‹ Lettre [de De Sellon, Charles Lucas, Alexandre Vinet] et un extrait d'un discours [de De SellonChapitre 22 sur 45 · DE GENÈVE · texte numérisé non relu

DE GENÈVE

Nous aurons à parler souvent de cet établissement » car il est à lui seul une branche importante de la législation de ce pays. C'est en effet de toutes les

(i) Il j aura entre l'homme sortant du hagne et celui qui sortira de la maUon péni* tentiaire^ k ppu près la même difTc^reoce qu'il y a entre un homme élet^é et un qui ne l'est pas. L'uQ et l'autre peuvent cire çicieux ; mais l'un est modifié , l'autre ne l'est pas.

gestions la plus grave peut-être que celle de savoir si la société qui ne frappe qu'à regret ses enfans coupables, peut conserver l'espoir de les ramener un jour i la vertu.

On Ta dît : le crimen'est qu'une espècede démence, car si l'honnêteté n'avait son langage dans la conscience , être probe par calcul serait encore de toutes les combinaisons la mieux entendue. Parlez morale et religion à ceux qui sont encore sensibles à l'expression des sentimens nobles. Avec lei autres , employez la voix du raisonnement ; éclairez enfin et vous rendrez meilleur , car le crime n'est jamais qu'une folie passagère ou un faux calcul.

On tente celte expérience à Genève. Ce système de régénération est-il bon en lui-même ? Nul n'en doute. Est-il parfaitement praticable ? Nul ne le sait encore , mais tous les honnêtes gens Tespèrent ; et si l'essai de la Maison pénitentiaire réussit , Genève aura donné à l'Europe et au monde une belle leçon d'humanité.

Nous allons d'abord décrire l'établissement, et c'est à cette tâche que nous nous bornerons aujourd'hui. Cette description est nécessaire , afin que nous n'ayons plus besoin de revenir à des détails de localités, lorsque nous traiterons les questions intéressantes d'instruction criminelle qui auront un rapport plus ou moins direct avec le système de la prison dont il s'agit. Cette prison , qui peut contenir environ soixante individus , est construite dans un grand bastion sain et bien aéré 9 situé à gauche de l'entrée de la ville du côté du lac ; elle se compose d'un bâtiment central en parallélogramme rectrangle, où siège l'administration , et de deux corps de logis latéraux occupés par les prisonniers. Un double mur, qui fortifie la prison et forme des cours assez vastes , entoure ces deux corps de logis divisés euxmêmes dans leur longueur en deux parties égales , ce qui forme quatre Sections.

Première Section. Les condamnés criminellement ^ revêtus d'un costume pénal.

Seconde Section. Les condamnés correctionnellement à plus de trois mois de prison , habillé^ sans aucune marque distinctive.

Troisième Section. Les prisonniers des deux premières Sections qui ont donné des preuves de bonne conduite , et les jeunes gens au dessous de seize ans.

Quatrième Section. Les femmes, dont le nombre est peiii ordinairement, (leur translation de la prison de rEvêché, dans la Maison pénitentiaire, n'a pas encore été effectuëe. )

L'Administration est ainsi composée :

Un Chef de la prison.

Sous ses ordres , un Chef d'atelier pour chacune des quatre divisions , enseignant aux détenus des métiers et travaux utiles.

( Aucun Employé ne peut spéculer sur le produit de ces travaux. Le Directeur lui-même n'est que l'économe du Gouvernement. )

La Direc ion supérieure » confiée à une Commission administrative ( fono lions gratuites. )

Cette Direction a trois objets à surveiller : i.^ travail ; 2.^ instruction et culte ; 3.^ ménage et administration.

Quelques personnes respectables, et pour les femmes quelques Dames distinguées de la ville , veulent bien s'occuper de l'instruction morale et religieuse des prisonniers. Leurs soins bienveillans assurent à ceux-ci quelques secours pécuniaires à l'expiration de leurs peines , et un honorable patronage qui leur facilite le travail et les moyens d'existence dans le monde.

Les salles de travail et réfectoires sont situés au rez-de-chaussée. Les deux étages supérieurs sont occupés par les chambres des détenus, qui ont chacun une cellule séparée. Depuis le lever jusqu'au coucher, ils ne peuvent être que dans les cours , ateliers ou réfectoires , où ils sont rigoureusement surveillés.

Chaque Chef d'atelier a l'inspection de sa section , et ces quatre divisions^ aboutissant toutes, par une extrémité , au bâtiment central, le Directeur ^ à l'aide de quatre petites ouvertures , peut , de son bureau , surveiller continuellement ces quatre sections. Les croisées de ce bureau dont la forme est circulaire donnent sur les cours. Ainsi le chef a sans cesse les yeux sur les prisonniers à toutes les heures de travail et de repos.

La nuit , chaque dortoir est surveillé par un chef d'atelier. La nourriture des prisonniers est saine et abondante, point de vin ni de liqueurs fortes; ils sont obligés au silence et^ au travail. Les cartes et jeux de hasard sont défendus aux heures de repos.

Les dëcenas ont droit à la moitié du prix ùxé poar leur travail ; mais an quart seulement leur est délivré de suite, avec faculté de l'employer à des objets utiles ou agréables } l'autre quart est mis en réserve pour Tépoque de leur sortie.

Chacun d'eux a un léger trousseau marqué du numéro de sa cellule; il est responsable sur son quart de réserve de toute dégradation volontaire de meu* blés ou vêtemens.

Indépendamment du travail mécanique et de l'instruction religieuse, des leçons de lecture, écriture et arithmétique sont données dans rétablissementt

Enfin , la loi constitutive autorise ces malheureux à se pourvoir en grâce » lorsqu'ils ont subi les deux tiers de la durée de leur détention ; leur conduite est alors examinée , et d'elle seule dépend leur élargissement qui peut être prononcé par une G)mmission administrative et judiciaire que la loi investit de ce pouvoir.

COURRIER DU LEMAN, N.« 20, Août i8a6.

LETTRE AU REDACTEUR (i).

Monsieur ^

Dans le premier numéro de votre intéressant journal, vous avez donné une notice sur la Maison Pénitentiaire, et vous avez annoncé que cet établissement serait pour vous le texte d'une suite d'observations.

(1) J'ai que1qu(>ft raisons de supposer que cette lettre est de l'homnie qui cannait le mieux la maisoD péuitentiaire.

L'abondance des matières que vous avez eues à traiter, vous a sans doute empêche jusqu'à ce jour de vous en occuper ; mais j'ai pensé que dans ce moment où ta réunion de nos Confédérés, à Genève, fera visiter cet établisse* ment par un assez grand nombre d'entr'eux , il pourrait leur éire agréable de trouver , dans les feuilles que vous leur consacrez , quelques détails sur la partie morale de l'administration de la maison pénitentiaire. Il m'a paru qu'il pour* rait être important , pour la propagation de ce système philanthropique dans notre heureuse Helvétie, de dire quelques mots sur la base de ce système, et de prévenir quelques objections qui naissent au premier coup-d'œil jeté su^ cette manière nouvelle , en Europe , de traiter les prisonniers.

On parcourra avec plaisir cette salle, point central de surveillance^ d'où l'on voit les prisonniers des quatre divisions, tous les momens de la journée , travail^ repas ou repos ; on visitera avec intérêt ces cellules bien propres, bien aérées, et qui contiennent tout ce qui peut être nécessaire à l'homme pour son usage, et plus qu'on nç croirait d'abord devoir accorder à celui qui a offensé la société et qui a troublé l'ordre public. Enfin, on terminera avec intérêt cette visite par la vue d'une infirmerie ou il n'y a presque jamais de malades, preuve de l'éiat sanitaire de la prison, et par celle d'tmc chapelle ingénieur scniente arrangé, pour que quatre classes d'individus ne se voient point entrVux, mais soient tous vus de J'ecclésiàstique qui fait le service; mais une pensée bien douce nailra d'un coup-d'œil jeté sur un autel catholique, placé à coté d'une chaire protestante, comme pour montrir que la dilférenre établie par des hommes qui reconnaissent le même Sauveur pour le service du même Dieu, n'est point incompatible avec l'union entre ces deux communiuns rhréiiennes.

Voilà à peu près ce que présentera l'examen rapide de cet établissement, et il laissera une impression bien satisfaisante sur Tétat des malheureux qui sont traités ainsi; mais que serait cette localité bien entendue, cet état d'ordre et de propreté , de travail, de silence, cette administration qui fait bon* neur au pa^s qui la possède, si un système complet de secours moraux et d'améliorations individuelles des détenus, ne faisait espérer l'arrivée à un but dont tout Cc\ extérieur m- peut être qu'un moyen ? Qui ne sait que le cœur de l'homme, gâté et conompu par les vices d une première

éducation I par renlratnemenl de l'ezemplet par la pente rapide des vices » Tie revient pas à la vertu par des habitudes extérieures , forcées pendant un temps y et qu'elles ne sont et ne peuvent être qu'un point d'appui ^ pour celui qui veut fortement changer de situation, ou qui y est encouragé et excité par une sollicitude active et persévérante.

L'administration, qui ne peut aller au-delà, surveille la conduite du détenu, l'exécution de toutes les règles qui lui sont imposées, sous les rapports du culte 9 de Tinsuruction , du travail , et comprime ainsi, par Tobligation du silence , ses mauvaises dispositions ou l'influence corruptrice qu'il pourrait exercer ; elle neutralise le mal autant qu'elle le peut, et encourage le bien , en faisant tenir avec beaucoup de soin un registre fort intéressant, où, sous des chefs distincts , tout acte louable ou r^préhensible , toute infraction au règlement ou bon exemple donné est porté en compte moral aux prisonniers , et permet de juger, époque par époque , de la diminution des fautes et de l'augmentation des notes favorables, f 1 présente un tableau très-satisfaisant des présomptions d'amélioration, sur lesquelles l'autorité compétente pourra, après l'expiration des deux tiers de la peine , prononcer la libération du détenu ; mais tout cela, je le répète, ne serait pas suffisant pour garantir autant que possible la réussite d'un système compliqué et coûteux, et l'administration l'a prévu en instituant un comité de surveillance morale et de régénération des détenus.

Les chambres de ce Comité se répartissent entr'elles les prisonniers , et ils exercent ainsi sur ces malheureux une surveillance et une réaction des plus importantes , tout en préparant à chacun d'eux , pour l'époque de sa sortie, un protecteur , un appui , un guide.

Chacun comprend bien, sans doute , qu'il faut refaire l'éducation morale de ces pauvres êtres qui se sont dégradés , en même temps que l'administration s'occupe , en quelque sorte , de leur éducation physique , parce que c'est l'absence ou le vice de l'une et de l'autre, qui a causé leur perte. A cet effet> ils doivent commencer par s'informer avec soin et avec le plus grand détail de ce qu'a été la vie de chaque individu > son éducation , ses goûts , ses inclinations , ses premières fautes , pour juger de la marche à suivre dans les directions à lui donner ; marche qui doit beaucoup

Tarier selon les individus. Eh ! qu'ils ne perdent pas de Vue ces hommes généreux qui se dévouent ainsi à Tamélioraiion de leurs semblables , ce que font à Genève et ce qu'ont fait à Philadelphie, ces hommes généreux dont le dévouement , la persévérance et la charité chrétienne n'ont point de bornes; et que le succès complet que les premiers ont obtenu, encourage aussi dans cette œuvre, leur en faisant aussi -comprendre l'importance et rétendue; car sans cette persévérance, sans cette surveillance et ces soins assidus , ils n'obtiendraient que des résultats apparens , qui seraient bientôt suivis de la plus triste déception.

L'œuvre du Comité est complétée , ou plutôt sa seule base solide en est posée par les secours spirituels, par les principes religieux des ecclésias*tiques des deux cultes , qui remplissent dans cet établissement les fonctions importantes de Chapelain , et qui , ne devant pas se borner à des discours et à des instructions publiques , doivent produire les plus heureux effets , dans leurs entretiens journaliers , qui ne peuvent être trop multipliés avec des; êtres qui voient mettre en pratique à leur égard, tous les principes de la charité et de la bienveillance chrétienne. Et, c'est ici , Monsieur , que se présente naturellement la réfutation à faire en peu de mots , d'une ob^ jection déjà souvent prétextée et qui pourra Têtre encore par des personnes d'ailleurs bien intentionnées, mais qui, voyant pour la première fois un système de prison tout différent de ceux qui ont été suivis jusqu'à présent, peuvent croire que la philanthropie a été poussée trop loin , et craindre que Tespèce de bien-être dont on entoure les prisonniers , ne leur fasse pas assez redouter les prisons , ne les détourne pas complètement de la carrière du crime par la crainte de s* y faire remettre.

Je ne ferai qu'indiquer cette réfutation présentée par de savans légistes , que la sévérité des peines ne contribue en rien à la diminution des crimes , puisqu'on a remarqué qu'ils sont plus nombreux là où précisément les chàtimens sont plus rigoureux ; le criminel ne pense pas à la peine à laquelle il s'expose , il ne voit que sa passion satisfaite et espère toujours l'impunité. Une seconde réponse à faire à l'objection présentée , c'est qu'il n'y a rien de pire pour les gens dépravés que l'état d'ordre , de propreté , de vie régulière et uniforme , et en même temps de privations , de monotonie , de

silence, dans lequel ils vivent dans une prison pénitentiaire ; leur élément y e'est la licence, la corruption, ta débauche , Tabus de leur indépt'ndance » et là, ils ne sont pas un instant sans surveillance ; ils ne peuvent pas dire un mot , pas faire un geste , qu'ils ne soient repris , si c'est une faute , et la punition de cette faute est toujours immédiate. Rien n'est plus évident, cet état de chose est le plus redoutable pour le criminel endurci ; en sorte que s'ils ne se corrigent pas , l'emploi de ce moyen est peut-(?lre le plus propre à les éloigner d'im pays où ils sont exposés à subir une telle prison.

Mais pour ceux que ce système pourra régénérer , et c'esi-là le point qu'il ne faut jamais perdie de vue, quel inconvénient y aurait-il de les avoir traités avec douceur? Ou plutôt n'est-ce pas le véritable moyen qui devait être employé pour atteindre ce but ? Un état de rigueur iimlile de l'homme envers son semblable , n'est-il pas un état forcé et contre nature ? Le résultat de son emploi n'est-il pas pour celui qui en est l'objet, de produire l'aigreur, Tirriiation, le désir de la vengeance , la haine de l'autorité? Les hommes vicieux qui croient toujours avoir à se plaindre de la société , ne croirontils pas pouvoir faire l'application de leur manière de voir aux administrateurs d'une prison , s'ils sont les objets de privations insupportables et de rigueurs que condamnent la religion et l'humanité ? Les principes de piété , les règles de morale , les idées de justice, de tempérance, de modération dont on voudra les entretenir , pourront-elles avoir prise sur leur cœur s'ils se voient entourés d'hommes qui les traitent avec dureté, avec mépris, qui manquent envers eux , ne craignons pas de le dire, des vertus qu'ils leur prêchent? Ah ! sans doute, il ne faut point oublier que tout doit être en harmonie dans une prison pénitentiaire, pour qu'elle présente des résultats réels ; il faut que le précepte donné se trouve en rapport exact avec l'exemple. Il faut que tout ce qui ne tient pas à la sûreté de la prison par des moyens extérieurs, et à la vie sobre, régulière et laborieuse des détenus pour en changer les habitudes en soit banni. Les mauvais traitemens , le ton dur , familier et imposant des employés envers les prisonniers, des punitions dégradantes , un costumé même trop humiliant , tout cela est en opposition avec la régénération qu'on veut opérer , et ne tendra qu'à la rendre plus rare et plus difficile. Voilà l'explication , dans notre prison pénitentiairet dti

ton poli des employés avec les prisonniers, de la défense qui leur est faite de répondre jamais à une injure par une injure , et à une voie de fait autrement que par la défense légitime la plus rigoureusement nécessaire , afin d'éteindre le feu de la passion plutôt que de l'exciter : voilà l'explication de ces cellules , où sont réunies diSerentes commodités pour y porter à une méditation calme , à des idées douces et à des dispositions reconnaissantes , plutôt qu'à l'irritation , à l'aigreur , au découragement. Puisse le succès de cette entreprise en encourager de semblables dans les. ditiférens Etats de notre belle et heureuse patrie, et la faire ainsi connfflbuer à l'adoucissement et à l'amélioration de cette malheureuse partie de l'espèce humaine !

La onzième livraison de la Revue Américaine contient un article fort intéressant sur l'origine et le développement du système pénitentiaire. On y voit Willam Penn , cédant aux inspirations de sa belle âme , rédiger un Code pour son Comté , qui rappelle encore son nom pour la Pensylvanie dont il bannit la peine de mort^ à l'exception du cas de meurtre prémédité; encore ne le fit-il que par une fausse idée de respect pour l'ancien Testament, dont , après lui , le Docteur Rush et les membres de l'assemblée constituante, qui ont demandé l'abolition de la peine de mort , oui fait justice. C'est en 1787 que le Docteur Rush fit paraître un Mémoire où il examinait l'influence des peines et chàtimens sur les criminels en particulier ^ et sur le corps social en géniraU En concluant à l'abolition de la peine de mort, ce Mémoire fut suivi d'un autre , intitulé : Recherches sur la question de savoir s^il est conforme aux règles de la Justice et d'une saine politique d'infliger la peine de mort^ où il conclut aussi négativement. En 1793, le grand Juge Bradfort, de la Pensylvanie, fit un ouvrage pour appuyer les. principes de Rush , et le Gou-* verneur du Comté, ou premier magistrat^ proposa l'abolition ^^Wz/^ de la peine de mort. Tous ces mémoires , toutes ces propositions finissent par indiquer le système pénitentiaire comme devant remplacer celui de l'échafaud ; MM. John Conelly et Lownes, inspecteurs de la prison, ont rendu un compte très- favorable de t expérience qu'ils avaient acquise. ( Voy. page 398 de la , Revue Amer. )

Cet article renferme la description de la grande variété d'ouvrages auxquels sont occupés les détenus ; il donne les plus grands détails sur t emprisonne-

ment solitaire ^ sur la terreur gu^ il inspire ^ et sur le paru qu'on en a lire pour maintenir les dëtênus dans le devoir. ( Page 4o4* ) H apprend que les détenus sortent souvent de prison avec un petit capital , fruit de leur travail ei de leur économie , ce qui n'aurait pas lieu dans un système de prison où Ton admettrait des objets de dissipation, tels que les cartes, les liqueurs, etc. Il rend compte du devoir imposé au gouverneur de l'état , aux juges du Comté , aux grands Jurés , au Comité et aux inspecteurs , de visiter les prisons au moins tous les trois mois ; c'est alors qu'un détenu peut réclamer contre un acte arbitraire au règlement , et que les geôliers sont tenus à rendre compte.

Copie d*un article du Journal des Débats sur les Maisons Pénitentiaires ,

du mois d'Octobre 1827.

Que faire des forçats libérés ?••• (1) A peine sortis des galères, ils reprennent leur état de voleur , et retournent bientôt à leurs bagnes. C'est un cercle de crimes et de punitions sans (in. Qtie faire donc? Les uns disent : déportez-les; les autres: corrigez-les, rendez-les meilleurs, si vous le pouvez. Quant à moi, sans prétendre indiquer les moyens de guérir celte plaie de notre société, permettez-moi de vous dire quelques mots des Prisons pénitentiaires de Lausanne et de Genèfe; ce sont des établissemens encore tout nouveaux ; la prison pénitentiaire de Lausanne n'existe que depuis un an , et celle de Genève depuis deux , tout au plus. On peut cependant juger déjà à peu près qtiel eOet auront ces établissemens. J'ai visité ces maisons, non comme publiciste ou comme Jurisconsulte, je ne suis qu'un simple curieux , voyant et écoutant tout ce qui m'intéresse , et racontant aujourd'hui de la manière que j'ai vu > c'està-dire sans trop de méthode et de suite.

(1) C'est la question qu'où s'adresse tous les jours.

A Lausanne» je m'adressai à M. Manuel , pasteur de la prison pënitentaire» homme d*un esprit vif el ëlevé, dëvoué h l'amélioration des prisonniers, pieia de bonnes espérances, sans se faire cependant d'illusions philanthropiques (i)« Il me donna un mot de recommandation pour visiter la prison. J'y allai dm suite. Cette maison pénitentiaire est située sur une hauteur, d'oji se découvrent Lausanne , le lac de Genève et les Alpes du Chablais , c'est-à-dire une des plus admirables vues de la Suisse. C'est un bâtiment formant un carré long» entouré de grandes cours; au milieu, un vaste escalier qui dessert toute ta maison et la sépare en detix parties distinctes ; une destinée aux prisonniers condamnés h des peines inâictives et infamantes, l'autre aux prisonniers condamnés à des peines correctionnelles. Jamais les prisonniers de la Fores ^ c'est ainsi qu'on appelle les salles des condamnés en matière criminelle , ne communiquent avec les prisonniers de la correction ; dans la Chapelle même, ils sont réparés pur une cloison eu planches. Dans chaque partie , il y a deux grands ateliers : un pour les tisserands et les cordonniers , et un autre pour les menuisitrs. Ce sont, jusqu'ici, les seuls métiers enseignés aux pri* sonniers. On commence pourtant à introduire les métiers de charron et de tourneur. Les femmes sont occupées à filer. Tous les ateliers sont vastes , aérés et très*propres. Ils sont éclairés par en- haut. Dansrhtque atelier, des jours ménagés dans ta muraille permettent au directeur de la maison de tout voir san5 éire vu. La maison de Lausanne n'est pas b&iie sur le plan pauopiique de M. Bentham ; aussi la surveillance est plus fatigante , mais la distribution intérieure du bâtiment est, dit-on , plus commode et plus sitnpte. M. Bc ntham veut utie prison circulaire, où le Gouverneur, placé dans une loge centrale^ invisible et présent à tout , soit là comme l'araignée au milieu de sa toile. Ce plan n'a pas été adopté à Lausanne ni dans les nouvelles prisons d'Angl(.*terre* A Genève, on a cherché h s'en rapprocha r. Dans chaqui atelier , un surveillaist maintient le bon ordre. Les prisonniers travaillent en silence; il ne leur est

(i) Cette phrase est un peu vague, et l'auteur de cet article de journal pourrait bien luî-méinc être accuse de philanthropie et d'illusions trop généreuses p.ir ceux (jui veulmt font attendre du temps et qui accusent de précipitation les amis du pirfectionDement aurai de leurs semblables.

pas permis de causer, même aux repas : ils ont des heures de repos , partie dans les cellules , car chacun a la sienne « partie dans les cours ; c'est là seulement qu'ils peuvent s'entretenir ; ainsi ils ont peu de commuiiicalion en* semble ; il n'y a rien de si funeste pour de pareilles gens que de pouvoir causer librement ; cVst par des causeries que les plus méchans acquièrent de l'empire ; isolés les uns des autres, il y a plus de chance qu'ils en viennent peu à peu à réfléchir et à se corriger.

A suivre rigoureusement le système pénitentiaire, il faut, à mesure qu'un prisonnier devient meilleur, le faire passer dans un quartier séparé, ou, vivant avec des hommes moins vicieux , il s'épure peu à peu. A Lausanne il n'en est pas ainsi. On a cru , et j'aime cette confiance, que l'exemple du bien avait aussi son eflicaciié. Un prisonnier qui s'améliore peut en gagner d'autres à la vertu. Otez-le de l'atelier : pour un de sauvé , combien y en a-l-il que son exemple et son voisinage eussent rendus meilleurs , et qui, faute de ce modèle encourageant , demeureront incorrigibles ? Et puis , que faire d'un atelier où il ne resterait que les plus mauvais? Comment conduire de pareilles gens? au contraire, laissez-y quelques repentis; leur influence gagnera de proche en proche et Tatelier sera calme et docile. D'ailleurs > gardons-nous de faire de l'amélioration des prisonniers quelque chose d'artificiel. Destinés à rentrer dans le monde, une fois leur peine expirée, ils y vivront au milieu des bons et des méchans, car c'est ici-bas la destinée de tout le monde; mais c'est surtout celle de ces malheureux que la honte de leur condamnation forcera peut-être à vivre malgré eux avec le rebut de la société. Il faut donc qu'ils s'habituent, dès leur prison , à devenir et à rester bons , au milieu des mativais exemples. C'est un mauvais service que de leur rendre la liberté si facile. Il en est de ces améliorations artificielles comme de ces sautés trop soignées, qui ne peuvent pas supporter le grand air.

Ce n'est pas tout de forcer les prisonniers au travail, il faut leur en inspirer le goût. Voici comment on y parvient : Le produit de leur travail leur appartient tout entier, sauf une très-légère retenue. A Genève , il n'en ont qu'une moitié, l'autre appartient à la maison. A Lausanne, les condamnés savent qu'ils ne travaillent que pour eux , grand motif de zèle ; ce qu'ils gagnent est inscrit sur un livret qu'ils ont entre les mains : chacun sait son compte. L'ar-

gent est placé à la Caisse d'Epargne ; et , quand ils sortent , on le leur remet. Il y a encore d'autres moyens mis en usage pour leur inspirer Tamour de l'ordre et de l'économie. Ils ont par jour une livre et demie de pain chacun ; et comme il y en a beaucoup qui ne mangent pas toute leur ration , ce qu'ils économisent , la maison le leur rachète. Ce n'est pas tout ; ils ont chacun dans la cour un carré de terre qu'ils arrangent à leur guise ; ceux qui y cultivent des légumes les vendent à la maison; c'est encore un profit. Tout s'ins« crit sur le livret; tout se place à la Caisse d'Epargne ; de 1& des comptes et des détails à l'infiui, mais de là aussi l'habitude de l'ordre, de l'économie inspirée aux prisonniers , utiles sauvegardes avec le métier qu'ils ont appris, con* tre la misère et ses mauvais conseils, précieuses garanties de leur repentir ^ qui rassurent la société quand ils y rentrent au sortir de prison.

Je voudrais pouvoir établir en compte parallèle ce que coûte un forçat aux Galères, et ce que coûte un prisonnier dans les maisons pénitentiaires. Comparer les frais de surveillant et de garde ; à Lausanne , il n'y a que six surveîllans pour quatre- vingts prisonniers, et deux sentinelles autour de la maison; rapprocher la dépense des poursuites, en cas de récidives, contre les forçats libérés, et la dépense dé deux expéditionnaires employés à tenir les comptes du pécule de chaque prisonnier; eh bien ! tout compté, l'économie, j'imagine, serait encore du côté de la maison pénitentiaire. Je consens à passer par-dessus le marché t inappréciable avantage (fa^oir relevé au rang d* homme y quelques malheureux dégradés (i).

Aux bagues, c'est la crainte qui fait que les prisonniers sont dociles; ici, c'est t^espérance; les philosophes et l'expérience décideront quel est de ces deux sentimens le plus puissant sur le cœur de l'homme. A Lausanne, quand un prisonnier se conduit bien , une Commission particulière a droit d'abréger la durée de sa peine. Un registre tient compte jour par jour de la conduite bonne ou mauvaise des détenus : désobéissances , murmures , mauvaises volontés , tout est inscrit exactement. Ainsi les prisonniers savent qu'on s'occupe sans cesse de leur conduite, et c'est un puissant encouragement à bien faire.

(i) Voilà ou Ton en est rdduît pour répondre à ceux qui repoussent le système pénitentiaire par des argumens iluanciers.

Quant h leur nonirilure, elle est bonne et saine : trois potages aux l^gnmeè par jour, de la soupe grasse et de la viande deux fois la semaine pour là correction, une foih seulement pont lu force. Ce régime salutaire, joint aa bon air, entrelienl la santé du corps, et procure du ralme bu% esprits* Aussi» à la maison pénitentiaire, rien ne sent la misère et rabattement. Tout j a uq air, siuon de bonheur, au moins de tésignation et de tranquillité. De là, la mauvaise humeur de quelques personnes; c'est trop bon pour des prisonniers , disent-elles. J'ai même entendu compter qu^m honnête bourgeois de Lau-* sanne, grand partisan des vieilles prisons noires, s'écriait un jour d'nn ton de dépit, en mangeant sa soupe : « Enfin ^ la soupe de ces coquins vaut mieux que la mienne ! » Voilà un fort argument , je l'avoue; mais le bourgeois de Lausanne oubliait qu'il manquait , à cette soupe si enviée , un assaisonnement qu'avait la sienne, et qui donne du goût même aux plus mauvaises, la liberté.

Mais, dira*t-on, qu'est*ce que la perte de leur liberté pour de pareilles gens ? Est ce une punition ? Quand ils sont libres, ils n'ont souvent ni fou ni lieu ; prisonniers, ils ont bon logement et bonne nourriture ; c'est tout profit pour eux que d'être en prison. Il n'y a misère qui tienne ; le loup aime mieux faire maigre chère que d'avoir de bons repas aux dépens de sa liberté ; le chien a beau parler os de poulets, os de pigeons, le collier dont il est attaché, réfute tous ses discours (i).

Combien de mendians qui aiment mieux vivre au coin de la borne, exposés à la pluie et au froid, mais libres ^ que d'aller au dépôt de mendicité ! D'ailleurs est-ce donc une vie si douce que de travailler en prison, depuis le matin jusqu'au soir, forcés au silence, même aux heures du repas? Quel état plus contrariant, et quelle punition plus efficace pour des hommes habitués à une liberté bruyante, vagabonde et oisive? (2) Aussi, me racontait-on à Genève, que d<nix prisonniers, s'enlretenant ensemble à l'heure de la récréation, dans la conr : J*ai connu bien des priscns^ disait Pun , mais je rPen connais pas de plus pénible^ et de plus ennuyeuse que celle-ci! Si je me fais reprendre^

(1) Vojr. la fable de LafoDtaine.

(2) Vojr. le rapport de M. Livingston en Louisiane.

je prie Dieu gu^il ne ni y fasse jamais rentrer ! Quand une prison déplait au prisonnier, quand il s'iniioHde d'avance de l'idée d'y rentrer jamais ^ elle répond à sa deslination , car lorsqu^on établit des prisons, il ne faut jamais oublier le principe d'intimidation de Bentham (i). Toute peine doit intimider ; mais les meilleures sont celles qui intimident sans dégrader. Tel est l'effet de la réclusion et du travail en silence des maisons pénitentiaires. Intimider d'une part , améliorer de l'autre, c'est là toute la théorie de l'emprisonnement. Dans les maisons pénitentiares, il n'y a que juste ce qu'il faut pour intimider ; point de superflu en pareille matière ; mais il y a beaucoup pour améliorer ; le travail avec profit, le silence qui porte à la réflexion, les instructions religieuses , les habitudes d'ordre et d'économie, la propreté sévèrement exigée^ les cellules solitaires, la sobriété récompensée, sont autant de moyens propres à ramener les condamnés à l'honnêteté. Il y a des gens qui traitent d'inuiiles tous ces établissemens. A quoi bon tant se soucier des coquins ? — Pour diminuer leur nombre. — Ils sont incorrigibles. — Quelques-uns , /7^z//-^/r^ , mais la plupart des condamnés sont encore capables de repentir, ils peuvent redevenir honnêtes gens. Combien n'ont cédé qu'aux tentations de la faim et de la misère, aux mouvetnens de la colère ! Pourquoi ne pas les aider à se repentir et à s'amender? Dans les anciennes prisons, tous les prisonniers étaient confondus, pêle-mêle , jour et nuit, oisifs, malfaisans, s'instruisant et s'exerçant les uns les autres aux vices et aux désordres , les pires gâtant les moins mauvais. De lu, par une sorte densei* gnement mutuel^ une \risxe égiïVné de bassesse et de dégradation. Dans les maisons pénitentiaires, occupés sans relâche, surveillés le jour, séparés la nuit, s'il y a dans l'âme des prisonniers quelqtie germe de venu , quelque souvenir, et quelque reste de bonne éducation, il ne risque point d'être élouflé. Personne au moins ne s'y gâtera ; c^est déjà un as^antage inap^^ prèciable.

(i) La roue n'a pas diminue les crimes; les meurtriers n'ignorent pas la peine de mort; il faut donc chercher d'antres moyens que Vintîmidatîon qui, seul^^ n'a pas produit i'eflet d^sird, et V amélioration des races humaines doit être le but de tous les élablissemens publics qui touchent à Vordre moral,

id

Il y a quelque temps, qu'un paysan d'une ancienne famille du Canton de Keucliâiel, vola un cheval près de Fribourg. A cette nouvelle, sa famille vit qu'elle serait déshonorée tout entière si le voleur était traduit en justice. Aussitôt, d'a|)rès d'anciens usages, les parens les plus âgés se rassemblent,; font comparaître devant eux le voleur, et , pour venger l'honneur de leur fémille , le condamnent à mort de leur autorité privée ; ils payent deux bateliers pour daller noyer : «c A Fribourg , leur disaient-ils , comme il a volé ff un cheval, il serait condamné à la corde , ainsi c'est quasi un pendu que tf vous aurez noyé» .Persuadés ainsi à exécuter celte sentence domestique, les bateliers commencèrent par enivrer le malheureux ; et comme il restait couché dans la barque sans remuer, et comme déjà mort, ils le jetèrent à l'eaa avec moins de scrupule. Cette affaire se sut, et la justice instruisit. Les bateliers et un ou deux des juges furent condamnés comme meurtriers, aux travaux forcés. Voilà des hommes punissables aux yeux de la loi ; mais enfin c'était une fausse délicatesse , un préjugé cruel qui les avaient rendus coupables (i). Mettez-les au bagne, ils s'y guériront, soyez sûrs, de leurs scrupules exagérés, et quand ils en sortiront, ils ne seront plus si rigoureux en fait d'honneur. Ceci est un exemple entre cent. Songez combien il y a de passions qui poussent aux crimes sans être pourtant des vices enracinés. £h bien ! c'est pour de pareils criminels que sont faites les prisons péniten* tiaires; c'est là qu'ils s'amenderont par le repentir. Essayons de n'avoir plus de méchans que ceux que la nature a créés tels ; nous serons, grâces à Dieu, étonnés de leur petit nombre (a).

A Genève , je visitai aussi la maison pénitentiaire ; mais ici j'ai quelque chose de mieux à vous offrir que mes observations. M. Prévost fils , qui s'était fait mon guide avec la plus aimable bienveillance , m'avait communiqué un travail excellent sur la maison de Genève , et M. Dumont m'avait

(i) C'est dans le Canton de Yaud que ce procès a élé jugé; le coupable a été condamna mus /ers.

(2) Comment des hommes pouraient-îls décider qn'&n iel est un mécbant incorrigible I II faut donc tenter la correction de tous ceux qui ont failli , de peur de prononcer ayant Dieu.

donne deux rapports quHl avait faits à ce siijet au' Conseil Représentatif de Genève (i). Depuis long-temps , M. Dumonl ne met plus sa gloire à mériter des éloges dont il n'a pas besoin , mais à propager la réforme des abus : ancien ami de Mirabeau , ardent partisan de Beniham , il a la marque distinclive des hommes de talens du 18.* siècle , c'^est-à-dire l'activité d'esprit et la netteté des idées , et il est de ces hommes qui , au lieu des rester les demeurons d'un autre âge 9 ont mieux aimé se faire les guides du notre.

J'ai éprouvé un plaisir très-grand, en voyant qu'un journal aussi répandu que celui dont je viens d'extraire un article , accordait son appui aux doctrines qui tendent à relever la dignité de l'homme, au lieu d'affliger le cœur par ces réflexions désespérantes sur l'impossibilité de le ramener au bien ,

(j) Ce rapport de M. Dumont, Pun des membres du Jury qui a couronne M. Lucas, est d'un vif intérêt, et me paraît favorable à la cause de TaboliUon de la peine de mort, « puisqu'il reste certain, dit-il, d'après des rapports authentiques, qu'à Philadelphie, sous or Vanden système^ l'c'largissement des prisonniers n'était pour eux que l'occasion d'un o nouveau ^élit : plus des trois quarts retombaient entre les mains de la justice, dans les « sit premiers mois de la même année. Depuis l'adoption du système pénitentiel , la «r proportion a, été dajps le sens inverse. Cinq pour cent est la moyenne de ceux qui st « sont faits incarcérer de nouveau. » (Page 18.)

La peine de mort et sou maintien étant motivée par quelques-uns de sts partisans sur le danger des récidives , quand des hommes tels que M. Dumont conviennent que ces récidives sont devenues très-rares depuis l'établissement du système pénitentiel, il me paraît qu'on peut en conclure que cette peine doit être supprimée , même sous ce rapport, qui rCest pas celui qui me touclie le plus , car je crois que lors même que la société courrait des dangers, mes principes m'engageraient à demander la prison perpétuelle , plutôt que la peine de mort; et c'est ce qu'il faudrait pef//-é/re faire, après la récidive A^wn crime •dieux ; c'est vivre (*} encore, que de vivre dans un lieu où le travail n'est point interdit,

('^)'Et c'est de vivre qu'on ne peat refuser à un homme, et Ton ne saurait trop répéter que la punition de mort , infligée à une créature sons le prétexte qu'on craint une récidive , est une précaution injuste , puisqu'on la punit d'un crime qu'elle n'a pas encore commis.

quand une fois il s'en est écarté. J'ose prier ici Tauteur de cet article de conti« nuer à faire connaître l'organisation de ces maisons, où des hommes sonC enfermes , le plus souveut , pour des fautes qui ont pour cause une absence totale d éducation religieuse , et qui en sortent ordinairement meilleurs qu'ils n'y sont entrés. Si la Société religieuse de bienfaisance que je propose daus cet écrit s'organisait , elle compléterait le système pénitentiaire , en continuant ses soins à ceux qui rentreraient dans le monde , après avoir subi leur peine. Cette Société suivrait l'homme dès son berceau pour lui procurer une éducation morale et religieuse^ et l'accompagnerait jiisqu'au tombeau, pour lui rendre Pins tant fatal moins douloureux par les promesses d'une vie à venir. On verrait l'étroite liaison qui unirait cette Société avec le système pénitentiaire et les secours qu'il pourrait en retirer. J'ai consacré X[uelqiies pages à ce développement , qui suffira pour démontrer ce qu'on peut espérer d'un corps aussi respectable que le Clergé, quand il est secondé par la charité des laïques.

Je ne quitterai pas le sujet des maisons pénitentiaires , sans rappeler une mesure recommandée par Bentham, et qui semble être appuyée par la faveur qu'a pris en Suisse le système des assurances.

où les secours religieux sont accordés; et c*est çiçre sans menacer l'existence des autres ; mais ce n'est qu'une çiolente récidiçe qui puisse motiver ceUe dupositiou, déÛDJe par Léopold , le dernier supplice^ dans son Code de 1786.

Vojr. dans la page 22 du Rapport de M. Dumont, i'enquéte parlementaire sur les prisons; ît confirme ce que M. Livingston a expose sur cette matière dans son Rapport.

On ne peut trop recommander la lecture des deux Rapports de M. Dumont, imprimes â Genève, chez Lador , en 1825, car ils renferment les vues Ips plus sages et les p'us profondes sur le régime pénitentiel ^ qui n'excite pas un intérêt purement local ^ mais un intérêt qui s'étend à tout le monde civilisé, qui , frappé des inconvéuiens de l'ancien système des prisons et de rextrême immoralité de ceux qui en sortent, est forcé à chercher partout un remède à un si grand mal. M. Dumont annonce dans ses deux discours, que le nouveau système doit avoir la plus grande influence sur le Code Pénal Genevois , qui doit remplacer celui qui est d'origine étrangère, et qui régit encore le Canton de Genève. L'influence du sjrstème pénitentiel doit être fatale aux peines irréparables , puisque sa base repose sur l'espoir d'une régénération.

Responsahilité de F Administrateur telle que la propose J. Benthanu^

« Il est chargé d'une assurance sur les vies. D'après le calcul moyen des m âges , on lui alloue une somme fixe pour chacun de ceux qui doivent « mourir dans le courant d'une année ; mais à la fin de l'année , il doit payer « la même somme pour chacun de ceux qu'il aura perdus par la mort ou a par éi^asion. Le voilà donc constitué assureur de la vie et de la garde « des prisonniers ; mais assurer leur vie , c'est en même temps assurer une « multitude de soins dont dépendent leur santé et leur bien-être. ( Les Di- « recteurs actuels de Lausanne et de Genève, par leur caractère personnel, « rendent cette mesure inutile. ) v>

J'avais déjà cité ce passage dans ma brochure de 1826; mais il est des choses qu'on ne saurait trop répéter, et qu'il faut répéter jusqu'à ce qu'elles soient adoptées. Je ne dis pas cela pour cette assurance , mais pour les innovations utiles en général.

Les objections que j'ai entendues faire au système pénitentiare (1) m'ont toujours affligé, parce qu'elles dénotent une défiance injurieuse à Pespèce humaine; les personnes mêmes qui ne seraient pas éloignées d'adopter ce système sur le récit des succès qu'il a obtenus en Amérique , et surtout ea Pensylvanie, se laissent décourager par l'idée qu'en Europe on ne trouverait pas de ces âmes pieuses, telles que celles des Quackers pour veiller à la régénération morale des piisonniers. Cette dernière objection a renouvelé en moi le désir de voir se former en Suisse une association sous le titre de Société religieuse de bienfaisance^ dont le but serait d'opérer le perfection^ nemcnt morale des classes indigentes et la régénération des détenus, par tes moyens que la Religion fournit aux hommes qui prof essent le christianisme. J'avais pensé que cette Société aurait pu se former de tous les pasteurs de la Suisse , et d'un certain nombre de laïques désignés ou nommés par

(1) On dit : Couiment se résoudre à faire une si grande dëpcnse pour un résultat aussi incertain \ — . Qu'on regarde en Amérique »*il est iaccrtaiiip et c^u'oa examine les budjets pour «avoir s'il 7 a une dispense plus utile*

leurs coinmunes. Cette sociëtë glanerait après toutes les autres institulions de charitë, et consacrerait surtout ses fonds et son temps aux individus qui n'auraient aucun droit aux assistances crées en faveur d'une classe spéciale d'indigens. La Société s'occuperait du sort des Hcimatlosen , qui préoccupe depuis si long-temps les gouvernemens cantonaux , et même le gouvernefédéral (i). Elle serait bien placée pour dresser cette statistique de la pau^ vreté donl M. le Pi ésidenl de la Société futilité Suisse a signalé le besoin , pour ne pas s'égarer dans l'exercice de la charité. Cette statistique fut dressée par le clergé d'Ecosse, sur la demandt^ du chevalier de Sainclair , comme nous l'avons appris par un discours de M. Dumoul à la Société d'Utilité , siégeant à Lucerne (2). Vous avez beaucoup habité la Suisse, mon cher collègue , vous avez des relations avec un grand nombre d'ecclésiastiques et de laïques de ditlérens cantons ; ainsi vous voudrez bien me donner votre avis sur cette pensée. Le bien^ produit par des associatioTis du même genre^ me fait croire qu'elle produirait cet eil'et dans la Suisse, notre patrie» qui renferme tant d^élémens précieux pour atteindre \ ce but parmi ces élémenSj je placerai en tête des femmes qui pourraient, sous la dénomination de Dames de la charité ^ seconder puissamment les efforts de la Société, dans tout ce qui tiendrait à ces soins délicats^ auxquels elles sont si propres. Si vous adoptez la dis^ision du traitait comme un principe (3), je vous proposerais de partager le bien qui peut encore s'opérer entre la Société religieuse de Bienfaisance et la Société d'utilité Suisse. Elles s'enlr'aideraient(4) puissamment et combattraient les objections qui s'opposent encore à ce que le système pénitentiaire soit généralement adopté. Je vous ai signalé, mon cher collègue , tout le bien que la marquise de Piarol (5) avait fait

(i) Puisque la Haute Diète en a délibère.

(2) Qui a été inscVé dans la Dibliotlicque Universelle en 1826.

(3) Les femmes , par leur douceur morale , obtiennent des résultats auxquels jamais des hommes n'auraient pu atteindre , et , par la douceur physique de leurs mouvemens , ne peuçent être remplace'es auprès des malades»

(4) u 11 se faut entr'aider ; c'est la loi de nature. >» Fable xvii de Lafontainc.

(5) Il est facile de prouver qu'il serait convenable de placer un prisonnier ou une prisonnière dans une ville différente de celle où ils auraient subi un jugement et la peine

( 57 ) aux prisonnières de Turin. Jugez par-là de ce que pourrait faire dans ce genre une sociéié répandue sur toute la surface de la Suisse. Les rapports les plÀ doux s établiraient entre tous les Pasteurs, entre les Citoyens les plus respectables , et ces liens viendraient encore renforcer ce lien fédéral qui fait notre bonheur et notre sûreté» Ces assemblées générales de la société pourraient se tenir alternatwement dans les diâ'érens chefs-lieux comme celles des autres associations.

C'est en lisant la notice sur la vie d'Oberlin (i) ; c'est en voyant tout le bien moral opéré par le vénérable Pasteur de Sattignij(\\\e j'ai été confirmé dans la résolution de vous soumettre mon plan ; c'est aussi ce qui m'engagera à demander au Conseil d'Etat, de présenter au Conseil Souverain une loi tendant à augmenter le traitement des Pasteurs , et à les rassurer sur le sort de leurs veut^es. On voit dans la vie d'Oberlin , tous les secours qu*il a reçus de sa femme pour accomplii* sa tâche dans le désert du Banc de la Boche , en Alsace , qui , par ses soins , est devenu une espèce de paradis terrestre. On y voit ce qu'une paroisse peut attendre de son Pasteur quand il n'est pas forcé , pour l'entretien de sa famille , de joindre des occupations accessoires aux augustes fonctions de sa sainte vocation (2). Représentezvous , mon cher collègue , le Clergé Suisse rappelant sans cesse aux indigens la source divine où il puiserait les secours qu'il leur accorderait de concert rn^ec des âmes charitables et af^ec ces Dames de la Charité dont je propose la création.

qui en aurait été le résultât; or, les rapports qui s'établiraient entre les différcns cantons, au moyen de la Société religieuse de Bien/aisance, rendraient l'œuvre bien plus facile qu'elle ne l'est â Turin.

(i) Elle se trouve â Paris, chez Servier, libraire, rue de l'Oratoire j â Genève, clicz Guers, â la Cité. On y trouve le glorieux témoignage qui lui fut donné par la Société d'agriculture de Paris, en reconnaissance des serçices quHl aidait rendus^ pendant plut d^un demi-siècle^ à VagricuUure en particulier^ et à Vhumanité en général, A la médaille de cette Société, le Roi joignit la légion d'honneur.

(2) Le respectable pasteur de Sattigny recueille maintenant len fruits de son loug et saint ministère; il jouit de la tendresse et du respect de ses anciens paroissiens , et présente une belle perspective ii son successeur.

SI je me d^6e àe% projets vagues d«»s autres^ je me d^fie encore bien da* vantage de ceux qui sortent de ma léte ou de mon cœur , et je ne me permeurai jamais de les mettre au jour avant d être bien sûr que ce que je propose a réussi ailleurs. ZVjt^/ti/?/^ d^Oberlin , celui du Pasteur de Sattigni^ ce qu'ont obtenu des associations pieuses en Anu^rique et en Arfgleterre, prou« vent ce que notre siècle peut obtenir de P esprit religieux; et si l*on veut remonter à des temps antérieurs , qu'on ouvre la vie de St. Vincent de Paule I écrite par M. Collet (i) • On y verra ce que T esprit du Christia-nisme a inspiië à cet homme, à une époque où la charité n'était .pas secondée par V esprit d^ association , qui est si répandu maintenant dans la société, et qui porte des fruits si abondans. Je prends la liberté, mon cher collègue, d'appeler votre attention sur cet ouvrage , écrit ai^ec simplicité , et je vous recommande surtout de la Gzer sur les pages suivantes.

Dans les pages ii , 12, i3, l'auteur de la vie de St. Vincent de Paule raconte comment il ramena au Christianisme un renégat , tandis qu'il était son esclave ; cela prouve quel service un Ecclésiastique vertueux peut rendre à des hommes égarés. Ce que ce saint homme fit à Tunis , peut se faire tous les jours dans les priions , par le moyen des Ecclésiastiques Suisses , qui se pénétreront de l'esprit de Dieu , aussi bien que l'homme dont je rappelle ici les belles actions.

( Page 5o.) Sur la création des associations propres à régulariser et à utiliser les aumônes.

( Page 58. ) Vincent de Paule visite les prisons , et trouve qu'on y traite les détenus d'une manière /?^2/ conforme au Christianisme y entièrement négligés pour le corps et pour rame. Il présente là-dessus de vives réclamations au Général des galères , et fait préparer une nouvelle maison pour eux dans le faubourg St. Honoré , aux dépens tFune association ^hommes pieux. Voyez page Sg ce qu'il fait pour la régénération morale de ces malheureux, et ses succès SLVQini qu'on les fit partir pour le bagne.

( Page 62. ) On voit ensuite Vincent partir pour Marseille , où il voulait

(1) Il existe aassi ao panégyrique dt cet homme véntfrable, par Vabhi Maïuy, depuis Cardiual.

renouveler pour Içs forçats, ce qu'il avaii fait à Paris ; il y arrive déguisé « et prend la place d'un malheureux galérien , qu'il rend de la sorte à sa fiamille éplorëe et périssant de misère; cette pieuse fraude est décoavMie par la Comtesse de Joigni , et Vincent emploie le reste de son sëjoàr^à Marseille , à soulager les malheureux forçats. ( Voyez page 64 » les moyens spirituels qu'il emploie. )

( Page 65. ) Voyez ce qu'il fit à Mâcon, pour faire rentrer dans Tordre les indigens révoltés par des moyens tout chrétiens, encore applicables, en partie, à l'époque actuelle, car les mêmes causes amènent les mêmes effets daus tous les siècles.

( Page 66. ) Il fait une mission sur les galères et convertit un Mahométao^

( Page 89. ) Voyez l'histoire de M.™* Le Gras , qui , après la mort de son mari(i), se voua plus entièrement encore que pendant sa vie, au service des pauvres, parce que sa conscience lui apprenait qu'elle n*avait plus d'autre devoir à remplir. On voit ( page 92 ) ce que l'on pourrait attendre d'une Dame de la Charité et de son accord avec les vénérables Pasteurs de notre Suisse si bien disposée déjà à tout ce qui tient aux œuvres de bienfaisance.

Les Dames de la Charité de notre patrie marcheraient sur les traces de ces' Sœurs j qui ont acquis des droits au respect et à l'admiration des hommes de toutes les nations et de toutes les croyances (2) ; cette perspective est assez belle pour séduire l'âme la plus froide, surtout quand on présente aux femmes le moyen de faire le bien , sans renpncer aux devoirs de leur position et aux légitimes plaisirs de la société.

Voyez pages 187 et i38, ce que le zèle et le christianisme inspirèrent à des femmes, encouragées par la Présidente Goussault» en faveur de

(1) Car jamais la relîgioo ne demande le sacrifice des affections naturelles et des devoirs qu'elle entraîne. Elle n'est point exclusive, elle pénètre partout sans nuire k aucun genre de bien.

(2) On sait que la sœur Marte ^ de Besançon, avait donné des soins si touchons aux' militaires de toutes tes nations , Mans distinction , que les souverains lui envoyèrent lenis décorations que j*ai vues arec joie briller sur elle,

ao*

lHôtel-Diea , ou principal hôpital de Paris. Voyez encore les pages 1 39 »

s 40 et i42«

Yoyez pages 221 et 222 ^ Finûuence de Su Vincent de Paule sur la I^ g^tion du temps, et qu'il obtint qu'on fit entrer un Ecl^iastique dans la bastille , pour exhorter les prisonniers à se réconcilier a^ec Dieu.

( Page 245. ) Voyez encore ce que fil M."* Le Gras (i) pour les Enfans-trouvés en i638 ( page 247 )•

(1) Quand on r^fl^cbit sur tout le hîen qui a é\é fait par les femmes , sur tout le mal qu'elles ont souvent ëvitd aux hommes^ sur les vertus qu'elles ont déployées en France pendant la Re'volulion, on n'est pas étonne de Tinflueuce dont elles jouissent dans ce pajs tt dont elles sont dignes dans tous ceux où les institutions sociales n'ont pas tendu è les avilir; mais plus ou leur accorde de liberté, plus on leur témoigne de considération, plus aussi V opinion et de certaines inconséquences dans les mœurs des pajs civilisés sont redoutables pour elles. Leur oflrir une nouvelle occasion de faire du bien, c'est les servir, c'est prouver qu'on pense qu'à elles seules appartient la manière de faire pardonner le bien qu'on fait â des esprits difiSciles , à des bommes mécontens d'avoir été placés par le sort dans une position qui les -force & accepter des secours de personnes qui en ont été mieux traitées. <« Tel individu qui repousserait la main d'un homme généreux , tendrait peut-être la tienne à une femme compatissante , pour lui demander ce qu'il vient de refuser. » J'ai signalé ce que les prisonniers avaient obtenu des soins de la marquise de Barol , i Turin , de M.® Fry, à Londres. Je dois dire aussi que l'ancienne prison de Genève, oii sont encore enfermées les femmes ^ est l'objet de la sollicitude et des soins toucbans de plusieurs dames, qui Bavent surmonter le dégoût qu'inspire un lieu si triste pour y porter des secours de tout genre. Une beure passée de cette manière leur parnissait bien préférable à des jouissances qui peuvent cbarmer l'esprit et les sens , mais qui ne remplissent pas le cœur. Les prisons offrent aux jeunes ecclésiastiques une belle occasion de s'exercer au devoir qu'ils auront à remplir nn jour comme Pasteurs, à celui de faire des instructions religieuses; car on ne saurait trop multiplier les soins de ce genre dans ces lieux où rien ne vient distraire le détenu des pensées que la religion inspire. Tout y a été disposé pour que les détenus catholiques reçussent les secours spirituels de leur religi n, car la meilleure intelligence règne en Suisse entre les deux communions, et ce n'est pas un des signes les moins frappans de cette harmonie vraiment chrétienne, que l'exercice paisible du cuit*» catho'ique au milieu de Genève, et du culte protestant dans la ville de Luccrnc. Désormais on ne s'informera plus de la croyance et du pays de son prochain pour Vaimer, et la Société religieuse d€ hienjaisance prendrait pour devise la Parabole du Samaritain. (Luc x, 39-57.)

( St )

L^institutioti des Ôrpheiioês de Genève , dirigée par des femmes ^ prouTè encore mieux que des exemples tirés du 17.^ siècle, ce qu'on peut attendre

de ce sexe. ^

Allocution de Vincent aune assemblée de Dames sur ce sujet, et qui yi^t le don de Bicêire^ qui , dans la suite , fut employé à un aulre usage. -'^ * Pages 276 et 278 , qui prouvent que St. Vincent de Paule était aussi bon Citoyen que bon Prêtre et bon Négociateur , et qu'il bravait toui quand il y avait du bien à faire* C'est , en général , le sentiment qu'on trouvera dans les êtres habitués à ne considérer cette vie que comme un temps d'épreuve , qui doit décider du lieu 011 ils doivent aller après leur mort (1).

Dans chaque pays , il faut choisir parmi les institutions existantes ce qui peut concourir au bien public. Le Clergé Suisse est un Corps respectable , permanent^ entouré de la vénération des peuples ; il exista de tout temps ; il a traversé toutes les révolutions sans jamais altérer son caractère , son esprit est toujours le même, parce qu'il a pour base celui du Christianisme; ses membres ont des rappons continuels ^ nécessaires^ avec toutes les classes de la société : ainsi , je ne vois pas quels individus seraient plus propres à remplir les fonctions (2) que je destine à la Société religieuse de Bienfait sance ; l'appui des laïques les plus imposés , des magistrats , des hommes charitables de toutes les conditions leur sera sans doute nécessaire , et ils s'empresseront de les accueillir comme collègues \ mais, je le répèle, il faut que le Clergé Suisse fasse le fonds de l'Institution ; un laïque hésite souvent quand il voudrait donner un bon conseil à un père de famille qui s'écarte de ses devoirs , qui ne fait pas, des secours qu'on lui accorde, l'usage qu'il devrait en faire ; il craint qu'il n'aille fouiller a ns sa vie passée pour trouver des faiblesses (3) qui feraient tort aux bonnes choses qu'il lui adres*

(i) Cette grande pensée du salut donne, à ceux qui en sont préoccupes, une grande indépendance , car ils ne redoutent que ce qui peut les mettre en danger , et cette crainte donne le courage de faire le bien maigre le monde,

(2) Les .hommes qui prêchent l'Evangile sont altères du besoin d'imiter Jësus-Christ par leurs œuvres , qui sont l'enseigne de leurs sentimens intérieurs,

(3) Un pasteur est aussi un pécheur sans doute ; mais, dès l'entrée de sa carrière.

•eraît , ainsi qu'à une jeunesse égarée , quand il vendrait la ramener à de meilleurs seniimens cl à une conduite pins réglée. Un Ecclésiastique a le droit d'eniTCT partout avec TEvanglIe; il a le droit de mêler sans cesse les sefouis spirituels aux secours temporels ; personne n'a celui de lui dire de qhèi vous mêlez-vous ? Il a le droit de consoler la veuve et Torphelin , le malade , le mourant , le détenu dans la prison ; il a le droit de surveiller la moralité de son troupeau , et ses droits sopt d autant plus sacrés « qu'ils sont des dei^oirs. Avec de pareilles données , où une Société de Bienfaisance trou vera-i- elle de meilleurs ouvriers pour l'œuvre qu'elle aurait à accom* plir? J avais communiqué, en 18269 ce plan à un ou deux Ecclésiastiques , qui , je n'en (lOuie pas , deviendraient des membres très-utiles et trèsactifs de la Société , si elle s'organisait ; j'avais aussi rédigé un article sur ce sujet , pour l'insérer dans un journal (1) ; mais j'ai différé jusqu'à ce jour de communiquer à mes honorables collègues un projet qui a besoin de leur appui , car les Pasteurs (2) seront bien plus en état de prendre part aux travaux de la Société , quand leurs appointemens les auront mis en état de se livrer entièrement à leur vocation ; d'ailleurs » la création de cette Société étant éminemment favorable au système pénitentiel^ qui devrait remplacer la peine de mort , ma proposition au Clergé Suisse devait trouver place dans la lettre que j'ai l'honneur de vous adresser. Les Dames de la Charité seraient toutes trouvées parmi les femmes , les sœurs et les filles des Pasteurs (3) , qui réciproquement acquerraient réellement le droit de cité le plus sacré dans leurs Gantons respectifs , celui du bien qu'ils auraient fait. Le signe révéré des Chrétiens , fixé sur les drapeaux fédéraux , semble inviter à ce genre d association ; car les bons Chrétiens sont toujours de bons Citoyens. En créant f organisation sxxï laquelle je vous consulte, mon cher

l'hooDeur, selon le monde ^ lui a parle le même langage que sa conscience^ seloa ]'£• yangile.

(1) Le Courrier du Lëman.

(2) Au moins ceux du Canton de Genève. On a si bien senti l'importance d'accorder une honnête aisance aux curés , en France, que presque tous les conseils généraux demandent Taugmentation de leurs appointemens.

(5) Elles adopteraient les femmes les plus propres à concourir au but de la société.

collègue, on fixerait tous les rapports des membres de la Société ^ avec un Comité central et permanent qu'elle nomuierdit pour un certain nombre données.

Avec une telle institution, au bout d'un certain laps de temps on ne verrait plus de mendions, plus de prisonnier:» abandonnais à eux-mêmes, plus d'écoles désertes, plus de malheureux Heimathlosen délaissés^ plus d'ouvriers des grandes fabriques sans secours rt* iigieux , plus de prisonniers libérés sans appui, plus de familles sans bibl'S, |>Ius aucun malheur ignoré et sans secours, plus un seul pauvre qui n'ins^oquât Dieu et le bénit de la bic'nfaiNance inspirée par V Esprit du Christianisme (i ). Je vous engage, mon cher colli^gue, à lire les discours des présidt*ns de la Société d'Utilité Suisse, et vous en conclurez que la Société que je propose remplirait la lacune qui est signalée , et que le clergé seul ^^\x\remplir^ par les considérations que j'ai développées. Le mouvement du siècle tend à favoriser toutes les associations de bicnfai-. sance, et si, à une autre époque, quelques hommes immoraux tiraient vanité de leurs vices (2), maintenant ils sont forcés de les couvrir du manteau de la vertu. On a dit : l hypocrisie est un hommage que le vice rend à la vertu ! et quelqti'hideuse quVlle me paraisse, je l'aime encore mieux que Vinij^udence qui se glorifie du mal qu^elle a fait (3).

La nomination de M. le Comte Capo-d*I$tria à la Présidence de la Grèce^

(1) C'est eo suivant les rapports faits par diflTt^rentes soci^t^s, en suivant ceux faits \ la Diète, que je me suis convaincu du bien qui résulterait de la société.

(2) Comme on peut le voir par les mémoires historiques et les peintures de roœurif.

(5) Il appartenait au iq.^ siècle de donner le modèle de l'alliance d'une philosophie douce et éclairée avec la Religion , le spectacle d'une jeunesse studieuse qui pré(èie se préparer â remplir les devoir» qui lui seront imposés un jou** par la société, à l'excès des plaisifs frivol(es qui, souvent, efiaceut du cœur les sentira^ns noh'rs et élevés. C'est au 19^ siècle et à son impulsion que j'ose demau.ier un ouvrage $url* Esprit du Christianisme et anr i'.ipplication que doit en faire Phomme dans sa vie publique et privée. Si la France a la mémoire du cœur ^ car c'est ainsi que l'ingéiiieui, élève de i'ablé de l'Epéf-, définissait la reconnaissance j elle se rappellera que le réveil de Te^prit religieux fût fiû en grande partie au génie du Christianisme.

donne liea d'espérer que toutes les institutions (i) de ce pays se ressenliroat de la belle ame de cet homme d'état, qui sut conserver la pureté de ses seatimens au milieu du tourbillon d'un monde qui trop souvent aveugle sur les véritables principes , et qui égare les meilleurs esprits sur le juste (2). J'avoue que je me plais à rendre cet hommage à un homme qui a contribué par sa puissante influence à fixer le sort de mon pays , et à lui assurer sou accession au corps helvétique, à une époque 011 notre avenir était incertain. L'intérêt non équivoque pris par lui, ù Genève , fait que j'ose lui demander la grâce de placer dans sa bibliothèque l'ouvrage de M. Lucas , dédié à une République qui tient à honneur de le compter parmi ses citoyens. Si Genève a trouvé , dans cet homme d'état , un ami zélé , la Grèce en revanche a vu sortir de nos murs celui de tous les philhellènes qui a témoigné pour sa cause le zèle le plus ardent et le plus éclairé j qui a fait les plus généreux efforts en tout genre pour secourir un peuple malheureux, et qui, par son exemple, a entraîné la sympathie des hommes les plus élevés en di* gnité (3}> ainsi que celle de l'artisan et du cultivateur indigent, qui apporte encore aujourd'hui la pite de la veuve i^oxxi sauver de la faim et de la misère les victimes d'une guerre entreprise pour le maintien de la Religion Chrétienne , et des droits sacrés de l'humanité, qui ne peuvent jamais se /r^^rr/r^. C'est de l'horreur que les Grecs doivent avoir pour les exécutions , que j*attends un Gode pénal qui s'éloigne autant des procédés de la justice turque^ que P Evangile s'éloigne de PAlcoran ; l'abus du cordon^ les têtes des rayas, faisant l'ornement des créneaux du sérail , toutes ces scènes de terreur dont ils sont les témoins et les victimes depuis trois cents ans, doivent les décider à ne point admettre dans leur Code une disposition qui leur rappellerait

(0 Uoe législation pdnale doit être celle qui précède toutes les autres, pour assurer la vie et la propriété des citoyens.

(2} C'est à des hommes qui Tavaient vu de bien près , pendant son ministère , que j'ai entendu tenir ce langage.

(5) On m'a dit qu'un généreux Souverain de l'Allemagne avait envoyé à M. Eynard une somme très-considérable, destiuéc à 50u!.iger la misère des Grecs, et les journaux de toute la Suisse ont rendu compte du produit de la syujpathie du peuple suisse pour uji peuple qui cherche i conquérir son indépendance.

leur esclavage. SecoDros comme chrétiens ^ ils sera bran de les voîr donner à ceux-ci le noble exemple d'une tëgislalion crimint-lle toute chrétienne. Le Mexique (i) se hâte de proGter de son indépendance, pour décréter des maisons pénitentiaires. Pourquoi la Grèce n'en ferait-elle autant quand sous l'égide des Puissances médiatrices , elle aura acquis une indépiendance solide ? Tout en désirant vivement que les autres nations adoptent le système pénitentiaire ^ pour remplacer entièrement celui de Féchafaud , je conviens que j'aimerais voir mon pays ous^rir la marche^ surtout quand je pense que plus d'une fois il produisit des hommes qui influèrent sur l'opinion et sur les progrès de la civilisation.

Pierre-le-Grand ne fit rien sans consulter Le Fort , et M. Necker, par son fameux compte rendu^àonm la première idée et le premier exemple d'un miriistre^ rendant compte à la nation française de Tétai deses affaires. Quand on fait partie d'un Etat représentatif, il est permis de regarder ce compterendu comme un bienfait. DelhormCj dont l'histoire de la constitution anglaise est citée dans le Parlement comme une autorité classique , comme un précédent ; enfin, J. J. Rotisseau qui , par son éloquence, ramena les hommes aux sentimens de la nature , qu'ils avaient trop sacrifiée à des sentimens de coni^ention , et qui rendit aux enfans des services éminens , en conseillant une éducation physique^ très-supérieure (2) à celle qui était en usage quand il est entré dans le monde.

L'éloquence de cet homme singuliei; tenait du prodige (3) j et quand je

(i) Vojr, le compte rendu du Gouverneur. M. le Professeur De Caudolle l'a dëposé^ i la Société de Lecture du Musée.

(2) L'Emile de Rousseau est un livre qu'il ne faut pas prendre pour guide unique dans l'éducation de ses enfans, mais qui renferme des pensées bien utiles^ bien profondes , et qui étaient bien neutres au moment où le livre a été publié. Les bommes , élevés en parité d'après les principes de l'Emile, et qui ont été précipités parla Révolution Française du haut des grandeurs où ils étaient placés , ont eu plus de moyens pour supporter leurs malheurs que ceux qui avaient reçu une autre éducation. Quand Rousseau n'aurait eu d'autre influence que celle de faire supprimer les maillots ^ il faudrait encore lui en témoigner la reconnaissance; mais il a d'autres droits encore â ce sentiment, quelles qu'aient été ses erreurs,

(3) Les habitans de la Corse, le considéraut comme l'homme le plus distingué de son

rassemblai le Jury, qui avait bien vonlu consentir à adjager le prîi que j'avais offert pour le mtMlleur Mémoire en faveur de Tabulition de la peine de mort , je rappelai à ceux des membres qui ne partageaient pas mon opinion sur P abolition absolue de la peine de mort , qu'iU se trouvaient à peu piè» dans la position de l'académie de Dijon , couronnant le Mémoire de l\ousseau, où il ciierchail à prouver que les arts et les sciences, et par conséquent les académies, avaient tendu piuiôi à corrompre le monde qu'à Téclairer. Cette comparaison ne mVmpéclie pas de sentir qu'il y aurait de l'ingratitude à ne pas recoimaîire que les membres de ce Jury , qui ne pensent pas comme moi , m'onl donné une singulière marque de bienveillance , en acceptant les fonctions dont ils se sont acquittés, de manière à se concilier l'approbation de tout le monde ; or, comme l'ingratitude est de tous les vices celui dont j'ai le moins de peine à me défendre, je ne pourrais jamais penser au concours sans leur adresser de sincères remerciemens , pour avoir bien voulu me seconder dans cette entreprise.

M. Lucas, dans le Chapitre VIT, page 210 , rapporte des faits (1) dignes des méditations du Législateur , qui désormais ( comme l'a dit Sir Jatues Mackiniosli ) forcera la peine de mort 5 prouver sa nécessité si elle veut se maintenir. Son inefficacité étant une fois bien établie , il est possible que ce motif seul soit assez puissant pour y faire renoncer.

Une note , page 222, de M. Lucas, commence ainsi : «Il est essentiel

temps, lui demandèrent instamment de faire leur constitution. Une chose assez remarquable , c'est que le premier, le plus habile peintre en émail du siècle de Louis XIV, étdit Genevois; c'est ce Pelitol si cdlèbre qui peignit toute la Cour, et qu'aujoutd'luii le premier ppiiilre du Roi , sur émail ^ est encore un Genevois qui a porté cet ait à une jirrfection mir;*culrusc. Après cela, je n*ai pas besoin de nommer Constantin. M. Senebicr , dans son Histoire littéraire de Genève, fait connaître un si grand nombie d'hommes reromraand.ibles par l^urs talons, qu'on est étonné qu'une ville de 25,ooo amcs ait pu en produne autant; j'en conclus toujours qu'elle doit précéder toutes les autres dans la carrière de Vhumanité.

(i) Le Globe ^ d.ins deux articles du mois d'Octobre 1827, a rendu justice du soîk avec lequel M Lucas appuie constamment ses doctrines par des faits authentiques. Or, U plupart de ces faits sont puisés dans un pays qui nous touche de bien près.

( 67 ) « de constater par àe% faits le fréquent mépris de la mon à laeondam^

< nation et à V exécution. Ces faits sont tous récens, et nous les exposerons « dans l'ordre ci-dessous ( i ). A., étant accusé de tentatives de meurtre sur € le nommé F.,, qu'il frappa de plusieurs coups de couteau à la gorge et à a la Jigure^ une des personnes qui font arrêté^ a déposé qu'il aidait tiit: On « me coupera la tête ou ton m' em^erra aux galères* ;\ mais ça m^ est égal ^ « je suis fâché de n'as^oir pas achetée de le tuerif^. Il àentenda» son arrêt Mpcc une froide impassibifité^i Gazelle des.rXribuaau^,' 6 Septembre: i8p6. )

a Le nommé Nicolas B* , accusé d'homicide sur- là personne d^ Anne <f M.^ , a éfé condamné j par la CoUr d^ Assises des Vosges^ à la peine de a mort. La Cour a ordonné que l'exécution aurait lieu à'MirecQiiri. Eu en-* « tendant prononcer son arrêt, B. s'est mis à rire. U'^ne s'est. pas* pourvu <c en cassation, et il disait dans sa prison : Xen serai pbttôt quitter » ( Gazette des Tribunaux, 20 Décembre 1826- )

« Sur la demande faite à un nommé D/** , s'il ^vait quelqties observas tions à faire sur l'application de la peine capitale requise contre lui par a M. TAvocat-Général , il a répondu avec force : Messieurs , tout ce qui « sera fait ^ sera bienfait. En se retirant, D.*** s'est adressé à la Cour,

< en disant : Messieurs , j'ai l'honneur de vous remercier ; je vous suis bien obligé. ( Gazette des Tribunaux. )

« Le nommé B/*, après avoir assassiné sa femme et sa maîtresse, est a condamné à mort par la Cour d'Assises dn Déparlement du Calvados. Le « Président lui fait une longue allocution sur son crime et sur la manière

(l) Les partisans de la peine de mort veuleut maintenant que l'on considère la peine de mort sous le point de vue pre'ventif , comme exemplaire. Il fallait donc que M. Lucas prouvât qu'elle était inefficace sous ce rapport , comme sous tous les autres ; la procédure est publique , la gazette proclame tout ce qui se passe à l'Audience , aiu^i un mot dangereux , un mot qui tend à détruire l'efficacité du supplice , vole de bouche en bouche , de ville en ville , et remplit bientôt l'univers. Ulbach ne voulait pas se pourvoir en cassatioui afin que le monde admirât son courage, voilà comme sont beaucoup d'hommes dans un siècle oit des guerres longues et sanglantes ont familiarisé avec l'idée de la moit. Il faut que le Législateur impose d'autres prit^ations que celle de la t^ie, s'il veut des peines ffficaces,

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<i dont il doit se préparer à la mon. K^ répond froidement : PlutAi au- « jounThui que demain. ( Journal des Débats, 5 Juin 1 785. ) Un autre dit aux « Juges qui venaient de le condamner à mort : JcrCai qu^à vous remercier; « la peine que vous m^ appliquez n'est pas grande (1).

ce A la Cour d'Assises du Département de la Mayenne ( 1826 ) » F/^, « forçat libéré, s'écrie, en entendant la condamnation qui le renvoie aux « galères à perpétuité, qu'il espère bientôt commettre un nouveau crime et tf reparaître en justice pour se faire trancher la tête. (Gazette des Tribunaux, m n.^ 70.) Un ancien militaire , condamné à mort pour avoir fait de fausses « pièces de 3o sous , commence par dire : J'ai bravé cent fois la mort dans « les champs de bataille , je saurai PanVonter avec courage, et ensuite: « Voilà le\dernier coup ; ça finira , peut-être.

« S/ , ancien militaire , est condamné à mort pour assassinat d'une femme « qu'il aimait avec une passion violente. » Il a fallu , dit la Gazette des Tribunaux du 17 Novembre 1826, toutes les instances du défenseur, jointes à celle du respectable Aumônier des prisons , pour le décider à se pourvoir en cassation. Ce malheureux dit sans cesse qu'il ne désire que la mort et qu'elle sera le juste châtiment de son crime , que la vie lui est à charge , et que sa fin sera pour lui un bienfait.

Voilà donc des hommes qui, ne croyant point \iune{>ie à venir ^ et qui, habitués à braver la mort à chaque instant, regardent le supplice comme une délis^rance.

M. Lucas a rassemblé avec soin ces documens officiels (2) et les consigne dans son ouvrage. Il reproduit aussi ce que M. f.ivingston a recueilli en Angleterre sur l'insensibilité des condamnes et de leurs complices, ainsi que sur celle des spectateurs du supplice. Je ne le répéterai pas ici, l'ayant déjà cité dans ma brochure de 1826; mais je continuerai à citer le mémoire de

(0 L'al)scnce de Religion , le plus triste matérialisme se fait apercevoir dans ces réponses. Pour un Juge chre'tien, il doit être cruel d'abandonner à la mort des êtres disposés de cette manière y au moment 011 ils vont se présenter devant le 'IVihunal Suprême.

(2) S'il a paru a quelques personnes que la première partie de l'ouvrage de M. Lucas, était un peu méthaphjrsique ^ on ne peut pas lui reprocher d'avoir nc'gli{;é dans les deux autres, et surtout dans la conclusion , les faits et les preuves matérielles.

M. Lucas, qui rapporte que Ptérre B.*'^, condamne aux galères à perpétuité répondit à quelqu'un qui lui disait : Comment osez-vous regretter de n'avoir pas versé le sang d'un homme ? Le sang l ça rougit le paçé^ f^oîlà tout. — Horrible allusion à la place de Grève! ( M. Lucas, page 23o )•

La mort du fameux G/'^ offre le spectacle de la plus singulière irnpu^ dence. ( de tous côtés l'on était venu à Melun pour le voir exécuter ; y a-t^il quelque chose de moral dans P impression que produit cette impudence ? )

Les notes de M* Lucas contiennent de nombreux exemples , qu'en revanche des condamnés ont montré tant de repentir et de religion (i), qu'il est impossible de ne pas regretter qu'on n'ait pas essayé de les conserver à la Société dans des maisons pénitentiaires; et son texte est riche en conclusions qui ont pour base tous les faits q^)X a mis sons les jeux des lecteurs.

Rascoë dit dans son histoire du Pontiticat de Léon X : « Les supplices sont* ils destinés à redresser et \\ perfectionner les mœurs d'un peuple ? Comment obtenir ce résultat par des spectacles qui outragent l'humanité et qui, par \t\ix ié'çè\X\\oxï^ endurcissent le cœur zoviXx^ tous les nobles s entimens ^ bien plus propres à garantir la sûreté sociale et individuelle que les gibets et les échafauds : tel est le langage de Roscoë» qui certes ne voulait pas désarmer la société et le pouvoir (2).

On m'a raconté qu'un faussaire, conduit à la place de Grève pour y être exécuté, plaisantait pendant le trajet avec le public, et criait à haute voix : N'y a-t^il point de remplaçant parmi vous ?

Un parricide, traduit devant la cour de Douai, a entendu son arrêt sans émotionj sans abattement^ il a seulement prié les jtiges de le laisser vivre encore ^oxxt faire pénitence (Gazette des Tribunaux, 21 Février) (3).

(0 Le Législateur chrétien ne craiot-il pas d'imposer an Juge la dure n^cessitd d'envoyer â la mort , un homme dont il ne connaît pas Vétat de Vâme , au moment où on la sépare violemment du corps.

(2) Roscoè a éxé quelques fois accuse d'être trop favorable au poupoir^ mais quoiqu'il en soit , je considère la répression des crimes , non comme un droite mais comme un devoir douloureux.

(5) St. Augustin aurait appuyé la demande de cet homme, comme on peut le supposer

On a ex^utë le 1 5 Mars un nommé K/** ; il s'esi empresse de recevoir les secours de la Religion, et a montré beaucoup de repentir* ( Gax. des trib. 2i Mars).

Un autre, condamné à Rouen pour assassinat, a prolesté de son repentir et a imploré la miséricorde de Dîf u. ( Gazette du 23 Mai. )

Un parricide , exécuté à Mont-de-Marsan , recommanda aux assistans de prier pour lui. ( Gazette des Tribunaux , 6 Septembre i826. ) Après quelques autres faits de ce genre , M. Lucas s'arrête, et dit : Je n'ai pas besoin d'ajouter d'autres citations ; j*ai choisi à dessein des parricides et le crime de M/ de Fribourg en Brisgau , qui tua sa femme avec tant de sang-froid. (Gazette des Tribunaux , 26 Août i826. ) En montrant chez ces scélérats le triomphe du repentir, je le demande, est-il permis de désespérer d'ua criminel ?

Rien ne prouve mieux , dit M. E. Ducpetiaux , page 74 , que le spectacle d'une exécution n'eilVaie tout au plus que ceux qui n'ont pas besoin d'être efirayés, que ces vols innombrables commis jadis en place de Grève sous la potence y et ceux qui se commettent encore journellement ces jours-là à Londres. Le même auteur cite plusieurs accusés convaincus , qui ont demandé la mort , plutôt que de subir la déportation ou les travaux forcés. Cet auteur renvoie, pour de plus amples développemens sur ce sujet, au rapport de M. Livingston que j'ai produit dans ma brochure de 1826 -, et qui est entre les mains d'un grand nombre de mes honorables collègues (i).

Pour prouver l'ineflScacité de la peine de mort appliquée à tout ce qui tient à des ^/7/>2/(9/25 , Tun des Concurrens dit: « Le sang irrite la ven- « geance , la mort de Jean Huss a fait couler plus de sang que n'eût fait sa tf détention. »

par UDe lettre de lui citée dans cet écrit , où il implore le Proconsul romain en faveur des meurtriers d'un prctre , eo affirmant qu'il faut laisser le temps du repentir au ciimioel. ( Vojr. Ja collection des lettres de St. Augustin. )

(1) La peine de mort e'tait prodiguée en France avant la révolution y eli Lien ! j a-t>ii plus de crimes, maintenant que son application est réduite à un assez petit nombre de cas l La publicité dunnée par les journaux les fait ressortir ; mais je ne crois pas qiril se soit commis plus de crimes depuis l'an 1816 à l'an 1826 que de l'an 1778 k Tau 1788.

Dans la brocure que j'ai publiée en Mai 1827^ je crois avoir dëmontrë que la peine de mort en matière politique exaltait les passions au lieu de les calmer. L'ouvrage de M. Guizot , que j'ai cité bien souvent , me parait contenir tout ce que Ton peut alléguer de plus fort en faveur de l'abolition de la peine de mort pour cet objet spécial; \\ rappelle que le supplice fait souvent tourner tout l'intérêt des masses du côté de ceux qui , en le subissant, donnent des exemples de cette magnanimité , dont l'homme est toujours Jier pour son espèce. J'ai dû le rappeler ici , pour prouver que les supplices , loin d'épouvanter et de détourner de certaines actions par la terreur de la mort, donnent tantôt un scandale, tantôt le spectacle d'hommes qui la bravent, plutôt que de trahir leur opinion ou leur parti. (Voyez la Biographie de Malesherbes, de Barnc^eldt, de Padilla , de Sydney. )

Parmi les défauts de la peine de mort , celui que J. Benthaui signale , ainsi que quelques Concurrens , c'est la destruction de la preuve , ce qui peut être funeste dans les conspirations. La lassitude de la prison , le désir de recouvrer sa liberté , peut engager un homme à dévoiler des trames dont le secret périrait avec lui. M. Guizot a exposé avec beaucoup de raison , que les chefs ne manquaient jamais à un parti , et je crois que la tunique ensanglantée de César a été plus puissante sur les imaginations, pour exciter les Romains à la guerre civile , que ne l'aurait été sa détention ou son ban^ nissement.

M. Guizot présente , dans son ouvrage de la peine de mort en matière politique^ des réflexions qui ont d'autant plus de poids, qu'il a dû, en qualité d*historien (i), méditer sur les eflFets de cette peine dans Its temps les plus reculés , comme dans les plus modernes , et quVn qualité d^homme public , remplissant de hautes fonctions dans l'Etat , il a vu de près que la peine capitale embarrassait^ ^^Iwiov i\ue\\Q ne facilitait le jeu des rouages qui font cheminer une machine politique. Il a développé avec talent Ptlat de la société^ que le Législateur ne doit jamais perdre de vue ; il a fort Lien prouvé que les masses sont tout y les individus rien ^ et que la peine de mort ^ ne pouvant atteindre les masses , il fallait y renoncer. Si ^h Guizot veut obtenir

(1) Il a écrit l'Histoire d'Angleterre.

ce qu'il délire , il faut qu'il se réunisse aux partisans de Paholiiion absolue de la peine de mort , comme M. Lucas et M. Ducpéliaux le lui disent dans leurs ouvrages , et le lui prouvent (i) ; car tant que la destruction d*un rhal sera facilitée par cette disposion légale^ on trouvera le secret de l'appliquer OD le courant des affaires de ce monde amènera toujours des ri^^alités. Il faut ici trancher dans le vif\ les tempéramens ne servent qu'à adoucir l'horreur naturelle des hommes pour les exécutions , en leur donnant à entendre qu'on réserve le roi des époui^antcmens comme un idéal protecteur ^ él qu'on ne conserve la place d'exécuteur des hautes œuvres que comme un sine cure. Il faut que le Législateur envisage la question sous toutes ses faces, et délibère avec lui-même sur les effets probables de cette solennelle déclaration que j'invoque de la part de tous les Souverains , qi^à Dieu seul appar^ tient la vie de Phomme.

Tant que cette déclaration ne sera pas faite , le principe destructeur tantôt s^éveillera, tantôt s'endormira; mais il sera toujours prêt à dévorer les eufans d'Adam , dont il est l'ennemi. M. Pastoret , qu'il faut toujours citer quand on veut mettre la raison de son côté, a fort bien combattu, dans sa Législation pénale , les inconséquences de ceux qui voulaient abolir la peine de mort pour des crimes privés^ et la maintenir pour des crimes publics. La répugnance actuelle pour la peine de mort perce jusques dans les ouvrages d'imagination ; et le Comte Alfred de Vigny, dans son Roman historique de Cinq^-Mars , a peint à grands traits l'usage qui a été fait de la peine de mort (2) sous le ministère du Cardinal de Richelieu , avec toutes \es formes légales. Il y a un but très->moral dans ce genre de production , quand il tend à faire envisager les personnages historiques avec leurs faibles, leurs passions , et à dévoiler les ressorts qu'ils ont fait jouer potu satisfaire leurs passions aux dépens de la morale, et de cet intérêt général au nom duquel se sont co^lmis tant de crimes odieux.

(i) Cest le crime qu*il faut détruire dans sa source y en doiinant à la jeunesse, de toutes les conditions , une éducation aussi éloignée d'un sombre fanatisme que d'une triste impiété.

(2) En matière politique , deux éditions de ce roman , épuisées au bout de peu de temps, ont prouTé son succès mérité.

La note suivante fera peat-étre impression sur ceux qui contestent le bien produit par l'abolition de la peine de mort et se trouve , page 358 de l'ouvrage de M. Lucas.

ce L'heureux effet produit par l'abolition de la peine de mort en Tos- <c cane est si important , si décisif surtout pour Genève , que j'ai d^'siré « réunir à cet égard de nouveaux élémens de conviction pour vaincre le <i septicisme le plus rebelle. J'ai écrit à M. le marquis de Pastoret , Vicece Président de la chambre des Pairs, qu^on m'avait dit nanti de documens ce officiels à cet égard. Voici ce qu'il m'a répondu : // ni est difficile de vous « donner des preuves ojfficielles , comme t^ous les appelez^ des heureux effets « produits en Toscane par F abolition de la peine de mort. O était un fait « tellement connu quand Récrivais ( Léopold régnait encore), que je ri ai ^ pu chercher à prouver ce que personne ne contestait (i). Proscrit deux i^fois et m^ étant réfugié d* abord en Suisse et ensuite en Italie^ j^ ai fait dans ce ce temps malheureux un assez long séjour à Florence , et j'y ai souvent « entendu louer par ses habitans^ la douceur de leurs lois, et P efficacité qu^elle ce avait eue sur le moindre nombre des crimes.

« La Toscane a, en ce moment à Paris» un ministre plein de lumières , ce M. le commandeur Berlinghiéri, et sans doute il se ferait un plaisir de vous a offrir à cet égard tous les éclaircissemens.

ce En effet, voici l'extrait d'une réponse dont M. le Commandeur Berlinghiéri « a bien voulu m'honorer.

« Il n'y a pas de doute que l'humanité delà législation pénale de Léopold, ce et en particulier T abolition de la torture et de la peine de mort, n'ait été ce suivie pour la Toscane des résultats les plus satisfaisans. Je ne sais pas si, « sous spn règne, il s'est commis plus de cinq assassinats, mais ce que je sais ce bien , c'est que ces délits de tous genres ont été beaucoup plus rares alors ce cjfx^avantex q\iaprès{2)*

(i) Vojr, l'Histoire dltalie de BoUa, page 17, ^or radministratioD de Léopold. La gazette de France 9 des premiers jours de Novembre , en fait un éloge qui prouve que cet ouvrage n'est pas considéré comme un de ceux qui cherchent à attaquer les pouvoirs actuels de la Société, et à les désarmer.

(2) il me paratt que ce témoignage prouve que Vaholition de la peine de mort est , sinon

« Sous le règne de Ferdinand commença la révolution de France, el ses rf- « fets désastreux se firent bientôt sen(ir duns les auires pays. On crut néces- « Si. ire de rétablir en Toscane la peine de mon , seulement pour les crimes a directs contre l'Etat et les assassinats prémédités. Je ne crois pas cependant « que personne ail été exécuté avant l'occupât ion de la Toscane par les Fran- « çais, et pus plus d'une ou deux fois après le retour de Ferdinand. Pendant « l'occupaiion française , ces exëcuiions ont été assez fréquentes (i). La metf ni:ce de la peine de muit dans les deux cas indiqués subsiste encore , mais ce ra])plication en est très rare , quoique les crimes ne le suiini pas tant « qu'autrefois, el il faudrait des cas excessivement odieux pour que la gruce « n'intervîiii pas».

Le chapitre XI de M. Lucas contient des argumens religieux bien frap* pans; lisez de la page i23 à la page i3y. Vous y trouverez des notes lirc^es d'un discours de M. le duc de Broglie , digne de lui, et des doctrines qu'il professe à la tribune (2). M. Hciberg, auteur danois, connu par un ouvrage estimable sur la législation pénale, citait ces expressions du marquis de Pastoret , consignées dans son bel ouvrage de législation pénale , au sujet des ministres des autels, a Dignes de leurs sublimes fonctions, ils répétèrent toujours : « DEglise a le sang en horreur, ^laxime touchante , qu'aurait dû adopter la « société tout entière ! Pourquoi a-t-on si mal rempli le sacerdoce de « l'humanité ?

« M. Pastoret aurait pu citer ( dit encore l'un des concurrens de la morale ce chrétienne) une autoiité bien plus imposante , crlle de la Sainte-Ecriture « que Dieu ne veut pas la mort du coupable ; qu'il aime mieux qu'il s'auiende « et qu'il vive. (Ezéchiel, chap. 33, if* i\.) Il tire du péril ceux qu'on mène à ^ la mort, et ne cesse pas de délivrer ceux qu'on entraîne pour les faire mouce rir (3). (Proverbes , 24» 1 1.) Ne condamnez point avant le temps, jusqu'au

la seule ^ m.iis au moins la principale cause de l'absence de crimes^ qui a c'te' remarqucfe par tous les bistoriens qui se sont occupe's de la Toscane sous le règne de Lëopold.

(i) Cet écrit contient un fait qui prouve la répugnance des FiorentiDs pour les supplices â cette époque-là.

(2) Ou il ne reconnaît d'utile que ce qui est juste.

(5) Si cet écrivain chrétien avait lu les mémoires qui ont concouru à Genève pour le

( 75 ) jour du Seigneur. ( Su Paul aax Corinthiens. ) Il n'y a qn^uit seul lëgislatenr, qui seul peut sauver et perdre. Qui es iu , toi qui condamnes un autre f (Epiire de St. Jacques, 4» '^O ^^ St. Augustin dit qu'il ne faut pas envoyer les criminels au supplfce , qu'il vaut mieux les condamner à des travaux utiles (Epitre a iode St. Augustin) déjà citëe plus haut.)

Je ne puis me refuser à citer quelques passages de la lettre d'«n vertueux ecclésiastique étranger à Genève , icris^ain distingué , qui partage l'opinion que la peine de mort est contraire à f esprit de F Evangile.

« Depuis plusieurs années, mes vœux ont poursuivi cet te. œuvre que la « Providence vous donnera peut-être d'accomplir dans votre pairie et d^aca créditer dans le monde ( i ), et je vouais d'avance ma plume à la défense a d'une vérité qui me semblait une des conséquences les plus prochaines de « toutes les vérités évangéiiques. » Plus bas, cet homme aussi pieux qu'éloquent, et qui voudra bien recevoir ici l'expression de ma gratitude, ajoutait : « D'ailleurs, Monsieur, un trait cher à mes yeux vous distinguera entre ceux « qui ont demandé l'aboliiion de la peine de mort (a) ; vous défendez la vie « des hommes , parce que leurs âmes vous sont chères , parce que vous ne € voulez pas enlever à la grâce de Dieu un seul des précieux momens où elle « peut agir encore; c'est là pour vous la vraie utilité, le vrai intérêt généraLC'est a une chose bien remarquable qu'on ne rencontre aucun homme animé du pur « esprit du christianisme, qui ne soit par-là même favorable à la cause que « vous défendez. Il parait qu^on ne saurait avoir une foi vivante à tEvan^ < gile^ et approuver la peine capitale i». Qu'on me pardonne cette citation, elle est trop favorable à ma cause pour ne l'avoir pas fait connaître ; d^ailteuif s après le témoignage de ma conscience ^ ce que j'ambitionne le plus, c'est T estime des gens de bien (3).

prix que j'ai offert, il aurait eu la satisfacUOD d'y trouver, que là plupart sont pleins d'argumens basés sur tEvangile.

(i) La seule manière de Vaccréditer qui soit â ma portée, c'est de provoquer la diseussiou sur son objet.

(2) M. Lucas dans sa conclusion n'a point négligé cet élément de conviction.

(3) Je ne le nomme pas , c'est à lui qu'il appartient de publier son opinion sur la peint

Une prenve qoe les hommes du moyen âge doutaient du droit de la sociéië de meure un homme à mort , ce sonc ces ordaiies, owfugemens de Dieu , qui SDOt rappelées dans uo des mémoires les plus distingués de mon coaeours ; j'ai conclu de cet usage barbare que ces^hcrnimes simples attendaient que Dieu se décidât pour rinnôceqce et accablât le crime; la fraude présidait trop sou*^ vent à ce g^mre d'épreuves, mais il faut s'attacher au principe qui» je le répète 9 doit avoir eu sa source dans ki persuasion qu'à Dieu seul appartient de disposer de la vie 4e l'homme , qu'il est le propriétaire àeceeapitai^ dool Thomme n'est que /^ dépositaire responsable vis-à*vi$ de lui.

Quelques auteurs des aiémoires qui obI concoum , ont interprété en faveur de l'abolition de la peine de mort l'Evangile selon St« Matthieu , Ghap. xxvi ^ versets^ I et Sat «« Etwici^ unde eeux qui étaient avec Jésus ^ portant la « main sur son épée^ la tira 9 en frappa le serviteur du Souverain Sacri^ « Jicateur , et lui emporta t oreille. ( Jean xviu y io« )

« Alors Jésus lui dit : remets ion épée en son lieu ; car tous ceux qui auront «t pris répée , périront par tépée • •

Ils ont pensé que cette injonction de Notre Seigneur Jésus-Christ était la preuve. qu'il ne voulait pas que les Chrétiens usassent des mêmes armes et des mêmes moyens de répression que ceux qui ne Tétaient pas. Je sais qu'il esi des Citoyens estimables it)tti interprètent ce passage différemment ; c'est pôuriquoi j'ai du vous avertir que des hommes , versés dans les Saintes Ecritures et fort imprégnés de Pesprit du Christianisme, y avaient vu un argument en faveur de la cause qui était mise an concours. .

vl'ose espérer qu'une fois ceux qui partirent mon opinion , te feront cm* aailre dans les ouvrages qui soniroiH de leur plume et dans leurs discours

de mort, daos ses rapports, avec Vesprii du Christianisme , s'il juge convenable de Je faire. Je m'abstiens de citer ici des noms ^ qui pourtant donneraient une certaine autorité ^ an% argdmens que j'emploie pour soutenir la cause que j'sii embrass^fe ; je ne nomme que ceux qui ont publié leur manière de penser ^ dans des discours ou dans des «fcrits Jiyre's A llmpression. Si }• juge des autres par moi-même , j*ose espér< i* que tous cpux qui pensent que la peine de mort est injuste ^ travailleront d'une manière quelconque â la faire oholir , et )e ne cesserai d'invoquer leur secours ^ que quand fauraî atteint mon hut^ ou quand )^urai ferait les yeu pour toujours.

( 77 ) publicpt çuandUs trouperont le momerU opportun (i)< E^ea homo^es religieum qui croyent que l'esprii du Chrisiîaïusaie s* oppose à rappHcaiioQ de la peiqe de mort , doivent « il oie semble, ëclairer U coQ^ience des législateurs à cei ëgard, et leur éviter de maintenir, par leurs votes, une disposition qu'ils croyepl. éire en contradiction arec les intentions du Rédempteur manifestées dans les Saints Evangiles» Il me semble encore qu'un homme bien pénétré d'une con* viciion quelconque doit épf ouver le besoin dv la faire partager à d'autres, quand ce prosèlitisme ne tend qu'à conserver la vie de ses semblables et à procurer à ceui qui sont hors de la bonne route , le temps nécessaire pour y rentren Si jaouûs ce fut le cas de retirer la lumière de dessous le boisseau , c'est celuici, car il n*est que trop d'hommes respectables disposés encore à motiver le maintien de la peine de mort, sur l'ancien Testament (2), malgré les repré** sedtations de ceux qui leur démontrent que le Christianisme a introduit dans le monde des préceptes tout différens (3) de c^ux qui se trouvent dan$ IW cien Testament ; il me su£Bt à cet égard de signaler le discours de Notre Seigneur Jésus^Christ pxi la montagne (4) » comme l'a fait M. Lucas , dans sa conclusion, et de prier le lecteur de vouloir bien |etec les yeux sur le Rapport de fil. Livingston (5) , page 124 de ma brochure de 18261 à l'endroit où ii réfute les «rgumens des paVtisans de la peine de morL « Ils oublient, dit-il , que « le Tout-Puissant inspira à un de ses prophètes cette déclaration solennelle , «qui pourrait être convenablement placée au frontispice d'une maison de « correction^ et qu'il appuya de l'aflSrmaiion la plus sacrée : Comme je « vis^ dit le Seigneur Dieu^ je ne prends point plaisir à la mort du « pécheur; mais je préfère qu'il se corrige de son iniquité , et qilil vive >v Voilà jM« liivingston, en 1822, d'accord avec St. Augustin, qui vivait quatre siècles après la Rédemption ; avec St« Augustin, qui n'avait dû sa régénération qu'à la lecture de l'Evangile qui était devenu sa seule étude , son

(i) Pdtir moi , le mement opportun de repoatser tapoirtê de tneri , ett mtioMi celai o& l'on tniTatlIe â un Code P^Dal.

(2) Gomme Willam Peo». '

(5) Sur de certains points , qui étaienC adreseës très^péeialement m peaple juif

(4) Qui semble abolir la loi du Talion,

(5) M» Liyiugstoa chargé par la Louisiane de AmrtnaCede PtfnaL

( 78 ) seul gnide qu'il chérissait, qn'il respectait, comme on chërit Tami qui vous a ouvert les yeux sur la fausse route que vous preuîez et qui vous menait droit à la perdition. Le suffrage de Su Augustin a dtr mëriie à mes yeux , parce que c'était un de ces hommes susceptibles de profondes convictions^ et dont les paroles s'adressent au cœur qui a bien aussi sa raison. Il était homme ^ par conséquent susceptible d'erreurs; mais il n'errait pas quand il disait qu'il fallait laisser à un criminel le temps de se repentir avant de paraître devant Dieu et d'expier par le travail la faute qu'il avait commise (i). Entouré d'assassins, de peuples ennemis , il ne croyait pas devoir appeler la mort sur eux; il plaide leur cause auprès du gouverneur ; tel est, il me semble, le rôle d'un chrétien , et surtout d'un ministre du Seigneur. Ce n'était pas un intérêt particulier pour cet assassin qui portait St. Augustin à demander sa grftce , c'était un hommage que rendait, à F Esprit du Christianisme^ l'évéque d'Hippone, à une époque bien rapprochée de son berceau.

Un auteur de Bruxelles, nommé M. E. Ducpétianx (2) , qui a voué sa plume i la cause de l'abolition de la peine de mort, et qui a bien voulu m'envoyerson ouvrage , guidé sans doute par un mouvement de sympathie^ qui lie ceux qui éprouvent un égal désir de voir le monde civilisé régi par des lois qui soient en harmonie avec les mœurs et les sentimens des hommes qui l'habitent. Cet ouvrage estimable a le mérite de V à-propos; car une Commission est nommée dans le Royaume des Pays-Bas pour présenter un projet de Code Pénal ; l'auteur, à la fin de son livre, cite tous les pays qui ont manifesté d'une manière quelconque des indices favorables à l'abolition de la peine de mort ; il n'oublie point Genève en faisant cette énuméralion , et dit que les efforts d^un Député ne peuvent pas manejuer de triompher dans une République

(i) Ua saint homme disait : C'est presque être innocent que d'être repentant. Cet homme aurait-il maintenu la peine de mort, qui coupe court d tout^ et qui lance le malheureux dans r^ierait^ sans préparation l

(2) Vojr. le n.® 8 du journal de la Société de Morale Chrétienne , procès rerbal de la séance du 11 Février 1827, par M. Pastarieux , secrétaire de cette société; il fait ua rapport verbal sur l'ouvrage de M. Edouard Ducpétiaux de Bruxelles » intitulé : De ta peine de mort. Les conclusions du rapport sont favorables à ce liyre, qui contient un grand nombre de faits neufs et présentés avec talent.

prospère^ où Tintèrit des Citoyens se confond avec celui de F Autorité (i). £usuiie y en s'adressant à son Roi , il s'eiprime aiosi : « Je le dis aa Chef a de la Nation, ce n'est pas tani rattachement aux institutions eiistautes, « que la volonté de les améliorer et la persévérance réoessaire pour y par- « venir qui fait les grands Rois ; tout acte émanant de ces sources, ne peut < manquer d'ajouter de nobles fleurons à leur couronne ; il vaut mieux marquer « les années de son règne par des bienfaits que par des exploits. Léopold « le savait ; en abolissant les lois de sang, il fit plus pour sa gloire, pour le c bonheur des hommes , que tous les conquérans fameux qui prodiguèrent « leur existence* 11 dépend de Guillaume de se placer à ses côtés. »

Telle est l'invocation d'un bon Citoyen & son Souverain ; telle est celle que tons ceux du monde civilisé peuvent adresser à ceux auxquels la Providence a confié le dépôt de l'Autorité Suprême , dans la vue du plus grand bien des administrés.

L'ouvrage de M. Ducpétianx , intitulé : De la peine de mort , se vend à Bruxelles chez H. Tarlier, libraire-éditeur. Je vais transcrire ici la Table des Chapitres , afin de vous donner une idée de son plan» Introduction.

Chap. I. De la Justice de la peine de mort.

Notes.

Chap. IL De la nécessité de la peine de mort.

Notes.

Chap. IIL De l'efficacité de la peine de mort.

(i) Je ne cite ces mots qae pour diSmontrer qae l'exenple de Genève aurait une aalutaire influence sur d'autrei Etats. Les hommes qui mesurent leur estime sur \ts/brees morales d'un pays et non sur ses forets matérielles^ accordent â Genève celle qu'elle mérite , et par-lâ augmentent celle â laquelle ils ont des droits ; car on donne la mesure de ses sentimens par ce qu'on blime et par ce que l'on approuve. Il est peut-être quel" fues institutions genevoises qui sont uniquement applicables à sa constitution^ A sa posi' fio», â la religion qui j domine; mais à ces rares exceptions prèSf il n'est aucun habi* tant des pays civilisa qui n'y troaye des choses qu'il aimerait k voir établir dans le sien , et ce déiiT est manifesté par ceux d'entre les voyageurs les plus distingués par leurs lumières et leurs sentimens j c*esi toujours une enseigne favoraUe pour eux.

Notes»

Chap. IV. De Tefficacité morale de la peine de moru SecL I. La mort peut-elle être rangée au nombre des peines? Sect. II. La aiort est-elle la plus sévère des peines ? SecL nu La peine de mort est-elle efficace par rapport à Tindivida

qui serait tente de commettre un assassinat pour obtenir une puissance quelconque ?

Notes.

Chap. V. De l'efficacité morale de la peine de mort par rapport à la société

en général.

Chap. VL De quelques autres défauts de la peine de mort.

Noies.

Cbap. YII. De la peine de mort considérée comme moyen purement

comminatoire , et du droit de grâce par rapport à cette même peine.

Notes.

Chap. YIIL Du châtiment propre à remplacer la peine de mort.

Notes.

Conclusion.

Notes.

Si vous Usez cette production , mon cher collègue , vous y verrez que Tauteur a posé la base du Code Pénal , qu'il voudrait voir adopter daus sa patrie.

M. le Professeur Grohman (i) m'a aussi fait Thonneur de m'envoyer de Hambourg , 011 il réside, une savante dissertation sur les dangers d'appliquer la peine de mort à des individus qui , par des raisons physiques , n'auraient pas agi avec liberté, et auxquels, par conséquent , on ne pouvait imputer

(i) Il paraît que ce savant s'est surtout adonni^ à la psjcologie , â Vétude de tâmef qui est suitout du ressort des ecclésiastiques qui ont un si puissant intérêt â connatire ce quf* Ton nomme la métaph^sigue en général , pour combattre le matérialisme Je considère comme un succès d'avoir reçu, presqu*en même temps , les argumens du profts^eur Grolunann et ceux d'un savant ministre du culte contre la peine de mori» '

( Bi ) leors crimes. Je loi ai envoyé l'oayrage de M. Lacas , qn^l est bien capable d'apprécier à sa juste valenn

La demande iake par qaelqaës misérables (i) d'éire renfermés dans leé primns de France ne doit point détruire l'opinion qti'on a de IVfficaciié de la réclusion ; si d'ailleurs on insistait , la GaieUe des Tribunaux Tiendrait troué offrir la preuve que plusieurs condamna invoquaient . la peine de mort comme moin^ redoutable à leurs yeux , surtout quand les prévenus appar«tenaient à la nombreuse classe des militaires, qtii sont habitués k considérer la yie comme peu- de chose » et une vie sans honneur comme le plus grand des malheurs. Eln parcourant la collection des Gazettes des Tribunaux (a), on pourra se convaincre de la vérité de cette assertion. Là perte de la liberté se fait d'autant plus doulouretisement sentir amt hommes , que Tétat de Ui société est plus prospère*

Je dois fixer un instant Votre attention sur les dépdts de mendicité qnt avaient été créés par le précédent gouvernement en France , et, dont le plue remarquable avait été organisé par ML le comité de Pontécoulant , préfcl de Bruxelles ( actuellement Pair de France ); cet homme d'Ëtat a pnblié uii ouvrage sur ce sujet, que je n-'ai point lu / mais qui renferaie, dît«on, dee vues très-saines et très«propres à rassurer la société contre les entreprises de ses ennemis. Un dépôt de mendicité établi sur les principes de la maison pénitentiaire pourjrait devenir tme espèce de Lazareth^ où des gêna sans aveu feraient quarantaine avant d'être introduits dans la société ; ils troa<^ veraient dans cet établissement (3) un abri et la nourriture qui serait codi<^ pensée par leur travail ; ils^ auraient d'ailleurs lé choix de quitter le pays ^ s'ils ne voulaient pas se soumettre & ce régime , car je suis bien loin de rieil^ conseiller, qui nuise à la liberté indi^éuelle mais une société a bien le èf<A\ de s'informer et de s'asssurer des moyen» d'existence de cens qoî -viennent s'é-

(i) Comme Leoglet, qui, au sortir d'une maison péoitemiaire, n'aurait pas M repoussé de partout comme U l'^ait en sortant d*UQ bagne.

(a) Cette eollection eet on répertoire prëcîe'ox jfonr Paçocai et pour le législateur ^ cai OD n'arrÎTO an rmisonnement qve par les faits.

(5) Qu'on pourrait plaeer bqw la snrveillaiiee àt là Secitfttf religieuse de lientaisanee poposée par Taiiteor»

tablir an miliea d^elle. Ce qM fe propose est plus hamain que texpufsion immédiate , à laquelle on est obligé d'avoir recours dans Tabseoce de ce genre de dépôt (i). L'amour de la liberté, serait un sûr garant que personne s'abuserait de cette hospiîaliii^ d'ailleurs on pourrait toujours reconrir \ P expulsion^ dans Je cas où les yagabbnds ne se soumettraient pas à la discipline du dépôt de mendicité , pendant le temps où ils y aeraif*nl admis. Vous réfléchirez sur cette idée que je soumets il vos objections : elle B'est peut'^tre pas applUahU à notre pays , et }e crois qu*elle aurait grand besoin d'être mûrie avant d'être adoptée ; mais avec quelques modific^ations, elle aurait peut-être son genre d'utilité pour la Suisse en général, si ce nVst ponr Genève en particnlier ; car ce n'est pas sans une sorte d'inquiétude quêtes cultivateurs se livrent à leur disposition hospitalière pour loger des familles inconnues et sans asile, qui errent de canton en canton sans se fixer nulle part. On aaît que la mendicité sert de prétexte aux gens mal intentionnés pour venir examiner les êtres d'une maison, et nuit aux irritables pawnres. L'expérience funeste de la taxe des pauvres en Angleterre doit exciter tous les hommes d^Etat à découvrir les moyens de concilier les devoirs de la charité arec celui de ne pas encourager f oisiveté; un tel résultat mérite d'occuper Tesprit de tous lea gouvernemens. C'est avec un vif plaisir que j'ai appris le concours ouvert par la Société des Arts de Genève , pour demander les moyens d'occuper pendant l'hiver les habitans des canspagnes d'une manière utile à eux-mêmes et profitable à leurs familles, en les employant dans les mois où la terre se refuse à la culture. Je suis d'autant pins porté à désirer que cette question soit approfondie et résolue, que j'ai observé la difl'érence qui existe à cet égard entre les nations welches ou romandes et les nations germaniques. Ces dernières oflfrent le spectable de cultivateurs qui n'ont recours à auctm artisan pour tous les besoins de la vie, qui tissent leurs toiles

(i) Ce qui aagmeDte le nombre des gens sans asile, c'est ane loi qui, dans quriqnes Cantons, priva lea fepQies de leur bourgeoisie quand elles se marient ; de cette façon, elles perdent toute espèce de droits aux secours communaux. La classe aalbeureuse des HeîmatVosep trouverait , ainsi que ces malheureuses femmes , une puissante protection dan6 la Société religieuse de Bienfaisance dont je propose la création.

et tous leurs vêtemens, qui confectionnent tous leurs meubles, et avec leurs modestes outils font jusqu^à la pendule de leur appartement. C'est ce que Ton voit surtout dans la forêt Noire^ qui avoisine la Suisse. Le temps actuel est si défavorable à Tagiiculture , qu'on ne saurait indiquer trop de moyens aux cultivateurs pour les soustraire à de fausses dépenses.

Je dois appeler votre attention, mon cher collègue , sur un ouvrage qui m^a été envoyé par son auteur , M. J.-B. Salaville, intitulé : De la peine de mort.

Voici la Table , qui vous donnera ime idée de la division de l'ouvrage.

Chap L De la peine de mort.

Cfaap. H. Di'S peines tempora'res.

Chap. iU. Suite du Chapitre précédent. F r\ w • • j n* j «r « Il I De rimpriuierie de MadAme Htt-

Chap. IV. Du droit de punir. ^ V ^..^^ .^^ ^ l'Epëron, n.- 7.

Chap, V. Sliiie du Chapitre précédent. [ (1826.)

Chap. VI. Suite desChapitresprécédeus.

Chap. Vil. De l'éiat actuel de la société.

Page 22, Tauteur rappelle les trois malheureux qui, avant la révolution, ne durent la vie qu'à la généreuse défense dé M. Dupaty , alors qu'ils étaient déjà condamnés à mort par le Parlement dePaiis. Il raconte l'histoire d'une jeune fille , sauvée de la même manière d'une injuste accusation d'empoisonnement , qui me rappelle la mort d'un malheureux épicier condamné et exécuté sous le règne de Napoléon , sur la dénonciation calomnieuse de sa servante. L'auteur cite l'histoire d'un jeune homme, qui n'a dû la vie qu'aux étions généreux de M. Benjamin Constant. Il finit ce Chapitre par les réûcxions suivantes :

ce Depuis Socrate jusqu'à nos jours, combien d'hommes ^£//, par leur sa* « voir, leurs talens , leurs vertus, honoraient l'humanité, ont subi une mort « ignominieuse? Que d'infortunés , dignes d'un meilleur sort , ont perdu la « vie sur les échafauds , dans les flammes des bûchers , dans les plus horri- « blés supplices ? Telles ont été et telles peuvent être encore les conséa quences du maintien de la peine capitale dans le régime politique des sociétés.

«( Si rAssemblëe Constituante , en France , ayait aboli la peine de mort » « comme elle en eût le projet , et si cette disposition eût éié respectée » « aurions-nous vu les amis et les ennemis de la révolution , indistinctement <s traînés à l'échafaud , donner chaque jour le spectacle de victimes lia* a maines immolées sous les' fers des bourreaux? La télé la plus auguste a n'eût-elle pas échappé à la fatalité des circonstances ? Les Bailly , les « Lavoisier , les Matesherbes , et tant d'autres personnages recommandables, a auraient-ils été ravis aux lettres , aux sciences , à la patrie, dont ils étaient ce l'ornement ? Quelle compensation la peine capitale nous offre*t-elle de tt tant de maux qui sont provenus de son institution ? La fin tragique de a quelques malfaiteurs , qu'on pouvait laisser vivre sans danger , après les « avoir mis dans l'impossibilité de nuire.

« C'est pour ce résultat qu'on a cru et qu^on croit encore nécessaire de « maintenir une institution outrageante pour l'humanité qui compromet « toutes les existences, et qui ne remplit, ni ne peut remplir, aucune des vues « pour lesquelles on veut qu'elle soit maintenue ! y»

L'auteur, dans le Chapitre des peines temporaires^ fait des réflexions fort judicieuses sur le changement qui s'est opéré dans la manière d'être des pères vis-à-vis des enfans» des maîtres vis-à-vis de leurs domestiques; il en expose les heureux effets , et en conclut que le Code Pénal doit Suivre Cet exemple. Cet ouvrage, ainsi que tant d'auires , celui de M. Lucas surtout, perd à n'être pas lu en entier^ parce que c'est souvent par l'enchaînement et la liaison des raisonnemens qu'on parvient à persuader; aussi dois-je toujours répéter, que cet écrit y que je publie, est surtout destiné à vous engager à lire les ouvrages que je cite, avant de voter sur la peine de mort.

Des hommes de très*bonne foi (i) (ce n'est qu'à eux que je m'adresse) peuvent craindre que \es principes sur lesquels je me fonde, pour demander

(i) J'ai reçu en dernier lieu une lettre d'un homme respectable par %es sentimens reli« Sieux et philanthropiques, daos laquelle il ne faisait remarquer que Dieu, au lieu de punir de mort l'ingratitude et la désobéissance d'Adam et d'Eve, 1rs avaient condamnés au /ropail ; cette lettre rappelle tous les argumens puisés dans PJEçangile par les coDCurrens dont lui-même faisait partie, si je ne me trompe.

Tabolition de la peine de mort, n'entraînent l'abolition des autres peines; je leur déclare donc que, loin de là , je suis convaincu d'une chose : c'est que cette suppression rendra l'administration de la justice ^\\xs ferme ^ plus ^^rtaine ^ ^\\3& positive^ soit à Genève, %o\{. ailleurs ; car enfin l'intërét delà justice ne se borne pas aux limites de notre Canton , il doit s'étendre à l'humanité entière» non-seulement parce que nous sommes Chrétiens , mais parce que la société tout enlière souffre quand les lois ne sont pas exécutées dans un lieu quelconque. La mort ne peut se comparer à rien^ elle n'est la mesure de rien , et les motifs qui militent contr'elie n'ont rien de commun avec ceux qui engagent toutes les sociétés à imposer à ses membres dangereux le sacrifice de leur liberté. Il n'y a aucune parité entre la privation de ce bien^ quelque soit son prix, et celui de l'existence physique ^ la seule qui soit palpable et saisissable à nos sens. Il n'y aura pas plus de conséquences à tirer de Vaboliiion absolue de la peine de mort qu'on en a tiré de la réduction de cette peine, car s'il a plu* à nos devanciers d'abolir la peine de mort pour le vol domestique et pour tant d'autres délits ou crimes , il nous est également permis dé le faire pour toute autre cause. La loi du talion a été abolie par l'Evangile (i), ainsi nous sommes rentrés sous la législation àxk Dècalogue y qui défend de tuer; le Décalogue fut dicté pour f univers entier y les autres lois juives étaient pour le peuple juif 2i\x(\we\ nous n'appar*« tenons pas; TEvangile est la loi qui nous régit spirituellement ^ elle est contraire à la peine de mort par son Esprit ^ si ce n'est absolument par sa lettre. Je crois donc pouvoir affirmer qu'il n'est aucun législateur qui ne puisse se dire, en abolissant la peine de mort : « J^agis en Chrétien d^ abord ^ « ensuite j^agis en représentant de la société^ dont la sûreté sera mieux prém servéc par le système pénitentiaire que par celui de Féchafaud , parce que « les témoins et les juges n éprouveront pas la répugnance qu*ils éprouvent tt quand , de leurs déclarations , dépend la vie ou la mort cPun de leurs « semblables; il y aura donc sûreté et justice tout à la fois dans la sup^ ce pression de la peine de mort ».

(i) Notez bien ceci; car c'est ce talion si impossible à appliquer dans toute sa rigueur, qui porte tant d'honnêtes gens à maintenir la peine de mort. -

M. Jnslus Seikant , de Berlin , auteur d'un ouvrage allemand , intitula : Véiai^ l* Eglise et la Philosophie ^ iraile de la peine de tuorl duiis une note qui se trouve paye 76, et finit page 82. L'auteur propose de remplacer la ptMiie de mort par la déportation. Un membre de la Diète de Hesse a fait la même proposition. Il parait que la déportation des délinqiians- anglais à Botany-Bay, des Russes en Sibérie, a donné le désir à beaucoup de Législateurs d'imiter cet exemple déjà donné par les Bomuins, qui exilaient ou déportaient leurs malfaiteurs en Corse , en Sardaigne et eu Afrique.

Un article de la Gazette des Tribunaux, signé par un avocat de Bochefart, est favorable à ce système ; Ton attend avec impatience la publication du mémoire couronné par la Société de Belles-Lettres de Mdcon , qui est dû M. le Colonel Quentin , et dont on espère beaucoup de lumières sur la question mise au concours , qui était d^ndiqner , en remplacement des travaux forcés , une peine qui , sans cesser de satisfaire aux besoins de la Justice , laissât moins de dégradation dans rame du condamné , etc. Cela revient toujours au systi'm^* qu'il ne faut ni détruire , mjlétrir h jamais la créature humaine ; et sans connaître ce mémoire couronné, il me semble qu'il doit être favorable au système pénitentieL

M. Torombert, de Lyon, qui a réfuté quelques parties du contrat social de Bousseau , écrit dans les journaux des articles qtii se ressentent de son aversion pour la peine de mort , qu'il combat avec les armes de la plus saine raison, il a relevé, ainsi que M. le marquis de Pastorêt et plusieurs auteurs qui ont envoyé des mémoires au Concours de Genève , des contradictions dans la manière dont Bousseau s'est exprimé sur la peine de mort (i).

Avant eux , un magistral respectable avait dit que si: était arcusé d'avoir volé les tours de Notre Dame, il se hâterait de s'enfuir, de peur qu'on ne le crût coupable. L'avocat général Servan , faisait des vœux pour que le midi de l'Europe imitât l'exemple d'Elizabeth (2). M. le Graverand porte aux

(i) Le Citofen de Genèi^e n*avait pas vu, coifime M. T., l'abus qui a été fait de Ja peine de mort pendant une longue période ; c*est quand on voit V excès du mal qu'on appelle à grands cris le médecin et le remède,

(2} Impératrice de Russie, qui avait aboli la peine de mort dans its Etats.

( «7 ) nues Lëopold et son Code de 1786 , où il abolit la peine de mort. M. Carnot, Conseiller en Cour de Cassation, dans son commentaire du Code P(^nal , appelle de tous ses vœux l'abolition de^ la peine de mort. Un homme d'Etat (i), que je ne veux pas nommer, m'écrivait qu'il désirait vivement que l'Amérique, fa Hollande et la Suisse, fissent l'essai de l'abolition de la peine de mort, parce que ces contrées étaient peut-être, plus que d'autres, préparées à recevoir un Code Pénal basé sur des principes conformes au désir que je lui avais manifesté, en lui faisant part de la proposition que j'avais présentée au Conseil (2). M'ai toujours profité de toutes les occasions jpour m'entourer de lumières sur la question qui fait lobjet de cette lettre ; )'ai toujours écouté avec beaucoup d'attention ce que les adversaires de la suppression absolue disaient en faveur de leur opinion , et j'ai conclu que ^ puisquMIs convenaient, que sa restriction avait eu d'heureux résultats, sa suppression absolue jointe au système pénitentiaire (3) , à une police pré'çentiife^ à des mesures propres à faciliter F éducation des classes indigentes^ et la volonté bien dirigée de développer l'industrie, serait non-seulement sans danger , mais même accompagnée de grands avantages. Un concurrent rappelle qu'im nommé Coponet , qui avait tué un homme sur le territoire de Genève, fut simplement condamné à la prison ^ dont il ne put jamais s'échapper; on en ferait de même à présent avec la même facilité, avec l'espoir de régénérer celui qui se serait rendu coupable. Le même auteur signale le danger de punir de mort le voleur qui se trouve, d'après le Code Pénal de 1810 , dans le cas de la peine capitale par les circonstances aggravantes , puisque cet homme, n'ayant rien à ménager , a un intérêt positif à tuer

# (1) 11 m*a Téxiété dans une autre lettre l'iotër^ qu'il prenait à cme question.

(7.) Uo autre homme d'Etat, distingue par ses talens ^ sa probité et les grands emplois

qu'il a occupes, m'a ^crit ces mots sur l'abolition de la peine de mort ; Depuis dix ans la

^ême pensée m* occupe , et si jamais fai désiré d^étre quelque chose dans les conseils

de mon pajs ^ c^ était pour consacrer mes derniers efforts à la tentatitfe que cous apez

^faite chez pous.

(5) Et à la Société religieuse de Bienfaisance^ qui veillerait à tous les objetc qui toucbpnt au perfectionnement de Vâme , tandis que la société d^utilité pourvoirait a l'emploi de ses facultés ; voilà la sainte alliance suisse.

le témoin de son crime. Je Sdis qu'on tournera l'argument contre la suppression de la peine de mort, et qu'on dira que s'il n'en coûte pas plus pour assassiner que pour voler ^ le voleur tuera toujours pour se débarrasser d'un témoin* A cela, je répondrais qu'une aggravation redoutable repose sur l'emprisonnement solitaire (i) , qui cause le plus grand elfroi, et qui, une fois connu » sera un moyen répressif, et par conséquent préventif très-puissant. Pour s'assurer de refTel préventif des peines , je voudrais qu'on ne négligeât aucun moyen de faire connaître au public celles qui sont réservées aux diflférenles transgressions. Je voudrais que l'administration , les membres du clei]gë (a), enCn tous les fonctionnaires publics qui ont des contacts habituels avec la population, eussent des exemplaires du Code Pénal, et le fissent connaître aux administrés. Un Empereur Romain se plaisait à faire afficher les lois si haut que l'œil ne pouvait y atteindre 9 afin d'avoir toujours des transgressions à punir : ce ne sera jamais le cas à Genève ; mais on a tant parié aux hommes de leurs droits^ qu'il est juste aussi de leur parler de leurs devoirs , surtout dans un pays où ils ont tous l'espoir, ou du moins \di faculté de parvenir aux premiers emplois de l'Etat. Cette pensée doit élever l'&mé des citoyens les plus indigens; si la liberté est plus chère, plus précieuse à un Genevois qa'à tout autre homme, s'il est plus sensible qu'un autre aux charmes delà couver» salion et de la société, V emprisonnement solitaire sera pour lui une peine bien plus préventive que la /Tior/, et, quant à l'étranger, cette peine rassure la société contre lui aussi bien que la mort^ puisqu'elle paralyse ses moyens d'actions.

Les concurrens ont tous repoussé l'assimilation que les partisans de la peine de mort prétendent faire de cette peine avec h guerre^ qu'une nation soutient contre un ennemi; ils ont facilement prouvé que, dans l'état de guerre^

(0 F'ojr, la onzième livraisoa de la Revue Amëricaine, et le rapport de M. Dumont.

(2) Les ministres du culte pourraient rappeler à leurs paroissiens les peines tempo^ raires auxquelles ils s'exposent, en même temps qu'ils leur font le tableau dt% peines éternelles. Les régens pourraient aussi faire connaître aux enfans qui leur sont confiés les principales dispositions du Code Pénal en vigueur à Genève, soit pour la vie civile, soit pour la vie militaire qui doit eue leur partage dès leur 20«* année.

( 89 ) Im forces sont presque égales , qne les champions sont armés, au lien qu'un accuse est seul désarmé, souvent enchaîné en présence de la société armée jusques aux dents. Les Concurrens ont tous démontré que , quand l'ennemi est vaincu , on ne l'égorgé pas , qu'on Temmène , qu'on l'enferme , et qu'on ne le maltraite pas , quelque mal, quelque désastre qu'il ait d'ailleurs causé. Cette confusion d'idées, cette assimilation enonée a souvent égaré les meitteurs esprits^ et j'ai su gré aux Concurrens de présenter, sous son vrai jour, cette question. I^a privation de la liberté est maintenant le seul mal f^^on ose faire à son ennemi ^ quand le sort de la guerre lui est contraire ; pourquoi traiterait* 91 plus sévèrement l'ennemi intérieur^ bien moins dangereux, puisqu'il est prescpe toujours bolé et désarmé (i) ?

Les Concurrens sont presque tous d'accord sur un points c'est que la civili^ sation , la Philosophie , le Droit , et surtout la Religion , nous ordonnent de corriger et non de punir la créature humaine, dont les actions ont révélé la corruption. Ce principe émiqemment humain, adopté par les souverains, par les législateurs, leur mériterait réellement le nom de Pères de la patrie. Le maître d'un cheval vicieux cherche à le dompter , à le ranger à l'obéissance , plutôt qu'à le détruire; il le met entre les mains d'un écuyer qui souvent en vient à bout par la douceur. Le jardinier, au lieu de couper et de brûler un arbre qui porte de mauvais fruits, legreSe, l'émonde et feit tout ce qu'il peut pour le rendre utile* L'homme serait-il la seule espèce dont on dût désespérer? Non , je ne le cr(»s pas; les Concurrens ne l'ont pas cru , et M. Lucas se prononce avec éloquence contre un donte atissi injurieux pour la créature que Dieu fit à son image.

Si l'on ouvre l'histoire, l'on y trouve que le scélérat Octave devînt cet Auguste^ qui donna son nom au plus beau siècle de l'histoire ancienne ; elle nous offre

(i) La guerre se fait d'ailTeiirs si sonveiil peur it% causes sifrif^oUs, $i injustes^ que ee m>st 01 à un philosophe ni â un chrétien à la faire servir d'argument pour soutenir une peine qui coâie â la société le sacrifice de deux hommes au lieu éPuA. Où n'a pas encore oublié que l'incendie du Palatinal Ait un moyen tnreaté par Louyob pour rentrer tn grâce auprfo dt Louis Xiy.

( 90 ) mUIf lexemples d'iiomiBes dont les passions dangereuses 4^viQrent de «ubUqies vertus 9 et oeui qui ont étudié le qœur humain , reconnaissent que les passions TÎolentes de? iennent des qualités , quand on sait les diri|;er et leur donner wi aliment (ijk

Ceux qui ont fait des observations suivies sur les prisonniers , reconnaissem qu'on trouve chez les grands criminels des dispositions qui les rendent capables de grandes choses , et les Concurrens citent plusieurs exemples de ce fait, qui viennent renforcer les argumens avancés en faveur du sysième pétùientiaire; ils manifestent l'opinion que la société pourrait souvent tirer un parti trèa-^ avantageux de Vinergie dont ces hommes sont en général pourvus. Quelle que soit la force des raisonnemens de M. Lucas contre la colonisation desforçats, on ne peot se dissimuler qu'il est bien tentatif pour le législateur de procurer nne nouvelle patrie à ces hommes rejetés par la société , et que le mépris pré- . cipite de nouveau dans le crime, quant ils sont repoussés des différentes pro« fessions auxquelles ils voudraient se vouer. La philanthropie des législateurs pourra peut-être les engager à décréter des ateliers dont rF4tat ferait les avances, pour procurer de l'ouvrage aux malheureux qui 'auraient fini leur temps; la charité , la religion des particuliers feraient le reste (2) ; le législateur d'ailleurs pourvoirait i la sûreté de la société par des lois sévères sur les ricidhes^ qui ramèneraient les relapses dans la prison pour long^temps.

Parmi les exemples qui prouvent que Thorreur de l'injustice est commune à tous les hommes , les Concurrens ont cité ce bourreau , qui , ayant des doutes sur la culpabilité d'une femme, refusa de prêter son ministère pour la flétrir , et , en même temps, s'abattit le pouce de la main droite afin de

(i) Henri V^ l'un des meilleurs Souverains de l'Angleterre, avait éié fort ricieux, comme Prince de Galles; St. Augustin nous apprend, par %ts Confessions ^ ce qu'il était arant d'avoir éxé éclairé par la lecture de l'EvaDgile.

(2) Vor'es le projet de Société Religieuse de Bienfaisance f qui ferait très-Cayorabb ans l^ispoiûers libérés f par les soins dont elle les entourerait à leur sortie de prison*

prouver que ce n^étaît pâ9 par défaut de courage qu'il s^ëtait révolte contre une action qui répugnait à son sentiment. Ce fait a été raconté par la Gazette des Tribunaux et s'est passé dans les colonies françaises. Un article plus récent apprend que cette femme était innocente (i)«

L'un des concurrens raconte qu'il a lu dans un journal allemand , intitulé : Criminelle Fœlle^ que souvent, des individus attaqués d'une sombre mélanlîôlie , se sont dénoncés eux-mêmes et se sont accusés de crimes qu'ils n'a« vaient pa^ commis; Thabitude de rechercher l'aveu d'un homme qui est en jugement est encore très-puissante sur Tesprit des juges et des jurés, et emporte trop souvent leur conviction, quoiqu'il soit posé en principe^ qu'il ne doit pas suffire; c'est à cette funeste habitude qu'on a dû la torture qui arrachait des aveux quelconques. Cette calomnie de soi-même est de tous les suicides le plus cruel , puisqu'il emporte avec lui le déshonneur. La gazette des Tribunaux raconte le trait d'un forçat en récidive, enfermé au Mont St. Michel , qui ne tua l'un de ses compagnons d'infortune que pour obtenir une sentence de mort. Cette lassitude de la vie n'est que trop fréquente et enlève à la peine de mort toute son ejfficacité. L'un des concurrens accuse l'égoïsme des hommes d'être la principale cause du maintien de la peine de mort, il gémit qu'on puisse faire un pareil sacrifice à sa sûreté. Il observe que l'égoïste est trompé dans ses calculs , puisqu'il peut tomber lui-même dans ses propres filets, et devenir la victime d'iine peine qui, trop souvent, a frappé des hommes qui s'en croyaient tout-à-Jait à Pabri^ des hommes tels que cet infortuné Lesurques , qui jouissait de la considération la plus méritée dans son pays. Ce concurrent s'étend fort au long sur les raisons spéciales d^abolir la peine de mort à Genève^ raisons qui , toutes, ont leur source dans l'état actuel de la civilisation de ce pays; il observe qu'il doit y avoir autant de différence entre les peines du 14.^ et du 19.® siècle, qu'entre la philosophie et la masse de lumières des deux époques. Dans son rapport^ M. de Chateauvieux fait un rapprochement à peu près semblable en comparant le supplice de Damiens à celui de Louvel; personne pourtant ne songe, en France, à réclamer les

(1) Le noble dévouemeot du bourreau rapp'^Ue celui du Gouyemeur de Bajonne, qui refusa de prendre part à la St. Barthélémy. «

( 9* ) tourmens , les ëcartellemens et toutes ces horreurst quoiqu'on ail extrêmement appuyé autrc/imsvxï leur efficacité ; et, qu'en Angleterre , on les ait conseryées dans la loi (i) , si ce n'est dans le fait. L'auteur du mémoire considère la peine de mort comme un reste de l'arbre de la barbarie qui poussait des branches si vigoureuses dans le moyen âge, et que tous les Souverains, tons les peuples ont un inlérôl égal à déraciner, puisqu'il ne subsiste que par la force matérielle (2). M. Lucas a bien démontré le danger de laisser subsister l'opinion , qu'il est permis de se défaire d'un individu sous le prétexte de la raison d^Etat^ du bien public ; car ces motifs deviennent souvent l'instrument de la ruine de ceux mêmes qui croyent qu'ils leur servent d'Egide. L'histoire est là pour appuj'er tout ce que j'ai avancé, à cet égard, dans ma brochure de 1 826 , pour appuyer encore ce que dit M. Lucas et les autres concurrens, qui signalent presque tous l'ouvrage de M. Guizot , comme celui où ce sujet est le mieux traité. En écrivant l'histoire d'Angleterre, il aura eu l'occasion de faire voir quelle est la justesse de sa manière de penser à cet égard. Le supplice de StafTord donna, aux ennemis du Roi Charles L^', cette confiance dans leurs forces, qui entraîna la mort du monarque lui-même; le supplice de Monrose (3) excita t chez les Montagnards Ecossais , une violente répugnance pour les principes (/^ la Révolution^ répugnance dont ils donnèrent des preuves sanglantes , jusqu'à la bataille de Culloden.

Les exécutions de Sidney, celle de Russel furent les avants- coureurs de la chute des Stuarts, et préparèrent la Réi^olution^ qui fit monter sur le trône

(O Thitherlwood a encore subi une éxecution accompagnée de circonstances qni r^pngnent â l'humanité quoiqu'elles s'exerçassent sur son cadavre.

(2} Tous les hommes ont un égal inte'iêt â repousser la force matérielle paisqa'ellc peut tous également les atteindre , comme on Va vu; il n*j a que le juste qui soit désirable pour tous,

(5) Le graud marquis de Monrose dont le corps fut partagé en 4 quartiers ; sa biographie est digne d'attention ; ]e l'ai déjd signalée dans uu autre écrit ainsi que celle de Barneyeldt et de Juan Padilla ; mais l'on ne saurait trop recommander aux respects de la postérité y les hommes qui ont scellé leurs principes de leur sang; car tous ceux que je viens de nommer avaient la conscience de mourir pour la bonne cause, c'est tout ce que l'on peut demander aux hommes.

( 93 > Guillaume » prince d'Oraoge. Cest ainsi que la Proyi^ence se joue des projets des hommes , et fait tourner contr 'eux- mêmes les violences qu'ils exercent contre leurs semblables* Royalistes et Hépublicains , Catholiques et Proiestans , tous trouveront daq^ l'histoire la preuve que la mort violente de leurs ennemis nuisit à leur parti. La sévérité barbare des premiers fut fatale au poupoir^ celle des seconds fut fatale à la liberté ^ P intolérance le fut à la croyance qui s'y livra , comme la persécution des Empereurs Romains , favo-* risa l'établissement du Christianisme , et décria le paganisme. La peine de mort étant un moyen sommaire de se débarrasser de ses rivaux , et de ceux qui ont le tort de penser différemment sur la politique et sur la religion, j'ai cru devoir rappeler à ses partisans qu'elle produit souvent des effets tout con^ traires à ceux qu'ils en attendent, et que r injuste n'est pas toujours utile.

Les concurrens reproduisent la réponse qu'on Ht à un membre de l'assemblée constituante , qui voulait soutenir la peine de mort par l'ancien Testament , réponse par laquelle on rappelait que Dieu , loin de punir de mort le meurtre d'Âbel, avait condamné Caïn au bannissement, et l'avait marqué pour le préserver de l'atteinte des hommes.

L'un des concurrens rappelle que la signature d'un arrêt de mort est exigée trois fois de l'empereur de la Chine , avant qu'on procède à l'exécution d'un jugement. Cette mesure est protectrice de l'innocence.

Un autre cite textuellement ces paroles de l'Evangile , par Jésus-Christ même: Vous avez appris qiiil a été dit : œil pour œil^ dent pour dent^ et moi je t^ous dis de ne point résister à celui qui 90us maltraite ; vous avez ' appris qu'il a été dit^ tu aimeras ton prochain , et tu haïras ton ennemi , moi je vous dis aimez vos ennemis et bénissez ceux qui vous maltraitent et vous persécutent^ et conclut que l'esprit du Christianisme, veut que la société empêche à un homme de continuer à mal faire , sans le détruire. L'auteur rappelle que Rousseau dit : qu^il n\y a point de méchant qiûon ne pût rendre bon à quelque chose. Un auire concurrent cite les ouvrages de M. Matthey , de M. Petit pour prouver que la vue d'une exécution inspira le besoin du crime à un individu qui, jusqu'alors, n'avait pas songé à en commettre. Cette imitation machinale, signalée par des hommes de l'art, n'échappera [lltAfux méditations du législateur*

En combattant la loi de lèze-majesié , un auteur dit que Pline l'appelait le crime de ceux auxquels on ne peut point en imputer. La loi des suspects est là pour confirmer cette définition, et dans tous les temps de trouble il / aura des suspects. C'est dans des temps tranquilles comme ceux-ci y qu'il faut d'avance l<*s arracher à la mort.

Voici ce qu'écrivait un magistrat célèbre, M. l'avocat général Servan, dans un discours adressé à tout l'ordre judiciaire.

tf Tous les jours, dans les circonstances les plus communes de la vie , nous tf avons occasion de nous convaincre de nos erreurs ; ce qui s'est passé a presque sous nos yeux , les faits qui sont sous notre main nous échappent, te et tel qui pâlit sur l'histoire des siècles passés, interroge inutilement les i< hommes qui l'environnent sur les événemens de sa propre maison. Eh ! ce comment ne serions-nous pas trompés par les témoignages , nous le soma mes par nos sens , ou si nos sensations sont fidèles , notre mémoire les K altère, et souvent ce que nous croyons , ne ressemble en rien à ce que

ce nous avons vu !

« Ayons le courage de nous rappeler le souvenir de ces lamentables « histoires consignées dans toutes les archives de la magistrature ; de ces ce fatales erreurs qui ont fait périr l'innocence sous les apparences du crime. « Juges malheureux , mais excusables , vains jouets d'un hasard cruel qui (c se plaisait à marquer une tète innocente de tous les caractères du crime ! d Déplorable fatalité qui égarait la raison par ses propres règles, et forçait « la main du magistrat malgré les résistances du cœur ! Arrêtons-nous un ic moment si nous sommes \i\yamxï%\ pleurons sur les cendres de ces infort< nés ; écoutons surtout la voix salutaire qui s^élèçe du fond de leur tom^ « beau, elle crie à tout magistrat : Toi qui disposes quelquefois de la vie des tf hommes et qui peux abréger encore l'existence de cet être admirable, qui ne « paraît qu'un instant dans le temps y toi qui juges tes semblables, fais-toi « réciter mon histoire et tremble sur ce que tu vas faire; ne t'assure ni sur « ton expérience ni sur les preus^es^ cette confiance a égaré tes prédécesa seurs ; songe que ton intelligence n'a qu'une forme , et que les combia naisons des circonstances sont variées à l'infini ; mesure ta raison avant « que de mesurer tout par elle, sens ta faiblesse et juge après si tu Toses.

» Après ces terribles exemples de Virmocence condamnée^ ose dire à ce mal- « heureux accusé : cela est^ c^est loi qui l'as fait et tu mourras. »

M. Servait , en parlant d'un ouvrage sur les lois criminelles qu'il ne liomme pas y prononce ces paroles (i). Page i35*

a Grâces à quelques hommes sages, nous avons déjà un bon ouvrage sur « cet important objet , et de meilleurs sont peut-être prêts à paraître; car un c bon ouvrage est comme un flambeau qui en allume mille autres^ et multiplie « la lumière sans perdre son éclat. Peut-être ne sommes-nous pas éloignés du y^ temps où des lois criminellesj plus douces et plus humaines , fermeront les « blessures qu'ont faites quelques lois trop rigoureuses*

« Eh ! qui sait jusqu'où notre courage peut aller ? Qui sait si nous n'imitec rons pas cette auguste Souveraine qui marque l'avènement de son règne par « ^abolition de la peine de mort? Qui sait si l'humanité ne volera pas des « extrémités du Nord vers nos contrées ? Embrassons cette idée; elle honore y a elle console le cœur humain , du moins ne la rejetons pas avec cette précia pitalion dont on noois accuse pour tant d'autres vérités salutaires; examinons < ^^^771/ de nous révolter y et n'imitons pas toujours ces enfans qui maltraitent « leur nourrice, sitôt qu'elle veut les sevrer. L'homme ne juge des objets que « par leur comparaison, et tel est notre esprit, qu'un supplice nous paraîtra « rigoureux , dès qu'il sera moins doux que tous les autres. 11 est vrai qu'on « peut diminuer la grandeur des peines en graduant mieux leur distance ; il « est vrai qu'un législateur, en commençant par la punition la plus légère , et tt suivant une progression toujours correspondante à celle des délits, ne puni- « rait les derniers crimes que par des chàtimens modérés* »

Voilà, mon cher collègue, ce qu'un magistrat respectable écrivait en 1767 ; voilà ce qu'il pensait sur les erreurs toujours possibles des juges , et le voilà invitani tous les monarques à imiter celte Souveraine du Nord , celte Elizabeth qiii avait aboli la peine de mort« Je livre ce paragraphe à vos méditations, mon cher légifluieur, j'ajouterai que quand M. Servan écrivait, il n'y avait pas encore de maisons pénitentiaires ^ et qu'on ne connaissait pas encore tout ce

(i) Elles iftâÎÉDt probaLIement adressées à la Société Phîlomau'que de Berne , qui avait décerné une nédlillc i Bvccarâ poiir le Traité des délits et des peines.

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que l'on pouvait attendre de Yeffuaciié de Temprisonnement solitaire i mis en parallèle avec celle de la peine de mort; cette expérience , appuyée des calculs arithmétiques de Mackintosh , de Romilly et de M. Livingston , ne donnet-elle pas toute la force de l'expérience aux vœux de AL de Servan » qui aurait voulu que y sur un monument^ Ton vil la Justice^ la Religion^ la Piiii enchat* nant le crime ^ et V humanité foulant aux pieds les instromens meurtriers qui font couler le sang des hommes, présentant au crime les outils de nos tra^aux^ utiles. Mon cher collègue» quel ornement pour notre ville qu'un tel monument^ s'il était exécuté par un artiste habile !

M. Servan adresse une allocution touchante aux avocats; qu'est-ce qu'il n'aurait pas dit de nos jours » où l'éloquence du Barreau mène à la Tribune {i)f Mais enfin il leur présentait déjà une assez belle perspective dans ce paragraphe, page i46«

« Quel majestueux spectacle qu^un homme éloquent, entre ses juges et le a genre humain, parlant pour Y innocence au milieu du vaste silence qu'impose « un si grand intérêt! Les cœurs se déchirent, les larmes coulent, les accU- « mations s'élèvent , et l'heureux protecteur de l'innocence obtient à la fois le a triomphe des talens et de la vertu ! »

Si la peine de mort est abolie , les Avocats auront encore nn assez beau âujet à traiter; car la liberté est bien souvent plus chère à l'homme que la vie, et l'un des Concurrens raconte que lorsque la peine de mort fut abolie en Amérique, pour presque tous les cas^ sur deux hommes condamnés à la prison, tun profita du choix qui lui était oflfert (2) , et l'autre demanda d'être exécuté immédiatement.

L'un des Concurrens commence par poser ces principes et les développe avec talent : ToiUe peine imposée par la loi suppose une réparation utile

(i) Une pièce de rers, eouronntfe aux feax floraux de Toulouse, reud cette pensée en k« reyétaat de tout le cbarme de la poësie. L'ëtat d'ayocat fut de tout temps, â Genève, le passe«port qui conduisait k toutes les ckarges.

(2) Entre la loi nouvelle et la loi aBcienne {ui prononçait la mort*

( 97 ) 4IU coupable et à la sociitè , touie peine suppose aussi ta correction du cou^ pable* Tuer^ n'est donc pas punir (i).

L'auteur s'ëtonne que le même législateur, qui nie la possibilité de régé^ nérer un coupable j permette pourtant que des hommes qui ont fini de se corrompre dans les bagnes , rentrent dans la société pour y porter le trouble et l'effroi , comme le prouvent les réclamations des Conseils Généraux de iPrance. Il signale cette inconséquence , qui n'est pas motivée par le degré de culpabilité ; car le vol procure une dégradation dans Tâme , qui n'est pas susceptible d'un degré très-supérieur d'aggravation morale , et Ton peiK redouter que celui qui a volé , tue quand cela sera nécessaire pour accomplir son projet* Ceux qui ont le malheur de. croire à X impossibilité à^ la ré« génération de leurs semblables , pour être conséquens avec leurs principes » devraient condamner à mort |K>ur le moindre délit ^ ou prononcer la prison perpétuelle dans tous les cas. G*est à cette opinion désespérante qu'on a dû la législation pénale de l'Angleterre (2), contre laquelle tant d'esprits supérieurs réclament, comme nous l'avons vu plus haut; et c'est encore au régime pénitentiaire à parer à ce mal dpnt Blacksione gémissait iui-mên|e ( selon Sir Samtiel Romilly )• L'auteur cite un discours, de Murena , qoi s'indigne qu'on égorge les hommes après les avoir vaincus y et compare la peine de mort à cette action.

Il signale la loi Porcia , qui , pendant deux cents ans ( qui forment la plus belle époque de la République ) , préserva les Citoyens Romains de la peine de mort* Il bénit la mémoire de Titus, qui jura de ne jamais faire couler le sang , celle de Léopold , qui abolit la peine de mort en Toscane. Il dit que, pendant son«règne , il ne se commit que cinq crimes capitaux; tandis que deux mille assassinats vinrent affliger l'humanité dans les Etats Romains pendant le même espace de temps (3).

(1) Si le lëgislateur adopte nne fois ce principe tout philosophiqae, tout logique, tout thréiien , la cause de Phumanité est gagode.

(a) Il y a je crois 260 transgressions j^d^ssxYAts de la peine de mort dans la législation criminelle de l'Angleterre^ ou l'on yole beaucoup actuellement ; tandis quç sous Alfred, qui avait aboli la peine de mort , on sait quelle était la sécurité publique.

(5) Le recueil de Montagu en dit autant.

L^autenr a calcule , que cent^vingt Monarques avaient été condamnes à mort (i). Il porte à quarante mille, le nombre des déserteurs qui oni ëlé fusillés sous le règne de I^uis XV*

Un Concurrent, homme sans doute religieux , pose la question ainsi : « Je « demande aux hommes : quel droit avrz»vous de faire mourir ceux que « la Sagesse Eternelle absout ? Faut- il donc être plus pur pour être toléré « parmi les hommes , que pour être admis dans la société des Anges f » 11 conclut, que l'homme peut bien séquestrer le coupable, mais qu'il doit attendre que Dieu lui retire la vie qu'il lui a donnée. L'auteur est convaincu que par des mesures préventives , par une police vigilante , on éviterait bien des critnes à ses semblables.

Un autre , invite le Législateur indécis à prendre pour devise : Dans le doute ^ absiiens^toi {z). Maxime qu'il attribue à Zoroastre.

Il représente que si l'on s'élevait , dans une République , contre de salu-taires innovations , il serait préférable de vivre sous un Souverain absolu , qui peut avoir d'heureuses inspirations* La loi est impassible ; il faut donc qu'elle soit juste , car sans cela , ejle est pire que le pouvoir arbitraire , qui est entre les mains d'un homme dont on peut réveiller la conscience ^ on émouvoir le cœur*

L'auteur de ce mémoire cite ces paroles mémorables de Confucius :. « Ou- « blie ou pardonne les injures ; ne te souviens que des bienfaits (3). Jmi vie a de F homme ri est qu*à lui » •

(i) Tant que le glaive sera tenu par la main des hommei , il sera sujet à s'ëgarer et aoD tranchant atteindra souvent la main qui le tient ^ comme on l'a vu dans l'kistoire ancienne et moderne.

(a) S'abstenir de tuer, et non s'abstenir de condamner, ce qui est bien difiifrent. Les jugemens n'auront plus rien d'odieux quand une erreur sera réparable.

(3) Quelques concurrens proposent que quand un homme est convaincu d'un crime , on admette comme circonstance atténuante le bien qu'il pourra avoir fait dans sa vie. Cette idée est belle sans doute , mais d'une application très-difficile et qui prête trop à Varbi-* traire. M. Lucas définit bien tout ce qui tient au devoir et ce qui tient à la bienveillance^ et sépare ce qui est obligatoire de ce qui est livré au libre arbitre de chacun. Cependant les Tribunaux ont quelquefois égard aux antéeédens d'un prévenu.

Xi**

C'est par cette pensée qu'il termine son ouvrage.

Vous voyez, mon cher collègue, qOe ce Concurrent espère tout )clu Lë-^ gislateur , qui , par son cote , peut donner à sa patrie les meilleures lois quelle puisse supporter ^ comme le disait Solon des siennes* Ce grand homme comprenait bien que Us lois humaines n'avaient pas et ne pouvaient pas avoir les caractères de l'éternité , et qu'elles devaient se modifier de temps en temps pour être supportables j c'esi*à-dire pour être en harmonie avec les mœurs de chaque époque.

Un Gouvernement sage et populaire peut diriger l'opinion, la de{>ancer ^ et prendre telle résolution qui donne une idée très-avantageuse de ses lumières et de $on énergie. C'est ce que fit Léopold qui brava beaucoup de préventions ^ afin d'opérer le bien en Toscane. Il fit le bonheur de ses sujets malgré eux , et en fut récompensé par leurs bénédictions , quand ils eurent enfin reconnu qu'il l'avait mieux compris qu'eux-mêmes. Il est impossible que la création ê*une maison pénitentiaire n'ait pas fait penser, à beaucoup d^hommes recom^ mandables^ qu'elle était destinée à' introduire le système de régénération incompatible avec la peine de mort, qui est la plus violente protestation contre ce système consolant (i). L'admiration pour le Code de Léopold, et surtout poiur sa disposition principale ^ a été universelle.' La plupart des historiens et des voyageurs confirment tellement ce que les partisans de l'abolition de la peine de mort en disent , que je ne peux m'empêcher de désirer vivement de voir le Gouvernement de mon pays mériter, ainsi que lui, une belle page dans Thistoire. En formant ce vœu, je ne prétends pas insinuer qu'il faille que les Conseils prennent uniquement pour guide Pamour de la gloire y et quoique cette noble passion soit souvent féconde en résultats heureux , quand elle a pour objet le bien de l'humanité, je ne dissimule pas que ce mobile peut quelquefois égarer le jugement, et je ne serai pas le dernier à inviter le législateur à examiner la question sous toutes ses faces, avant de se prononcer; V analyse ne peut que lui être favorable^ et, la seule grâce que je demande, c'est qu'on lise l'éloquent plaidoyer de M. Lucas.

(i) Un homme dont Tôpinioa doit peser beaucoup / dans la balance , m'a fait cette observatioo pleine de sens, dans une lettre qu'il m'a fait l'honneur de m'écrire.

( 'oo )

L^un des Concurrens se rësume ainsi à la fin de son mémoire : « C'est , tf avons-nous vu à des temps de barbarie, d'ignorance et de préjugeas, que « la loi de peine de mort doit son origine, ensorle qu'elle est devenue a incompatible avec la civilisation, les mœurs et les lumières de nos jours, « et opposée à l'axiome : opportct ut bene inielligas distinguera ante omnia « iempora loca et mores. Elle est bien loin d'avoir atteint le but auquel elle « était destinée, savoir, de procurer le repos et la sûreté publique, en a réprimant les crimes, puisqu'au contraire ils se sont succédés sans inter- « ruption , comme un torrent déborde qui annonce l'insuffisance de ses digues a et qui en demande de plus propres à le contenir. C'est donc en vain que le ce sang des coupables a inondé si long-temps la terre , et que celui des inno-- « cens condamnés a été trop souvent confondu avec le leur (i). Cette loi « fait plus de mal encore, elle déshonore des familles entières, entretient a l'habitude de la cruauté chez les hommes, et diminue l'horreur que « devrait toujours produire l'eflfusion du sang humain ; elle fournit encore « une arme dangereuse dans des temps de Révolution, de réaction et de ce guerres civiles. Mais , est-il étonnant que la peine de mort soit accom- « pagnée de conséquences si funestes, puisqu'elle est contraire à la nature « qui se révolte contr'elle, et crie hautement que nul homme n'a le droit « de ravir à son semblable l'existence qu'il n'a pu lui donner, que le « moyen de rappeler au devoir des créatures raisonnables, n'est pas de les « détruire, mais d'allier, pour les punir, l'humanité et la justice, de les « châtier en père et non en tyran , implacable d'agir à l'exemple du Tout- « Puissant , qui ne fait point éclater sa foudre vengeresse sur les rebelles qui « ont enfreint ses lois, mais leur laisse le temps de s'amender jusqu'au moa ment oh une mort naturelle Ips transporte devant un tribunal suprême et o inévitable, ensorte qu'agir diflféremment c'est usurper les droits qui appar- « tiennent essentiellement et uniquement à la Divinité. Nous ne voyons a nulle part que ces droits divins aient été confiés ù dfS hommes, autre- « ment Dieu leur aurait accordé en même temps , pour rendre une exacte

(i) L'aiiteor de ce mémoire m'a adressa une lettre sur ce même sujet, qui renferme les vues les plus sages et les plus chrétiennes.

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cher h certains points qui sont encore des causes de discorde entre d%i hommes de très^honne foi ^ mais qui entendent diversement le bien de leur pays. Rien de spécial dans les intérêts que }e défends , puisque le palais des Rois, comme l'humble chaumière, a fourni son contingent de victimes; j'attaque en même temps les auto-da-fé et le supplice de ScrveL Je proscris avec la même chaleur les exécutions ordonnées par Henri YIII, en Angleterre, et par Charles IX, en France; c'est mon semblable, c* est mon frère en Adam^ dont je défends les jours; ce n'est ni la cause du royaliste, ni celle du républicain (i), ni du catholique, ni du protestant , ni de mon ami, ni de mon ennemi si fen ai ^ c'est la créature que Dieu fit à son image dont je demande la conservation et la régénération. Quand on attaque une disposition telle que cello-là , il faut au moins la bien débarrasser de tout ce qui pourrait l'obscurcir et la réduire à sa plus simple expression. Ce n'est pas affaiblir le pouvoir , que de lui proposer une arme noui^elle {2) ^ qui n'est point souillée par son application à des innocens , qui n'est point décréditée par son innefficacité. Jamais on ne pourra reprocher à l'emprisonnement solitaire , d'avoir fait un mal irrémédiable ; c'est tout ce que l'on peut demander, car exiger que la justice humaine ne se trompe jamais y ce serait dire qu'on ne veut se soumettre qu'au jugement des anges. Mais en revanche ne demandez pas aux hommes plus qu'il ne peuvent faire , n'exigez pas d'eux qu'ils envoient à la mort celui dont ils ne peuvent garantir la s^ie une seule seconde , celui à qui ils ne peuvent la rendre quand il est reconnu innocent. Nous ne sommes plus à l'époque oit , au lieu de prés^enir les crimes, on n'était occupé qu'à \es punir j et où l'expression de vindicte pu^ blique semblait annoncer que la vengeance présidait à l'application des peines. Personne, je crois, ne regrette cet esprit, mais on ne tire pas encore

(0 L*opiaion politique d'an D^pnté se fait coonaftre par 'son cote qui est toujours public à Genève , quand il est question de l'adoption ou du rejet d'une loi.

(2) L'emprisonnement solitaire peut être modifié à l'infini , selon les fautes, et même selon l'étal de santé d'un condamné. Les médecins peuvent être consultés par le Directeur de la prison, et par la commission des Inspecteurs sur la manière de répartir les jours de prison solitaire.

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généralement du système pénitentîel les conclusions qui en découlent nato*

rellemeut.

Liste des Auteurs qui , par leurs écrits ^ ont appuyé F abolition de la

peine de mort.

Le Marquis de Beccaria* Traité des délits et des peines.

Le Marquis de Pastoret* Législation pénale.

Le Conseiller Carnot. Commentaire sur le Code Pënal^

M. Heiberg. Revue Encyclopédique.

Sir Samuel Romitly. Discours au Parlement d'Angleterre.

M. Livingslon. Rapport au Sénat de la Louisiane.

Sir J. Mackintosh. Discours au Parlement.

Le Chancelier d' Aguesseau. Dans ses Mercuriales, signale les erreurs des

JugeSé

L'Avocat général Servan. Discours sur TAdministratton de la justice

criminelle.

Le Président de Montesquieu. Esprit des Lois , liv. 6 9 recommande la

douceur des peines, surtout à une République»

Le Député Duport» Décide les bureaux de TAssemblée Consti-

tuante à proposer Tabolition*

M.Philippon de la Magdelaine.

M. Degérando. Auteur du Visiteur du pauvre , etd^autrcs

cuivrages philanthropiques.

M. Guizot. De la peine de mort en matière politiquem

M.Grohmann, de Hambourg(r).

M. Edouard Ducpétiauz , de

Bruxelles. De la peine de mort.

M. Toromberi , de Lyon.

M. Durand^ ancien Procureur du Roi , en Corse»

(i) Qui donne des cours de psycoiogie;

( io5 > M. Lucas , avocat à la Cour royale de Paris , de St. Brîeu , en Bretagne. ( Auleur couronné à Paris et à Genève. ) M. Boita. Histoire dltalie, de la page i5 à la page 25. M. Garnier ( i ).

Souçerains qui ont aboli la peine de mort.

Modernes» Anciens.

Alfred, Roi d'Angleterre. Sabacon, en Egypte.

Elizabeth, en Russie. Titus , à Rome.

Léopold, en Toscane. L'Empereur Maurico, Bas«Empire.

Joseph Ily en Allemagne. Anastase Maurico, Bas-Empire.

Isaac l'Ange Maurico, Bas-Empire.

Le Margrave de Baden Dourlacb.

Le Royaume de Hanovre , sous George IV.

Le Portugal , sous les Corlès.

Républiques.

La République Romaine, par la loi Porcia, qui subsista pendant les deux cents plus belles années de cet Etat. (Voyez Montesquieu, Liv. VI, Chap. XV , de TEsprit des Lois. )

Les Germains ne pendaient que les poltrons, comme indignes de voir le jour. Ils prétendaient que leur sang ne devait se verser que les armes à la main ; les compositions en argent étaient la seule peine. ( Voyez Montes* quieu , Liv. VI , Cbap. XVUI , de l'Esprit des Lois. )

La Louisiane approuve le rapport sur le Code Pénal de M. Livingston» ( Voyez Taillandier ; voyez ma brochure de 1826. }

Le Canton de Zurich a joui , pendant très-long-temps , d'une Législation très-^douce , qui ne changea qu'à la suite d'une révolution dans TEtat ; ce

(t) Qui a reçtt aae médaille d'argeat au concours de Paris. Il a fait imprimer son Mémoire.

( io6 ) fait est rnpporl^ par rhistorien Mdller. Je crois qae le Conseil de ce Canton a ilél(^^u»^ à une CounLnission le soin de présenter un nouveau Code PéiiaL Le ju^fMuent ûux fers d'un incendiaire à une époque récente , semble êire un iudice favorable aux adversaires de la peine de morr.

Nous avons vu que les Etats de l'Amérique du Nord avaient fort restreint la peine de mort, et que l'expérience leur a prouvé que cette restriction, non-seulement n'avait pas rendu le crime plus fréquent , mais quVlle avait rendu l'administration de la Justice plus facile , et l'application des peines plus certaine.

Les récidwes sont très-rares de la part des individus qui ont été enfermés dans les prisons pénitentiaires en Amérique , comme nous l'apprend M* Eddy, le Capitaine Tournball, et enfin , comme nous l'a confirmé notre honorable collègue M. Dumont, dans ses discours sur l'établissement de la prison pénitentiaire (i) ; discours que j'ai déjà signalés à l'attention des Législateurs de toutes les contrées civilisées.

Je dois aussi recommander à leur méditation l'article du Courrier da Léman , que j*ai transcrit dans cet opuscule, et qui se trouve sous le N.° 20 de la collection de ce Journal , sous Ja date du jeudi 3 Août i826« L'auteur (qui pourrait bien être le Directeur de la maison pénitentiaire de Genève , quoiqu'il n'ait signé que les lettres C. L. ) signale la nécessité des soins religieux , qui font la base du système pénitentiaire , qui sont la pierre an* gulaire , la clef de la voûte qui soutient l'édifice. Je crois que ce respectable Directeur serait très-disposé à communiquer à ceux qui' méditent la construction de maisons pénitentiaires , ses excellentes pensées sur ce qui peut contribuer à rendre le système aussi efficace qu'il est possible de l'obtenir de la faiblesse humaine; il ne poiu*rait rendre un service plus grand à l'humanité. Il met au premier rang le séjour dans la prison d'un Chapelain uniquement occupé de la régénération des détenus par |e moyen de l'Evangile, de cet Evangile qui éclaira St. Augustin et le convertit.

Voyez l'ouvrage de M. Benoiston de Châteauneuf» intitulé: De la colonisation des condamnés. Il se trouve chez Martinet , rue du Coq , n.^ iB»

(i) La loi fur la prison doit être revue en i85o.

( »07 ) €l chez Mongie. Les journaux en ont dît du bien* « L'auteur , dit le Cons- « tiiutionnel , a envisagé la question sous toutes ses faces , et il me parait « l'avoir résolue. Je crois devoir appeler l'attention publique et la vôtre sur « cet écrit vraiment remarquable des hommes d'Etat, les amis de leur pays € et des améliorations sociales , le liront avec le plus vif intérêt. Ils y troutf veront , comme dans tous les ouvrages du même auteur , im style clair « et élégant , des idées sages , des connaissances profondes et une philan- <r thropie élevée ».

La discussion sur la colonisation est trop importante , pour négliger une seule occasion d'acquérir des lumières à cet égard ; le Législateur Français aura à décider un jour entre le système de la colonbalion et celui des pri* sons pénitentiaires ; mais quant k nous, il me semble que notre choix est fait, et qu'il est dicté par l'heureuse expérience de l'Amérique (i). Cependant , si Genève prenait des arrangemens avec la France , à l'époque où elle aurait fixé l'objet de la colonisation , elle pourrait commuer le bannissement en déportation ; en attendant , la maison pénitentiaire pourvoit à tout ce qui est nécessaire à notre sûreté.

Le tome VIII du Journal de la Morale Chrétienne renferme un article sur les écoles d'adultes (a) , qui mérite toute l'attention des Administrateurs des maisons pénitentiaires , parce qu'on y voit les ressources qu'on peut tirer de l'instruction à tous les ftges de la vie. M. le Docteur Pôle , dont le journal analyse l'ouvrage , cite la régénération d'une population de brigands opérée par ces écoles d'adultes , établies à Cockroad près Bristol ; il cite aussi le bien produit par J école des adultes dans la prison de Siapleion. . Cet article rapporte tout ce que la moralité du peuple a gagné en Ecosse , par le moyen de F instruction. Le même Docteur Pôle fait ressortir cette vérité , en comparant cette moralité avec celle du peuple anglais , qtii est beaucoup moins instruit. Il se commet sept fois plus de crimes en Angle--

(i) Voyez page 548 de l'ouvrage de M. Lucas.

(a) Cer article estdVulant plas intéressant , qu'à chaque insUnt ilsWèvedes discussions dans la société sur les avantages et les inconvéoiens d'instruire les classes indigentes/ Le Docteur Foie combat p^r des raisonnemens et i^tr dia/ai/# le système de Pignoranee.

terre çù'en Eeosse sor te même nombre de personnes. Ce fait a é\é vérifié par le Parlement.

Mémoire du docteur Marc pour la fille Cornier» ( Dëveloppemens sur la Monomanic).

Médecine légale du docteur Fœderé*

Dictionnaire de médecine.

Articles des journaux de Leipsick et de Halle sur la médecine légale.

Le Chap. XIII de l'ouvrage de M* Legraverand , intitulé : Traité de la législation criminelle» C'est dans introduction de ce bel ouvrage qu'on voit que l'auteur a une tendance à approuver t abolition de la peine de mort; car pourquoi aurait-il dit à la page vu : « Le Code criminel et pénal qui fut donné à « la Toscane le 3o Novembre 1786, remplit de la manière la plus glorieuse « une des pages de l'Histoire du Grand Duc Léopold ; le seul éloge vraiment « digne d'un prinee^ le seul qui suruiçe à tout, c'est le simple récit des bience faits qu'il répandit sur ses peuples. » Or, c^est dans ce Code que Léopold abolit la peine de mort. L'ouvrage de M. Legraverand , dédié i Monseigneur le Chancelier de France , est à sa seconde édition. Il dit plus haut , page Vi, (Joseph II s'occupa spécialement de la législation : « Son règlement provi- « sionnel publié en fj^'j pour les Etats autrichiens, est un monument de < philanthropie. Il abolit la peine de mort dans ses Etats. » Les paroles^ les écrits de ce monarque le peignent tout entier. Suit un éloge pompeux de ce souverain qui avait la passion du bien.

11 dit dans une note, page vu de son introduction, que la Caroline oa lot de Charles-Quint a servi de type aux lois criminelles de la Suisse. Voyez cette note, elle est instructive, lors même qu'on ne partagerait pas l'opinion de Vauteiir. L'introduction renferme aussi une citation tirée des journaux de 1823, où l'on rend compte de Pabolition de la peine de mort, prononcée le 26 Mars de cette année, à Hanovre, pour ce royaume, et l'auteur ajoute cette réflexion: o Ainsi , le progrès des lumières doit successivement faire disparaître de la législation des peuples les rigueurs injustes et inutiles , et les dispositions contraires à rhumanité. » Cette abolition de la peine de mort dans les Etats d'Hanovre , l'article du Courrier anglais sur ma proposition et sur celle de M. Gosse ouvrent unie large porte aux espérances des amis de l'biunanité. Lors

( «09 ) de la confection da Code pénal qui noua r^it, l'Empereur Napoléon consulta les Tribunaux d'appel sur la peine de mort ; voici la réponse du Tribunal de Turin.

«( Est-ce qu'un supplice /^^iTi^m/i/ ne serait pas plus redouté qb'un supplice <f momentané? N'a-t-on pas à craindre que Tatrocité des peines ne nuise à « leur efficacité ? Tout le monde sait que la Russie , le Margrave de Bade , le « Roi de Suède , l'Empereur Joseph II et surtout le Grand Duc de Toscanese « trouvèrent bien de la douceur de leurs lois criminelles. »

« Dans une République (répondit le Tribunal d'appel de Rennes ) , oà les « citoyens attachent le plus grand prix à la libertin la peine capitale deiraft « être V esclavage. En partant d'un principe qui ne saurait être contesté^ savoir ; « que la loi ne doit établir que des peines strictement et rigoureusement a nécessaires, il n'y aurait pas à balancer d'abolir k jamais la peine de mort « qui, dans l'opinion personnelle de quelques membres du Tribunal , ni^t ni « nécessaire, ni utile, et d'y substituer un travail perpétuel et forcé, qui-pv-t d nirait , sans contredit , plus utilement que la mort^ un criminel que htparessty t oisiveté et la misère ont le plus souvent engagé dans le crime* »

Voilà deux Cours souveraines qui s'expriment comme Léopold et comme M. Livihgston; qu'en doit-on conclure? Je dois ces lumières Ji l'otivrage de M* Ed» Ducpétiaux* Le même auteur a recueilli dans son ouvrage des faits et des calculs produits par MM. lânngston et Bradjoriy l'un de la Louisiane , l'autre de la Pensylvanie, qui prouvaient ^e la peine de mort y a été remplacée as^ee avantage par la prison , ainsi qu'à New- York , dans le Maryland et le Connecticut , et que cette peine y est plus préventive que n'était auparavant la peine de mort.

Filangieri disait : si la tyrannie n* est plus assise smr les trônes^ elle existe^ encore , elle respire dans nos lois.

M^ Dncpétiaux raconte dans les plus grands détails l%istoire d'un nommé R. qui, en 1822 , tua son camarade de prison, avec lequel il vivait fort bien,r miifuement afin définir de suite , et qu'il ne fut plus question de rien. GondauMié à mort 9 il a re£usé de se pourvoir. Voyez les rapports eh" Eddy sur la maison pénltt*ntiaire de Nevr-York, i^or. Les ouvrages de M. le Duc de La Ruclk^foucaull de Liancoujpt, La visite du capitaine TumbuU à la prison de

Philadelphie. Les recherches sur l'influence du régime p^nileniiairê des prisons, soit pour prévenir le crime et la misère, soit comme une cause qui tend à les augmenter, par Thomas Fowell Buiton (i). Les observations sur les lois pénales et sur Tamendement moral des prisonniers , par W. Roscœ. ( Londres 1818 et 1823.) Le rapport fait en 182a par la Société de New- York, sur le système de peines et de corrections dans lès Etats-Unis. C'est dans ces ouvrages que AL Edouard Dncpétiaux a puisé la preuve des succès du système pénitenr tiaire en Amérique. Le capitaine Turnbull assure que de tous les convicis condamnés pendant cinq ans (à Philadelphie), il n'y en a pas cinq sur cent qui aient été remis en prison pour de nouveaux délits. Ce résultat comparé â ceux produits par nos prisons d'Europe, comme le dit l'auteur àé\k cité, doit avoir quelque influence sur l'établissement des prisons pénitentiaires^ du moment où la France entière se plaint des forçats libérés»

Jérémie Bentham , T* i/'^, Cb, XII de la Théorie des peines et des ricom^ penses , s'appuie aussi sur les rapports de M. Eddy pour prouver P excellence du régime pénitentiaire. Hdiïislîi Revue encyclopédique, tome i5| page 5i5, se trouve un rapport sur le système àe peines et de corrections dans les Etats* Unis , rédigé conformément à une résolution de la Société établie à New* York pour rechercher les moyens de prévenir la mendicité ou le pauperism. ( Ce rapport est de \%zz.) Le pauperism est le mot anglais qui indique les incon* véniens de la taie des pauvres^ dont le plus grand est d'en créer.

Voyez encore le rapport présenté à la Législature, le i3 Mars 1821, par le Comité chargé de visiter la prison d'Auburn (Etat de New- York.)

V effet produit par V emprisonnement solitaire y qu'on propose de substituer à la peine de mort, avec une méthode et des inters^alles qui sont commandés par l'humanité, est coqstaté par des autorités qu'on n'essaiera pas de contester. Howard qui a employé sa noble vie à visiter les prisons pour soulager le malheur , dit, (page |32 ^ en parlant des cellules de Newgate : J'ai été informé

(1) Oa doit aussi recommander les ouvrages du Docteur Chaimers pour tout ce qui tient i une judicieuse distribution des aumôues , il a joiut la pratique au précepte dans son Prieure de GUscow. Tout ce qui tient k rextioctiQu \t la mendicité %%\ du ressort de Tordre social et du lëgtme préventif,

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