Le morne à Bouillon. [Rome], 19 avril
ment compatible avec ces fonctions assujettissantes auprès d'un prince de l'Eglise. Une curieuse aventure mit fin à sa situation incertaine. Dès ce temps-là il y avait des demoiselles Couësdon. « La curiosité qu'eut le P. Bertet d'écouter une devineî'esse, qui faisait alors beaucoup de bruit à Paris, écrit le P. Sommervogel, fut cause de sa sortie de la Société (1681)... Il se retira au monastère d'Oulx, de l'ordre de Saint- Benoît. »
Mais il est possible qu'en ces mômes années 1670-1671, où le P. Bertet commençait à prêter le concours de sa science encyclopédique au jeune cardinal, celui-ci ait remarqué à la Maison professe un autre jésuite arrivé à Paris en 1669, et dont les débuts avaient été éclatants. Une première circonstance fut de nature à les rapprocher.
Le 1" janvier 1671 mourait Mgr Hardouin de Péréfixe. Il avait été le protecteur de Bouillon, présidant ses thèses et « l'élogisant le mieux du monde », l'attirant ensuite et Tinstallant au cloître Notre-Dame. Précepteur de Louis XIV, puis évèque de Rodez, il s'était montré un lettré plus studieux qu'instruit, avant d'être sur le siège de Paris un administrateur exact et vigilant, conciliant et énergique ' ; comment n'eût-il pas été séduit par ce grand seigneur de bonne heure adonné aux choses de l'esprit et aux exercices de la plus exemplaire piété? Le cardinal de Bouillon, vieux et disgracié, aimait à se souvenir des leçons que jeune il avait recueillies du premier pasteur de l'Eglise de Paris. Nous en avons rencontré la preuve touchante dans ses Apologies inutiles et sans fin "2. Aussi comment croire que le mercredi 11 février 1671, après avoir assisté quelques jours plus tôt au service du prélat, il ne se soit pas retrouvé à Notre-Dame pour entendre Bourdaloue y ouvrir son premier carême à la métropole et commencer ainsi :
Cette Eglise où nous sommes assemblez, et que nous visraes il n'y a
L Cf. H. Chérot, la Première Jeunesse de Louis XIV, 1892. In-8, p. 47. . 2. Bonilloi) à Coisliii, 22 juillet, 1704. Arch. nat. K^66.
que trois jours occupée à pleurer la perte de son aimable Prélat, et à luy rendre les devoirs funèbres..., regrette un Pasteur qu'elle avoit reçeû du ciel comme un don pretieux ; mais que la mort par une loy commune à tous les hommes, vient de luy ravir. Ni la noblesse du sang, ni l'éclat de la dignité, ni la sainteté du caractère, ni la force de l'esprit, ni les qualitez du cœur, d'un cœur bien-faisant, droit, religieux, ennemi de Tartifice et du mensonge, rien ne l'a pu garentir du coup fatal qui nous l'a enlevé, et qui du siège le plus distingué de nostre France, l'a fait passer dans la poussière du tombeau^.
Mais que cette circonstance ait donné lieu ou non à la première rencontre du prélat et du prédicateur, de nouvelles occasions ne tardèrent pas à se présenter, et celles-ci décisives.
Le 11 décembre de cette même année 1671, le cardinal de Bouillon était nommé grand aumônier de France et « légat a latere », comme le lui écrivait Oliva en le complimentant^. Cette faveur ne pouvait le surprendre beaucoup ; car, s'il faut en croire V Histoire ecclésiastique de Ici Cour, personne n'avait plus fortement travaillé que lui à l'obtenir. Avant même la mort du titulaire, le cardinal Antoine Barberini, la succession avait été ouverte et les compétiteurs s'étaient trouvés aux prises. Le Tellier, pour son fils le coadjuteur de Beims; Coislin, évêque d'Orléans, pour lui-même, élevaient chacun leurs prétentions. Coislin avait la parole de Louis XIV. Mais Bouillon, qui avait vu Barberini à Borne durant le Conclave, avait négocié avec lui son affaire, et, à son retour, il en informa Sa Majesté. Plus d'une fois, écrit l'abbé Oroux, il pensa tout gâter « par sa vivacité et la promptitude de son naturel. Mais il appartenoit de trop près à M. de Turenne'. » Le cardinal Barberini mourut à Nemi le 3 août 1671, et, quatre mois après, Louis XIV déclarait, dans les lettres de provision expédiées au cardinal de Bouillon, ne pouvoir faire un plus digne choix, à raison de la piété, de la capacité, des bonnes mœurs, fidélité et affection au service du roi qu'il reconnais-