‹ Lettre du chev. Antonio CanovaChapitre 6 sur 17 · FRISE DE L EST · texte numérisé non relu

FRISE DE L EST

No. 1. et 2. La partie de la frise qu'on voyoit au-dessus de la grande porte orientale, qui faisoit l'entrée principale du temple, offre au spectateur cinq figures qui suffisent pour caractériser le sujet de cette grande composition. — No. 1. On y voit à la gauche une prêtresse,f probablement la reine,;]: ou l'épouse de l'Archonte qui ayant la surveillance des rîtes et des solemnités religieuses prenoit le nom à' Archonte roi. Cette prêtresse est dans l'action de recevoir de deux Cancphores, ou porteuses des corbeilles sacrées, les objets servant aux rîtes du sacrifice, qu'elles apportent

* Stuart, Antiq. ofAthens, tom. ii. ch. 1. pi. XXII. XXIII. XXIV. XXV. XXVI. et XXX. C.

t Stuart, Antiq. of Athcns, tom. ii. ch. 1. pi. XXIV. et XXX. C.

\ Voyez les autorités citées par Potter, Archaeologia Graeca, L. i. c. 1 2. On pourroit aussi reconnoître dans cette figure Tune des deux principales prêtresses de Minerve, celle peut-être qu'on appeloit Kwp (Cosmo) nom qui dérive de l'arrangement des objets sacrés confiés à ses soins. Meursius Lect. Atticœ, L. iv. c 11.

sur leurs têtes, et qu'on a recouverts d'un voile.* L'une des Canéphores a un flambeau dans la main, l'autre un rouleau déployé, sur lequel on suppose écrit l'hymne à Minerve que ces vierges chantoient dans leurs marches religieuses. On trouve sur d'autres monumens de sculpture des Canéphores ayant un rouleau dans la main. -f- Et je pense que le nom deprosodes (7rpo<ro$oi) que l'on donnoit à certains

* Ces corbeilles rondes et larges, Lata canistra, comme les appelle Ovide (Fastor. n. v. 650) étoient en usage dans les cérémonies grecques, comme on peut s'en convaincre par l'inspection de plusieurs monumens, entr'autres par la terre cuite publiée parWinckelmann,i1/o»î/w. ined. No. 1 82. Je ne pense pas qu'on doive chercher l'explication de ces figures dans les Canéphores mystérieuses de Minerve Poliade, dont parle Pausanias, L. i. c. 27- Le Scholiaste d'Aristophane, Pax, v. 948, indique les objets dont ces corbeilles sacrées étoient remplies.

f Telle étoit une Canéphore de la Villa Negroni à Rome qui faisoit le pendant de celle qui, du cabinet de Mr. Townley, a été transportée dans le Musée Britannique. Ces statues représentent des Canéphores Dionysiaques : les paniers qu'elles portoient sur la tête avoient la forme de vases, et étoient d'or ou d'argent : elles-mêmes étoient richement ornées: V. Spanheim ad Callimach.

hymnes étoit dérivé de l'usage de les chanter dans le chemin (lv o7w) en allant vers les temples des dieux. Les anciens écrivains n'ont pas négligé de remarquer cet usage dans la pompe des Panathénées,* et ils nous apprennent que les Canéphores étoient choisies parmi les vierges issues des plus nobles familles. -f-

No. 2. Sur la droite du spectateur et à la gauche de la prêtresse, on voit un personnage couvert d'une ample draperie et qui est peut-être F Archonte roi ;$ il reçoit des mains d'un jeune homme, (l^jGoç) ephebus, une grande pièce d'étoffe pliée en carré, et dont les plis nombreux ressem-

Hymn in Cerer. v. 128, p. 733 et 734. Les Canéphores caryatides de la Villa Albani à Rome, ouvrage de Criton et de Nicolaiïs Athéniens, sont des imitations des mêmes modèles.

* Héliodore Aethiop. L. i. p. 18.

-f- Hesychius et Harpocration, Kavrj4>opo».

\ Cet Archonte (BacriÂîu;), à ce que dit le Scholiaste d'Aristophane, Acharn. v. 1 222, avoit la surintendance des pompes sacrées et des sacrifices.

blent aux feuillets d'un livre.* Je crois reconnoître dans cette étoffe le péplum, ce grand voile brodé et historié, qu'on ne renouvelloit qu'à l'époque des grands Panathénées, et qu'on portoit depuis le Céramique jusqu'au temple d'Apollon Pythien, suspendu au mât d'un vaisseau, qui au moyen d'une méchanique cachée glissoit sur le chemin et faisoit le principal ornement de la procession. -j-

Lorsque la pompe étoit arrivée à l'endroit indiqué, on détachoit du mât le péplum, et on le portoit, sans doute après l'avoir plié, dans le temple, où il étoit

* Stuart, loco citai», PI. XXIII. et XXX.

-f- Meursius, Panathenaea, c. 17, 18, et 19. Je prendrai cette occasion pour corriger un passage de Philostrate (Vitœ Sophist. L. n. Herodes, § V) qui a rapport à cette cérémonie : on y dit de ce navire (vauc) qu'il glissoit sur des machines souterraines : ùnoycuoi; jxr^xvxtg V7ro\i<rûcuvouo-a.v. Il est clair qu'il faut lire s-xr/cioiç, qui glissaient sur le sol. Alors le récit de Philostrate sera d'accord avec celui d'Héliodore (Adhiop. loco citato) vxvs im yw 7r£ju,7rîiv ; avec le Scholiaste d'Aristophane, Pax, v. 418: vwjç Itti yy\c, jrAe»; et avec le sens commun.

substitué à l'ancien péplum qui, durant quatre ans, avoit servi de rideau devant la statue colossale de la déesse.

Le jeune Athénien n'a d'autre vêtement qu'une chlamyde : les anciens écrivains ne nous ont pas laissé ignorer que ces chlamydes, jusqu'à l'époque d'Hérode Atticus, c'est-à-dire, jusqu'au siècle des Antonins, étoient noires.*

No. 1 . De chaque côté des deux groupes que nous avons décrits, et qui occupoient le centre de la composition, on voit six sièges (douze en tout) sur lesquels sont assises des divinités et des héros déifiés. Le dieu assis sur le siège qui est le plus près des Canéphores et le plus orné, est sans doute Jupiter.-f Ce siège est proprement un thrône dont les bras sont soutenus par des Sphinx ailés, comme dans le thrône d'Olympie et dans d'autres sièges de

* Philostrate, loco citato.

f Stuart, ko citato, PL XXIV. et XXX.

Jupiter.* Les contours de la barbe, et le jet de la draperie sont tels que nous les remarquons sur d'autres images du roi des dieux.-f- Tout auprès de lui, est assise une déesse coiffée d'un voile qu'elle semble arranger de ses deux mains, dans une attitude pleine de grâce. On la croiroit Junon, si on ne voyoit pas derrière son siège la figure de la Victoire ailée, qui nous avertit que la déesse assise est Minerve, la fille de Jupiter, qui partage tous les honneurs de son père,J qui tient après lui la première place. Elle n'est pas ici en habit de guerrière, c'est Minerve

* Admiranda, tab. 28 ; Zoega, Basslrilievi di Roma, T. i. v. i.

t La semelle énorme qu'on remarque à la chaussure du pied gauche de cette figure, (Stuart, loco citato, PI. XXIV.) avoit fait penser qu'elle pouvoit représenter Vulcain. Maintenant que nous avons sous les yeux le marbre original, nous pouvons nous convaincre que cette prétendue semelle n'est que le bord inférieur de la frise, écorné à cet endroit.

X Callimaque, Hymn. in Lav. Palladis, v. 133 ; Aristide, in Minervant, p. 10. de l'édition de Jebb ; Horace, Curm. L. i. ode 12, v. 19.

pacifique, la déesse du savoir, telle que je l'ai remarquée ailleurs sur d'autres monumens de l'art des Grecs.*

No. 3 et 4. A la gauche du spectateur, quatre autres sièges également simples et de la même forme suivent celui de Minerve rjsur le premier est assis un jeune dieu qui de ses mains entrelassées serre son genou droit qu'il élève comme pour le placer sur l'autre. Nous remarquons cette même attitude dans le Mars en repos de la Villa Ludovisi à Rome.t

La ressemblance de la pose de plusieurs figures duParthénonavec celle de plusieurs statues célèbres qui nous restent de Fantiquité, prouve l'admiration qu'on avoit dans les écoles de la Grèce pour ces ouvrages de Phidias, et nous fait connoître l'esprit d'imitation qui animoit ces écoles, et au

* Museo Pio-Clementimo, Toni. v. tav. 26*.

•f Stuart, loco cîtato, pi. XXV. et XXX. C.

+ Maffei, Statue di Iioma, tav. LXVI. et LXVII.

moyen duquel les artistes de cette nation se sont surpassés Fun l'autre, et pendant six siècles ne se sont jamais écartés de la route du beau, ni dans la doctrine ni dans la pratique. Pour confirmer ce que j avance, je vais indiquer quelques unes de ces imitations.

Sur le fronton de l'ouest, vers l'angle du tympan du côté du sud, on remarque dans les dessins de Nointel, une figure assise qui répond à l'ilissus de l'angle opposé, et représente probablement le dieu du Colonus ou de quelqu'autre montagne del'Attique.* La pose de cette statue est à peu près la même que celle du Torse souvent cité d'Apollonius Athénien.

Sur l'un des métopes on voit un Centaure les mains liées sur le dos, dont le torse et le mouvement de tête semblent avoir été

* On peut voir un croquis de ce dessin, gravé dans la traduction Française de l'ouvrage de Stuart, publiée par M. Landon, T. il. ch. 1. pi. XV. fig. 1. Neptune avoit un temple sur la colline appelée Colonus Hippius, Colone, (Pausanias, L. i. c. 30.)

imités par Aristéas et Papias dans le plus vieux de leurs centaures.*

Sur cette même frise on retrouve deux fois répétée la pose du Jason, autrefois appelé le Cincinnatus, de la Galerie de Versailles.^

On y retrouve encore celle des statues colossales du Quirinal, une fois, presqu' entièrement semblable, une seconde fois répétée, à quelques légères différentes près.J

Il est donc vrai que ces productions du tems de Périclès ont servi de modèle aux artistes postérieurs de l'école Athénienne.

En revenant à notre sujet, je ne pense pas que la figure qui ressemble au Mars en repos représente ce dieu sur la frise du

* Stuart, T. il. ch. 1. pi. X.; Museo-Capitolino, T. iv. pi. 13.

f Stuart, T. n. ch. 1. pi. XXX. A; Maffei Statue di Roma, pi. LXX. Voyez aussi le Musée Français, 51c. Livraison.

+ Stuart, loco citato, pi. XVIII. et XXX. A; Maffei, loco citato, pi. XI. et XIII.

Pàrthénôn. Outre qu'il n'en a pas les attributs, sa place à côte de Cérès me fait conjecturer que c'est plutôt Triptolême, ce héros de FA ttique, cher à la déesse d'Eleusis, qui montra au genre humain la culture du bled, et contribua ainsi que Bacchus à la civilisation des nations. Quant à Cérès, il me paroit hors de doute que c'est elle qui occupe le siège à la droite de Triptolême : sa tête est couronnée, son grand flambeau la caractérise ; et il m'est impossible de concevoir comment Stuart a pu se tromper au point de prendre cette figure pour celle de Jupiter, et son flambeau pour le foudre.*

No. 4. Deux autres jeunes dieux occupent les deux sièges prochains,*!* ils sont assis en sens opposé ; mais celui qui est placé vis-à-vis de Cérès tourne la tête pour

* Stuart, loco citato, pi. XXV. on voit clairement sur le marbre que ce flambeau étoit orné de bronzes. f Stuart, loco citato.

regarder son frère, sur l'épaule duquel il pose amicalement son bras droit. J'ai dit, pour regarder son frère, car je crois que ces deux figures, qui se ressemblent en tout, excepté dans leur mouvement, représentent les deux fils de Jupiter et de Leda, les Dioscures, ou comme les Athéniens les nommoient, les Anaces, Castor et Pollux, qui avoient des temples à Athènes.*

En nous tournant vers la droite, après le jeune homme porteur du péplum, six autres sièges étoient occupés par six autres divinités. Les deux premières font partie de la Collection ; et je les reconnois sans hésiter pour Esculape et sa fille.*j- Le siège de la déesse de la santé est immédiatement après la figure du jeune homme qui porte le péplum : l'habit d'Hygiée est très simple,

* Suivant une tradition que Cicéron nous a conservée, (de Nat. Deor. L. m. § 21) les Dioscures vénérés par les Athéniens étoient au nombre de trois, et ils étoient nés de Proserpine. On auroit pu les reconnoître avec leur mère dans ces quatre figures assises, mais Topinion que j 'ai exposée me paroit plus probable.

-f- Stuart, loco citato, pi. XXIII. et XXX. C.

ainsi que sa coiffure ; il consiste dans une tunique sans manches, surmontée du petit péplum : un serpent, qui est son attribut, s'entortille à son bras gauche ; son père assis en avant d'elle, et dans le même sens, se tourne pour la regarder, en s'appuyant sur le bout d'un bâton. Sa barbe et ses draperies ressemblent à celles de Jupiter, mais son air et sa pose ont moins de majesté. Dans les dessins gravés pour l'ouvrage de Stuart, on a changé le serpent d'Hygiée en une draperie : ainsi les deux figures étoient méconnoissables.

On ignore ce que les quatre figures suivantes sont devenues : elles n'existoient plus en place du tems de Stuart qui ne les a pas connues, mais M. De Nointel les avoit fait dessiner, et M. Le Comte De Choiseul Gouffier a pu se procurer le plâtre de la dernière. D'après les dessins de Nointel, je conjecture que le dieu assis auprès d'Esculape étoit Neptune, que son fils, Thésée, occupoit la seconde place : en

effet cette figure est sans barbe, et semble regarder affectueusement la première. Les deux figures de femmes assises qui suivent, représentent probablement deux sœurs, comme le groupe du côté opposé représente deux frères. Ces sœurs sont deux filles de Cécrops, Aglaure et Pandrose, Tune et l'autre honorées de temples sur l'Acropole, et regardées par les Athéniens comme des divinités.* Pandrose est coiffée d'un voile, particularité qui confirme la conjecture que je viens de proposer; car sur un bas-relief Athénien, publié dans YArchaeographia Jl orsleyana, qu'autrefois j'ai vu et expliqué, et sur lequel on a représenté les trois filles de Cecrops avec leur père, une seule d'entre elles est coiffée d'un voile.-)-

* Hérodote, L. vin. c. 53 ; Pausanias, L i. c. 1 8 et 27 ; Meur'sius, Cecropia, c. 22 et 28, dans le Trésor de Gronovius, T. iv.

-f- Archaeographia Worshyana, T. i. p. 19 et 22, où Ton a inséré mon explication du monument, écrite en Italien.

Un jeune garçon tout nu et la tête ceinte d'un cordon ou strophium s'appuie sur les genoux de l'héroïne déifiée : c'est sans doute Erechthée, ce fils de Vulcain et de la Terre* confié par Minerve aux trois filles de Cécrops, et plus particulièrement à Pandrose, qui seule ne viola pas par une indiscrette curiosité, le secret de la déesse.-j- Ce groupe dont j'ai sous les yeux le plâtre, étoit d'une belle conservation, et il terminoit de ce côté l'arrangement symmétrique des douze sièges.

No. 4. Mais du côté opposé, vis-à-vis de la dernière figure qui représente l'un des Dioscures, on voit sur le même marbre quatre figures d'hommes : elles sont d'une

* Erechthée ou Ericthonius passoit pour l'un des instituteurs des Panathénées : Thésée les avoit renouvelés : Meursius, Panathenaea, c. 3.

-f* D'autres mythologistes supposoient que Minerve n'avoit confié Erichthonius qu'à deux des filles de Cecrops, Aglaureet Pandrose; l'artiste avoit probablement suivi cette tradition: (Fulgentius, Mythoîog.'L. il. c. 14).

moindre dimension que celles qui représentent des divinités, ce que nous avons pu remarquer déjà dans les figures du centre.* Cet usage,que l'on peut appeler homérique, puisqu' Homère en a donné l'exemple dans la description du bouclier d'Achille,^ est observé sur presque tous les monumens qui nous viennent d'Athènes ;J quant à ces quatre figures, elles représentent sans doute des personnages revêtus des magistratures et des sacerdoces les plus éminents, et qui étoient chargés de la surveillance et de la direction de la fête. Ces fonctions regardoient principalement les dix Archontes ; les Nomophylaces ou Gardiens des loix ; § ceux qu'on appeloit Rois des Tribus (QuXolSzo-iXeiç) ; || et les héraults des pompes

* Stuart, T. n. ch. 1. pi. XXV. et XXVI. Comme les divinités sont assises et les hommes debout, la différence de leurs dimensions n'offre rien qui choque.

-f- Iliade, L. xviii. v. 519.

Aaoj ? ônoKiÇoveg Yjcrctv.

J lie Museo Pio-Clement'ino, T. v. p. 52, tav. 27- § Suidas, v. NojU-o^uÂaxej.

|| Hesychius, v. «ÊvAo/Saa-fXs^.

(kijpvjcêç Trepi tocç Tropiroiç).* Il est impossible de déterminer maintenant à laquelle de ces dignités et de ces emplois peut avoir rapport chacune des figures représentées, tant sur ce marbre que sur quelques autres qui le suivent, ou qui en font le pendant du côté opposé. Plusieurs de ces figures ont des bâtons ; la plupart sont couronnées, quelques unes sans barbe ; mais la noble simplicité de leurs poses, les jets heureux de leurs draperies, le grand style du nud, les rangent toutes parmi les ouvrages les plus recommandables de l'école grecque.

No. 5. Le morceau qui vient après représente deux de ces personnages, et ensuite sont six jeunes femmes qui avançant vers la droite ouvrent la marche de la procession : deux d'entr'elles portent des candélabres.

Toutes ces figures, en commençant par les deux sièges d'Esculape et d'Hygiée,

* V. Pollux, Onomast. vin. No. 103.

ont été gravées dans l'ouvrage de Stuart ;* mais pour ce qui regarde l'exactitude des détails, on ne peut avoir une entière confiance dans ses dessins où l'imagination de l'artiste a souvent suppléé les objets effacés par la vétusté. La calotte dont il couvre la tête d'une de ces figures-f- ne se retrouve pas sur l'original, où cependant on voit plusieurs têtes ceintes d'un bandeau, ornement que, suivant le témoignage des anciens, quelques magistrats d'Athènes avoient coutume de porter dans cette cérémonie.*

No. 6. Six autres femmes marchant dans le même sens et tenant dans leurs mains des vases à anses, continuent l'ordre de la pompe. Si ces vases étoient des aiguières (vtytcci),% nous reconnoîtrions dans ces

* 2e. Vol. aux planches XXII. XXIV. XXV. et XXVI. et XXX. c. du ch. 1.

f Stuart, loco citato, pi. XXVI.

| Suidas, v. No/xo^uAaxsj.

§ Meursius, Panathcnaea, c. 21.

figures les femmes des étrangers domiciliés à Athènes (^eroncoi) qui portoient ces vases dans la procession, et prenoient Fépithète à'hy driaphores, porteuses d'aiguières;* mais je ne crois pas que ces vases soient des lujdriœ: j'y reconnois plutôt les arytœnœ ou prœfericula, vases qui servoient aux libations ; et ces figures me paraissent représenter des vierges Athéniennes. Ce morceau n'a point été connu de Stuart, non plus que les deux suivants. No. 7- Le premier représente quatre autres femmes qui, dutems de Nointel, lorsque ce marbre étoit moins dégradé, portoient dans leurs mains des patères. Le second est plus intéressant et mieux conservé, c'est le marbre qui faisait l'angle de la frise entre Test et le sud.

No. 1. de la Frise du Sud. Le côté oriental de ce marbre n'offre que la figure d'un magistrat ou directeur de la pompe, dans

* Aristophane, Equités, v. 1091.

le même costume que ceux dont j'ai fait mention ci-dessus ; le côté méridional représente le commencement de la marche des victimes ; mais je n'en parlerai que quand je serai parvenu à l'examen de cette partie de la frise : je dois me borner maintenant à celui des bas-reliefs de la frise orientale dont nous nous occupons, et qui à partir du groupe de Pandrose et d'Erechthée, d'un côté, s'étendent de l'autre, et toujours vers la droite du spectateur, jusqu'à l'angle delaCe//«, qui tourne vers le nord.

No. 8 et 9- Les sept premières figures sculptées sur deux tables de marbre qui se rattachent l'une à l'autre, représentent des magistrats Athéniens : ces figures et celles des jeunes femmes représentées sur les tables qui sont à la suite, complètent l'arrangement symétrique de bas-reliefs de cette partie de la frise, et forment en quelque sorte pendant avec les figures du côté gauche.

Le bas-relief qui faisoit suite est maintenant à Paris dans le Musée Royal : c'est à M. le Comte de Choiseul Gouffier que la France en est redevable. Des jeunes femmes Athéniennes avancent vers le côté gauche rangées deux à deux et déposent dans les mains de quelques personnages, qui par leur costume ne diffèrent pas de ceux que je viens d'indiquer, les ustensiles des sacrifices qu'elles portoient dans la pompe. Des patères sont encore dans les mains de quelques unes ; mais il ne reste que des traces et des vestiges de scellement de quelques autres ustensiles qui sans doute étoient de bronze doré, et un peu plus saillans.*

No. 10. Le morceau qui existe dans la Collection de Mylord Elgin, et qui représente cinq femmes marchant vers la gauche,

* Ce bas-relief a été gravé en différens ouvrages : entr' autres dans les Monumcns inédits de M. Millin, T. n. p. 13.

faisoit suite au précédent. La première de ces figures porte un candélabre, la seconde et la troisième ont des vases, et les deux dernières des patères, ainsi que les femmes représentées sur l'angle opposé.*

Deux autres figures terminoient de ce côté les sculptures de la façade orientale, ainsi que nous le voyons dans le dessin que Jacques Stuart en a fait graver.f-

On remarque dans le costume de toutes ces figures de femmes une différence qui les distingue; quelques unes d'entr'elles, et c'est le moindre nombre, s'enveloppent d'un grand péplum : je pense que celles-ci représentent les dames Athéniennes qui en raison de leur sacerdoce ou des fonctions de leurs époux, avoient droit de paroître dans la pompe des Panathénées. Les autres sont les vierges de l'Attique appelées par les rîtes religieux de leur patrie à

* Stuart, Ant. of Ath. T. n. ch. I. PI. XXIT.

•f- Loco citato.

former le plus bel ornement de cette pompe solemnelle.*

FRISE DU NORD.-f

Les fragmens de cette frise, que Stuart a publiés,^ nous prouvent que la marche des taureaux conduits comme victimes commençoit de ce côté ainsi que de celui

* Feu le Chev. Richard Worsley avoit rapporté d'Athènes un bas-relief qu'il prétendoit avoir appartenu à la frise du Parthénon, et qui représente Jupiter et Minerve recevant les hommages d'une troupe d'Athéniens sculptés sur une moindre échelle que les figures des deux divinités: (V. le 1er vol. de V Achaeograplùa Worsleyanc;, p. 1 ). J'ai dans le tems partagé son opinion ; mais à présent que je connois mieux l'ensemble des bas-reliefs du Parthénon, je pense que celui-ci, quoique fort précieux, n'a jamais pu faire partie de la frise que nous examinons. Sur ce morceau Jupiter et Minerve n'ont que les dimensions des figures humaines sculptées sur le reste de la frise, sur laquelle d'ailleurs on ne voit pas des figures aussi petites que celles qui sur le bas-relief du Chev. Worsley représentent des hommes.

f Stuart, loco citato, pi. XIII. XIV. XVII. XVIII. XIX. XX. XXI et XXX. B.

J Stuart, loco citato, pi. XXI. et XXX. B.

du sud, la décoration de la frise, et se joignoit à la marche des femmes, sculptée sur l'angle de la face orientale. Je parlerai de ces sacrifices lorsque j'examinerai les bas-reliefs du côté méridional, qui existent dans la Collection. Je porte maintenant mes regards sur les objets qui étoient à la suite des victimes, et je m'arrête aux deux figures (No. 1.) des Scaphéphores.

On sait que les étrangers domiciliés à Athènes, où ils étoient distingués par la dénomination de Métèques (peroixoi), paroissoient dans la pompe et y participoient ainsi que leurs femmes avec les citoyens d'Athènes, mais qu'ils y remplissoient des fonctions qui marquoient leur infériorité.* Ils portoient sur leurs épaules, non des corbeilles, mais des espèces de plateaux remplis de plusieurs genres d'offrandes et particulièrement de pains qu'à cause de leur forme ou de leur prix les Athéniens nommoient Obelias. De là l'épithète

* Meursius, PanatJienaca, c. 21 et 23.

iVObeliaphores* donnée aux Métèques auxquels on donnoit aussi celle de Scaphêphores.-j- Meursius et d'autres savants avoient cru que cette dernière dénomination leur venoit de ce qu'ils marchoient dans la pompe avec des bêches (scaphia, a-Kccpia): mais Alberti dans ses notes sur Hesychius % a prouvé qu'elle étoit dérivée des mots scaphos ou scaphê (o-xotipoç, trKxÇy), en Latin, alveolus, espèce de plateaux de bois, et quelque fois d'or ou d'argent, qui avoient les bords relevés, et qu'on remplissoit de pains, de gâteaux, de fruits et d'autres objets propres aux offrandes. Les deux Métèques sont couronnés ; et leurs draperies les enveloppent d'une manière noble et pittoresque. §

Les dessins précieux que nous citons souvent, nous montrent les Ascophores ou

* Athénée, L. ni. p. 111.

•f* Hesychius et Suidas, v. 2x«£»]f<y>oi. I Loco citato. Comparez aussi Aristophane, Eccï. v. 742; Equit. v. 1315.

§ Stuart. T. n. ch. 1. pi. XXI.

porteurs d'outrés, à la suite des Scaphéphores; ils portent le vin destiné aux libations : et Suidas nous apprend que c'étaient les citoyens d'Athènes eux-mêmes auxquels cet office étoit réservé.* Dans les mêmes dessins de Nointel, nous voyons marcher après eux trois joueurs de flûte, et ensuite quatre joueurs de lyre. Périclès, pour embellir encore les fêtes des Panathénées, avoit institué des concours de musique, et plus particulièrement de ces deux instruments,^- et Phidias n'avoit point négligé de consacrer dans les bas-reliefs du temple ce nouvel ornement que son protecteur et son ami venoit d'ajouter à la solemnité.J

La marche des personnes à pied étoit terminée de ce côté par une troupe de citoyens, parmi lesquels on distinguoit un certain nombre de vieillards. Ce sont sans

* Suidas, v. 'Acrxoj Ktjjo-iÇcovtoj.

-f* Meursius, Panathenaea, c. 10.

j Plutarque in Pericle, § 1 3.

doute ces vieillards choisis, à cause de leur aspect noble et vénérable, parmi les citoyens de leur âge, et qui faisoient partie de la pompe, portant des rameaux d'olivier.* Ces rameaux, à la vérité, ne paraissent pas sur le dessin, soit que le dessinateur ne les ait pas su distinguer, soit que le tems les ait effacés, soit enfin que ces accessoires fussent de bronze, et qu'ils eussent tout à fait disparu ; car cette partie de la frise n'existe plus maintenant que dans le dessin. Ici se termine la marche des personnes à pied, et commence celle des chars et des cavaliers. Les courses des cavaliers et celles des chars faisoient partie de la fête ; et leurs évolutions étoient nommées Hippodromies (iirvoiïpofjuxty.'f

* Meursius, Panathenaea, c. 20.

-f- Aristophane, Pai\ v. 8oï), et suivant ; où il est fait mention expresse des courses des chars. A ces dernières font allusion aussi le même poète dans plusieurs passages des Nuées; Nub. v. 15, £5, et suivans, 122, &c. etDiogène de Babylone dans Athénée, L iv. p. 168, F. D'après ces autorités, il faut suppléer ce que Meursius

Les citoj'ens les plus aisés qui servoient dans la cavalerie, et dont la classe formoit presqu'un ordre dans la république, marchoient à cheval dans la pompe, et plusieurs d'entr'eux sous les armes.*

Ceux qui conduisant les chars, coucouroient aux prix de la course, étoient armés suivant l'institution deThésée.-f Ces notions expliquent d'une manière assez heureuse tout ce que nous voyons représenté dans la plus grande partie des bas-reliefs qui ornent la frise des côtés du nord et du sud. Quant aux chars, quelques uns sont attelés de quatre chevaux, tbÔpittttoi (quadriges), d'autres de trois, et de deux, TfiTTCûXcc appurz, (rvvupiSeç (triges et biges).

(Panathen. c. 8) et Barthélémy (Anarcharsis, c. XXIV, p. 46) ont dit des courses Panathénaïques ; car ils paroissent n'avoir connu que celles des cavaliers.

* Xénophon, de Magist. Equitum. c. 3. Thucydide, L. vi. § 56, et 58.

f V. le Scholiaste d'Aristophane ad v. 28 Nub.

No. 2. Un des morceaux les plus remarquables est celui où le char attelé de deux chevaux est conduit par la Victoire personnifiée.* C'est sans doute le bige qui a remporté un des prix de la course. La Victoire n'a point d'ailes ; mais deux courroies qui descendent de ses épaules et se croisent sur sa poitrine les font supposer : ce sont les attaches des ailes, comme si ces moyens de voler pouvoient être pris et déposés à volonté, par les êtres célestes. C'est ainsi que nous voyons quelquefois Mercure attacher des talonnières à ses pieds. J'ai remarqué sur d'autres monuments cette manière d'indiquer les ailes : et on voit ces mêmes courroies sur deux statues représentant la Victoire, qui ont été trouvées à Rome et qui existent maintenant parmi les antiques du Roi de Prusse.-f- La Victoire de

* Stuart, loco citato, PI. X.

•f Cavaceppi. Raccolta di Antiche Statue, Tom. III. p. 3 et 4; Museo Pio-Chmcntïno, Tom. IV. p. 81.

la frise du Parthénon a sa tunique serrée d'une large ceinture, semblable à celle que nous avons remarquée sur la statue de la même déesse qui conduisoit le char de Minerve, dans le tympan occidental de ce même temple.

No. 3. Nous voyons aussi une figure semblable portée sur un trige. C'est un emblème de la Victoire, dans les courses de cette autre espèce de chars.

Nos. 4, 5, et 6. Trois autres morceaux nous offrent encore des chars, l'un d'eux attelé de trois chevaux est monté par un guerrier : un seul de ces trois bas-reliefs a été dessiné dans l'ouvrage de Stuart.*

Nos. 7 à 13. La marche de la cavalerie est représentée sur les sept morceaux qui suivent. Les formes et les mouvemens des chevaux, les attitudes et les costumes des

* Loco citato, PL XVIII.

cavaliers, la distribution des figures variées ingénieusement et de la manière la plus naturelle, enchantent le spectateur et empêchent que la répétition de tant d'objets semblables ne fatigue son attention.

Premièrement nous retrouvons dans les chevaux les formes que Xénophon préfère, et que par-conséquent on estiinoit généralement à Athènes.* Jambes fortes, col élevé et arqué, œil saillant, naseaux bien ouverts, oreilles petites, reins courts,f croupe large. Plusieurs sont représentés dans ce mouvement dont Xénophon fait réloge pour les chevaux de parade,;]: c'est à dire qu'ils se cabrent, et font voir par leur air, comme s'exprime le même écrivain, qu'ils joignent une âme noble à un corps

* Xénophon, de re equcstn, c. 1.

-f* Xénophon, loco citato, explique le motif de la préférence qu'ils donnoient aux chevaux dans lesquels le train de derrière étoit fort rapproché de celui de devant. V. aussi Pollux, Onomast. 1. 211.

; 'Ittkoi 7roju-7ruco». Xénophon, loco citato, cil. Pollux, loco citaio.

vigoureux.* En regardant les cavaliers, on y reconnoit l'élite de la jeunesse, tant leurs proportions sont bien prises, leurs attitudes nobles et simples. Une belle variété règne dans leurs costumes : quelques uns sont coiffés d'un casque, d'autres d'un chapeau Thessalien, qui dans quelques autres est rejette derrière les épaules et retenu, sans doute, par des courroies. La plupart ont la tête nue, la plupart sont vêtus d'une tunique relevée jusqu'au-dessus du genou; d'autres ajoutent à ce vêtement une chlamyde. Cet habillement est le seul que portent quelques cavaliers ; et comme elle flotte par le mouvement de la marche, elle laisse voir leur corps presqu'entièrement nu. Les pieds de la plupart sont sans aucune chaussure, mais l'artiste a donné à plusieurs les bottines appelées embates.-f Ces particularités nous indiquent la liberté

* Loco citato, c. 11, t>jv vjw^v psycthoçpova, xa» to crw/xa èvpoxTTOV.

-f- E/x/3aT«< : Xenophon, de re equestri, c. 12.

qu'avoient les artistes anciens relativement aux costumes de leurs figures. Il n'est pas vraisemblable que les jeunes Athéniens parussent en public presque nuds, comme nous voyons dans plusieurs d'entr'eux, ni que dans un jour de pompe et de cérémonie ils montassent leurs chevaux nonseulement sans éperons, mais sans chaussure, ni que les dames Athéniennes et les vierges qui figuraient dans la procession s'y montrassent les pieds nuds.* Ces suppressions sont faites en faveur de Fart, et tiennent à ce costume idéal que les artistes de l'école grecque ont presque

* 'AttsSiàwto», nus-pieds, et âvapruxsj, êchevelées, maroh oient cependant les femmes Athéniennes dans la procession des Thesmophories : V. Callimaque, Hym. ad Cerercm, v. 125.

On pourrait penser que cette frise ayant été rehaussée de quelques dorures, dans ses accessoires de bronze, la seule dorure auroit pu suffire pour marquer quelques rubans et faire supposer de riches sandales aux pieds des figures qui semblent n'avoir aucune chaussure. Des observateurs ont cru même remarquer les vestiges de quelques couleurs encaustiques sur le morceau de cette frise apportée en France par M. De Choiseul Gouffier, avant que ce précieux fragment eût été nettoyé.

toujours suivi, même en exécutant des portraits, et en traitant des sujets historiques. C'est une erreur des modernes de croire que les costumes des Grecs et des Romains étoient toujours exactement ceux que nous retrouvons dans les ouvrages de l'art.

No. 14. Le dernier marbre sculpté de ceux qui appartiennent à ce côté de la frise, est celui qui en faisoit l'angle vers l'ouest. Il existe dans la Collection. On y voit un jeune homme presque nu qui est debout près de son cheval, et semble se poser sur la tête une couronne.* Un autre prêt à monter fait serrer sa ceinture et relever sa tunique au-dessus du genou par un jeune homme, peut-être son palefrenier (ïiriroKopoç), habillé, comme les Ephèbes, d'une simple chlamyde.

* Stuart, loco citato, PI. XIII.

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