FRISE DE LA CELLA DU COTE DU SUD
Nous avons vu en examinant la frise de la façade orientale de la Cella, que le marbre angulaire du côté du sud représente sur sa face méridionale (No. 1.) un taureau conduit par trois figures. C'était donc par la marche des victimes que s'ouvroit de ce côté ainsi que du côté opposé, la représentation delà pompe Panathénaïque. Toutes les colonies d'Athènes, aussi bien que toutes les bourgades ou Dernes de FAttique, envoyoient chacune pour la fête une de ces victimes.^ C'est ainsi qu'en reconnoissant les droits de leur métropole, elles honoroient à l'envi la déité qui était leur patrone commune.
No. 2, 3, 4, et 5. Sept autres taureaux paraissent dans les quatre bas-reliefs
* Stuart, lococitato^X. XV. XVI. XXVII. XXVIII. et XXX. D.
f V. le Scholiaste d'Aristophane, Nub. v. 385.
suivans ; et l'artiste n'a pas fait preuve de moins d'habileté dans l'exécution de ces animaux ; tous sont remarquables par la beauté des formes, le mouvement et la vie; mais la force et la résistance des victimes lui a fourni l'occasion de varier les accidens, et par-conséquent les actions et les attitudes. Les efforts que font quelques hommes pour contraindre les taureaux rétifs à les suivre, fournissent des groupes du plus bel effet : la figure d'un homme qui se couronne pour le sacrifice se fait remarquer par son mouvement naturel et gracieux.
Les groupes et les suites des côtés du nord et du sud se correspondent sans se répéter. On saisit facilement l'intention qu'a eue l'artiste, de faire sentir au spectateur que c'est la même pompe qui s'avance vers la porte du temple sur deux colonnes parallèles.
Aux Scaphéphores de la frise septentrionale, dans lesquels nous avons reconnu les
étrangers domiciliés à Athènes (les Métèques), répondent ici plusieurs femmes (tiphrophores, ou porteuses de pliants ; ces femmes étoient leurs épouses et leurs filles. La fierté Athénienne ne se signaloit dans aucune autre occasion autant que dans cette solemnité patriotique. Les filles et les femmes des Métèques étoient obligées de porter des pliants et des parasols pour la commodité et le service des femmes et des filles Athéniennes.*
La partie de la frise dans laquelle les femmes étrangères étoient représentées a disparu ; mais il en reste un dessin parmi ceux du Marquis de Nointel. Si on n'avoit pas connu cet usage, il auroit été difficile de déterminer l'objet que l'on voit dans les mains de ces femmes. C'est un carré qui ressemble à un livre : je reconnois dans ce carré une espèce de tabouret dont les quatre pieds repliés en-dessous ne
* Hesychius, v. Aippoçopot, et le Scholiaste d'Aristophane, Aves, v. 1550.
pa missent pas. Ainsi ces pliants dévoient avoir la même forme que les sièges représentés sur la frise de Test, avec cette seule différence que les quatre pieds étant attachés avec des charnières pouvoient se ployer en-dessous ; et alors ils avoient, comme dans le dessin dont j'ai fait mention, la forme d'un livre carré.
Ces figures sont suivies dans le même dessin, d'une troupe de citoyens et de vieillards, semblable à celle de la frise du nord mais encore plus nombreuse. Après eux viennent en rang les chars. (No. 6, 7, 8, 9, et 10.) Stuart n'avoit vu, de ce côté, aucun bas-relief qui en représentât. Mylord Elgin, plus heureux, en a trouvé jusqu'à cinq, dont quatre à deux chevaux; le cinquième est un quadrige Parmi les figures qui sont dessus, ou qui s'apprêtent à y monter, on voit des guerriers armés de grands boucliers circulaires. Les guerriers Athéniens qui servoient dans l'infanterie sous la dénomination d'hoplites paroissoient
dans cette fête armés de boucliers.* On ne peut douter que ces bas-reliefs n'eussent leur place dans cette partie de la frise. Sans avoir besoin de recourir aux dessins de Nointel, où Ton en trouve quelques uns, le sens de leur marche détermine assez le côté qu'ils occupoient : tous les chars avancent vers la droite du spectateur.
La marche de la cavalerie tenoit tout l'espace qui restoit depuis les chars jusqu'à l'angle occidental de la Cella. (No. 11, 12, et suivants.) Ce sujet est traité avec la supériorité de talent que nous avons admirée sur la frise du nord : mais un précieux avantage de celle qui nous occupe, c'est que quelques morceaux d'une grande intégrité conservent, comme dans un échantillon, tout le mérite primordial de ce sublime ouvrage.
L'indication savante des muscles et même des veines, tant dans les figures des hommes que dans celles des chevaux, nous
* Thucydide, L. vi. § 58.
apprend , suivant ] a remarque d'un voyageur éclairé,* que Phidias et son école n'avoient pas négligé l'étude de l'anatomie. Ainsi ces artistes incomparables faisoient marcher de front la vérité de l'imitation et le beau choix des modèles.