‹ Lettre du chev. Antonio CanovaChapitre 3 sur 17 · SCULPTURES DES TYMPANS DU PARTHENON · texte numérisé non relu

SCULPTURES DES TYMPANS DU PARTHENON

Après la découverte des statues qui ornoient les frontons du temple de Jupiter Panheilenius, dans l'île d'Egine, on sera moins surpris de voir que toutes les figures qui remplissoient les deux tympans du Parthénon étoient de ronde bosse et détachées l'une de l'autre. A la vérité les phrases par lesquelles Pausanias désigne ces ouvrages auroient pu faire conjecturer que c'étoient des statues.* Spon et Wheler les avoient décrites comme telles ;•}* toute fois quelques voyageurs plus récents, ne tenant aucun compte de ces témoignages, ni des fragmens qui subsistoient encore,

* L. Le 24 . Ô7ro<ra. sv tojj xaXa^svoig àsroiç KEITAI : Pausanias en décrivant des ouvrages d'art, ne fait usage de ce verbe que pour les statues.

•f- Spon, Voyage, &c. tom. ii. p. 83, éd. de La Haye, 172L in 12; Wheler, A Journcyinto Greece, p. 360-61.

ont parlé de ces compositions comme si elles tenoient au fonds, en un mot comme de grands bas-reliefs.* Mais personne n'avoit pu s'imaginer, avant que ces fragmens précieux fussent descendus de leur ancienne place, qu'ils étoient parfaitement terminés de tous les côtés, sur le derrière comme sur le devant. Ce soin extrême a dû avoir un but, et je pense que nous ne nous éloignerons pas de la vérité, en conjecturant que ces sculptures si parfaites avoient été exposées aux regards du public avant qu'on les posât à la place qu'elles dévoient occuper. Une tradition que Tzetzes nous a conservée (Chiliade vin.

Hist. 193) vient à l'appui de cette conjecture: il parle de deux figures de Minerve, Tune exécutée par Phidias, l'autre par

* Chandler, Travels in Greece, ch. x. carvcd m the front pediment. Cependant à la fin du même chapitre, il parle de ces sculptures comme des statues, ce qui n'a point empêché les traducteurs Français de ce voyage de rendre la phrase citée par cette autre encore moins équivoque . figuré, en bas-relief.

Alcamène, son élève. Le maître en sculptant la sienne en avoit calculé l'effet pour la hauteur où elle devoit être placée, la bouche et les yeux étoient creusés plus qu'il ne convient à une figure destinée à être vue de près ; l'élève avoit choisi une autre méthode. Sa Minerve, qui remportait à l'exposition sur celle de Phidias, étant à sa place, perdit une grande partie de ses agrémens : ses formes, à une certaine distance, parurent molles, et l'ensemble avoit peu d'effet; celle de Phidias, au contraire, quand elle fut placée, emporta tous les suffrages. On exposoit donc au public pour les lui faire voir de près, les statues que Ton devoit placer à une certaine hauteur. Le fini des figures dont il s'agit doit être probablement attribué à cet usage : d'ailleurs l'intérieur des tympans pouvoit être accessible.*

* On a découvert dans le plan du Parthénon les vestiges d'un escalier tournant, par lequel on pouvoit monter sur le comble.

Une autre particularité remarquable dans ces ouvrages de sculpture, et celle-ci est commune aux bas-reliefs des métopes et même à ceux de la frise extérieure de la Ce/Za, c'est qu'un grand nombre d'accessoires, armes, boucles, agraffes, ustensiles, ornemens de coiffure, «Sec. étoient de bronze, et sans doute dorés, quoique les figures soient de marbre blanc. Un grand nombre de trous et de sillons pratiqués dans les endroits qui dévoient répondre à la place de ces accessoires en conservent des traces et même quelques restes.

L'alliance de l'or avec le marbre blanc et l'ivoire étoit fort du goût des anciens. Virgile a exprimé dans le 1er. livre de l'Enéide (v. 59%) l'impression agréable que faisoitsur ses yeux le mélange bien ordonné de ces matières :

Quale rnanus addunt eboridecus, aut ubifavo Argentum Pariusve lapis circundaticr auro.

Cette manière d'orner la sculpture n'a été que rarement imitée parles modernes,

qui négligeant l'expérience et fondés sur des principes abstraits, ont même osé le censurer. M. Quatremère de Quincy a pris victorieusement la défense de la méthode des Grecs, qui étoit en général celle de toute l'antiquité, dans l'excellent ouvrage qu'il vient de publier sur la sculpture polychrome des anciens.

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