‹ Lettre [de De Sellon, Charles Lucas, Alexandre Vinet] et un extrait d'un discours [de De SellonChapitre 30 sur 45 · A L'AMELIORATION DU SORT DES PASTEURS · texte numérisé non relu

A L'AMELIORATION DU SORT DES PASTEURS

Très- Honorés Seigneurs , le nom seul de Pasteur indique assez quelles sont les fonctions de celui qui le porle; il est là pour empêcher la brebis de sVgarer; il est encore là pour ramener celle qui s'est éloignée du bon sentier: mais tout son temps est à peine suffisant pour une tâche si douce et si difficile à la fois ; c'esl la totalité de ce temps que je viens revendiquer dans le temple des lois ; c'est aux pères de l'Etat que je viens demander les moyens de garantir au troupeau la certitude que son Pasteur lui appartient touù entier.

Reportez votre pensée, T. H. S., sur les devoirs d'un véritable Pasteur ; ne doit-il pas combattre les tentations sous toutes les formes, sous tous les aspects? Ne doii-il pas veiller sur son troupeau comme une bonne mère sur son nourrisson, pour le préserver des dangers sans cesse renaissans qui l'assiègent de toutes pans, et pour cela n'a-t-il pas besoin de tout son temps?

L'ancienne Rome avait sa censure : cette magistrature s'est reproduite dans le moyen âge sous plusieurs formes ; elle s'était perpétuée en Suisse et à Genève, sous diÛTérentes dénominations; les opinions nouvelles la repoussent; il ne reste que la prédication pour la remplacer, et cVst dans le temple du Seigneur que le premier magistrat , comme le dernier artisan, vient entendre l'éloge ou la condamnation de sa conduite, en la comparant avec les préceptes de l'Evangile; c'est de cette tribune élevée par la vérité, que Massillon foudroyait Louis XIV et sa cour, et qu'il faisait main basse sur les vices du siècle. Mais pour arriver

( 171 ) à produire i'eSet des Masslllon et des Saurin , que d'études ne faut-il pas faire! que de temps ne faut-il pas employer dans un siècle surtout où Ton est devenu si difficile sur la prédication ! Le Pasteur est consacre pour épurer la société, pour étouffer le crime , avant que son germe soit encore développé; plus heureux que le juge ^ il peut prévenir le mal que l'autre ne peut que punir ; mais que de veilles ne faut*il pas sacrifier à un tel devoir? Que l'investigation des actions des hommes est difficile et même périlleuse! Si vous voulez vous en convaincre ^ T. H. S. , lisez la vie d'Oberlin, de ce respectable Pasteur du Banc de la Roche , en Alsace, qui convertit un désert habité par des hommes presque sauvages» en un paradis terrestre, habité par des chrétiens; mais que de peines » de totur^mens physiques et mpraux pour arriver à ce résultat ! C'est au banc de la Roche qu'on peut observer tout ce qu'une paroisse peut espérer de son Pasteur, quand il est tout entier voué à ses travaux évangéliques. Un demi-siècle, employé dans le même esprit par un autre Pasteur, a fait le bonheur d'une commune de ce Canton qu'il n'est pas besoin de désigner.

Je pourrais citer d'autres exemples , T. H. S. ; ils sont nombreux , heureusement, et ils prouvent l'importance des fonctions des Pasteurs, et tous tendent à démontrer qu'un Pasteur n'a pas trop de tout son temps pour accomplir son œuvre. Le Pasteur évoque à son tribunal tous les vices que la justice humaine est obligée d'abandonner à la conscience; il avertit l'enfance et la jeunesse, comme le pilote habile avertit l'équipage d'un vaisseau. Il voit de loin s'avancer les tem[>étes; il signale les écueils, mais pour cela il faut qu'il reste sans cesse à son poste ; il faut qu'on lui porte sa subsistance quand il y est fixé; il faut qu'on veille à ses besoins, afin que ses yeux soient toujours attachés sur la boussole qui dirige la marche du>aisseau.

Les Pasteurs ont été souvent secondés activement dans leurs devoirs par les femmes qu'ils avaient associées à leur sort, et je dois encore rappeler ici les secours prêtés à Oberlin , par son épouse, qui surveillait toutes les écoles du sexe féminin, créées au Banc de la Roche, par ce couple intéressant. Les femmes des ministres du St. Evangile font très-souvent l'office de sœurs de la Charite, surtout dans les communes rurales; et, en priant le noble Conseil d'Ëtat d'assurer le sort des veuves de nos Pasteurs, ce n'est point une grâce que je demande pour elles , mais un acte de justice que je réclame au nom du pauvre ^

( «72 ) «a nom des malheureux, des prisonniers, des malades, des mourans qu'elles pourront secourir et consoler. T. H. S. , ne savez^vous pas que , pour conserver sa coni>id(^ration si nécessaire au bien de la religion , il faut que le Pasteur tende souvent la main pour donner au pauvre, et jamais pour recevoir de son paroissien un surcroît de bien-être. Si vous ne le savez pas , vous l'apprendrez par le pfocès*verbal des conseils généraux de France, qui , presque tous, demandent qu'on augmente le traitement Gxe des curés , pour leur permettre de renoncer au cûsucl. Ne ferez-vous rien pour procurer du repos à ces vétérans de TEglise qui ont besoin de respirer après une course longue et fatigar^te , et de se re^ cueillir avant que d aller rendre compte des âmes qui leur furent confiées.

Je dois répéter ici que l'état de Pasteur est incompatible avec les soi nsquVx»» ge radtninistration d'une fortune qu'ils ne peuvent pourtant pas entièremeol perdre de rue , quand ih ont une femme et des enfans \ sous ce rapport , ils sont .dans une position toiUc spéciale^ et qui ne peut être comparée avec celle àei autres fonctionnaires publics , qui peuvent, sans nuire à leurs devoirs , loumet souvent leurs pensées vers le patrimoine qu'ils doivent laisser à leurs enfans.

Je ne me hasarderais pas à stipuler la quotité des sommes qui sont néces*» saires pour améliorer le sort des Pasteurs; je laisse au noble Conseil d'Etat ua soin dont il s'acquittera dans sa sagesse; mais je pourrais citer les enquêtes faites par ordre du Parlement anglub^ qtiand une proposition est prise en considération* Pour faire ces enquêtes, les Commissions s'associent des particuliers qui ne font point partie du Parlement et qui ont des connaissances pratiques, qui quelquefois manquent à ce corps; c'est ainsi qu'une Commission nombreuse de membres du Conseil d'Etat et du Conseil Souverain pourrait s^adjoindre des membres de la vénérable Compagnie, et délibérer avec eux sur ce qu'il j aurait à faire. M. Henri Boissier» spectateur journalier du bien que peut faire un Pasteur dans sa paroisse, et juste appréciateur du zèle évangélique d'un jeune prédicatetir qui nous a été enlevé par une Eglise étrangère, étant pénétré de la nécessité d'améliorer le sort des Ministres du St. Evangile, avait approuvé un mémoire que }e lui avais confié sur ce sujet, et m'avait promis d'appuyer ma proposition auprès du noble Conseil d'Etat. Il pensait que les hoiumes nourris chaque jour de la lecture de l'Ecriture-^Sainle, étaient plus propres qtit qui que ce soit à concourir au perfectionnement de l'aine, comme le point le plus essentiel de la civilisation»

Si lu société en ëiail à sa créoûoD , nous pourrions délibérer s'il ne serait pas plus sage de laisser à chaque congrégation ie soin de payer et d'entretenir le Minisire de sou culte; mais nous ne sommes point dans ce cas là; notre Eglise est établie; des fonds sont assignés pour son entretien , et il y a d'ailleurs quelque chose de irès-moral dans le spectacle d'un gouvernement , plaçant à la leie de tous ses devoirs celui de pourvoir au culte du Dieu qui le protège. L'allocation de fonds que je réclame est entièrement en harmonie avec la justice, car quand le catholique contribuerait en partie au culte protestant, le protestant fournirait à son tour aux besoins du culte catholique ; je dis cela pour le cas où la Société Economique n'aurait pas assez de fonds pour adhérer à l'augmentation que je réclame , et où le Conseil d'Etat serait obligé de la faire porter sur le budget cantonal.

Le système pénitentiaire devra son perfectionnement au soin que mettront les ecclésiastiques à opérer la régénération des malheureux détenus, qui souvent ne sont devenus criminels que faute d'avoir reçu une instruction religieuse solide et profonde. Ce serait "peut-c^tre le cas d'installer dans la prison même un Pasteur, pour donner les consolations et les soins religieux dont les homn^s proscrits par la société ont plus besoin que d'autres. Le séjour d'un Pasteur dans la prison, et la charge d'âme entière qui en résulterait, n'empêcheraient point de jeunes ecclésiastiques de le seconder duns ses augustes et fatigantes fonctions. Le génie de St. Vincent de Paule viendrait animer ces jeunes lévites, et la société devrait encore un nouveau bienfait à cette sainte religion qui ordonne de faire du bien » môme à ses ennemis*

S'il est à désirer que les jeunes gens qui appartiennent à des familles aisées, se vouent au ministère évangélique , il est juste aussi que des hommes bieo doués par la nature et peu favorisés par la fortune, puissent parcourir cette augtiste carrière, et qu'elle soit ouverte a tous ceux qui se sentent de la vocation pour elle* Quand une rétribution suffisante sera offerte aux ministres du St. Evangile , nous ne verrons plus s'éloigner de notre patrie des hommes qui serviraient utilement l'Eglise de Genève, à moins qu'ils ne se considérassent comme de généreux missionnaires appelés à répandre le Christianisme chez- des nations païennes»

J'entends toujours avec plaisir faire des propositions pour le bien ptiblic.

dans quelque branche que ce soit , et je suis toujours dispose k les appuyer ; j'espère trouver de la réciprocité chez mes honorables collègues ^ quand je viens réclamer une allocation de fonds , en faveur des hommes qui exhortent chaque jour leurs concitoyens à se rendre dignes des biens qui leur sont prodigués par la Providence dans notre heureuse patrie»

Les beaux-arts , les sciences , qui ornent la vie et qui enseignent à l'homme à faire usage des facultés qu'il a reçues de son Créateur , seraient des objets de tentation dangereux pour des Chrétiens, si des ministres du Seigneur, pénétrés des grandes vérités de l'Evangile , ne leur indiquaient pas constamment le but ou ils doivent viser.

Vous ne serez pas étonnés, T. H. S., que j'aie signalé une partie des secours que la société reçoit des ministres des autels en général, et des pasteurs en particulier ^ au moment oii je viens demander que le législateur leur facilite le moyen de lui être plus utiles encore que le passé. Si c'est un droit sacré pour chaque citoyen, pour chaque contribuable d'émettre son opinion, sur l'emploi des deniers publics, c'est un devoir pour un loyal député de signaler les dépenses qui sont les plus propres h concourir au bien général; or, c'est dans l'intervalle qui sépare un budget d'un autre, qu'il est convenable de présenter les propositions, afin que l'administration ait le temps de juger de leur convenance ou de leur disconvenance. Je ne me suis point dissimulé qu'il pouvait y avoir une sorte de difficulté dans la solution de la question que je présente; c'est pourquoi j'ai annoncé ma proposition assex long-temps à l'avance (i), et je crois que maintenant l'administration est nantie de tous les renseignemens nécessaires pour mettre une Cotnmission en étal de présenter un projet sur un sujet aussi important. Si je n'ai entretenu Vos Seigneuries que des ecclésiastiques protestans, ce n'est pas que je ne reconnaisse toute rimportance des fonctions de MM. les curés catholiques, mais Igt religion que je professe ne m'a pas mis en relation avec eux, et je craindrais de me tromper en parlant de la position pécuniaire oh ils se trouvent, quant à leurs émolumens; je déclare pourtant que je suis tout prêt à voter une allô* cation de fonds en leur faveur, si le Conseil d'Etat , dans sa sagesse, juge con-

(0 ^tks de deux ans.

( »75 ) Tenabte de le prononcer à ce Souverain Conseil ; j'ajouterais seuleoaent que (toutes choses (égales d'ailleurs) le célibat des prêtres catholiques est pour eux une source d'économie incontestable , qui peut âlre prise en considération, sans blesser les idées de justice distributive, ,qui doivent diriger les hommes dans leurs actes privés ou publics. Dans tous les pays civilisés , les législateurs ont pourvu au sort des veuves , de ceux qui, pendant leur vie, avaient servi le public. Les mêmes législateurs ont j|ussi comjpté parmi leurs devoirs les plus sacrés^ celui d'assurer un repos honorable aux vétérans qui avaient fait hommage à leurs semblables de leurs facultés morales et physiques. Je sais, T. H. S. , que vous êtes imbus de ces principes; mais cojooujçe ils fprment l^ bfksjd.^e ma proposition, j'ai.crq devoir en faire mention avant de quitter ce sujet, et rappeler que j^ai de bonnes raisons pour suppQ$er que ce qui a été fait ju3qu^i présent est loin de suffire.

Si ma proposition est prise eç considération , si une Commission ^t une fois investie par le Conseil Souverain du droit d'examiner ce qu'il est cpnvenable de faire pour permettre aux Pasteurs de se livrer tout entiers à lem:s|qnction$» j'atirai l'honneur de le^r coipmuniqucr les .ren^ignemens qui m'oftt ^é^iéé h présenter la proposiÙQp ,que je viens 4^ dévejlopper. Lfi ppsition financière de ce Canton vous est connve^ T* ^. •$.; elle pei^met au léjgislateur djaccordei: des fonds j^ux parties du service public qui sont en souffrance^ et vous serex SÛrS|.en adhérant auf voeux que j^e viens d'émettre, d'acquérir des djoits à la reconnaissance^ noj9-3eMlement de vçs contemporains, mais encore des .géné^ rations futures, anxjqmelles vous préparerez des guider respectal,^leç pour la route qu'elles^^UTiHit^à.parqquifîr^yQiu Pastei^n; tonte leur dignité

preo^ière, et v,o^.4éVfnv^tjmsj$\èfpafi péaiiei;itiaireJ'appqiJeplw,soljde qu'il pt^îsse rece,vpin

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