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Puisqu'il le faut, Monscigneur, j'entrerai dans quelques détails. La seconde églogue, dans son entier, n’est que l'amour infâme, la pédérastie, chanté et: mis en scène; Corydon brûle pour le bel Alexis, et, après lui avoir fait entendre tous les soupirs les plus passionnés, il termine par cette plainte :
Me tamen.urit amor : quis enim modus adsit amori.
Que cette églogue a fait rêver d’écoliers, à cet âge où les passions débordent et s’échappent parfois en torrents impétueux! Ils ne le disent pas tout haut, il est vrai, maisle mal n’en est pas moins réel.
Dans la troisième églogue des prétendues éditions expurgées, on lit:
Infelix, o semper, oves, pecus! Ipse Neream Dum fovet......….
Ces éditions portent, une foule de notes explicatives. Dans une de ces notes le Dum fovet est ainsi expliqué : fait sa cour à la bergère Néréa.
Un peu plus loin on lit:
Novimus et qui te.....tranversa tuentibus hircis.
L'auteur met en note: « Il y a reticence....…...Damétas fait allu- «sion à quelque action honteuse, qu’il ne veut pas indiquer plus «clairement»
Dans la même églogue on lit encore :
At mihi sese offert ultro, meus ignis, Amyntas.
H y a encore une note ici: « Meus. ignis, l’objet de mon amour» Ce vers n’est donc rien moins qu’une chaude allusion à l'amour infâme. Quand on sait avec quel soin il faut éloigner les élèves de tout ce qui peut réveiller en eux cette funeste passion, on ne comprend guère qu'ils se servent habituellement d’un livre qui enseigne de semblables choses et qui met tout en œuvre pour les faire aimer et pratiquer. ;
Poursuivons encore. On. lit, vers:78 :
Phyllida amo ante alias, nam me discedere flevit. Vers 101, | ; :
Idem amor'exitium est pecori, pecorisque magistro. Et vers 107, se
Nascentur ilores et Phyllida solus habito.
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Ces trois derniers mots en disent beaucoup'assurément, et sans donner dans un accès de pudeur, on peut avec raison s'alarmer des idées qu'ils réveillent et font naître.
La cinquième églogue est un peu, plus chaste que la précédente ; on rencontre encore cependant des passages comme celui-ci :
Incipe, Mopse, prior, si quos aut Phyllidis ignes Aut Alconis habes laudes.
Qu'il suffise pour connaître la sixième églogue de citer lés deux vers suivants, que je m'abstiendrai de caractériser :
Et fortunatam, si nunquam armenta fuissent, Pasiphaen nivei solatur amore juvenci.
Dans la septième églogue se trouve le dialogue suivant entre Corydon et Thyrsis, dialogue qui sent fortement le lupanar.
CorYpox.
Nerine Galatea, thymo mihi dulcior Hyblæe, Candidior sycnis, hederà formosior aïbà ; Cum primum pasti repetént præsepia tauri Si qua tui Corydonis habet te cura, venito.
Tuysis.
Imo ego Sardois videar tibi amarior herbis, Horridior rusco, project vilior algä,
Si mihi non hæc lux toto jam longior armo est! Ite, domum, pasti, si quis pudor, ite, juvenci.
Voici encore, entr'autres abominations, ce qu’on lit dans le huitième églogue :
Limus ut hic durescit, et haec ut cera liquescit Uno eodem igni ; sic nostro Daphnis amore.
Sparge molam, et fragiles incende bitumine lauros. Daphnis me malus urit ; ego hanc in Daphnide laurum. Ducite ab urbe domum, mea carmina, ducite Daphnim. Talis amor Daphnim, qualiscum fessa juvencum Per nemora atque altos quærendo bacula lucos, Propter aquæ rivum viridi procumbit in ulvä Perdita, nec serae meminit decedere nocti, Talis amor teneat, nec sit mihi cura mederi.
‘ Ducite ab urbe domum, mea carmina, ducite Daphnim.
Qnant à la dixième et dernière églogue, elle exhale une odeur très-caractéristique dont l'extrait suivant pourra donner une idée :
Certe sive mihi Phyllis, sive esséi Amyntas,
Seu quicumque furor (quid tüm, si fuscus Amyntas ? Et nigrae viôlae sint et vaccinia nigra),
Mecum inter salices lentà sub vite jaceret.
Dans les mêmes éditions expurgées de votre séminaire, Monseigneur, on lit dans les Georgiques ce qui suit :
Aetas Lucinam justosque pati hymenæos Desinit ante decem, post quatuor incipit annos : Cætera nec fæœturæ habilis, mec fortis aratris. Interea superat gregibus dum læta juventus, Solve marées, mitte in venerem pecuria primus, Atque alim ex aliâ generando suffice prolem.
Et un peu plus loin :
Ipsa autem macie tenuant armenta volentes ;
Atque, ubi concubitus primos jam nota voluptas
Sollicitat, frondesque negant et fontibus arcent ;
Sæpè etiam cursu quatiunt, et sole fatigant,
Cùm graviter tunsis gemit area frugibus, et cum.
Surgentem ad zephyrum palesæ jactantur inanes. Hoc faciunt nimio ne luxu obtusior usus
Sit genitali arvo, et sulcos oblimet inertes ;
Sed rapiat sitiens Vénerem, interitisque recondat.
Dans le premier livre de l’Enéide des mêmes éditions, toujours expurgées, on trouve vers 276 :
Hic jam ter centum totos regnabitur annos Gente sub Hectore, donec regina, sacerdos Marte gravis, geminam partu, dabit Ilia prolem.
Di gentium daemonia, dit le Psalniste ; les dieux des nations sont les démons;,' et’ cette ‘parole est rigoureusement vraie. Quelle abomination par conséquent se trouve renférmée dans ces queMu es vers ! Je n'en dis pas'davantage ; je frémis !
On lit encore dans le même livre :
Ducit Amazonidum:lunatis agmina peltis Penthesilea furens, mediisque:in millibus ardet, Aurea subnectens exsertæ cingula mammæ.
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Un peu plus loin on lit encore :
Tu faciem illius, noctem non amplius unam, Falle dolo, et notos pueri püér'indue vultus ; Ut, cûm te gremio accipiet lætissima Dido, Regalesinter mensas, laticemque Lyæum, Cüm dabit amplexus, atque oscula dulcia figet, Occultum inspires ignem, fallasque veneno.
Il faudrait encore citer du même livre.le vers 714 et les suivants jusqu'au vers 727.
Mais, Monseigneur, il est temps d'en finir avec, Virgile. Qu'il me suflise de vous faire remarquer que dans les éditions, mises entre les mains des élèves de votre Séminaire, se trouve encore en son entier le quatrième livre, renfermant les amours d'Enée et de Didon, livre qui a été regardé à bon droit, même par les paiens, qu'on mn ‘it pas supposer trop méticuleux, comme extrêmement dangereux pour les mœurs. Le sixième, mauvais à tant de points de vue, et qu'on fait presque toujours traduire, comme morceau des plus exquis, renferme le passage suivant :
Hic crüdelis amor tauri, suppostaque furto Pasiphaë, mixtumque genus, prolesque biformis, Minotaurus inest, Veneris monumenta nefandæ.
Vouillez maintenant prononcer, Monseigneur ; ce Virgile, qui joue un si grand rôle dans les études Classiques, n'est-il pas propre, non expurgé qu'il est, à démoraliser complètement les élèves, à leur enseigner et à leur faire aimer toutes les infamies ? Si cet auteur est tel que je viens de le faire voir, ce. dont on ne saurait douter, votre séminaire diocésain peut-il en sûreté de:conscience le laisser entre les mains de ses élèves, après la réponse du Cardinal Patrizi ?
Je voudrais en avoir le temps, je mettrais sous les yeux de votre Grandeur les passages du mème auteur qui attaquent d'autres vertus que la chasteté, qui sont en pleine contradiction avec les principes fondamentaux de notre sainte réligion. Car ilest toujours bon de ne pas perdre de vue qu'un auteur, ne renfermâtil rien d’obscène ne peut être rangé de suite, pour cette raison, dans la classe de ceux que Pie IX appelle ab omni labe purgati. Dans ce travail, j'appuie surtout sur les choses lascives et ohcènes que renferment les auteurs païens,.parce que..c'est.là ce qui frappe davantage.
Passons à un autre maintenant.
HORACE, TEL QU'IL EST'MIS ENTRE LES MAINS DES ÉLÈVES, ESTIL AB OMNI LABE PURGATUS ?
L'auteur qui, dans les classes tient la première place après Virgile, c'est Horace ; c’est lui surtout que savourent les élèves des classes de Bélles-Lettres et de Rhétorique. Assurément celui-là doit être expurgé, ou, pour mieux dire, entièrement purifié de toute souillure. J'ai encore la douleur de vous dire que non, Monseigneur. On l’a bien soumis, il est vrai, à une première expurgation, qui en a fait disparaître les propos les plus intolérables, les oripeaux les plus prononcés, mais que de choses mauvaises ne renferme-til pas encore ! de ces Choses qui l'empèchent de trouver grâce devant le Cardinal Patrizi.
L'édition que j'ai sous les yeux est justement celle de votre séminaire diocésain. Voici, entr'autres choses, car je ne puis pas tout citer, ce qu'on rencontre dans cette édition d’Horace, regardée comme suffisamment expurgée.
Dans l'ode Ad Romanos, qui commence par ces mots : Delicta majorum, on lit la strophe suivante :
Motus doceri gaudet Ionicos Matura virgo, et fingitur artibus Jam nunc et incestos amores
De tenero meditatur ungui.
Dans l'ode Ad fontem Bandusiam, on lit :
Cras donaberis hædo Cui frons turgida cornibus Primis et Venerem et prælia destinat.
Dans l’ode Ad Romanos, dont les premiers sont : Herculis ritu, on trouve les deux strophes suivantes :
Unico gaudens mulier marito
Prodeat, justis opcrata sacris
Et soror clari ducis, et decoræ Supplice vittâ
on
Virginum matres juvenumque nuper
Sospitum. Vos, o pueri et puellsæ
Jam virum expertæ, male ominatis Parcite verbis.
Une ode à Méciène commence ainsi :
Inclusam Danaen turris ahena
Robustieque fores et vigilum canum
Tristes excubiæ munierant satis Nocturnis ab adulteris,
Si non Acrisium, virginis abdit:æ
Custodem pavidum, Jupiter et Venus Risissent.
L'ode intitulée Ad Amphoram, chante l'ivrognerie, et de plus elle La dernière
nous amène là où ce vice conduit le plus souvent. strophe est celle-ci :
Te Liber, et, si læta aderit, Venus, Segnesque nodum solvere Gratie, Vivæque-producent lucernæ
Düm rediens fugat astra Phæœbus.
L'ode Ad Dianam s'ouvre ainsi :
Montium custos nemorumque, Virgo, Quæ laborantes utero puellas Ter vocata audis.......… ee
L'ode Ad Galateam, dont les premiers mots sont: /mpios parræ, est obscène, lascive d’un bout à l’autre. Horace rappelle encore
dans cette pièce le crime que je n'ose nommer.
Sic et Europe niveum doloso Credidit tauro latus............….
Dans une ode Ad Lollium, on lit encore :
Nec si quid olim lusit Anacreon
Delevit «tas ; spirat adhuc amor,
Vivuntque commissi calores Loliæ fidibus puelle.
L'ode /n Lycen, quoiqu'on en aît retranché quatre vers, n'en demeure pas moins lascive depuis le commencement jusqu'à la fin.
On peut dire la même chose de l’ode /n Canidiam.
Le Carmen seculare renferme la strophe suivante :
Rite maturos aperire partus
Lenis, Ilithya, tuere matres,
Sive tu, Lucina, probas vocari, Seu Genitalis.
Dans les Epitres et les. Satires, je pourrais citer plusieurs passages analogues à celui que voici, tiré de l'Epitre A4 Nemicium :
Crudi tumidique lavemur
Quid deceat, quid non, obliti, Gærite cerà Digni, remigium vitiosum Ithacensis Ulyssei, Cui potior patrià fuit interdicta voluptas. .
Si Mimnermus uti censet, sine amore jocisque Nil est jucundum, vivas in amore jocisque.
Assez, Monseigneur, pour les obscénités et les choses lascives. Que serait-ce maintenant si je reproduisais tous les passages de cette édition d'Horace où sont chantés les danses, le plaisir de boire et les excès de la table ? Peut-on, en vérité, invoquer l'autorité de l’encyclique Znter multiplices, celle de la lettre du Cardinal Patrizi et laisser cependant à l’usage des jeunes gens, qu'on prétend former aux plus hautes vertus, des livres remplis d'enseignements si contraires aux préceptes de l'Evangile ?
Les impies, dit le Livre de la Sagesse, tiennent entre eux ce language : Venite ergo, el fruamur bonis quæ sunt, et ulamur creaturd lanquam in juventute celeriter. Dieu nous avertit de ne pas prêter l'oreille à de si perfides paroles : Fii mi, ne ambules cum cis, prohibe pedem tuum à semilis eorum. Horace cependant, malgré la défense du Seigneur, sollicite du matin au soir les jeunes séminaristes à jouir sans contrainte des plaisirs de la vie, c’est un refrain qu'il prodigue sous toutes les formes.
Tantôt il dit :
Dona præsentis cape lætus horæ, et Linque severa ;
Tantôt :
Crassâ ne careat pulchra dies not.
Neu promptæ modus amphoreæ, Neu morum in salium sit requies pedum
Neu desint epulis rosæ,
sieurs "JU à
Cives.
cette et les e l’enrizi et prmer si CON-
e lanaturé rèter rohibe fense Gtes à
qu'il
J'en appelle ici à votre cœur d’apôtre, Monseigneur ; un livre qui renferme encore tant d'obscénités, de choses lascives ; qui débite de maximes aussi sensuelles, est-il de ceux qu’on appelle ab omni labe diligentissime expurgati? Permettez-moi, Monseigneur, de le dire sans hésiter: non, mille fois non!
Je pourrais assurément me borner aux citations que je viens de faire, car j'ai surabondamment prouvé que les deux livres, dont les élèves se servent le plus souvent et le plus longtemps pendant leur cours classique, sont loin d’être expurgés, comme ils doivent l'être, pour servir de principal aliment à la jeunesse chrétienne et baptisée. Par là, j'ai justifié et pleinement justifié toutes les réclamations qu'ont fait entendre les partisans de la réforme dans l'enseignement, car veuillez bien vous rappeler, Monseigneur, que le Cardinal Patrizi ne trouve ces réclamations blâmables qu'autant e’relles portent sur des auteurs parfaitement expurgés.
Afin de répondre à tout ce qu'on pourrait exiger, j'examinerai encore quelques-uns des livres en usage dans votre séminaire. Je jetterai d’abord un coup-d'œil sur Cicéron qui, au dire de certains dévots païens, parle quasi comme un Père de l'Eglise.