‹ Lettre du R. P. LeducChapitre 2 sur 3 · JU · texte numérisé non relu

JU

B mars, nous arrivons à Ültawa. Nous voici au térme de notre voyage, mais non au bout de nos difficoltés, qui ne font à bien dire que commencer. Nous prenons à la station une voiture qui doit nous conduire à nos logements respectifs. Nous saluons en passant les riches et magnifiques bâtiments du Parlement, où nous auronsbientôt à nous fatiguer, tantôt après un député, tantôt après un sénateur, jugés favorables à notre cause ; d’autres fois nous ferons patiemment antichambre à la porte d’un ministre souvent inabordable, et dont il faudra emporter d'assaut une audience. Le conducteur dépose mon collègue à l’hôtel Saint-Laurent, à égale distance du Parlement et du collège Saint-Joseph où je vais demander l’hospitalité à nos Pères. Ce collège me rappelle de bien doux souvenirs ; c'est là que J'ai reçu l’onction sacerdotale en 1864 ; c'est là que, le jour de l'Immaculée-Conception, je montai pour la première fois au saint autel. C'est de là que je partais au printemps suivant, 1865, pour la rivière Rouge et ensuite pour les territoires du Nord-Ouest,

Le R. P. TABARET, supérieur du collège, a droit avant tout à l'expression de ma vive reconnaissance. Il est pour moi un excellent père, tout dévoué à nos œuvres, et il s’emploiera de tout son pouvoir à faciliter le succès de La mission de M£& GRANDIN, et à assurer le succès aussi de la mission qui nous a été confiée, à Ms MALoNEY et à moi, par la population de Saint-Albert, d'Edmonton et du Fort Saskatchewan. d’ai retrouvé avec bonheur, au collège d'Ottawa, l'excellent Père Max&inx, mon ancien professeur de morale au scolasticat d’Autun, et plusieurs de mes auciens compagnons de noviciat ou de scolastical.…. J'étuis à peine descendu au collège, que M5 GRANDIN y arrivait de l’évêché où Sa Grandeur goûte chez Ms' Dunausgi, évêque d'Ottawa, les joies de la plus aimable hospitalité, Me GRAMDIN avait reçu le matin même de ce jour une dé-

pêche lui annonçant l’arrivée de la délégation de Saint- Albert. Après la bénédiction et l'accolade paternelle de Monseigneur, après quelques détails rapides sar notre voyage, les nouvelles générales de nos Missions de l'Ouest, l'état de santé de tous, etc., nous nous miîmes tout de suite à la question des affaires, Monseigneur n’a point cessé depuis son arrivée dans la capitale de négocier avec le gouvernement. Sa Grandeur est en relation avec plusieurs ministres, avec bon nombre de députés et de sénateurs; ile a la sympathie de tous, partout Elle a reçu les plus belles promesses. Le ministre de i'intérieur, premier minislre, a manifesté sa volonté que Monsexgneur de Saint-Albert ne s’en retourne que pleinement satisfait. Mais il faut plus que des promesses, il faat plus que des paroles : verba volant ; il faut des actes, des écrits authentiques : scripla manent. Puis je viens de l'extrême Ouest avec des pétitions sérieuses, des droits considé. rables à faire valoir. Quelques-unes de nos pétitions sont de tout point conformes avec celles de Monseigneur; d'autres sont toutes différentés, mais pour le bien du diocèse comme pour celui des territoires en général. Notre délégation appuiera ainsiles demandes de Monseigneur, el Monseigneur appuiera puissamment les nôtres en les confirmant par sa présence, par son autorité, en nous mettant tout de suite en relation avec les personnages influents avec lesquels il a déjà traité.

Le lendemain de notre arrivée, 6 mars, la journée est employée à mettre en ordre nos pétitions, à disposer notre plan de campagne, etc. Le jour suivant, les deux délégués, guidés par l'Honorable M. Royal, député de Saint- Boniface, obliennent une audience de l’Honorable Muc Pberson agissant comme ministre de l'iniérieur, Nous expotons de vive voix les plaintes et les jastes réclame. tions de nos commetiants ; uous montrons, carie du pags

en main, l’injuslice qu'on veut commeltre envers la colonie de Saiat-Albert, nous exposons les besoins de la place et la nécessité d’avoir au plus tôt un bureau des terres et un bureau d'enregistrement. M. le ministre nous écoule favorablement ; il fait néanmoins des objeclions que nous pouvons aisément résoudre ; bref, il nous promet ample satisfaction. L'Honorable M. Royal fait alors observer qu’une réponse par écrit à nos demandes doit être par nous portée à la colonie de Suint-Albert, d'Edmonton et du Fort Saskatchewan. « Que les délégués m'adressent un mémorandem de leurs réclamations, répond l'honorable ministre, et j'y répondrai par écrit. » Nous remercions, nous saluons Son Honneur et nous nous retirons, ne pouvant espérer ni désirer davantage d’une première entrevue. Mais, en fin de compte, nous n’avons encore que de l’eau bénite de cour. Il faut battre le fer tant qu'il est chaud. Bientôt mon collègue et moi adressâmes au ministère ie long document suivant, précédé de la lettre y annexée :

A l'Honorable D.-L. Mac-PHERSON, pro.-ministre de l'intérieur, à Ottawa.

Monsieur,

Nous soussignés, délégués par les habitants de Saint-Albert, d'Edmonton et du Fort Saskatchewan, et uommés par eux pour venir à Ottawa exposer leurs demandes etleurs griefs au gouvernement de la Puissance, avons l'honneur de vous adresser ci-inclus un mémoraudum indiquant sommairement lesdits griefs et demandes,

Dans l’entrevue que vous avez eu la bonté de nous accorder le 7 du courant, vous avez écouté favorablement nos requêtes, et nous avons été heureux d'apprendre que pleine et entière satisfaction serait accordée par le gouvernement à la population que nous représentons,

un 917 —

Nous vous serions maintenant extrêmement obligés si cette assurance nous était donnée par écrit.

Nous avons l’honneur d’être, monsieur le ministre, vos très obéissants serviteurs, H. Leouc, prêtre, 0. M, 1., délégué de Saïnt-Albert. P. MALONEY, codélégué.

À l'Honorable P.-L, MAc-PHERSON, pro.-ministre de l'intérieur, à Ottawa.

Les habitauts de Saint-Albert, dans les territoires du Nord- Ouest, prient le gouvernement de vouloir bien prendre en considération l’établissement par eux d’une large et florissante colonie, sur la rivière Esturgeon, à 9 milles d'Edmonton, dans le district d’Alberta, territoires du Nord-Ouest. En 1861, Ms: l'archevêque A.TACHÉ choisit cette localité pour la fondation d'une mission catholique, et l’année suivante, des bâtisses furent élevées et de nombreux colons se fixèrent autour de la Mission. Quelques années plus tard, bien des familles s’étaient déjà établies là, avaientchoisi une terre et l'avaientcultivée. À l’époque de l’annexion au Canada, Saint-Albert comptait déjà une population de près do 900 âmes. Deux fois décimée par la petite vérole en 1870, la colonie cependant reprit bientôt le dessus et devint même plus florissante qu'avant la terrible épidémie. De nouveaux colons sont venus parmi nous, ils ont pris des terres ou acheté celles déjà occupées, et Saint- Albert est plus prospère que jamais.

Les colons attendaient patiemment l’arpentage particulier de leurs terres, ils espéraient que leurs droits seraient reconnus, et voilà qu’en décembre dernier on leur annonce qu'ils doivent se contenter d’un arpentage par townships.

Cet arpentage ne serait rien moins que la ruine et la destruction de le colonie, établie de chaque côté de la rivière et sur les bords du lac. Pour être plus à portée de l’église et de l’école, les colons ont bâti à proximité les uns des autres, prenant des terres étroites, mais réclamant toujours deux milles de profondeur, comme la chose a du reste été accordée

au Manitoba et au Prince-Albert. Voudrait-on maintenant les obliger au système général d’arpentage ? Ils se trouvent alors sept, huit, neuf ou dix sur la môme section, perdent le fruit de leurs travaux, de leurs améliorations : c’est un désordre, un bouleversement complet. C’est pourquoi :

Les habitants de Saint-Albert demandent, par l'entremise de leurs délégués, au gouvernement de la Puissance, qu'on leur accorde un arpentage par rivière, avec 2 milles de profondeur, comme au Manitoba et au Prince-Albert,

Ayant occupé leurs terres depuis longtemps et même avant l'annexion des territoires au Canada, ils requièrent la reconnaissance de leurs droits et l'émission de lettres patentes.

Les colons de Saïint-Albert, d’Edmonton et du Fort Saskatchewan pétitionnent pour que l'arpentage par rivière soit étendu depuis Edmonton jusqu’au Fort Saskatchewan inclusivement, là aussi, avec 2 milles de profondeur à partir de la rivière, comme la chose a été concédée sur la rivière Rouge et sur l’Assiniboine. Au cas où la terre comprise dans ces deux milles de profondeur serait déjà occupée de bonne foi par quelque colon avant l’arpentage, qu’un mille seulement de profondeur soit concédé, mais avec privilège de prendre ailleurs une préemption de 160 acres sur les terres du gouvernement.

Qu'un bureau des terres soit immédiatement ouvert à Edmonton ou dans les environs, afin que les colons puissent tout de suite y faire reconnaître leur établissement et leur préemption; afin aussi que les Patentes des terres puissent être rédigées tout de suite là où les conditions exigées par l’Acte des terres ont été remplies.

Que les terres occupées de bonne foi, avant qu'aucun arpentage n'ait été fait par le gouvernement, et par conséquent, qu'il fût possible de connaître les sections réservées ou non, soient reconnues propriété des occupants et qu’en aucun Cas ces premiers occupants ne soient obligés de payer plus au gouvernement que ce qui aurait été exigé par l’Acte des terres ayant vigueur au moment de la prise de possession ; que les lois subséquentes relatives aux préemptions n'aient pas d'effet rétroactif.

Le Nord-Ouest étant le plus vaste territoire du Canada, la législature du Parlement ayant à s'occuper chaque année davantage de ce même territoire, nous demandons qu'un député à la Chambre des communes soit nommé par chacun des grands districts de l'Ouest.

Que les impôts sur le bois de construction et tout autre bois de la Couronne soient diminués. Que le boïs sec pour chauffage soit exempt de toute charge, et que les licences exigées par le gouvernement pour pouvoir couper du bois sur les terres de la Couronne ne soient pas refusées, par l'agent du bois, lorsque la personne faisant application pour telle licence, offre de remplir toutes les conditions requises par la loi.

Outre le bureau des terres requis à Edmonton, qu'un officier d'enregistrement soit légalement établi dans la mème localité.

Le chemin reliant Saint-Albert à Edmonton est un chemin public en usage depuis bien des années. 1 est bordé de clôtures et d'établissements d’un bout à l’autre et ne peut être changé sans trouble et mécontentement, C'est pourquoi le gouvernement est respectueusement prié de ne pas tou-

cher à cette route, ou du moins de la respecter autant que possible.

Les habitants de Saint-Albert sont, pour la plupart, des

métis français ou anglais, nés dans ces territoires du Nord- Ouest, ou dans la proviuce du Manitoba. Avant l’annexion ils étaient les copossesseurs naturels de la terre avec les sauvages. Un traité a été conclu avec ces derniers pour éteindre leurs droits, mais les métis de ces territoires n’ont encore reçu aucune compensation, et pourtant ils sont sur le même pied, en fait de droits, que les métis du Manitoba. Ils demandent donc, par l'entremise de leurs délégués à Ottawa, que J’Acte du Manitoba, relatif aux droits des métis et de leurs enfants nés avant l’annexion, soit étendu à ces territoires du Nord-Ouest.

H. Lepuc, prêtre, 0. M. 1, délégué de Saint-Albert, etc.

D. MALONETY, codélégué.

En résumé, nous avons donc été chargés de demander au gouvernement :

1° Arpentage spécial pour Saint-Albert avec 2 milles de profondeur concédés aux terres occupées par nos anciens colons;

2° La concession gratuite de ces terres el l'émission de letires patentes à cet effet;

3° Les mêmes concessions ou à peu près pour Edmonton et le Fort Saskatchewan. Pour tous, le droit reconnu à ane préemption de 160 acres;

4° L'ouverture d’un bureau des terres;

8° Le prix de préemption réduit au prix fixé par la loi à l’époque de l'établissement du colon, et non au prix plus élevé fixé par des lois subséquentes ;

6° Le droit de représentation à la Chambre;

7° Abolition de certains impôts sur le bois, diminution d’autres impôts sur la même matière ;

— di —

8° Ouverture d’un bureau d'enregistrement;

9° Conservation du chemin public entre Saint-Albert et Edmonton;

1®œ Enfa droits spéciaux des métis et de leurs enfants à une concession spéciale de terres dans les territoires du Nord-Ouest.

Depuis trois semaines d'attente notre memorandum est au ministère. Les vacances de Pâques ont retardé les négociations, mais nous les avons reprises aussi vite que possible, et mercredi de la semaine dernière nous avions une nouvelle entrevue avec le ministre de l'intérieur. Nous allions respectueusement demander, accompagnés de l'Honorable J. Royal, député, et de l'Honorable Caron, ministre de la milice, la réponse écrite à toutes nos demandes et pétitions. On nous assura de nouveau que nous serions entièrement salisfaits, qu’on s’occupait activement de l'objet de notre délégation, que le travail de la réponse, faite article par article et par écrit, à notre mémorandum était déjà hien avancée ; que d'ici à quelques jours elle me serait adressée. Hier encore je retournai à la charge et j'ai su par M. Royal qua la chose marchait au gré de nos désirs, lentement, mais sûrement.

J'ai profité des vacances de la Chambre pour passer la semaine Sainte chez nos Pères à Montréal, où Me' Gran- DIN m'’envoyait avec la mission de faire partir le Père GAsTÉ, novice, pour Winnipeg et Saint-Albert, ainsi qu’un jeune postulant portugais. Le mardi soir, les deux voyageurs prenaient le chemin de fer et se rendaient pour la belle fête de Pâques à Saint-Boniface, Ils sont aujourd'hoi en pleine prairie, entre Winnipeg et Saint-Albert ; ils ont pour guide le même excellent jeune homme qui nous a conduits, mon collègue et moi, de Saint-Albert à Winnipeg cet hiver. Il devait nous ramener nous-mêmes,

mais n'ayant pas achevé notre mission à Oltawa , ne pouvant le faire attendre au-delà du temps convenu, MS GRanDiIN nous a fait remplacer par le R. P. GASTÉ et son compagnon. J'ai eu le bonheur de prendre part à toutes les cérémonies de În grande semaine dans la belle église de Saint-Pierre, desservie par nos Pères. Qu'il est beau, fécond,consolant le ministère desOblats à Montréal! Quel touchant spectacle que celui de cette foule de chrétiens qui, tous les jours, au nombre de 5 à 6000, venaient assister aux offices divins, se presser au pied de la chaire pour recevoir avec une sainte avidité le pain de la paroïe de Dieu; assiéger les confessionnaux et s’asseoir en masse à la Table sainte ! Que dire aussi de notre noviciat de Lachine, si régulier, si édifiant ? J'ai pu aller me recueillir quelques heures auprès du R. P. Borsramé et de sa pieuse communauté.

Je profitai de mon séjour à Montréal pour faire quelques achats importants pour nos missions de l'Ouest, j'allai aussi rendre visite à la maison mère des Sœurs de Charité, diles Sœurs Grises de Montréal, lesquelles se dévonent depuis tant d'années au service des Missions de Saint-Boniface, de Baint-Albert el du Mackenzie, puis jé repris le chemin d'Oltawa.

Pendant ce temps Ms° GRanDin avait travaillé sans relâche au succès de ea mission et à celle des délégués. H fat obligé de s’absenter à son tour pour aller prêcher la retraite annuelle des Sœurs de Montréal, et je m'efforçai de poursuivre seul le moins mal possible les négociations cntamées par Sa Grandeur, Enfin, futigué d'attendre une audience du ministre de l’intérieur, audience que nous promattail depuis longtemps le lieutenant-gouverneur des territoires du Nord-Oue:t, l'Honorable Edgar Dewdneÿ, je crus pouvoir traverser l'Otlawa et aller passer lu nuit chez nos Pères de Hull. Quel ne fat pas mon désap-

pointement lorsque, de retour le lendemain au eullège, j'appris que le gouverneur du Nord-Ouest était venu le matin pour me prendre dans sa voitire et me conduire’ au ministère de l'intérieur, où m'attendait l'Honorable sir John Macdonald. L'entrevue si longtemps attendue, si impatiemment désirée, était manquée. Que faire? Je consultai le bon Père TaBarer et, d’après son avis, je pris une résolution hardie. En forçant toutes les consignes, je pus avoir quelques minutes d'entretien avec notre gouverneur de l'Ouest, alors malade et au lit. « Tâchez de faire parvenir une lettre ce matin même à sir John, me dit-il, vous le trouverez à la session du Parlement, faites-lui parvenir une note par l’entremise soit du ministre de fa milice, soit du ministre des travaux publics, M. Caron et sir Hector Langevin; ils vous sont dévoués, ils auront peut-être une réponse toul de suite, » Je n'hésitai pas, malgré une forte migraine; Monseigneur aurait été désolé d'apprendre que l'audience avait été manquée. Je me rendis tout de suîte au Parlement, j'y arrivai en même temps que l’Honorable Premier. Sans perdre un instant je lui fie remettre mu lettre par sun secrétaire, lui demandant de m’apporter ka réponse. J'intéressai {es 4ines du purguloire à ma cause, et je promis une messe à leur intention pour le lendemain. Quelques instants après, le secrétaire revenait et m'apportait le message suivant : « Sir John Macdonald sera heureux de recevoir Ms Gnannix et le R. P, Lenuc, demain à onze heures. Son Honneur enverra avis au lieutenant-gouverneur des territoires du Nord-Ouest de se trouver avec eux à l’heureci-dessus indiquée.» De grand cœur j'offris Le lendemain le saint Sacrifice pour les âmes du purgatoire, puis je me rendis à l'évéché où j’annonçui à M£° GRanDiN ma déconvenue de ia veille et l'audience fixée pour ce matin-là même.

Ms: DuxaueL, évêque d'Ottawa, mit aussitôt son cocher et sa voiture à la disposition de Ms' Grannix. A dix heures el demie nous étions chez notre lieutenant-gouverneur, Ed. Dewdney. I! prenait place dans le carrosse épiscopal à côté de Ms GRaNDIN, el à onze heures précises nous étions introduits dans le cabinet de travail de l'Honorable sir John Macdonald, Premier et ministre do l’intérieur. L'entrevue dura deux heures, toutes les pétilions de Monseigneur furent examinées et discutées; comme on devait bien s’y atlendre, toutes n'ont pas été agréées, néanmoins les plus importantes n'ont pas été rejetées.

4° Des secours assez considérables sont garantis aux écoles ;

2° Le gouvernement payera 2 francs par jour pour tout sauvage malade reçu dans nos hôpitaux ;

3° Une loi nous donnera autorité paternelle sur les enfants de l’un et l’autre sexe recueillis dans nos orphelinats;

4° Les orphelins sauvages élevés par nous prendront rang parmi les blancs et cesseront d'être considérés comme Indiens, à leur majorité ou à leur mariage;

8° Une école industrielle soutenue par le gouvernement sera fondée dans le Nord-Ouest ;

6° Tout terrain occupé soit par la Corporation épiscopale, soit par celle des Oblats, soit par celle des Sœurs, sers reconnu propriété de ces Corporations ;

7° Toutes Missions on paroisses déjà fondées ou à fonder par la Corporation épiscopale auront droit à une concession gratuite de 320 acres de terres;

8° Il en sera exactement de même pour la Corporation des Oblats et pour la Corporation des Sœurs;

9 Sur toules Les réserves sauvages, du consentement des bandes, la Corporation épiscopale jouira de l'usage et de l’usufruit garanti et protégé par le gouvernement,

d'un morceau de terre suffisant pour l'établissement d’une Mission pour les sauvages de Îa réserve.

Tout cela a été accordé de vive voix, mais maintenant il le faut par écrit, car: scripta manent, verba volant. La négociation 86 poursuit,et Monseigneur ne partira pas avant d’avoir les documents authentiques, signés par quide droit.

Pour moi je vais lundi prochain, le 23 avril, reprendre le chemin de Saint-Albert. Déjà mon collègue a pris les devants et a quitté Ottawa la nuit dernière. Dieu merci, nous avons assez bien réussi dans notre négociation ; notre population de Saint-Albert, d'Edmonton et du Fort Suskatchewan sera satisfaite,

Voici le résumé des concessions faites par le gouverne ment.

1° L’arpentage spécial par rivière est accordé ;

2 Les terres possédées avant l'annexion du Nord- Ouest à la Puissance du Canada sont reconnues par le gouvernement ;

3° L'arpentage s'étendra à 2 milles en arrière à partir de ia rivière;

4* Ceux qui se sont établis avant l’arpentage sur des terres aujourd'hui réservées ne seront point troublés dans leurs établissements ;

8° Un bureau des terres va être ouvert à Edmonton;

6° Un bureau d'enregistrement est également concédé;

7° Un magistrat ou juge français va êire nommé ;

8° La Chambre s'occupe actuellement des droits des métis.

Notre populalion s’est imposée généreusement pour payer les frais de notre voyage. Nous avons hâte de luifaire connaitre les heureux résultats de notre mission. Mon collègue, comme je le disais tout à l'heure, est parti en toute hâte la nuit dernière ; il arrivera environ quinze jours avant moi,

Ms GRaxnin viendra ensuite avec sa sainte el nombreuse caravane de nouveaux ouvriers évangéliques, Sa Grandeur sera accompagné de deux pères qui, l'un et l’autre; doivent être ordonnés à Oliawe le 3 mai prochain; d’un ou deux Frères convers; de deux postulants scolastiques, de deux posiulanta convers, de huit Sœurs, Fidèles Servautes de Jésus de Sainie-Anne d'Auray, de deux Sœurs de Charité de Montréai, de six filles du tiers ordre de Saint-François, et de plusieurs autres âmes généreuses qui viennent se consacrer à nos Missions.

Un télégramme reçu par le ministre de l’intérieur pendant l’entrevue que nous eûmes avec lui, et qu’il voulut bien nous communiquer, annonce l’arrivée de 5000 familles irlandaises (au moins 30000 âmes), toules destinées à la colonisation du Nord-Ouest. Ces familles doivent être suivies d'un grand nombre d’autres; le gouvernement impérial Les transporte à ses frais, le gouvernement fédéral, de concert avec les compagnies du chemin de fer de l'Ouest, leur donne des terres, leur avance les semences nécessaires, les instruments d'agriculture. C'est un nouveau champ qui nous est ouvert, immense et plein d'avenir. Que de Missions à fonder | que d’églises à consiruire ! que d'écoles à établir1 quelle œuvre gigantesque incombe à notre ehère Congrégation d'Oblais de Marie Immaculée, et à notre saint évêque, Monseigneur de Saint-Aibert |

Nous plaçons plus que jamais notre confiance dans la divine Providence afin qu'Elle nous procure les sujets et les ressources pécuniaires dont nous avons plus que jamais besoin.

Paoisse ce travail interrompu bien des fois, écrit tonjours à la hâte aa mitieu de préoccapations incessantes, vous être agréable et vous proûver au moins ma bonne volontél

Je we recommande à vos bonnes prières, et je anis tqujours, révérend et bien cher Père, Votre affectionné Frère en J. M. J., H. Leoue, 0. M. 1.

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