‹ Lettre encyclique de S.S. le pape Léon XIII sur la constitution chrétienne des États [microforme]Chapitre 5 sur 8 · PR · texte numérisé non relu

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nes, la religion catholique est mise dans

l'Etat sur le pied d'égalité, ou même d'infériorité avec des sociétés qui lui sont

étrangères.

Il n’est tenu nul compte des lois ecclésiastiques ; l'Eglise qui a recu de Jésus- Christ ordre et mission d'enseigner toutes les nations se voit interdire toute ingérence dans l'instruction publique. — Dans les matières qui sont de droit mixte, les Chefs d'Etat portent d'eux-mêmes des décrets arbitraires, et sur ces points affichent un superbe mépris des saintes leis de l'Eglise.

Ainsi ils font ressortir à leur juridiction les mariages des chrétiens; portent des lois sur le lien conjugal, son unité, sa stabilité ; mettent la main sur les biens ‘des clercs, et dénient à l'Eglise le droit de posséler. En somme, ils traitent l'Eglise comme si elle n’avait ni le caractère ni les droits d’une société parfaite, et qu’elle fût simplement une association semblable aux autres qui existent dans l'Etat. Aussi tout ce qu’elle a de droits, de puissance légitime d'action, ils le font dépendre de la conceession et de la favenr des gouvernements.

Dans les Etats où la législatiun civile laisse à l'Eglise son autonomie, et où un concorGat public est intervenu entre les deux puissances, d’abord on crie qu’il faut

“séparer les affilres de l'Eglise des affaires de l'Etat, et cela dans le but de pouvoir agir impunément contre la foi jurée et se faire arbitre de tout, en écartant tous les obstacles, — Mais comme l'Eglise ne peut

Ainsi, dans cette situation Politique que plusieurs favorisent aujourd’hui, i] & une tendance des idées et des volontés à Chasser tout à fait l'Eglise de la société ou

sans re.igion, la Spoliation et la destruc.

tion des Ordres religieux, Ja suppression du pouvoir temporel des Pontifes Romains, tout tend à ce but : frapper au cœur les institutions chrétiennes, réduire à rien la

liberté de l'Eglise catholique et à néant ?

ses autres droits,

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La simplé raison naturelle démontre combien cette façon d’entendre le gouvernement civil s'éloigne de Ja vérité, — Son témoignage, en effel,

rates et contraires équivaut Simplement à n'en vouloir ni choisir ni Suivre aucune.

C’est l’athéisme moins le nom. Quiconque, en effet, croit en Dieu, s’il est conséquent et ne veut pas tomber dans l’absurde, doit nécessairement admettre que les divers cultes en usage entre lesquels il y a tant de différence, de disparité et d’opposition, même sur les points les plus importants, ne sauraient être tous également vrais, également bons, également agréables à Dieu.

De même la liberté de penser et de publier ses pensées, soustraite à toute règle, n’est pas de soi un bien dont la société ait à se féliciter ; mais c’est plutôt la source et l’origine de beaucoup de maux.—La liberté, cet élément de perfection pour l’homme, doit s'appliquer à ce qui est vrai et à ce qui est bon.

Or, l’essence du bi:n et de la vérité ne peut changer au gré de ‘homme, mais elle demeure toujours la même, et, non moins que la nature des choses, elle est immuable.

Si l’intelligence adhère à des opinions fausses, si la volonté choisit le mal et s’y attache, ni l’une ni l’autre n’atteint sa perfection, toutes deux déchoient de leur dignité native et se corrompent. Il n’est donc pas permis de mettre au jour et d’ex-

poser aux yeux des hommes ce qui est con- ;

raire à la vertu et à la vérité, et bien

moins encore de placer cette :licence sous la tutelle et la protection des lois. Il n’y a qu'une voie’ pour arriver au ciel vers lequel nous tendons tous : c’est une bonne vie.

L'Etat s'écarte donc des règles et des prescriptions de la nature, s’il favorise à ce point la licence Îles opinions et des actions coupables que l’on puisse impunément détourner les esprits de la vérité et les âmes de la vertu.—Quant à l'Eglise que Dieu lui-même a établie, l’exclure de la vie publiqu», des lois, de l'élucation de la jeunesse, de la société domestique, c "est une grande et pernicieuse erreur. ”

Une sociélé sans religion ne saurait être bien réglée ; et déjà, plus peut-être qu'il ne faudrait, l'on voit ce que vaut en soi et dans ses conséquences cette soi-disant morale civile.

La vraie maitresse de la vertu et la gardienne *°: mœurs est l'Eglise du Christ. C'est £uc Jnserve en leur intégrité les principr: * découlent les devoirs, et qui suggéra. . .es pius nobles motifs de bien vivre, ordonne non-seu ement de fuir les mauvaises actions, mais de dompter les mouvements de l'âme contraires à la raison, quand même ils ne se traduisent pas en acte. Prétendre assujettir l'Eglise

au pouvoir civil dans l'exercice de son ministère, c’est à la fois une grande injustice et une grande témérité. Par le fait môme, on trouble l’ordre, car on donne le pas aux

choses naturelles, sur les choses surnatu.

relles, on tarit, ou certainement on diminue beaucoup l’affluence des biens dont l'Eglise, si elle était sans entraves, comblerait la s0ociété ; et, de plus, on ouvre la voie à des haines et à «les luttes dont de trop fréquentes expériences ont démontré la grande et

funeste influence sur l’une et j’autre société. Ces doctrines que la raison humane ré-

prouve, et qui ont une influence si considérable sur la marche des choses publiques, les Pontifes Romains, Nos prédéces.

seurs, dans la pleine conscience de ce que réclamait d'eux la Charge Apostolique, n'ont jamais souflert qu’elles fussent impunément émises.

C’est ainsi que, dans sa Lettre Encyclique « Mirari Vos, du 15 août 1832, Gré.

goire XVI, avec une grande autorité doc-

trinale, a repoussé ce que J’on avançait dès .

lors : qu’en fait de religion il n’y a pas de choix à faire : que chacun est maître d’en juger à son aise : que chacun ne relève que de sa conscience, et peut, en outre, publier ce qu’il pense et ourdir des révolutions dans l'Etat.

Au sujet de la séparation de l'Eglise et de l'Etat, ce Pontife s'exprime en ces ter.

mes :

« Nous ne pouvons pas attendre pour l'E.

glise et l'Etat des résultats meilleurs des

tendances de ceux qui prétendent séparer

l'Eglise de l'Etat, et rompra la concorde mutuelle entre le sacerdoce et l'empire, C'est qu’en effet les fauteurs d’une liberté effrénée redoutent cette concorde, qui a toujours été si favorable et si salutaire aux intérêts religieux et civils. »—De la même manière, Pie IX, chaque fois que l’occasion

s'en présenta, à condamné les fausses opi.

nions les plus en vogue, et ensuits il en fit faire un recueil, afin que, dans un tel déluge d'erreurs, les catholiques eussent une direction sûre {1).

(1) Il suffit d'en citer quelques - unes,—»

Prop. x1x.—L’Eglise n'est pas une société vraie, parfaite, indépendante ; elle ne jouit pas de droits propres et constants que lui ait conférés son divin Fondateur ; mais il appartient au pouvoir civil de définir quels sont les droits de l’Eglise et dans quelles limites elle peut les exercer.

Prop. xxxIx. — L'Etat, comme origine et source de tous les droits, jouit d’un droit illi.

mité.

Prop. Lv.—Il faut séparer l'Eglise de l'Etat et l'Etat de l'Eglise. |

De ces décisions des Souverains Pontifes il faut absolument admettre que l'origine de la puissance publique doit s’attribuer à Dieu et non à la multitude : que le droit à l'émeule répugne à la raison : que ne tenir aucun compte des devoirs de la religion OU traiter de la même manière les différen.

tes religions, n’est permis ni aux individus ni aux sociétés : que la liberté illimitée de penser et d'émettre en public ses pensées.

ne doit nullement être rangée parmi les droits des citoyens, ni parmi les choses dignes de faveur el de protection. — De même il faut admettre que l'Eglise, non moins que l'Etat, de sa nature et de plein droit,est une société parfaite, que les dépo. sitaires du pouvoir ne doivent pas prétendre asservir et subjuguer l'Eglise, ni diminuer sa liberté d’action dans sa sphère, ni lui enlever n'importe lequel des droits qui lui ont été conferés pr Jésus-Christ, — Dans les questions de droit mixte, il est ess

Prop. LxxIx.—... il est faux que la liberté civile des cultes et la pleine faculté donnée à chacun de manifester ouvertement et publiquement n'importe quelles opinions ou pensées, ait pour conséquence de corrompre plus facilement les esprits et les mœurs et de propager la peste de l'indifférence.

pleinement conforme à la nalure ainsi qu'aux desseins de Dieu, non de séparer une puissance de l’autre, moins encore de les mettre en lutte, mais bien d'établir entre elles cette concorde quiest en harmonie avec les attributs spéciaux que chaque 8s0Cié'é tient de sa nature.

Telles sont les règles tracées par l'Eglise catholique relativement à la constitutiou et au gouvernement des Etats. — Ces principes et ces décrets, si l’on vaut en juger sainement, ne réprouvent en soi aucune des différentes formes de £ouvernement, attendu que celles-ci n’ont rien qui répugne à la doctrine catholique, et que, Sielles sont appliquées avec Sagesse et justice, elles peuvent toutes garantir la prospérité publique.—Bien plus, on ne réprouve pas en soi que le peuple ait sa part plus ou moins grande au gouvernement ; Cela même, en certains temps et sous cer.

taines lois, peut devenir «non - seulement un avantage, mais un devoir pour les citoyens.—De plus, il n’y a pour personne de juste motif d'accuser l'Eglise d’être l’ennemie soit d’un juste tolérance, soit d’une Saine el légitime liberté. —En effet, si l’'Eglise juge qu’il n’est pas permis de mettre les divers culies sur le même pied légal que la vraie religion, elle ne condamne

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