‹ Lettre du chev. Antonio CanovaChapitre 8 sur 17 · FRISE DE L'OUEST · texte numérisé non relu

FRISE DE L'OUEST

Cette frise qui régnoit sur le pronaos et sur les mîtes de Yopisthodome, ou de Fentrée de derrière (posticum), a un caractère particulier, mais elle a d'un bout à l'autre une parfaite analogie avec le reste de l'ouvrage. Dans celle-ci la marche des cavaliers n'est point en ordre. On voit qu'arrivés les derniers, les uns se hâtent de rejoindre le cortège sur la colonne de gauche, et les autres se disposent à monter à cheval.J

* M. Ed. Dodwel, qui a publié à Rome en 1 8 1 2, in fol. un mémoire en langue Italienne sur quelques basreliefs grecs, v. les p. vi. et vu.

f Stuart, loco citato, pi. IV. et XXX. A.

t C'est-à-dire qu'ils semblent marcher vers la frise du

Les figures sont moins serrées que sur les frises des deux côtés du temple ; mais la composition offre encore une plus grande variété d'actions et de mouvement. C'est ici qu'entre les différens groupes, j'en ai remarqué un formé par un jeune cavalier encore à pied, et par son cheval ; et qui dans son ensemble a une grande ressemblance avec les groupes de Castor et de Pollux qu'on voit actuellement auQuirinal: c'est encore ici que deux figures de chevaliers attachent leurs chaussures, et ils nous rappèlent le Jason du Musée Royal de Paris.

J'ai décrit le bas-relief sculpté du côté du nord sur le marbre angulaire qui terminoit cette frise vers la face occidentale.

nord : Il est bon de remarquer que sur la frise du nord, le nombre des cavaliers ëtoit moindre que sur la frise du sud. La raison en est que sur la première une partie de l'espace étoit occupée par les représentations des Ascophores, des joueurs de flûte, et des citharèdes qui suivoient les Métèques et précédoient les vieillards, tandis que sur la frise du sud, la troupe des vieillards suivoit immédiatement les Diphrophores, femmes et filles des Métèques.

On y voit un des héraults de la pompe, qui semble réprimander les traineurs et hâter leur marche.

Bas-relief unique de la Frise de l'Ouest. — Un seul morceau des bas-reliefs de cette partie de la frise se trouve dans la Collection. Il représente deux cavaliers, l'un et l'autre courant vers la gauche. Le premier, dont la chlamyde flottante laisse le corps presqu'entièrement nu, se tourne en arrière et semble presser son camarade de se mettre en rang avec lui. Celui-ci couvert d'une cuirasse l'a presque rejoint. Ce morceau est un des mieux conservés de la Collection.

Ces difYérens bas-reliefs, au nombre de plus de quarante, font tous partie de la plus grande composition peut-être, qu'un statuaire ait jamais conçue. Disposés à la suite l'un de l'autre, ils occupent une longueur de plus de deux cents pieds, sur trois pieds et trois pouces de hauteur.

§ 4. LES METOPES.

Les Athéniens s'attribuoient Pinvention des chars de guerre,* sur lesquels les héros Grecs cro voient combattre avec avantage contre de simples cavaliers. Les victoires remportées par Thésée sur les Centaures et sur les Amazones, peuplades des tems mythologiques, qui habitoient, la première, sur les montagnes d'Homolé, Pautre dans les plaines du Thermodon, et qui avoient porté à un certain degré Part de monter à cheval ; ces victoires, dis-je, flattoient la vanité des habitans de PAttique, et n'étoient jamais négligées ni dans leurs fastes ni dans leurs monumens. La férocité des montagnards Thessaliens, qui les premiers avoient introduit l'usage de chasser à cheval, les avoit fait regarder par leurs voisins épouvantés comme des monstres

* Aristide, PanatJienaïca, p. 1 57, de l'édit. de Jebb.

composés du mélange bizarre des formes humaines avec celles du cheval. Le génie de Zeuxis avoit su donner à cette monstruosité une forme agréable.* Les arts profitèrent de cet exemple et en firent un emploi heureux pendant plus de six siècles. -f

Parmi les artistes Athéniens qui représentèrent avec succès ces images, on doit placer au premier rang Micon, qui avoit peint des groupes et des combats de Centaures dans l'intérieur du temple de Thésée, J élevé environ vingt ans avant celui de Minerve.§ L'art des statuaires

* Pausanias, L. v. c. 19, 2; Lucien in Zeuxi.

•f* Aristeas et Papias, statuaires Aphrodisiens, qui ont exécuté les Centaures dits de Furietti, florissoient probablement sous le règne dAdrien. Sur des médailles de Septime Sévère, frappées à Laodicée de Syrie, on voit les Génies des jeux du Cirque représentés sous la forme élégante des jeunes Centaures avec des ailes de papillon.

\ Pausanias, L. i. c. 1/.

§ Je ne marque ici que l'intervalle qui s'est probablement passé entre l'époque à laquelle le temple de Thésée fut achevé sous Cimon, et le Parthénon commencé sous Périclès.

s'étoit empressé de suivre cet exemple ; et clans le même édifice, la frise qui règne sur les antes du portique de derrière nous montre encore aujourd'hui en bas-reliefs ces combats et ces groupes que la peinture n'a pu faire parvenir jusqu'à nous.* Il n'y auroit point d'anachronisme à supposer que Phidias étant jeune avoit travaillé à cette frise : mais il est plus probable qu'elle est l'ouvrage de Micon lui-même qui étoit à la fois peintre et sculpteur.

Quoiqu'il en soit, il faut convenir que ces représentations de Centaures plurent extrêmement aux Athéniens, puisque Phidias, et Ictinus, l'architecte du Parthénon, se déterminèrent à en embellir les métopes nombreux du temple magnifique qu'ils élevèrent sur l'Acropole, et à en orner d'autres monumens fameux. -f* La repré-

* Stuart, Ant'iq. qfAthens, T. ni. c. 1.

-f- On peut citer le temple d'Apollon Epicourios, ou le Secourable, élève par le même architecte près de Phigalée en Arcadie (Pausanias, vm. c. 14.) Les violences et les

sentation de ces combats rehaussoit et perpétuoit la gloire des Athéniens, puisque ce fut eux qui, sous la conduite de Thésée et de Minerve, réussirent, comme le remarque Isocrate,* à éteindre la race des Centaures qu'Hercule avoit humiliée, mais qu'il n'avoit point détruite.

Qu'on ajoute aux faits que je viens d'indiquer, que la querelle de Thésée avec les Centaures eut lieu à l'occasion des noces de Pirithous, son ami, roi des Lapithes, auxquelles celui-ci avoit invité ses farouches voisins, qui échauffes par le vin y commirent plus grands excès,-)- et nous aurons toutes les notions nécessaires pour bien connoître le sujet de ces bas-reliefs, et en

combats des Centaures étoient sculptés sur la frise qui couronnort les parois intérieurs de la Cella. La munificence de S. A. R. Le Prince Régent vient d'enrichir de ces précieux monumens le Musée Britannique.

* Encomhnn Heknne, § 13.

-f- Homère, Odyss. xxi. v. 295 ; Virgile Géorg. L. n. v. 455 ; Ovide Métamorph. L. xn. v. 210, et seqq.; Pausanias, L. v. c. 10.

apprécier le mérite sous le l'apport de Finvention et de la composition.

Ce mérite est si frappant qu'il suffit pour s'en convaincre de fixer seulement les jeux sur les simples croquis des groupes admirables sculptés sur chaque métope. On en peut voir six gravés dans l'ouvrage de Stuart,* qui tous, le premier excepté, se trouvent dans la Collection de Mylord Elgin : on en voit jusqu'à quinze dans la même Collection.

On doit remarquer relativement au sujet de ces bas-reliefs, que l'artiste qui les a inventés, a eu l'intention de représenter dans ces combats, non les Lapithes de la fable Thessalienne, mais les Athéniens dont Thésée étoit le chef.-f Ces héros y sont représentés avec les mêmes chlamydes, les mêmes boucliers et les mêmes bottines (embatœ) que portent sur les bas-reliefs de la frise, les figures des cavaliers Athéniens.

* T. il. c. 1er. pi. X. XI. et XII.

-f- Isocrate, loco citato.

Micon, dans ses peintures, avoit représenté ces mêmes combats, au moment où le succès étoit encore incertain :* cette indécision avoit sans doute paru répandre plus d'intérêt sur la composition, et Phidias l'a conservée dans les métopes que nous examinons : sur quelques uns le Centaure est terrassé ; sur quelques autres, c'est le jeune héros qui succombe ; sur d'autres la victoire paroit être encore en suspens.

Il semble que l'inventeur a voulu indiquer par quelqu'accessoire l'occasion de la querelle : c'est dans la réunion joyeuse d'une noce qu'elle a pris naissance ; et un cratère renversé, que l'on voit sur un des bas-reliefs, donne à entendre que les vases et les ustensiles qui servoient au festin ont pu fournir des armes à l'ivresse et à la brutalité :

Res epuîis quondam, nunc beïïo et cœdibus apta.-\

On a représenté sur quelques métopes

* Pausainas, L. i. c. 17.

t Ovide Mètamorph. XII. v. 244.

non un combat mais un enlèvement : une jeune femme du nombre de celles qui étoient présentes à la fête, se débat inutilement dans les bras de son ravisseur.*

Le relief de toutes ces compositions est fort saillant, plusieurs parties approchent de la ronde bosse : il y a telle figure qui ne tenoit au fond que par un seul pointa- Un connoisseur éclairé avoit déjà remarqué que dans des bas-reliefs, placés au grand air, de fortes saillies contribuent à la fermeté des masses et à l'harmonie de l'effet général.}

L'exécution de ces morceaux est digne

* Alcamène, sculpteur Athénien et auteur des statues qui étoient placées sur le tympan de derrière du temple d'Olympie, y avoit représenté ce même sujet : on y voyoit un Centaure dans l'action d'enlever une jeune personne. Fausanias, L. v. c. 10.

-f- C'est de toutes les dégradations qu'ont subies les marbres de la Collection, la seule qu'on peut reconnoître confme récente : toutes les autres, couvertes d'une patine que le tems seul peut donner, accusent les dégâts successifs et continuels de la barbarie et de la vétusté.

% M. Emeric David, Essai sur le Classement chronologique des Sculpteurs grecs, p. 21 (7-r>.)

de l'école de Phidias et de l'ensemble du Parthénon : on peut cependant distinguer dans les métopes l'ouvrage de différentes mains, différence que Ton n'apperçoit pas dans les bas-reliefs de la frise intérieure : quoique la plupart portent le cachet de l'école, il y en a quelques uns qui ne sont pas exempts d'un peu de maigreur dans le travail.

Les dessins de Nointel nous offrent, relativement à ces métopes, une particularité fort remarquable. A commencer par le 6e. entrecolonnement du côté du sud, jusqu'au dixième inclusivement, les basreliefs ne représentaient point des Centaures ; ils étoient couverts d'autres compositions dans lesquelles on distinguoit des figures d'hommes et de femmes, et dont on ne sauroit déterminer les sujets. Une de ces figures, dans une pose roide, élevée sur un autel, donne à conjecturer qu'on y avoit représenté l'ancienne statue de bois de Minerve Poliade, qu'on disoit tombée

du ciel ; ou celle de la Diane Taurique, qui étoit de la même matière (Zoavov), et qu'on prétendoit avoir été apportée à Brauron, bourgade de l'Attique, par Oreste lui-même.* Dans les inventaires du trésor du temple, écrits sur des tables de marbre, que le Dr. Chandler a publiées, et dont la plupart se trouvent maintenant dans la Collection de Mylord Elgin, on a fait mention de cette statue de Diane, ou de quelques objets qui avoient été consacrés à cette déesse et que Ton conservoit dans YOpisthodome du Parthénon.f-

Noti', à Londres.

Le métope, No. 1 5. (v. p. 93, ante,) appartient à M. le Comte de Choiseul Gouffier. Lord E. Tavoit acheté, avec d'autres objets, à une vente publique d'effets non réclamés, à la Douane de Londres. Il Favoit offert à M. de Choiseul, le croyant pouvoir être à lui. Déposé dans ce Musée, en attendant que M. de Choiseul ne le fasse partir, ce métope a servi de témoignage, que Lord Elgin n'a point été le premier à toucher aux Ruines du Parthénon, l'Ambassadeur de France ayant quelques années plutôt fait descendre ce métope, qui fut brisé dans sa chute.

* Pausanias, i. c. 33 ; Euripide Iphigenia in Tanr'is, v. 1440 et suivans.

■f- Chandler, Inscriptiones, p. 11, No. iv. 1. et iv. 2.

CADRAN SOLAIRE DE PHiEDRUS PEANIEN.

Le cadran solaire, appartenant à la Collection de Mylord Comte d'Elgin, est le même que Spon avoit vu à Athènes placé dans la cour de l'église de la Vierge dite Fanagia Gorgopiko.*

On a supposé qu'il venoit de l'Acropole, mais sans aucun fondement. La forme de ce cadran, tout à fait singulière, peut faire conjecturer qu'il montroit les heures dans un des carrefours d'Athènes, au bout de plusieurs rues divergentes.

Une autre particularité de ce cadran est celle de présenter le nom du mathématicien qui l'a tracé. Une inscription est gravée au bas du cadran extérieur du couchant : on y lit :

4>AI APOC • ZIUIAOT Phœdrus fils de Zoïle

riAIANIETC • EnOIEI Péanien Va fait.

Spon avoit publié cette inscription. -j-

* Spon, Voyage, Sftc. T. n. p. 127; et à la fin du

f Loco c'itato.

Pour apprécier au juste l'ouvrage de Phaedrus, j'ai consulté mon savant confrère M. le Chev. Delambre, l'un des secrétaires de la classe des sciences de l'Institut Royal de France; cet illustre mathématicien s'étoit occupé de la gnomonique des anciens ; et il avoit reconnu le mérite des cadrans solaires tracés à Athènes sur les huit pans de la Tour des Vents ; jadis l'horloge d'Andronicus Cyrrhestès.* Il a eu la complaisance d'examiner à ma prière les cadrans de Phaedrus et de m'envoyer le résultat de ses observations, très favorable a la science et à l'habileté de l'ancien mathématicien. Je joins ici en original l'écrit de M. Delambre.

Quant à l'âge qu'on doit assigner à Phaedrus, nous n'avons pas d'argumens assez certains pour le fixer. Les formes

volume dans la liste des peuples de l'Attique à l'article Haïawa, (Pœania), p. 371 de l'édition de la Haye, 17-''} in 12.

* Magasin Encyclopédique, An. 1814, T. v. p. 361. el An. 1S15, T. i. p. 125.

arrondies de YE psilon et du sigma, ainsi que celle de YO mega renversé commence à paroitre sur des inscriptions d'Athènes qui datent du règne d'Adrien ;* elles sont plus fréquentes sur les monumens des siècles suivants.

Toutefois les caractères de l'inscription de Phaedrus ont beaucoup d'élégance, et ils semblent tracés exprès pour imiter l'écriture courante. Les courbes tendent à l'ovale, et la figure de YO méga Vu est tout à fait remarquable. Cette forme dégénère en W sur quelques médailles de Septime Sévère et de ses successeurs.

Je pense que Phaedrus a vécu au siècle des Antonins.

Observations de M. le Chev. Delambre sur les Cadrans de Phœdrus.

A la première inspection de ces cadrans on voit qu'ils doivent être égaux deux à deux, et que les deux cadrans intérieurs

* V. Chandler, Inscript. L. n. N. XXI. et XL VII.

doivent avoir même style, comme ils ont même méridienne.

On voit en effet qne les deux hyperboles d'hyver viennent se réunir en un même point de la méridienne commune, et qu'il en est de même des deux équinoxiales, qui sont des lignes droites.

En remarquant que les deux hyperboles d'été sont toujours à une certaine distance de la méridienne, sur laquelle elles devraient se rencontrer, comme font celles d'hyver, on pourrait s'imaginer que ces deux cadrans ne pouvaient marquer toute l'année la sixième heure, et cela serait vrai si l'on ne considérait que l'extrémité du style ; ce style était trop long pour le solstice d'été, l'ombre du sommet tombait hors du plan. Mais ce style est tout entier dans le méridien ; son ombre à midi couvrait toujours la ligne de 6h : ainsi les deux cadrans marquaient l'heure en tout tems, l'un depuis le lever du soleil jusqu'à midi, et l'autre depuis midi jusqu'au coucher.

Il est vrai que la ligne de llh. manque dans le cadran du soir, sans qu'on en voye la raison, à moins qu'elle n'ait été oblitérée par le tems et les dégradations.

La ligne de lh. sur le cadran du matin est tirée depuis l'hyperbole d'été jusqu'à l'équinoxiale; on ne voit pas davantage pourquoi elle ne serait pas prolongée jusqu'à l'hyperbole d'hyver : toutes les lignes horaires étant des lignes droites, il n'en coûtait rien de prolonger celle-ci jusqu'à l'horizontale, c'est-à-dire, jusqu'à la limite supérieure du plan.

Il y a tout lieu de croire que ces deux lignes, celles de lh. et de llh. n'avaient pas été omises dans ces cadrans, où il était tout aussi aisé de les placer que sur les deux cadrans voisins.

Quant à l'heure 0, ou du lever, sur le premier cadran, et celle de 12h. sur le second, elle devait marquer toute l'année, quelle que pût être la longueur du style droit. Au reste, il était inutile de la tracer, puisque l'arête supérieure et horizontale

du plan en tenait lieu, à moins pourtant que le style ne fût placé un peu plus haut que le marbre, alors la ligne 0 — 12h. était impossible à tracer; d'ailleurs, on n'a pas besoin d'être averti que le soleil se lève ou se couche ; il suffit de se tourner vers l'horizon.

On peut regretter que les hyperboles d'hyver n'aient pas été prolongées jusqu'à l'arête supérieure ; on peut croire aussi qu'elles ont été oblitérées comme les lignes de lh. et de 1 lh.

On fera des remarques semblables sur les deux cadrans extérieurs.

Dans celui du matin la lio;ne de lh. est effacée aux deux extrémités, ce qui parait prouver qu'autrefois elle a existé en entier.

Dans le cadran du soir elle a été encore plus maltraitée par le tems ; il n'en reste guères qu'un tiers dans la partie d'été : la fin manque de même à l'hyperbole d'hyver, dans le cadran du matin comme dans celui du soir.

L'horizontale parait aussi manquer à ces deux cadrans, mais elle était inutile ou impossible à tracer, comme celle des cadrans intérieurs, et pour la même raison.

La méridienne ou la ligne de 6h. manque à ces deux cadrans ; elle n'était nullement nécessaire, et l'on peut croire qu'elle se confondait avec l'arête verticale des deux plans.

Il est assez singulier que les quatre cadrans n'aient pas tous la même largeur, que les deux intérieurs aient chacun 14 pouces, et les deux extérieurs 12p°. 6n. seulement.

Les deux hypoténuses sont de 18p°.

chacune, ainsi les deux triangles sont parfaitement égaux : en supposant ces trois longueurs parfaitement exactes, les trois angles seront :

Ce serait pourtant un hazard assez extraordinaire, que les trois côtés fussent exactement, et sans aucune autre fraction, d'un nombre rond de pouces ou de demi-pouces français.

Supposons de plus le bloc parfaitement orienté et sa plus grande dimension placée dans la ligne Est et Ouest, les déclinaisons des cadrans seront égales deux à deux : les deux cadrans intérieurs auront une déclinaison de 46° 11' 50", l'un à Fouest et Fautre à Fest du méridien.

Les deux cadrans extérieurs auront une déclinaison de 39° 10' 24", l'un du sud à Fouest, Fautre du sud à Fest.

Si les triangles eussent été isosccles et rectangles, ce qui paraissait plus simple, les quatre déclinaisons eussent été de 45° et les quatre cadrans parfaitement égaux.

L'absence des horizontales nous prive des moyens de déterminer plus directement et plus sûrement ces déclinaisons,

les longueurs des styles, et leurs distances horizontales à la méridienne.

Le' style commun des deux cadrans intérieurs est du moins déterminé par la distance de l'arc d'hyver à Téquinoxiale sur la méridienne commune. J ai trouvé qu'il devait être de 69h--fô> niais ce style est oblique aux deux cadrans ; leur style droit, qu'il suffit d'imaginer pour le calcul, et qu'il n'était pas nécessaire de planter dans le marbre, devait être de 50H.^ à une distance de 48H.-f- de la méridienne.

Les diverses dimensions des deux cadrans, calculées d'après ces suppositions, ont été trouvées telles qu'elles sont en effet dans les deux dessins communiquées par M. Visconti. On y remarque à peine quelques petites irrégularités, dont l'artiste avec ses constructions graphiques était hors d'état de répondre ; elles ont été grossies peut-être par l'impossibilité de mesurer aujourd'hui ces distances avec la dernière précision .

Nous n'avons aucun moyen pour déterminer a priori le style des cadrans extérieurs ; en le supposant de 50H.i comme pour les deux autres, on retrouve à fort peu près toutes les dimensions de ces deux cadrans, moins bien cependant que celles des cadrans intérieurs ; mais comme ces deux cadrans extérieurs sont surabondans, et ne devaient rien montrer qui ne se trouvât de même sur les deux cadrans intérieurs, on a pu les soigner un peu moins : ils devraient être parfaitement égaux entre eux ; quoique un peu différens des deux premiers, ils ne le sont pas tout à fait, et Ton est en droit d'y soupçonner quelque négligence. Il serait possible que le style de l'un fût un peu plus long que celui de l'autre, mais de très peu de chose.

Les styles des cadrans extérieurs ne pouvaient être placés, comme on serait tenté de le croire, d'après les excavations pratiquées dans le marbre pour les sceller.

Le style véritable CT de 50u.± de hauteur devait être en C à 48u.^- de l'angle A du marbre, dans le cadran oriental.

On n'avoit nul besoin de ce style CT, qui ne sert que pour le calcul ; il suffisait que le support DE portât un triangle bFE dont la base bF fût prolongée de 19li. de F en T; réellement on n'avait besoin que de la partie FT, la manière d'attacher FT au support était arbitraire ; on pouvait varier la construction de bien des manières; en laissant vuide l'interstice CAT, AT eût donné en tout tems le midi sur l'angle du mur ; le point T par son ombre eût marqué toutes les autres heures ; au lieu du triangle

bFE on pouvait employer le triangle bTE pour plus de solidité.

Il en faut dire autant du cadran occidental.

Pour ceux du midi l'arrangement était plus simple ; le style cT était le prolongement de la partie ac scellée dans le mur : pour le fortifier on pourrait y joindre un quadrilatère caFb, qui remplirait l'interstice; le point F donnerait le midi au solstice, le point T marquerait toutes les autres heures par son ombre.

Il y avait du luxe dans cette construction de Phaedrus, puisque toutes les heures de la journée se lisaient sur deux cadrans : les

deux inférieurs auraient suffi, et ils sont les meilleurs ; les autres cependant pouvaient n'être pas inutiles pour quelques parties de FAcropôlis.

On peut remarquer en deux points principalement l'adresse de l'auteur.

Aucun cadran vertical ne peut marquer en tout tems les douze heures de la journée ; deux cadrans sur les faces opposées d'un même mur sont trop incommodes, il faudraitpouvoir tourner autour du mur comme le soleil.

Deux cadrans formant entre eux un angle, comme ceux de Phredrus, donneront toujours l'un les heures du matin, l'autre celles du soir.

En rendant la méridienne commune, ce qui d'ailleurs est le plus simple, on trouvait encore cet avantage, qu'on se rendait plus indépendant de la hauteur du marbre. Avec un style de 69v\^ de longueur, il fallait un marbre de 23p°. Il1', de hauteur. Celui de Phaedrus n'en avait que 18 en tout ; mais

dans la construction la longueur du style et celle de l'ombre en été, devenait une chose plus arbitraire ; il suffisait de faire en sorte qu'à cinq et sept heures l'ombre du sommet ne sortît pas du cadran.

Plus le style était long, plus la marche de l'ombre était sensible; et plus le cadran avait de précision, plus l'ombre pouvait s'appercevoir de loin. Ainsi, supposez le bloc des dimensions données, Phaedrus n'en pouvait tirer un parti plus avantageux.

Ces cadrans offrent une combinaison dont je ne connais pas d'autre exemple ni chez les anciens ni chez les modernes, et qu'on pourrait imiter.

On se souviendra que nous ne connoissons pas à un demi-degré près la hauteur du pôle que Phaedrus a pu supposer, et que nous ne sommes pas bien sûrs de l'obliquité qu'il a adoptée : nous avons employé 37° 30' pour Tune, et 23° 51' pour l'autre, comme pour la Tour des Vents.

§ 5. MONUMENTS TIRES DE QUELQUES AUTRES EDIFICES DE l'aCROPOLE.

CARYATIDE DU TEMPLE DE PANDROSE.

Vitruve nous apprend * qu'après les victoires remportées par les Grecs sur les Perses, l'usage s'introduisît d'employer dans quelques édifices, comme supports ou colonnes, des statues qui représentoient, soit les prisonniers faits sur la nation vaincue, soit les épouses captives des habitans des villes grecques qui avoient été infidèles à la cause de la nation. Carya dans FArcadie fut du nombre des villes qui avoient trahi les Grecs, et c'est du nom des femmes Caryatides dont les statues furent employées dans l'architecture qu'on a, dit Vitruve, emprunté le nom technique de cette espèce de support.

* L. i. c 1er.

Les temples d'Erechthée, de Minerve Poliade, et de Pandrose, élevés tous les trois sur le même sol, communiquant l'un à l'autre, et formant ensemble un seul édifice au nord du Parthénon,* semblent avoir été reconstruits durant la guerre du Péloponnèse. Ce qu'il y a de certain c'est que l'an 409 avant l'E. C, 23e. année de cette guerre, il ne restoit à achever que quelques parties de cet édifice. Une inscription portant la date de FArchontat de Dioclès, monument précieux, qui a été donné au public à Londres par la Société des Dilettcniti, ne permet aucun doute, ni sur le fait, ni sur la date;-j- Or cette même inscription nous apprend que

* Stuart, Antiq. ofJthens, T. n. cil.

-f- Chandler, Inscr'iptiones, P. n. No. 1. Quelques savans ont pensé que le temple de Minerve Poliade dont nous voyons encore tant de restes, n^est plus le même que celui dont il est fait mention dans l'inscription (Chandler, loco citato, p. xi n); car d'après Xenophon (Hellen. L. i. c. 7) ce temple fut brûlé Tan 406 avant TE. C. Mais dans ces édifices tous de marbre, un incendie n'a pu endommager que le toit, et ce qu'on peut appeler le mobilier du

les Caryatides qui soutiennent encore aujourd'hui dans le temple de Pandrose, le plafond sous lequel étoit abrité l'antique olivier de Minerve; que ces Caryatides, dis-je, étoient déjà en place ; et que pour terminer les travaux du temple, il ne restoit plus à cette époque qu'à sculpter quelques morceaux de marbre dont cette inscription indique le nombre, la position, et la dimension.*

temple. C'est ainsi que le Panthéon d1 Agrippa, malgré un accident semblable, se conserve encore, dans ses parties essentielles, tel qu'il étoit lors de son élévation.

* J'avois fait autrefois une remarque sur cette inscription si intéressante {Museo Pio-Cleme?itino, T. iv. p. 89.) On avoit cru que les chiffres arithmétiques marqués à la marge des lignes, indiquoient les devis des prix que l'achèvement des marbres décrits pouvoit exiger (voyez Stuart, loco citato, p. 17 i M. Schneider dans son édition de Vitruve, T. il. p. 26*0.) Je crois avoir découvert que ces chiffres ne marquent que le nombre des marbres et des parties de l'architecture dont le travail ou le placement ne sont pas encore achevés. La preuve de ce fait est la concordance des mots qui suivent dans leurs nombres, singulier, duel, ou pluriel, avec les chiffres I, II, ou de nombres plus hauts. Ainsi le chiffre I qui marque l'unité, s'accorde, (col. Ire. ligne 30,) avec ju-stowov ; à la

On y lit, à la 85èiue ligne : " Trois des pierres de la soffite, qui pose sur les (statues des) filles, restent encore a terminer pour le travail de leurs parties supérieures, sur treize pieds de long, et sur cinq de large"

TOSUGOSOPOOIAIOSTOS

EFITONKOPONEFEPAAIAS

0A1ANO0ENMEKOITPION

KAIAEKAFO AONF UATOEPENTE

POAON

rouç Xtûaç oûotpiotixç r\sç

\tti tuv KOPX1N, é7TS^yx(Toc<T-

êûU CCVùlôeV, fXYjKOÇ rpiuv

KXl OiX.CC 7T00UV, TTXc&TOÇ 7TÊVTS

TTOOCOV.

Les experts Athéniens dont les remarques

ligne ]09, avec (juxa-^aXiaia Têrpunnc, à la ligne 21 de la colonne 2me. avec les adjectifs, nsvTênuç, 2*7roof, noliuioç, qui déterminent le mot XiSoç sous-entendu ; aux lignes 39, 47, 84, et 86, avec krepov r^npyov, qui supposent le même substantif à l'accusatif. Le chiffre II repond à la ligne 26' de la 1ère col. aux noms en duel ùvn^oqM fj-r,xoç TzTpanoïe; à la ligne 33 de la 2e. colonne à srsgoiv, et à la ligne 77 à sTspaa w*.o; 7r£VT=7ro2f. Les chiffres III, II, (3, 5) etc. sont toujours suivi d'un pluriel.

sont gravées dans cette inscription, ont appelé avec raison ces Caryatides KOPAS (filles) ; car en effet, elles représentent, non pas des captives, mais des vierges Athéniennes, qui portent sur leurs têtes les vases sacrés pour les cérémonies du sacrifice.*

La Caryatide qui appartient à la Collection est remarquable par la belle disposition des draperies, qui se composent d'une tunique extrêmement longue, et relevée tant soit peu par la ceinture; et

* M. Lessing pense que la tradition de Vitruve est un conte, et que les Caryatides n'étaient que les vierges Lacédémoniennes qui célébraient à Carya de la Laconie les fêtes de Diane. On a pu employer comme colonnes les statues des vierges Lacédémoniennes, de même que les statues des vierges de TAttique font été au temple de Pandrose. A la vérité, aucune Caryatide antique que je connoisse ne représente une captive. Cependant comme les figures des prisonniers Perses supportaient à Sparte le toît d\in portique (voyez Pausanias, L. m. cil; Vitruve, L. i. c. 1 ,) il n'est pas hors de toute vraisemblance que des figures de femmes captives aient été employées de même dans quelques monumens de la Grèce.

d'un petit péplum dont la partie qui tombe sur le dos est assez ample pour y former plusieurs replis pittoresques. L'arrangement de la chevelure est d'une grande recherche : la plus grande partie des cheveux est rejettée derrière le col, ils sont lisses, et noués seulement par le bout : le reste divisé en plusieurs nattes, retombe sur le devant des épaules.

La taille et les formes de ces figures ne sont rien moins que déliées ; et ce n'est point un défaut. Leurs épaules larges et carrées les rendent plus propres à la destination pour laquelle l'artiste les avoit faites. Leur ajustement est riche ; le style de l'exécution est grandiose ; mais quoiqu'il soit très convenable à la sculpture de décoration, on ne peut le comparer, pour la finesse, à celui des statues drapées qui ornoient les tympans du grand temple.

Celle que nous examinons est d'une assez belle conservation : il ne lui manque que les avant-bras.

BAS-RELIEFS QUI APPARTENAIENT A LA FRISE DU TEMPLE d'aGLAURE.

Sur la rampe par laquelle on montoit à l'Acropole, s'élevoit, tout près des Propylées, un petit temple d'ordre Ionique, dont la frise étoit ornée de bas-reliefs. Spon et Wheler qui l'avoient vu, l'avoient pris par erreur, pour le temple de la Victoire sans ailes, que Pausanias avoit décrit. Le Dr. Chandler et J. Stuart s'étoient apperçus de la méprise, et le dernier a proposé des conjectures qui rendent fort probable que ce temple étoit celui d'Aglaure ;* mais à l'époque de leurs voyages, il avoit été détruit : on voyoit seulement encore quelques uns des basreliefs de la frise, appliqués au mur de l'enceinte. L'ouvrage de Stuart présente

* Chandler, Traveîs in Grcccc, c. ix.; Stuart, Antiq. qfAthens, T. il. c. vi. p. 39 et 40. Un passage d'Hérodote, L. vin. c. 53, où Thistorien a fait mention de ce temple, est propre à confirmer les conjectures de Stuart.

des dessins fort incomplets de ces basreliefs.*

Quatre de ces marbres se trouvent dans la Collection de Mylord Elgin. Tous représentent des combats entre des héros grecs et des barbares. Les premiers couverts de casques et armés de grands boucliers circulaires, n'ont d'autres draperies que des chlamydes flottantes. Ils sont tous à pieds ; tandis que plusieurs de leurs ennemis combattent à cheval. Le costume de ceux-ci est plus remarquable. C'est celui que les artistes grecs ont approprié aux nations qu'ils appeloient barbares, et qui ne différoit que peu du véritable costume des Perses. Leurs tuniques ont des manches étroites qui descendent jusqu'au poignet : les cuisses et les jambes sont couvertes de pantalons fort serres ; et leurs têtes de tiares de la même forme de celles que les antiquaires connoissent sous le nom de bonnet phrygien. Leurs * Loco citato, pi. XII. et XIII

boucliers sont petits, et échancrés en figure de croissant (peltœ lunatœ) ; et ce qui est plus remarquable, malgré cette uniformité de costume, on voit clairement que sur trois de ces bas-reliefs, ces figures représentent des hommes ; et que sur le quatrième, elles représentent des femmes.

Quand on se rappelle que les peintures du Pœcile, exécutées par Micon, représentoient également la victoire des Athéniens sur les Amazones, et la défaite des Perses, les premières mises en fuite dans cet endroit de l'Attique, qui fut connu depuis sous le nom d' Amazoneïon ;* les seconds battus dans la plaine de Marathon; et que ces sujets étoient réunis dans des bas-reliefs placés par Attale,roi de Pcrgame, sur les murs extérieurs de FAcropole,^ il doit paroître très vraisemblable qu'on les a

* V. Meursius, Tlieseus, c. xx. dans le xe. vol. du Trésor de Gronovius.

•f- Pausanias, i. c. 25.

pareillement réunis et sculptés sur la frise du temple d'Aglaure.

Cette héroïne déifiée avoit donné sa vie pour sauver sa patrie : et c'étoit dans son temple que les jeunes Athéniens juroient de défendre leur terre natale et de mourir pour elle.* Il étoit donc d'une extrême convenance de représenter dans les décorations de ce temple, des exemples célèbres du dévouement et de la valeur des citoyens d'Athènes, qui deux fois avoient repoussé de la terre Attique les invasions des armées étrangères. Je crois même que le sujet de ces quatre bas-reliefs peut servir à prouver de plus en plus que le monument auquel ils appartenoient étoit le temple d'Aglaure.

La composition de ces ouvrages est de la plus grande beauté. L'artiste qui les a exécutés a probablement transporté dans ses compositions des groupes inventés par Micon : cette conjecture est d'autant plus

* TJlpianus ad Démosthen. defalsa légations, p. 991,

probable que l'exécution de ces bas-reliefs, sans être lâche, est cependant au-dessous de la beauté de l'invention.

Quoique les injures du tems aient dégradé jusqu'à un certain point ces ouvrages, l'aspect en est agréable et intéressant, et si l'on suppléoit ce qui manque aux reliefs, par des restaurations en stuc habilement exécutées, je suis persuadé que l'ensemble de ces compositions, admirablement variées dans le mouvement et dans les accidents des figures et des groupes, tant d'hommes que de chevaux, seroit d'un effet imposant.

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