non expurgée, qu'il laisse
Î vers la fin de votre circulaire, vous dites : « Le Cardinal suppose | «dans sa lettre que nos classiques sont suffisamment expurgés. M he « Là dessus vous ne pouvez douter que je ne me sois assuré d'avance Ni «qu'il n'y a rien à désirer à ce Sujet»
ill ÿ Ah! Monseigneur, je né saurais m'empècher de m'écrier ici, avec ! Au à le sentiment de la plus profonde douleur : Qu'on abuse étrangement if
et vous verrez si je dis vrai. En attendant, je prendrai la liberté
qqs entre les mains de ses élèves et qui leur sert de pain quotidien. Je UE le coinprends, Monseigneur, vous avez peine à m’en croire. Eh ll bien! j'ose vous le suggérer, faites-vous, sil vous plaît, remettre | ‘3 les classiques en usage dans votre séminaire en l’an de grâce 1867, | |
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de mettre sous les yeux de Votre Grandeur quelques extraits de ces auteurs prétendus expurgés, ab.omni labe purgati.
Mais auparavant, il importe de bien savoir ce qu'il faut entendre par auteurs païens parfaitement expurgés. Le Cardinal l'explique lui-mème dans sa lettre : ce sont des livres donton a fait disparaître non-seulement toutes les obscénités et les choses lascives, mais bien plus, qu'on a purifiés de toute souillüre. Non # sint qui res lascivas seu obscenas tractant, narrant aut docent, 1M0 AB OMNI LABE SINT JAM DILIGENTISSIME EXPURGATI. En: d'autres termes, un livre parfaitement expurgé ne doit renfermer rien de contraire à quelque vérité morale que ce soit, à quelque vertu que ce soit, à quelque principe que ce soit, car outre le précepte du Décalogue qui défend les choses impures, il y en a neuf autres qui obligent également. Il importe encore de remarquer que Notre Saint Père le Pape veut qu'on ne mette entre les mains des élèves que des auteurs parfaitement expurgés, qu’on les fasse traduire en tout ou en partie, peu importe; car ilest dit d’une manière absolue : les livres anciens dont T'usage est permis doivent étre purifiés de toute souillure,