‹ Lettre inédite de Bourdaloue au cardinalChapitre 20 sur 50 · Lauras II · texte numérisé non relu

Lauras II

2. II devra aussi fixer la date du sermon de Bourdaloue et décider s'il fut prononce pour Marie-Xavier (Mlle de Lillebonne) ou pour sa sœur Marie- Eléonore (Mlle d'Elbeuf). Enfin il y aurait lieu de rechercher quelles furent les relations de divers membres de la maison d'Elbeuf avec la Maison professe de la rue Saint-Antoine, à laquelle appartenait Bourdaloue. Le 12 août 1679 mourait à Paris, âgée de cinquante ans, Marie-Marguerite-Ignace de Lorraine, sœur du duc d'EU^euf et tante de Marie-Xavier. Elle fut enterrée dans un des caveaux de l'église Saint-Louis des Jésuites, comme déjà Catherine-Henriette, femme de Charles de Lorraine, deuxième duc d'Elbeuf et grand-père de Marie-Xavier. Nous avons dit (p. 35-36) que le cœur du prince de Turenne, tué à Steinkerque, y fut déposé en 1692, et que le cœur de sa mère Marie-Anne-Mancini vint l'y rejoindre en 1714. D'autres membres de la famille de Bouillon furent inhumés au xviiP siècle dans la chapelle dite de La Tour d'Auvergne de Bouillon. Tous ces monuments funéraires et la chapelle elle-même, située en face de la chaire, ont disparu à la Révolution ou depuis. Ajoutons que les hôtels de Lorraine, de Bouillon (où demeura Turenne), d'Elbeuf, d'Albret, se pressaient autour de la rue Saint-Antoine. Voir Gazette de 1679, p. .384; — Denis de Hansy, Notice sîir la paroisse royale Saint-Paul-Saint-Louis. Paris, 1842. In-S», p. 64; — abbé Valentin Dufour, le Charnier de l'ancien cimetière Saint-Paul. Paris, 1866. In-S", p. 31; — Ménorval, les Jésuites de la rue Saint- Antoine, p. xix,

17, 329 et 331.

venir d'elle, sans doute^ durant ses séjours à Paray-le-Monial il aimait à descendre à la Visitation i. Au fond, il avait le regret de lavoir maîtresse des Petites sœurs et non abbesse. Mais Marie-Xavier, elle, ne regrettait rien de ce qu'elle avaii quitté. Quand la reine d'Angleterre, Eléonore d'Esté, l'épouse de Jacques II, qui aimait à la visiter, lui disait : « Vous devriez être ce que je suis, et moi ce que vous êtes. — Ah ! madame, répondait la bonne religieuse, j'aime mille fois mieux mon voile que la couronne; mais je ne vois rien de plus grand et de plus digne d'envie que le sacrifice que vous avez fait si glorieusement à votre religion. » Eléonore avait, en effet, perdu sa couronne fragile ; Marie-Xavier avait choisi la meilleure part, et elle ne lui était point enlevée.

Le cardinal de Bouillon paraît s'être consolé de ses nombreuses absences loin du monastère du faubourg Saint-Germain par une correspondance considérable avec sa nièce, puisqu'il lui envoie par Bourdaloue un « paquet de lettres ». Et quand Bourdaloue, qui faisait si volontiers le commissionnaire auprès du maréchal de Gramont, auprès de Bossuet, auprès de tout le monde, remettait le précieux envoi, il y joignait des exhortations au courage. Marie-Xavier avait « besoin d'estre fortifiée ». D'où lui venait cet état d'abattement? Le cardinal, son oncle, avait-il eu assez de confiance en elle pour lui révéler le secret de sa disgrâce ? La déchirure de la lettre de Bourdaloue permet de le supposer. Mais alors luimême était donc dans cette confidence? — N'anticipons point.

Des rapports de Bourdaloue avec le cardinal durant les années de faveur, nous ne savons rien. Lui qui s'en allait à Basville passer ses vacances avec le P. Rapin, accompagna-t-il ce dernier dans cette villégiature à Saint-Martin de Pontoise qu'il a chanlée en si jolis vers ? Nous n'en avons aucun indice. Plus heureux en ce qui concerne Rapin, dès 1671, nous le voyons à Pontoise auprès du cardinal avec le

l. Reyssié, 151, note 3.

P. Bertet, et le P. Oliva se demande, à cette occasion, s'ils ne doivent pas se trouver une partie du temps à la résidence de cette ville, au lieu de ne pas quitter Saint-Martin V Nous avons retrouvé à la bibliothèque Saint-Geneviève l'hommage même que l'auteur des Jardins, ravi d'avoir visité ce parc de Pontoise, le plus beau de l'Europe, a-t-on prétendu, adressa au cardinal en hommage de reconnaissance. La pièce est intitulée : Serenissimo Principi Emmanveli Theodosio a Tvrre-Aï'verniœ, Bvllonio, S. R. E. Cardinali. Solitudinis in quam secessit, commendatio et Sammartinianœ ad Pontisaram ipsiiis Villas amœnitas. Hendecasyllabvm ^. A la suite du vers

Tecum maluerim usque rusticari,

Rapin a ajouté celui-ci de sa propre main :

Tecum vivere, tecum et obire ^.

P. RAPINUS, S. J.

Rapin voyage aussi avec le prince de Turenne, neveu du cardinal : « Je viens de recevoir une lettre de notre ami, le P. Rapin », écrit Madeleine de Scudéry à Bussy-Rabutin, leur commun correspondant. « Il est à Vichy, avec M. de Bouillon^ .» L'année suivante, il se rend à Château-Thierry « avec Mme la duchesse de Bouillon et M. de Turenne, son fils ^ ».

Un fait d'un ordre plus grave nous a révélé les sentiments d'estime, et même d'amitié, que Bourdaloue portait au cardinal : la controverse du Quiétisme. Nous savions déjà, par sa lettre à Mme de Maintenon, ce qu'il pensait du Moyen court et des fausses méthodes d'oraison. Un fragment de lettre va nous apprendre qu'il ne pensait guère mieux des Maximes des

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