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ce qui en naît est corrompu et même elle ne peut être soumise par elle-même à la volonté de Dieu et à sa loi crucifiante. (C’est pourquoi Notre Seigneur, parlant d’elle au jardin des Olives, s’écria: Mon Père que votre volonté soit faite e non la mienne. Si la partie inférieure de l’homme en Jésus- Christ, quoiqn’elle fût sainte, ‘1 pu aimer la Croix sans aucune interruption, à plus forte raison la nôtre qui est toute corrompue la repousse-t-elle. Nous pouvons à la vérité éprouver quelquefois une joie même sensible de ce que nous souffrons, comme plusieurs Saiïnts ont ressenti: mais cette joie ne vient pas de la chair, quoiqu’elle soit dans la chair; elle ne vient que de la partie supérieure qui est si remplie de cette divine joie du Saint-Esprit, qu’elle la fait rejaillir jusque sur la partie inférieure ; en sorte qu’en ce moment la personue la plus crucifiée peut dire: Mon cœur et ma chair ont tressailli d'allégresse dans le Dieu vivant. Il y a un autre amour de la Croix que j’appelle raisonnable, et qui est dans la partie supérieure qui est la raison : cet amour est
. la fortifie.
agréer la Croix.
tout spirituel, et comme il naît de la connaissance du bonheur qu’on a de souffrir pour Dieu, il est perceptible ct même aperçu par l’âme, il la réjouit intérieurement et Mais cet amour raisonnable et aperçu quoique bon et très-bon n’est pas toujours nécessaire pour souffrir joyeusement et divinement. (C’est pourquoi il y a un autre amour de la cime et de la pointe de l’âme, disent les maîtres de la vie spirituelle, ou de l’intelligence, disent les philesophes, par lequel sans ressentir aucune joie dans les sens, sans apercevoir aucun plaisir
- raisonnable dans l’âme, on aime cependantet
on goûte par la vue de la pure foi, la Croix qu’on porte, quoique souvent tout soit en guerre et en alarmes dans la partie inférieure qui gémit, qui se plaint, qui pleure et qui cherche à se soulager, en sorte qu’on dise avec Jésus-Christ: Mon Père que votre volonté soit faite et non pas la mienne ; ou avec la sainte Vierge: Voici l’esclave du Seigneur, qu’il me soit fait selon votre parole. C’est de l’un de ces deux amours de la partie supérieure que nous devons aimer et
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10°. Résolvez-vous, chers Amis de la Croix, à souffrir toutes sortes de Croix sans : exception et sans choix: toute pauvreté, toute injustice, toute perte, toute maladie, toute humiliation, toute contradiction, toute calomnie, toute sécheresse, tout abandon, toute peine intérieure et extérieure ; disant toujours: Mon cœur est préparé, mon Dieu, mon cœur est préparé. Préparez-vous done à être délaissés des hommes et des anges, et comme de Dieu même, à être persécutés enviés, trahis, calomniés, décrédités et abandonnés de tous ; à souffrir la faim, la soif, la mendicité, la nudité, l'exil, lu prison, la potence et toutes sortes de supplices,
quoique vous ne l’ayez pas mérité pour les
crimes qu’on vous impose. Enfin imaginez-vous qu'après avoir perdu vos biens et votre honneur, après avoir été jetés hors de votre maison comme Jobet sainte Elisabeth, reine de. Hongrie, on vous jette comme cette sainte dans la boue, on vous traîne comme Job sur un fumier, tout puant et couvert d’ulcères, sans qu’on vous donne du linge pour mettre sur vos plaies, ni un
morceau de pain à manger, qu’on ne refuserait pas à un cheval ou à un chien, et qu'avec tous ces maux extrèmes Dieu vous laisse comme en proie à toutes les tentations des démons, sans verser dans votre âmela moindre consolation sensible. Croyez fermement que voilà le souverain point de la gloire divine et de la félicité véritable d’un vrai ami de la Croix.
11°. Pour vous aider à bien souffrir, faites-vous une sainte habitude de regarder quatre choses :
Premièrement, l’œil de Dieu, qui comme un grand roi, du haut d’une tour regarde un soldat dans la mêlée avec complaisance et avec louange de son courage. Qu’est-ce que Dieu regarde sur la terre? Les rois et empereurs sur leurs trônes? il ne les regarde souvent qu'avec mépris ; les grandes victoires des armées de l’Etat, les pierres précieuses, les choses en un mot qui sont grandes aux yeux des hommes? ce qui est grand aux ycux des hommes est une eabomination devant Dieu. Qu’est-ce donc qu’il regarde avec plaisir et complaisance,
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et dont il demande des nouvelles aux anges et aux démons mêmes? c’est un homme qui se bat pour Dieu avec la fortune, avec le monde, avec l’enfer et avec soi-même, un homme qui porte joyeusement sa Croix.
N’as-tu pas vu sur la terre une grande merveille que tout le Ciel regarde avec admiration, dit le Seigneur à Satan? N'as-lu pas vu mon serviteur Job qui souffre pour mot ?
Secondement, considérez la maiïn de ce puissant Seigneur, qui fait tout le mal de la nature qui nous arrive, depuis le plus grand jusqu’au moindre. La même main qui a mis une armée de cent mille hommes sur le carreau, a fait tomber la feuille de l'arbre et le cheveu de votre tête ; la main qui avait touché Job rudement, vous touche doucement par le petit mal qu’elle vous fait. De la même main il forme le jour et la nuit, le soleil et les ténèbres, le bien et le mal ; il a permis les péchés qu’on commet en vous choquant, il n’en a pas fait la malice, mais il en a permis l’action. Ainsi quand vous verrez un Séméï vous dire des injures, vous jeter des pierres comme au
roi David, dites en vous-mêmes: “Ne nous vengeons point, laissons-le faire, car “ le Seigneur lui a ordonné d’en agir ainsi.
Je sais que j’ai mérité toutes sortes d’ou- “ trages, et que c’est avec justice que Dieu ‘ me punit. Arrêtez-vous, mes bras; vous, ‘ ma langue, arrêtez-vous, ne frappez point, ‘ ne dites pas un mot: cet homme ou cette femme me disent ou font des injures, ce ‘ sont des ambassadeurs de Dieu, qui vien- “ nent de la part de sa miséricorde pour ti- “rer vengeance à l’amiable. N’irritons ‘ pas sa justice, en usurpant les droits de sa ‘“ vengeance, ne méprisons pas sa miséri- ‘ corde, en résistant à ses coups de fouets “tout amoureux, de peur qu’elle ne nous ‘ renvoie pour se venger à la pure justice “ de l’éternité.” Regardez une main de Dieu toute puissante, et infiniment prudente, qui vous soutient, tandis que son autre vous frapppe ; il mortifie d’une main et vivifie de l’autre ; il abaisse et il relève, et de ses deux bras il atteint d’un bout à l’autre de votre vie doucement et fortement, doucement en ne permettant pas que vous
soyez forces, grâce et à la tion ; même, sainte précipi compa; égarez vous: k qui vo votre v cable, VOUS a!
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soyez tentés et affligés au-dessus de vos forces, fortement en vous secondant d’une grâce puissante, qui correspond à la force et à la durée de la tentation et de l’affliction ; fortement encore, en devenant luimême, comme il le dit par l’esprit de sa sainte Eglise, votre appui sur le bord du précipice auprès duquel vous êtes, votre compagnon dans le chemin où vous vous égarez, votre ombrage dans le chaud qui vous brûle, votre vêtement dans la pluie qui vous mouille et le froid qui vous glace, votre voiture dans la lassitude qui vous accable, votre secours dans l’adversité qui vous arrive, votre bâton dans les pas glissants, et votre port au milieu des tempêtes qui vous menacent de ruine et de naufrage.
Troisièmement, regardez les plaies et les douleurs de Jésus-Christ crucifié. Il vous le dit lui-même : ‘“O vous tous, qui passez “ par la voie épineuse et cricifiée par la- ‘ quelle j’ai passé, regardez et voyez; re-
# gardez des yeux mêmes de votre corps,
‘ et voyez par les yeux de la contemplation, ‘ si votre pauvreté, votre nudité, votre mé-
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‘ pris, vos douleurs, vos abandons sont “semblables aux miens ; regardez-moi, moi ‘ qui suis innocent, et plaignez-vous, vous “qui êtes coupables.” Le Saint-Esprit nous ordonne par la bouche des Apôtres, ce même regard de Jésus-Christ crucifié ; il nous commande de nous armer de cette pensée plus perçante et plus terrible à tous nos ennemis que toutes les autres armes.
Quand vous serez attaqués par la pauvreté, l’'abjection, la douleur, la tentation et les| autres Croix, armez-vous d’un bouclier, d’une cuirasse, d’un casque, d’une épée à deux tranchants, savoir, de la pensée de Jésus-Christ crucifié ; voilà la solution de toute difficulté et la victoire de tout ennemi.
Quatrièmemeut, regardéz en haut la belle couronne qui vous attend dans le ciel, si vous portez bien votre Croix. C’est cette récompense qui a soutenu les Patriarches et les Prophètes dans leur foi et leurs persécutions, qui a animé les Apôtres et les martyrs dans leurs travaux et leurs tourments.
Nous aimons mieux, disaint les Patriarches avec Moïse, nous aimons mieux étre affligés
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