‹ Lettre inédite de Bourdaloue au cardinalChapitre 21 sur 50 · Rapin à Bussy. Paris, 20 juin 1679. Ibid · texte numérisé non relu

Rapin à Bussy. Paris, 20 juin 1679. Ibid

Saints^ et qu'en tout cas il était désolé de voir le cardinal prendre obstinément à Rome la défense de Fénelon.

Voici ce que la princesse de Montbazon, Louise-Julie de la Tour d'Auvergne, écrivait, le M juin 1698, à son oncle le cardinal de Bouillon, alors chargé des affaires de France à Rome, et fort compromis aux yeux de Louis XIV par sa partialité en faveur de Fénelon : « Vos véritables amis sont consternés ; le père Bourdaloue, le père Gaillard, M. de Chaulnes et M. de Caderousse, sont désolés; ils vous conjurent de dissiper la tempeste à quelque prix que ce soit et de ne pas mètre vostre gloire à périr pour sauver le livre de M. de Cambray ^ . »

A défaut de la lettre entière, nous devons préciser le sens de ce passage. Il ne faudrait pas s'imaginer pouvoir lire entre les lignes que Bourdaloue serait heureux de voir le livre de M. de Cambrai échapper à une condamnation ; mais que celle-ci étant inévitable, le cardinal aurait tort de se compromettre pour une cause perdue. Bourdaloue détestait le Quiétisme sincèrement et de cœur. Autrement, parlant, dans ses Pensées, de l'amour de Dieu en tant qu'il constitue la méthode d'oraison la plus prompte et la plus efficace, il n'eût pas écrit cette phrase qui coupe court à toute controverse : « Non pas que j'entende ici un amour de Dieu, tel que l'ont conçu de nos jours de faux mystiques, justement condamnez et frappez des foudres de l'Église. Leurs principes font horreur, et les conséquences en sont affreuses. » {Pensées, I, 507.) Il est bon d'avoir cette déclaration présente en lisant ce fragment de lettre, qui confirme la prudence et la sagesse du prédicateur toujours si orthodoxe de Louis XIV, comme la délicatesse et la sûreté du religieux dans ses relations privées.

Moins heureux que Bourdaloue, Bouillon qui prétendait concilier à la fois ses devoirs comme cardinal, comme ministre du roi et comme ami de Fénelon, sombra dans cette passe difficile ou ne sut pas éviter tous les écueils. « Comme

1. Montbazon à Bouillon. Paris, 11 juin 1698, d'après la Revue des autographes de Mme Vve Charavay, oct. 1891, p. 2, n»21.

cardinal, a-t-il écrit, je pouvais être juge, et je devais être neutre ; comme ministre, je devais être contraire à Farchevêque de Cambrai ; comme ami de ce prélat, je devais entrer dans tout ce qui pouvait contribuer à sa justification. » Et avec ce style de grand seigneur lettré du dix-septième siècle, qui rappelle Retz ou Saint-Simon, La Rochefoucauld ou Fénelon^ il ajoute : « Je n'ai jamais oublié pour le roi ce que je devais à Dieu, ni pour mon ami ce que je devais au roi*. »

Nous touchons à l'énigme de sa disgrâce. Cette question a été étudiée à fond par M. de Boislisle dans un de ces copieux et lucides appendices où il accumule la matière d'un bon volume d'histoire ^. Nous y renvoyons nos lecteurs. La désobéissance formelle du cardinal aux ordres du roi en 1700, lorsqu'il refusa de quitter Rome, fut la goutte d'eau qui fit déborder le vase. Depuis longtemps, Louis XIV lui gardait rancune de ses prétentions nobiliaires exagérées, des folies de son neveu le prince de Turenne. « Le duc et le cardinal de Bouillon ne s'en relevèrent pas » , écrit le duc d'Aumale, au sujet de la correspondance des jeunes princes, injurieuse au roi et saisie ^.

En 1703, l'année où Bourdaloue lui écrit, le cardinal, exilé dans ses abbayes de Bourgogne, cherche à rentrer en grâce ; il partage sa vie entre les œuvres de bienfaisance, les exercices de piété, les devoirs de l'hospitalité et même les intrigues. C'est ce que Saint-Simon appelle son « exil de Cluny ». Le souvenir fidèle que lui garda Bourdaloue est un honneur éternel pour lui. La lettre du vieux religieux déjà guetté par la mort et envoyant au cardinal disgracié son « compliment chrétien pour le commencement de l'année »,

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