‹ Lettre a un jeune bachelierChapitre 4 sur 9 · CRÉATION ET ÉVOLUTION · texte numérisé non relu

CRÉATION ET ÉVOLUTION

L'idée de Créateur m'amène à l'idée de créature, et aux théories par lesquelles on tente de se passer du Créateur.

Transformisme, évolulionnisme, darwinisme, c'est tout un aux regards du vulgaire, et vous avez entendu dire plus d'une fois : « Aujourd'hui tout le monde est darwiniste; le transformisme, l'évolution, sont entrés dans le domaine de la science; on n'y contredit plus. »

Ici, gardons-nous bien d'une confusion que l'on fait parfois, et que certains de nos adversaires tentent d'introduire dans ces questions, pour en faire une arme contre notre foi.

D'abord, rien ne vous empêche d'admettre un certain évolutionnisme, à condition que vous vous rappeliez deux choses : i° que l'on n'a point trouvé la fameuse monère, la cellule primitive, née d'elle-même, qui permettrait de

se passer d'un acte créateur; 2° qu'on n'a pas trouvé davantage le pitéeanthrope, l'anneau nécessaire entre ranimai et l'homme, pour établir que l'homme descend immédiatement des espèces inférieures.

Ce sont les deux points à garder en votre esprit pour répondre à ceux qui prétendent que l'évolution nisme supprime Dieu, et établit scientifiquement la généalogie purement animale de l'homme.

Prenez garde surtout à ce que j'appellerai les arguments « tronqués ». C'est avec eux qu'on embrouille les questions, et qu'on trompe le public. « Voyons, placez-vous sur le terrain de la biologie pure, nous dit tel de nos adversaires, et vous penserez que vous n'êtes qu'un échelon de l'évolution des êtres. » — Sans doute, sans doute, savant biologiste, mais je voudrais bien être renseigné sur le premier échelon. — « Ah! le premier échelon! c'est très simple : il existait. » — ^ oilà qui est clairement répondu, mais qui l'a fait, ce premier échelon? comment existait-il?

Il y a sûrement un temps où aucun être vivant n'existait. Notre planète est une nébu-

leuse incandescente qui s'est refroidie. On sait, à quelques siècles près, vers quelle époque aucun germe ne pouvait subsister, à cause de la chaleur intense. Avec 2000, nul être vivant ne peut exister; or notre terre a eu plus de 2000. Pour le coup, c'est la science qui atteste cela et le démontre. — Si, à une époque, nul vivant n'était sur la terre, comment donc le premier vivant a-t-il paru? C'est à cette question que la biologie ne répond pas.

Elle répond, me direz- vous, en affirmant que la création est une hypothèse indémontrable. Et moi je réplique que la non-création est plus encore une hypothèse indémontrable. Qu'elle ose dire le contraire!

Voyez donc, je vous prie, combien toutes ces théories sont vacillantes, malgré leur appareil scientifique.

Nous savez bien que, d'après Darwin, la cause instrumentale de la transformation des espèces, transformation qui exige des siècles et des siècles, n'est autre que la sélection naturelle.

Or, voici un botaniste hollandais, Hugo de Vries, savant dont la réputation est univer-

selle, qui propose aujourd'hui, à la place de la théorie de la sélection, la théorie de la mutation. Jl oppose aux transformations lentes les transformations brusques. Le progrès se fait par un changement subit et rapide.

Pour lui, au rebours de Darwin, les espèces sont immuables. Il le prouve. Il a avec lui la majorité des savants, de même que la majorité des savants n'admet plus la sélection naturelle. Ses preuves sont établies sur des expériences sérieuses, comme l'étaient celles de Darwin. Et, de l'une à l'autre de ces théories, il n'y a pas de place pour une certitude qui force l'assentiment. — Hypothèses intéressantes, mais simples hypothèses. Tout reste obscur comme devant.

Spencer avait raison quand il représentait, dans une comparaison saisissante, la science humaine semblable à une sphère lumineuse perdue dans un océan d'obscurité. Plus les contours de la sphère s'élargissent, disait-il, plus elle multiplie ses points de contact avec la nuit. Ainsi en est- il de la science; en grandissant, en s'élargissant, elle

agrandit du même coup l'abîme insondable de nos ignorances.

N'allez pas croire au moins, mon cher ami, que la Bible se dresse devant vous pour entra-» ver la marche de votre raison, et vous empêcher de moderniser vos conceptions, selon les théories à la mode.

Nos adversaires le répètent à satiété parce qu'ils ont le désir de trouver en défaut ce qui touche à notre foi. Leur ardeur s'épuise vainement sur un sujet maintes fois éclairci, à savoir que la Bible n'est pas un livre scientifique et ne saurait ni éclairer, ni arrêter le progrès de la science.

Que nous enseigne la Bible dans son premier chapitre? Elle nous enseigne que Dieu est unique, qu'ai a créé le monde, créé l'homme en lui donnant une âme, reflet des attributs divins. Mais elle n'est pas destinée à dérouler sous nos veux le détail du processus vital, pas plus qu'à nous donner le secret des périodes géologiques.

Lors donc que vous entendez crier bien haut : a Voyez, sur tel ou tel point, la science contredit la Bible; cela prouve péremptoire-

ment que la Bible est remplie d'erreurs. » Restez en paix, aile/ aux informations et vous verrez que la nouvelle est inexacte, puisque ce sont deux domaines absolument séparés. Notre foi catholique ne nous ordonne en aucune façon de tirer de la Bible des théories scientifiques : le Livre sacré n'a pas à nous les fournir.

Un mot encore, avant d'abandonner ce sujet. La Bible nous montre l'âme créée par Dieu, et notre raison s'unit au Livre sacré pour établir que l'âme est distincte du corps. En effet, mélangez dans une cornue tous les éléments physico-chimiques de la vie et vous n'aurez jamais un être vivant. 11 y a donc une distinction essentielle entre les éléments matériels de la vie, et la vie elle-même, ce quid proprium, comme Je dénommait Claude Bernard, devant lequel le physiologiste s'arrêter en le constatant, sans le pouvoir définir.

Les biologistes de la libre pensée répondent : « Tout se passe comme s'il n'y avait pas d'âme; on ne la voit pas; donc il n'y en a pas. » C'est à peu près le raisonnement que nous ferions, en disant devant les fils télégra-

phiques : « Tout se passe comme s'il n'y avait pas de transmission électrique, donc il n'y en a pas ». Le second raisonnement nous aide à mesurer la valeur du premier.

Qu'est-ce que l'âme? C'est une force. Qu'estce quel électricité? C'est également une force. Or la force échappe aux prises de la science positive. Sou concept rationnel est absolument métaphysique. On saisit la force dans ses effets, on ne la saisit pas dans son principe.

La physique n'a pas de théorie de l'électricité ; la biologie ne peut pas davantage avoir de théorie de l'âme.

Mais l'électricité, aussi bien que l'âme, ont des effets assez évidents pour qu'on les constate.

Niera-t-on la différence qu'il y a entre nous et la brute? D'où vient cette différence, si ce n'est de ce que nous appelons l'âme? Certaine race de singes a le gosier semblable au nôtre, et cependant ces singes ne parlent pas. La raison est que, si l'appareil matériel de la parole existe, il manque à ces animaux l'appareil immatériel de la pensée. Qui

parle, pense; sans la pensée, point de parole.

On ne voit pas l'âme sans doute, mais elle se manifeste assez clairement pour que ce soit nier l'évidence que de nier son existence. Tous ces négateurs intrépides qui « biffent » Dieu, qui suppriment lame, qui rejettent la création comme une absurdité, qui tranebent net les problèmes les plus gros, sans donner une preuve, ne vous rappellent- ils pas cette parole, sévère mais juste, de Mme de Staël : « Les opinions extrêmes sont la ressource de ceux qui ne peuvent embrasser qu'une idée à la fois »?

Esprits étroits, esprits faux, que le parti pris aveugle, car on peut être un fort liabile bomme dans sa profession, un savant de mérite et avoir des idées fixes, ou, au moral, — comme les cbevaux — des œillères qui arrêtent la vision et en localisent le ebamp.

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