‹ Lettre [de De Sellon, Charles Lucas, Alexandre Vinet] et un extrait d'un discours [de De SellonChapitre 31 sur 45 · RÉSUMÉ FINAU · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ FINAU

Avant de votïs quitter, mon cher collègue, permettez que je vous demande' la grâce de réfléchir sur les devoirs que m'impose une conscience qui me crie que je dois employer tous les moyens légaux pour obtenir Yabolition de la peine de mort. Si vous trouvez parfois dans ce recueil des pensées hardies , ne les attribuez point a un injuste dédain pour les lois qui régissent la société, ne les attribuez qu'au sentiment qui m'ordonne de mettre au jour tous les argument les plus propres à persuader un lé>^islateur; il se peut que je les choisisse mal, mais mon intention est toujours pure, si je parle de mes argumens, si j'ai cru devoir reproduire ici ceux des honorables écrivains qui ont pris part au concours ouvert par moi , en faveur de l'abolition de la peine de mort, ce n'est pas que je compte entièrement sur \^x\x force pour faire triompher ma cause; non , je n*ai point cet espoir , mais je le fonde sur T Esprit du Christianisme qui , pénétrant dans la conscience des législateurs , les convaincra que Jésus- Christ a aboli la loi du Talion et maintenu le Décalogue qui défend de tuer; le le fonde sur Inexpérience qui nous a appris que jamais la République romaine n'a été plus florissante que pendant les deux cents ans qu'elle a été soumise A la loi Porcîa, qui défendait de mettre à mort un citoyen romain; que les mœurs de l'Angleterre n'ont jamais été plus douces que sous le roi Alfred , qui avait aboli la peine de mort; que les Russes avaient remarqué une amélioration sensible dans leurs mœurs, à la fin du règne d'Ëlizabeth, qui avait juré de ne faire mourir aucun de Sos sujets ; que la Toscane n'a vu commettre qu'un très-petit nombre de crimes capitaux pendant l'administration de Léopold, qui a duré vingt-cinq ans, tandis qu'il s'en commettait un grand nombre dans des contrées environnantes, où la peine de mort était appliquée fort souvent. La même expérience nous apprend

( »77 ) que rAogleterre et TAnK^rique ont été obligées de renoncer à la peine de mort pour la répression de certains délits, parce que les jurés, les témoins, le gou- Ternemeut lui-même semblaient d'accord pour la repousser , et que \ impunité les rendait plus fréquens. Vous conviendrez , mon cher collègue , que c'est un beau triomphe pour l'humanité de voir une peine que je crois réprouvée par l'esprit du Christianisme, réprouvée encore par X expérience puisée dans This** toire ancienne et dans l'histoire moderne. Cette expérience doit, je pense , l'emporter dans l'esprit du législateur, sur des raisonnemens qui sont démentis par elle. Les tables comparatives du crime^ enire les contrées oit la peine de mort est fréquemment appliquée, et celles où elle a été abolie ou seulement restreinte, sont des argumens plus puissans que tdtis ceux qui ne se fondent que sur des suppositions auxquelles il est possible de donner une sorte de pro« ^babilité , mais qui ne peuvent ni ne doivent l'emporter sur des Jaits et sur Yeffigi qui en est résulté. Le préambule du Code de Léopold (i) , les discours de Sir Samuel Romiliy, de Sir James Mackintosh , de M. Peel , le rapport de M. Livingston au Sénat de la Louisiane, sont autant de pièces du procès qui est plaidé pardevant le tribunal du législateur chrétien; il y aurait de la mau-* vaise foi à ne pas en reconnaître la légalité et l'authenticité.

Dans tous les pays du monde, on accorde aux parties dans un procès le droit de récuser certains juges , certains arbitres ; je puis donc en user comme avocat de la suppression de la peine de mort., et je récuse ici les membres des cours criminelles, parce qu'ils ont un trop grand intérêt moral à prouver la légitimité , l'efficacité, la nécessité d'une peine que la loi les force à prononcer. Je les récuse, et je ne conçois pas que leur opinion puisse influer d'une manière puissante dans celte circonstance, parce qu'ils ne sont pas^mieux placés que d'autres pour observer Veffetàes peines qu'ils prononcent» et que néanmoins ils doivent chercher à faire croire à leur efficacité. Plus les sentences capitales leur coûtent à prononcer, plus ils doivent chercher à établir leur nécessité ; c'est la marche du cœur humain , et les mêmes causes amèneront toujours les mêmes effets (2).

(i) Où il en appelle à Pexpcfrieoce.

(2) Il est ponrtaot des juges qui, entraînes par la force de la vërit^, ont accusé la peine de mort. Lea Cours impériales de Turin et de Rennes en sont un exemple.

( 178 ) Cest à l'histoire , depuis le meurtre de Caïn jusqu'à Pépoque oà nous vi- Tons , c'est à la gazette des Tribunaux , qu'il faut demander compte de i'eflfei préventif àe la peine de mort. C'est dans l'histoire , que le législateur trouvera que la force matérielle » cette force ennemie de la civilisation , s'est toujours appuyée sur la peine de mort, pour détruire non-seulement des hommes, mais des idées généreuses , des pensées nobles. Je me dispenserai de citer des exemples; je m'en fie à Toire mémoire, mon cher collègue ; mais je dois yous confier que j'espère que si la peine de mort était abolie en Europe » par des motifs religieux et moraux, bien clairement exprimés dans les considéransqui précéderaient Pacte JP abolition^ nous verrions graduellement disparaître le duel et les guerres injustes entre les Princes chrétiens ; car ces guerres privées et publiques n'ont d'autre source que ce dédain pour la vie de l'homme qui, malgré les progrès de la civilisation , n'a pas encore tout & fait disparu. Croyez, mou cher collègue, que cette association d'idées n'est point chimérique , croyez que ce respect profond pour la vie de l'homme , proclamé par les chefs des nations, sera un jour \t palladium de la société, le protecteur du fort contre le faible ; or ce faible est souvent sur le trône comme l'étaient Charles I/' et Louis XVI , tantôt, plus souvent encore , dans les classes ordinaires de la société, comme Lesurques, comme ces victimes récentes de Terreur, en Corse. Pour me résumer, je dois ici nommer les arbitres que j'accepte pour la décision du procès que je plaide.

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