Pensées. Paris, Cailleau, 1734. 2 vol. in
Outre quantité de belles Pensées, de pieuses Méditations, de Desseins mesme de Sermons à l'usage des Prédicateurs..., l'on y trouvera sur plusieurs grandes matières et sujets importans des discours finis et achevés, dignes du grand Prédicateur sous le nom duquel on les annonce; et quoique ce soit sous le titre simple et modeste de Pensées, il y a lieu de croire qu'elles n'en seront pas moins favorablement reçues du Public, et l'on trouvera qu'on lui donne en effet beaucoup plus qu'on ne lui a promis.
Nous voici dûment avertis. La matière déborde le titre; ce titre .« iiiodcste » de Pensées qui ne prétend point sans doute faire concurrence à Pascal, encore que Bourdaloue soit, dit-on, la meilleure réponse des Jésuites aux Petites Lettres. De nos jours, à Pensées on eût préféré Mélanges., et c'eût été plus juste. Il y a, en effet, un peu de tout dans cette sorte de conglomérat ou de résidu final, et même des lettres. Le malheur est que Bretonneau obsédé par son idée de Pensées prises dans le sens de maximes, a démarqué ces morceaux épistolaires encore plus que dans les ExhoiHations. La qualité des destinataires n'a pas trouve plus de grâce devant lui que leur nom. Le «laborieux Editeur », comme l'appelle Le Rouge, aura joué plus d'une fois du ciseau ou du grattoir. Il- vise un but idéal et même pratique, mais ni historique, ni critique. Dès lors que lui importent toutes les particularités qui seraient aujourd'hui l'aliment de notre curiosité ? Plans et canevas, développements ou fragments oratoires ne valent à ses yeux que par les vérités générales qu'ils renferment. Tant mieux si l'on peut récolter des sentences ou des conseils de direction, même dans les correspondances qui lui ont été communiquées ; les menus détails ne valent pas d'être copiés.
Il en a pourtant laissé, consciemment ou non, subsister quelques-uns, sortes d'organes-témoins qui nous décèlent la nature primitive de la pièce à laquelle ils ont été arrachés.
Le ton même et l'accent de certains passages révèlent leur destination privée.
Lorsqu'après une Pensée vague telle que : « Il faut ({\yun
pécheur converti lotie Dieu », on rencontre brusquement cette apostrophe : « Après vous estre si souvent et si longtemps écartée de vostre devoir ; après avoir fait parler de vous et de vostre conduite... », on a la sensation spontanée d'un feuillet de lettre oublié dans les pages d'un livre, et^ au cas présent^ malgré la pénitence de la pécheresse qui s'est « enfin reconnue • », on pardonne à Bretonneau d'avoir gardé le secret du nom que portait l'adresse.
Plus loin, le titre de « Prière mentale » fait croire à quelque traité général. Dès les premières lignes du début, on se trouve en pleine correspondance.
Dans le dernier entretien que nous eusmes il y a quelque temps, je me bazardai à vous parler de la méditation; mais vous en parustes surpris, et vous me répondistes d'un ton assez décisif, que cela ne convenoit gueres à un homme du monde, surtout à un homme aussi occupé que vous Testes - ...
Ce ne saurait être ici une mise en scène ingénieuse. Bourdaloue n'a jamais usé de ces artifices littéraires.
Et cette autre entrée en matière, procède-t-elle de la pure
fiction, ou répond-elle à un souvenir personnel, j'allais dire
vécu ?
Vous estes étrangement philosophe, et quoique je ne doute en aucune manière du fonds de vostre christianisme, la proposition que vous me fistes il y a quelque temps^, au sujet de l'humilité, ne m'édifia pas, et me parut, s'il faut vous le dire, bien payenne. Nous parlions de l'ambition*.
Enfin le chapitre intitulé Gouvernement religieux^ regarde manifestement une supérieure de communauté qui vient d'être élue. Les allusions sont trop claires.
Au total, ce sont encore quatre lettres de plus. Nous pouvons môme les croire reproduites assez exactement et