‹ Lettre du chev. Antonio CanovaChapitre 4 sur 17 · TYMPAN DE L OUEST · texte numérisé non relu

TYMPAN DE L OUEST

Les sculptures qui or^oient le fronton occidental du temple avoient été un peu respectées par le tems jusqu'à l'époque de l'attaque d'Athènes par les Vénitiens en 1687- Spon et Wheler avoient pu admirer la belle ordonnance de la composition presqu'entière, et le Marquis de Nointel en avoit fait prendre des dessins, qui heureusement sont conservés à Paris dans la bibliothèque du Roi. Sans ces dessins nous ne pourrions nous former aucune idée probable de cette grande composition et

de son sujet. Les tentatives que Spon, Le Roi, et après eux J. Stuart ont faites pour la restituer, comme celles n'étoient fondées que sur un préjugé, îFavoient fait que la dénaturer et la rendre méconnoissable.*

Pausanias avoit dit que le sujet des sculptures qui remplissoient les tympans de la façade étoit la naissance de Minerve, que le sujet de celles qui ornoient le fronton du derrière étoit la dispute de cette déesse avec Neptune pour la possession de FAttique. Les voyageurs ne doutoient pas que la façade du temple ne fût tournée vers les propylées, c'est-à-dire vers Fouest, et ils concluoient de cette notion que les figures placées clans le tympan qui regarde l'occident dévoient être celles qui, suivant la description de Pausanias, représentoient la naissance de Minerve, sortant de la tête de Jupiter. Ce qu'ils voy oient ne se

* Voyez Stuart Antiquities ofJthens, tom. ii. c. 1. pi iii. ; et Les Ruines de la Grèce par David Le Roi, tom. i. pi. 20.

prêioit cependant pas facilement à cette idée, mais ils forçoient, pour ainsi dire, la description du voyageur ancien à s'adapter aux sculptures qui restoient : ils le taxoient de peu d'exactitude, et ils projettoient des restaurations de l'ouvrage conçues de manière à concilier les contrariétés frappantes qui résultoient de la comparaison du monument avec la description.

J. Stuart, plus exact que tous ses devanciers, avoit cependant découvert que Tentrée et par conséquent la façade du Parthénon étoient tournées vers l'orient, et il avoit même démontré ce fait ;* mais il n'en avoit point tiré la conséquence nécessaire que les sculptures du tympan occidental avoient dû représenter, non la naissance de Minerve, mais sa contestation avec Neptune.

Cette conséquence si naturelle, et par elle-même évidente, a été, pour ainsi dire, démontré par l'examen des dessins qui

* Loco citato, pag. 14.

nous restent de l'ensemble de la composition et des sculptures qui couronnoient la façade occidentale du temple. Cet examen est dû au même M. Quatremère que je viens de citer, et l'Académie, à la lecture du mémoire qu'il lui a communiqué sur ce sujet, et à la vue d'un bas-relief artisternent modelé et restauré d'après les dessins de Nointel, a reconnu que les sculptures du fronton occidental du temple dévoient avoir pour sujet la dispute de Neptune et de Minerve et le triomphe de la déesse. Cette opinion est d'autant mieux fondée qu'un de nos confrères, M. Barbie du Bocage, avoit attaqué par des objections ingénieuses et savantes, l'opinion de Stuart sur Tentrée du temple, et les conséquences qu'on en tiroit.*

L'une des inconvenances qui empèchoient qu'on n'adoptât cette opinion, dont on étoit cependant forcé de reconnoître

* On peut les lire dans une note ajoutée à la traduction française de l'ouvrage de Stuart, tom. ii. p. 15.

la vérité, résultait de la situation du temple, dont l'entrée étoit du côté opposé aux propylées, c'est-à-dire à ce vestibule magnifique de l'Acropole, monument, ainsi que le Parthénon, de la munificence de Périclès. Je crois avoir découvert le motif de cette disposition, qui paroit étrange au premier aspect. Les propylées ne purent être bâtis qu'à l'endroit où le rocher de l'Acropole se prêtoit à une montée naturelle,* et n'étoit point couvert d'autres monumens. La situation des propylées étoit donc prescrite par la nécessité. La position du temple et de son entrée étoit aussi réglée par des principes de religion qu'on ne pouvoit pas méconnoître. Les temples Athéniens dévoient être, suivant des lois antiques et révérées, tournés vers l'orient. Les architectes du Parthénon sauvèrent Finconvé-

* Pausanias, L. 1, c. 22. 'Ej $s t>jv 'Axpoirokiv icrnv eltro'èoç ju.»a* srepav 8s ov ^aps^iTui, ncwa. Ù7tot0[j,os oxxtol xtxi tsi^oç s^oixrct s%vf>ov.

nient de ces dispositions en faisant le temple amphiprostyle, ou à deux façades pareilles, l'une à Test, qui donnoit accès au temple, l'autre à l'ouest, qui tournée vers les propylées, donnoit accès à l'opisthodome.*

Quant à la loi religieuse qui faisoit ouvrir les temples vers l'orient, elle devoit être observée chez les Athéniens, d'autant plus que des nations grecques d'une autre origine suivoient une règle toute contraire.

Plutarque dans la vie de Numa dit expressément que les temples anciens étoient tournés vers l'orient (§ 1 4) npoç eu rcov lepuv (3\e7tovtuv. Cette règle n'est pas trop absolue, mais elle ne laisse pas de constater un usage ancien qui étoit suivi par les Athéniens. Non-seulement le Parthénon, mais tous leurs temples que nous connoissons s'ouvrent vers l'orient. Celui

* On donnoit ce nom à une salle qui étoit derrière la Cella, et où Ton conservoit le trésor public et les objets précieux du temple

de Neptune et (TErechthée sur l'Acropole, celui de Thésée dans la plaine, enfin jusqu'au petit temple élevé sur les bords de Tllissus, ont leur façade à l'est. De cette disposition des temples il résultait que le peuple priant les dieux et regardant vers les temples, devoit se tourner vers l'ouest. De là l'usage des Athéniens d'ensevelir leurs morts comme s'ils regardoient vers le couchant, c'est-à-dire tournés de la même manière qu'ils l'avoient été pendant leur vie lorsqu'ils adressoient leurs prières aux dieux. Cet usage servit à Solon pour prouver que les anciens possesseurs de l'île de Salamine, occupée de son tems par les Doriens de Mégare, étoient Athéniens : il fit ouvrir les anciens tombeaux, et on y trouva les morts tournés vers l'ouest, et non vers l'est, comme les morts de Mégare. C'est ce qu'avoit dit en vers le sage d'Athènes :

Ol (pÔipeVOl OêpKOVTOCl 7TpOÇ VjèXlOV OWOVTÛC, '.

" Là les morts sont tournés vers le soleil

couchant ;" et ce que Plutarque a répète en prose (Solon, § 10): ôa,7rTov<rt ol Mzyctpûç irpoq loo tovç vexpov; <TTf>£(povT£ç, AÔyvaioi Je irpoç ecnrepxv. Car à Mégare (traduit Amyot), on les enterre (les morts) la face tournée vers le soleil levant, et à Athènes vers le soleil couchant.

On peut conclure de ce fait que le précepte contraire, donné par Vitruve, (L. iv, c. 5.) signum quod erit in cella spectet ad vespertinum cœli regionem ...ut qui adierint

ad aram spectent ad partent cœli orientis

et simulacrum quod erit in aede : " Que la " statue regarde vers le couchant, afin que " ceux qui approchent de l'autel, étant " tournés vers la statue, le soient aussi vers " le levant :" que ce précepte, dis-je, étoit applicable aux rites des Mégariens et des nations Doriques, auxquelles les Romains seinbloient appartenir, et que par-conséquent les Athéniens dévoient être d'autant plus jaloux de suivre l'usage contraire, qu'il tenoit à leur ancienne origine, et les

distinguoit des autres nations de la Grèce, et principalement des peuples d'origine Dorique, tels que les Mégariens, et les Lacédémoniens, contre lesquels Athènes étoit le plus souvent en guerre.*

Quoique d'après les idées et les faits que je viens de développer, il ne puisse rester aucun doute sur le sujet des sculptures que Phidias avoit placées sur le fronton occidental du temple, les amateurs de l'antiquité verront avec plaisir que tous les fragmens tirés de ce même fronton confirment l'opinion énoncée, et en éclaircissent plusieurs détails.

No. 1 . Ce fragment est la partie supérieure du torse de la figure de Neptune, la principale de la composition. Dutems deSpon et Wheler elle existait presqu'entière. Sa tête majestueuse, qui maintenant est détruite,

* La disposition des temples Athéniens étoit à cet égard la même que celle du tabernacle de Moyse et du temple de Salomon. Exode, ch. 26 et 27.

pouvoit être prise pour celle de Jupiter. Le préjugé dont nous avons parlé ci-dessus, avoit fait trouver dans cette statue colossale le père de Minerve. M. Quatremère de Quincy, dans le Mémoire que nous avons cité, a été le premier à y reconnoître Neptune. Le dieu qui d'un coup de trident venoit de faire jaillir du rocher une gerbe d'eau marine, semble se retirer étonné et vaincu par le prodige qui vient d'opérer la déesse sa rivale, qui en frappant la terre de la lance en a fait sortir l'olivier.

Ce qui reste de cette figure peut faire calculer ses dimensions à douze pieds anglais; le style de la sculpture est sublime : dans les parties les mieux conservées, la surface du marbre exprime la souplesse des chairs, quelques veines semblent s'enfler au-dessous de la peau. La suppression de ces vaisseaux dans les figures d'un caractère ferme et musculeux, lorsqu'elles représentent des divinités, est

'donc une innovation qui tient à la manière d'un âge postérieur. Peut-être doit-on cette méthode à Praxitèle. En effet, les veines ne paraissent point dans le torse d'Appollonius qui représentait Hercule déifié. Cet artiste Athénien florissoit vers la fin du 7e siècle de Rome.*

Le beau marbre pentélique qui en est la matière est sujet à se déliter lorsqu'il est exposé durant des siècles aux intempéries de l'air. Les sculptures placées dans les tympans du Parthénon ne pouvoient être assez abritées par la saillie des frontons ; les exhalaisons salines de la mer ont pu contribuer aussi à la détérioration des superficies. Ces causes réunies expliquent d'une manière assez probable pourquoi le dos est mieux conservé que la poitrine. Les injures du tems qui ont fait disparaître quelques détails précieux n'ont pu nuire au bel effet de l'ensemble.

* Voyez le tome vu. du Museo Pio-Clementino, page 97-

La poitrine de Neptune, distinguée par Homère comme la partie la plus imposante de ses formes,* est encore admirable dans l'ouvrage de Phidias.

No. 2. Minerve qui sort victorieuse de la dispute, semble par son mouvement disposée à regagner son char. Je l'avois reconnue dans le dessin de Nointel, principalement à son égide, qui descend en écharpe de son épaule droite et dont les bords échancrés forment à des distances égales des saillies anguleuses, comme dans ses plus belles statues. M. Quatremère étoit d'un autre avis; il croyoit reconnoitre dans cette figure la Victoire qui alloir couronner la fille de Jupiter. La description de Spon sembloit venir à l'appui de son opinion, mais le dessin la démentoit : maintenant le fragment colossal de la statue de Minerve a décidé la question, on ne peut y méconnoître l'égide, chaque point des angles e*l

* Iliad, L. H, v. 479, STspvov h Uo<tuZu-j)a.

percée d'un trou pour y pouvoir rapporter en bronze doré les glands précieux qui faisoient l'ornement de cette armure, suivant la description d'Homère :* suivant le même poète la tête de la Gorgone étoit attachée au milieu de l'égide, -f et au milieu de l'égide on retrouve encore un trou moyennant lequel cet attribut y étoit fixé. Les proportions de ce fragment drapé sont à peu près les mêmes que celles de Neptune. Ces deux figures principales qui tiennent le milieu de la composition, et par conséquent la place où le fronton a plus d'élévation, dévoient être d'une taille plus élevée que les autres; et ce qui ne permet plus aucune espèce de doute relativement à la figure de Minerve, on a trouvé sur le plan inférieur du même fronton le demi masque de la déesse ; ses yeux sont creusés pour y encastrer des globes d'une matière plus précieuse, ainsi que Phidias lui-même l'avoit pratiqué dans le

* Iliad} L. II. v. 448. f Iliad, L. v. v. 741.

colosse de la déesse placé dans le temple : un sillon faisant le contour de son front indique jusqu'où descendoit le casque de bronze doré qui le couronnoit.

No. 3. La troisième figure, ainsi que porte à le croire la vue du fragment qui en reste et qui consiste dans le torse et une partie des cuisses, étoit celle de la Victoire apteros, (sans ailes) qui conduisoit le char de la déesse, et qui sembloit s'approcher d'elle pour l'y recevoir. Ses proportions ne sont guères moindres que celles des deux figures principales de Neptune et de Minerve, mais quoique placée sur un char, sa tête s'élevoit moins que celles des premières, à cause de la position de son corps, qui est tant soit peu replié sur lui-même. C'est cette pose que nous remarquons également dans une autre figure de la Victoire, sculptée sur la frise du Parthénon et conduisant un char ; ainsi que celle que nous examinons. Elle est gravée à la planche XX. du premier

chapitre du second tome des Antiquités d'Athènes par Stuart : l'original est maintenant dans la Collection de Mylord Elgin. Non-seulement ces deux figures sont semblables par l'attitude et par la pose, mais on remarque également dans Tune et dans l'autre, la large ceinture qui assujettit la tunique. Cette draperie semble collée sur le corps, et en indique toutes les formes. On retrouve cette même ceinture sur plusieurs autres figures de la Victoire.* Si Phidias n'a point donné à celle-ci des ailes comme à une autre statue de la même déesse qui étoit placée sur le fronton oriental, c'est qu'il a voulu représenter ici cette Victoire sans ailes que l'on vénéroit à l'entrée de l'Acropole, et qui étoit probablement un symbole ou un augure de la durée et de la stabilité, que les vœux du peuple et de Périclès vouloient assurer à la puissance de leur patrie.

* Bonarroti, Medaglioni, p. 6* et 328.

No. 4. La quatrième figure de ce fronton, celle qui occupoit l'angle à gauche, est, à mon avis, la plus admirable de la Collection. Je pense qu'elle représente Fllissus, le dieu de la petite rivière qui baigne la plaine d'Athènes du côté du midi. Comme le sujet de la composition est la dispute pour la possession de la terre Attique, le fleuve qui l'arrose n'est point étranger au sujet. C'est ainsi que l'Alphée et le Cladéus, fleuves de l'Elide, remplissoient les angles du tympan principal du temple d'Olympie.* Ce personnage demi-couché semble, par un mouvement subit, se lever avec impétuosité, saisi de joie à la nouvelle agréable de la victoire de Minerve. L'attitude instantanée que ce mouvement lui donne est une des plus hardies et des plus difficiles à saisir que l'on puisse imaginer. Il est représenté dans le moment où tout le poids de son corps va se porter sur la main et le bras gauches fortement appuyés

* Pausanias, L. v. c. 10. No. 2.

contre la terre, sur laquelle il appuie également son pied droit. Ce mouvement fait paroître la figure animée : elle semble avoir une vie que nous ne retrouvons que dans fort peu d'ouvrages de Fart. Cette illusion est encore fortifiée par la parfaite expression de la peau qui, dans plusieurs parties de cette statue, grâces à sa place et à sa position, s'est mieux conservée que dans toutes les autres, et qu'on diroit être souple et élastique. Si le fragment d'une tête dont la chevelure ébouriffée est ceinte d'un cordon ou strophium, pouvoit, comme le pense un grand artiste, s'adapter à cette statue,* peut-être ne connoîtrions-nous pas d'ouvrage plus imposant de la sculpture grecque.

Avant de jeter un coup dœil sur le côté droit de ce tympan tel qu'il est représenté dans le dessin de Nointel, il est bon de remarquer que les deux figures assises à

* Cette tête, qui est dans la Collection, répond parfaitement pour les proportions à la figure dont il s^git.

terre et placées autrefois près de celle de Tllissus, et que Spon a cru à tort être celles d'Adrien et de Sabine, suivoient immédiatement la figure que nous venons d'examiner; elles sont restées en place. D'après le dessin cité,* je crois qu'elles représentoient Vulcain et Vénus. Je reconnois ce dieu des artistes à sa calotte, qui est caractéristique ; sa barbe ronde a pu induire en erreur Spon, et la lui faire prendre pour celle d'Adrien, dont les traits se rapprochent d'ailleurs de ceux des figures idéales. Je reconnois Vénus à un autre caractère qu'on retrouve dans toutes ses figures lorsqu'elles sont drapées : c'est l'écartement de la tunique du côté de l'épaule gauche, de manière à laisser paraître le sein. J'avois remarqué depuis longtems ce caractère, et j'en ai parlé ailleurs plus au long, d'après l'autorité d'Apollonius de Rhodes et la comparaison

* On peut voir aussi ces figures gravées dans la PI. IX. vol. ii. ch. I. de l'ouvrage de Stuart.

d'un grand nombre de monumens de tout genre.*

Quant à la restauration des sculptures du Parthénon que l'on a prétendu avoir été faite sous Adrien, outre qu'elle n'est appuyée sur aucune autorité, elle est entièrement contraire à la vraisemblance. Non-seulement le silence de Pausanias semble la réfuter, mais le témoignage de Plutarque en exclut même la possibilité. De son tems, et il étoit contemporain d'Adrien, ces ouvrages de Phidias avoient encore tout l'éclat et toute la fraicheur de

la nouveauté. * Kxpy\ £e Ikohttov en vvv 7rpo<r- (pxTOV eam, KCCl VtOVfflOV.'y

Le côté gauche du tympan renfermoit, à ce que je puis conjecturer, les personnages mythologiques favorables à Minerve : de l'autre coté on avoit représenté tous ceux qui prenoient les intérêts de Neptune,

* Musco Pio-Ckmeni'ino, T. iii. pages î) et 78. f Péricïès, § 13. Stuart a fait à peu près la même remarque.

4 Âmphitryte portée sur son dauphin, Palémon, Leucothée, Latone, que Ton distingue par les deux enfans qui sont sur ses genoux, groupe dont un fragment existe encore dans la Collection de Mylord Elgin. Latone et ses enfans ayant suivi dans l'Iliade le même parti que Neptune, l'autorité d'Homère avoit sans doute fait ranger par Phidias ces divinités du côté du rival de Minerve.

No. 5. Le Torse d'un dieu ou d'un héros nu, dont le dos est couvert d'une draperie, appartenoit à l'un des groupes de ce fronton ; mais comme il ne reste aucun symbole qui le caractérise, on ne peut déterminer, ni quelle place il occupoit, ni quel personnage il représentoit. Si ce fragment appartenoit à la figure qu'on voit dans les dessins de Nointel, près du char de la déesse, nous pourrions conjecturer que cette statue représentoit Cécrops, ce héros indigène, révéré par les Athéniens

comme un dieu et qui avoit rendu témoi- ,, gnage, devant rassemblée des divinités, au prodige opéré par Minerve.*

Quant au mérite de ce fragment, je dois observer que quoique la partie antérieure du corps ait beaucoup souffert, on y remarque encore les traces de ce style noble et grandiose qui étoit le cachet des ouvrages de Phidias.-f

TYMPAN DE i/EST.

La partie du milieu de la composition n'existoit plus à l'époque où le Marquis de Nointel fit dessiner ces précieux monumens : tout le reste est entré dans la Collection de Mylord Comte d'Elgin.

No. 1. En commençant par le côté qui est à la gauche du spectateur, le premier

* Apollodore, L. iii. c. \4.

f To (rejAVOV xa» [j.sya\OTs^vov xcu à^ia)jU,aT<xov

Denis cTHalicarnasse de Isocrate, p. 95, de l'édition de Sylburgius.

objet que l'on remarque est la partie supérieure de la figure d'Hyperion* sortant des flots de la mer avec son char qui ramène le jour. La plinthe représente des ondes : elles ont été exécutées avec soin, quoiqu'elles dussent être invisibles, excepté aux curieux qui pouvoient monter dans Tinté rieur du tympan. La tête du Titan est abbattue : il reste une partie du col et les épaules : ses bras élevés et musculeux, mais sans mains, sont dans l'attitude de retenir avec effort les rênes des quatre coursiers fougueux attelés à son char. Ce morceau, très largement exécuté, peut être comparé par la grandeur du style au Torse d'Apollonius.

No. 2. Les têtes des deux chevaux qui sortent de la mer où le char du Soleil est encore plongé, semblent par la vérité de leur mouvement hennir d'impatience. Les

* Progenies Chiœ clam. Cutulle, Coma Bérénices, v. 44.

parties dont la superficie n'est pas détruite, sont exécutées avec la plus grande finesse.

No. 3. Le troisième morceau est la figure toute entière d'un jeune dieu ; il n'y manque que les mains et les pieds, il est à demi-couché sur un des roches de l'Olympe, qui est couvert d'une peau de lion et d'une large draperie. L'ensemble de cette figure, dont la superficie a souffert, enchante au premier aspect, de quelque côté qu'on la regarde, par l'harmonie de toutes les parties, par la noblesse des contours, et par la grâce de la pose. L'air et les traits de la physionomie rappellent la tête d'Hercule jeune gravée par Gîiéas, le chef-d'œuvre de l'art lithoglyptique.* Ainsi ces restes des sculptures de Phidias nous révèlent la source où plusieurs artistes célèbres de l'antiquité ont puisé les premières idées de leurs chefs-d'œuvre qui sont parvenus jusqu'à nous. Nous revien-

* Stoscb, Pierres antiques gravées, pi. 23.

cirons sur cette remarque à l'occasion des bas-reliefs ; maintenant j'observerai que l'espèce de conformité de la tête de cette figure et de celle d'Hercule jeune dont je viens de parler, ajoute à la vraisemblance d'une conjecture que les formes des membres vigoureux et carrés, ainsi que la peau du lion m'avoient déjà suggérée. Ce personnage est probablement Hercule.

Je sens qu'on peut attaquer cette opinion en lui opposant le témoignage de Pausanias, qui nous apprend que toutes les figures de ce fronton se rapportoienl à la naissance de Minerve :* or, le demi-dieu fils d'Alcmene n'étoit pas encore né luimême à l'époque de cette naissance mythologique ; mais cette objection tombe si nous voulons nous rappeller que la religion des Grecs reconnoissoit un autre Hercule né sur l'Ida de la Crête, et plus ancien que le Thébain, plus ancien même

* L. ]. c. 2J. 6tra sv toi? xaXovixsvoiç ùstoiç x;(T«i, ITANTA sic t>jj 'Aôr;v«j 1^=' y^strtv.

que Jupiter, dont, avec ses frères les Dactyles, il avoit protégé l'enfance.* Ce dieu avoit, ainsi que son imitateur qui prit son nom, purgé la terre des monstres: et dans les allégories des siècles les plus reculés, il étoit devenu un emblème du soleil :-f- tel a été sans doute le motif qu'a eu le statuaire pour le placer en regard du quadrige qui apporte le jour. On sait d'ailleurs que l'Hercule Idéen avoit des statues et des autels dans plusieurs villes de la Grèce.J

No. 4. Le groupe qui suit n'est pas moins admirable : il représente deux déesses assises l'une auprès de l'autre sur des sièges séparés. Ces sièges sont cubiques sans aucun appui, et ornés de quelques moulures ; au lieu de coussins,on y remarque

* Sur cet Hercule plus ancien qui avoit eu soin de Jupiter enfant, et qui avoit combattu pour lui contre les Géants, voyez Pausanias, L. v. c. 7- et Apollodore, L. i. c. 6.

f Orphée, Hymn. xi.

% Pausanias, L. vin. c. 31. and L. xi. c. 27-

des tapis replies plusieurs fois, et on peut suivre le développement de tous leurs plis, tant ils sont précieusement imités. De ces deux figures, celle qui est à la droite, moins grande que l'autre, pose avec beaucoup de grâce son bras gauche sur l'épaule de la voisine. Les têtes de ces statues n'existent plus, le reste est assez bien conservé ; l'invention heureuse de leur pose, l'élégance de leurs proportions, ainsi que l'agencement et l'exécution de leurs draperies, ne laissent rien à désirer, ni pour le goût, ni pour la finesse. Ce groupe colossal étoit un des ouvrages les plus achevés du fronton. Je crois qu'il représentoit les deux grandes déesses dont le culte et les mystères étoient célèbres dans l'Attique, Proserpine et sa mère, Cérès.

No. 5. Les draperies de la figure qui suit sont d'une composition plus simple, mais elles font sentir à merveille le mouve-

ment pressé de la déesse, qui semble courir vers la gauche. La tête et les bras sont perdus, cependant ce qui reste de cette figure suffit pour rendre probable qu'elle représente Iris.

La messagère des dieux va répandre jusqu'aux extrémités du monde le prodige dont elle a été témoin sur l'Olympe. Le manteau léger et voltigeant qui s'enfle et s'élève au-dessus de ses épaules est un des attributs de ce personnage mythologique.*

Toutes les figures qui appartenoient au centre de la composition, dont les principales représentaient Minerve tout armée sortant de la tête de Jupiter, avoient disparu depuis un tems immémorial : il ne nous reste plus qu'à examiner celles qui rem-

* Voyez dans les miniatures du Virgile Vatican la figure d'Iris qui excite Turnus à la guerre, L. ix. de l'Enéide ; et dans les bas-reliefs qui représentent la chute de Phaëton, la figure dont la draperie voltigeante décrit un arc au-dessus de sa tête (Winckelmann, Mon u menti inediti, No. 43 ; Maffei, Muséum Vêronensc, p. lxxi.)

plissoient l'angle à droite et qui sont plus ou moins bien conservées.

No. 6. Le char de la Nuit qui se plonge dans l'océan au même instant que celui du Soleil s'élève en orient, terminoit de ce côté la composition. Euripide, contemporain de Phidias, en décrivant dans l'Ion la riche tenture du pavillon Delphique, suppose que le char de la Nuit y tenoit le milieu, tandis que le Soleil se plongeoit dans la mer du côté d'occident, et qu'à l'extrémité opposée l'Aurore sortoit des ondes.*

La tête de l'un des chevaux de la Nuit est dans la Collection. Les voyageurs qui avoient méconnu l'entrée du Parthénon, en supposant que les sculptures de ce

* Ion. v. 1 1 4 ; dans des bas-reliefs antiques exécutés à Rome, le Soleil qui se lève, et la Nuit qui descend sous rhorison ont été représentés aux deux extrémités d\me composition. V. Ficoroni. Roma antîca, p. 115: deux médaillons placés sur les deux côtés de TArc de Constantin offrent des sujets anologues.

tympan dévoient exprimer la dispute de Neptune et de Minerve, avoient prétendu reconnoître dans ce fragment la tête d'un cheval marin.* Cette tête est d'une exécution parfaite, et la superficie en est fort peu dégradée. On y admire cette expression de la vie que les grands artistes seuls savent donner à leurs imitations de la nature. C'est ce que l'on admiroit au tems de Martial, même dans les poissons modelés par Phidias :

Adde aquam, natabunt.-f*

No. 7. Le groupe qui vient immédiatement après est un des plus remarquables de la Collection. Deux déesses y sont représentées, l'une assise et l'autre à demicouchée sur un rocher. Tout ce que nous avons dit de la grâce des poses, de l'art et de la finesse des draperies qu'on admire dans les deux figures du No. 4, doit être ap-

* Spon, loco citato, tom. ii. p. 87 ; Wheler, loco ciiato, page 361.

t L. ni. Epigram. 35.

pliqué à ce groupe, encore, s'il est possible, plus admirable : malheureusement il n'est pas moins mutilé que le premier : les têtes et les mains y manquent.

No. 8. Avant de hasarder aucune conjecture sur ces deux figures, il est nécessaire que je fasse mention d'une troisième qui étoit près d'elles, comme on le voit dans le dessin de Nointel. Le mérite de cette figure,que letems a encore moins respectée, n'est pas inférieur à celui des autres. Nous remarquons dans les plis et les jets des draperies, car cette figure est drapée, et représentoit une déesse, nous y remarquons, dis-je, cette variété qui en imitant celle de la nature fait tant de plaisir au spectateur, et annonce la fécondité du génie de l'artiste.

Je pense que ces trois déesses sont les Parques. Elles présidoient, suivant la mythologie grecque, à la naissance ainsi qu'à la mort ; elles étoient les compagnes d'Ilithyie, déesse des accouchements, et chan-

toient les destinées des nouveaux nés.* Nous voyons dans une ancienne patère, la Parque assister à la naissance de Bacchus, qui sortit de la cuisse de Jupiter comme Minerve de sa tête.-f*

La Parque demi-couchée forme, pour ainsi dire, le pendant de l'Hercule du côté gauche. Nous avons remarqué les rapports qu'avoit ce dieu avec le Soleil ; les Parques sont les filles de la Nuit.

No. 9- Une déesse de la famille des Titans comme Iris, et légère comme elle, la Victoire (Nice), occupoit de ce côté la place correspondante. Cette figure ne se voit pas dans les dessins de Nointel, mais on l'a retrouvée abattue sur le plan inférieur du fronton. Le torse, car le reste est

* Homère, Odyssea vin. v. 198; Pindare Oîymp. Od. v. v. 72; et Nemea, Od. vu. v. 1 ; Spanhem. ad Callimach. Hymn. Dianœ, v. 22.

•j- Voyez dans mon ouvrage sur le Museo Pio-Clementino, la planche B (par erreur du graveur marquée A) p. 99.

perdu, a une expression de mouvement non équivoque ; ses draperies et sa ceinture ont une ressemblance remarquable avec la ceinture et la tunique de la Victoire sans ailes qui, dans le fronton occidental, conduit le char de Minerve. Mais l'emblème caractéristique de celle que nous examinons n'a pas entièrement disparu : les trous dans lesquels les ailes de bronze doré dévoient être scellées sont évidents. La Victoire a vu naître la vierge guerrière qui sera sa compagne inséparable, elle en tressaille de joie.

Voilà donc quatorze morceaux de sculpture de ronde bosse, tirés d'une des plus célèbres compositions de Phidias, sortis peut-être tous de sa main, et certainement du moins tous conçus par lui, sauvés de la destruction prochaine qu'un voyageur fort instruit leur avoit prédite.* Dans leur

* Chandler, Travels in Greece, c. x. p. 50. It is to be regretted that so much admirable sculpture as is still

nouveau séjour au milieu d'une nation éclairée et qui encourage particulièrement la sculpture, ils exciteront les talens des jeunes artistes, et les dirigeront dans la route qui conduit à la perfection de l'art. Nous n'avons qu'à regretter que la noble idée qu'a eueMylord Elgin de les soustraire aux ravages journaliers d'une nation barbare ne soit venue un siècle et demi plutôt à quelque riche et puissant amateur.

extant about tliis fabric, should be ail likelv to perish, as it were, immediately, from ignorant oontempt and brutal violence. Numerous carved stones hâve disappeared ; and many lying in tlie ruinous heaps moved our indignation at the barbarism daily exercised in defacing them.

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