PAGE 240 DU MÊME OUVRAGE
« A Tappui de cette assertion et de mon opinion, vient l'article suivant, que « je copie textuellement sur la gazette des Tribunaux du 17 Octobre 1826-
« Langlet était traduit devant le Tribunal Correctionnel de Rouen, comme « prévenu de Vagabondage; sorti , en 1823, des bagnes, où il avait subi une « condamnation à dix-huit anuées de fer, il est revenu à Rouen, séjour qui <c lui était assigné, par suite de sa mise en surveillance. Sa qualité de forçat u libéré fit fermer devant lui tous les ateliers, ou du moins ce n'était qu'au « plus vil prix qu'il obtenait quelqu'ouvrage ; à peine ses salaires su{fisaient-il% « pour lui procurer quelque nourriture; il n'avait d'autre asile, la nuit, que « le porche des églises ou les fossés des boulevards. Il fut arrêté comme vaga- « bond et condamné d'abord à six mois; puis, une deuxième fois, à un an « de prison. Il y a quelques semaines qu'il sortait de la maison de Gaillon , « après l'expiration de cette seconde peine. Toujours ramené h Rouen , par a la nécessité de sa surveillance , et là toujours accueilli par les mêmes répu* « gnances, il est bientôt traduit , encore pour vagabondage , devant le Tri- € bunal Correctionnel. Que voulez-vous? disait-il à ses Juges, j'ai la bonne
(0 Dans un siècle où les idées religieuses et philanthropiques ont autant de force, on peut espérer que les hommes feront pour le bien de la société les mêmes efforts qui furent faits autrefois par la soif de Por.
« Tolonté de travailler : personne ne peut me faire le plus lëger reproche a depuis que j'ai expié mon crime par ma peine; mais je suis trop conna <K ici (i) ; nul ne veut me confier d'ouvrage. J'avais bien trouvé un fabricant a qui me faisait travailler moyennant dix sous par semaine ; je ne mangeais a que du pain, et je couchais dans une auge abandonnée dans sa cour* Je lui a ai demandé quelque augmentation pour mon blanchissage , et il m'a con- « gédié. Je n'avais plus d'asile; la garde m'a arrêté une nuit dans là rue, la • grâce que je vous demande , est de me condamner à six mois de prison ; a j'en sortirai au retour du beau temps, et alors la vie sera plus facile»
« Langlet a été condamné à six mois d'emprisonnement ; et il a remercié « le Tribunal, comme d'une faveur. Dès son entrée à Bicétre, il s'est mis à a un métier de tisserand. Les gardiens , qui le connaissent depuis long-temps, « font l'éloge de ses habitudes laborieuses; il gagne vingt sous par jour; dix a sous sont retenus pour l'établissement, le reste lui est versé; et le malheureux « est content.
« Un pareil exemple (et il y en a mille autres du même genre ) accuse le « vice de nos institutions. Que veut-on que devienne un forçat libéré. Où « parviendra-t-il à cacher son infamie , et à trouver sa subsistance dans le « travail, s'il ne peut y parvenir au milieu de la population d'une grande ville « commerçante? Quel retour vers une conduite meilleure lui est ouvert , quand « la société entière le repousse? Sa mise en surveillance, qui l'enchaine dans *« le lieu même, ou sa condamnation a été notoire, et qui par*là le signale a à tous, ne le condamne-t-elle pas pour le reste de sa vie, non-seulement à « la misère, mais encore au vagabondage et au crime? Il y aura toujours malheur « pour l'individu et péril pour la j$ociété , tant que la colonisation des con-- « damnés à des peines infamantes, n'aura pas été adoptée par la Légisc lation ».
Ces réflexions, profondément tristes sur le sort de ceux de nos semblables, qui ont été assez malheureux pour commettre des actions qui ont excité conlr'eux la défiance de la société, engagent l'homme de bien à chercher tous
(i) Voj'. à la (la de cet e'crît le plan de U Société religieuse de bienfaisance qui serait un remède puissant contre cette plaie de Tordre social.
( 37 ) les moyens^ i/ ponr procurer aux classes indigentes une ëdacation religieuseï qui soit la base solide de leurs principes ; 2.^ pour les régénérer pendant qu'ils subissent leur peine; 3.^ pour leur fournir les moyens de gagner leur vie honnêtement , quand ils rentrent dans le monde. L'Ecosse a donné de grands exemples à suivre pour le premieri^o\nX\ les maisons pénitentiares , ont pourvu au second^ et les succès qu'elles obtiendront, assureront ceux du troisième ^ car on ne redoutera plus autant d'accorder l'entrée de sa maison à des hommes qui auront contracté l'habitude du travail et perdu celle du vice et de la débauche. Les soins spirituels dont ils sont l'objet , achèvent une régénération qui commence par le travail ( i )• Au surplus , mon cher collègue , \e vais vous transcrire ici des articles du Courrier du Léman et des débais qui donnent une idée assez complète des maisQus pénitentiaires de Genève et de Lausanne ^ imitées de l'Amérique.