Ps. 130, I
de criminelles pratiques dont il voit toute l'imposture et toute la honte.
Un homme religieux et desintéressé dans ses abaissemens volontaires. Car il y a une humilité prétendue qui n'a de l'humilité que les apparences, il y a de feints abaissemens qui ne consistent qu'en de fausses démonstrations et des dehors trompeurs. Souvent le mondain s'humilie, il s'abaisse: mais pourquoi? Je l'ai dit et je le répète, c'est pour une fragile espérance, c'est par une flaterie basse, c'est par un vil et sordide esclavage. La Religion inspire au chrestien humble, jusques dans ses soumissions les plus profondes, bien plus de générosité et plus de dignité. Il rend honneur au prochain : il a pour le prochain toute la déférence, tous les ménagemens et tous les égards possibles; il ne refuseroit pas, s'il le falloit, de ramper sur la poussière et sous les pieds du prochain : mais en cela qu'est-ce qu'il envisage? est-ce l'homme? non certes, puisqu'il n'attend ni ne veut rien de l'homme : mais dans l'homme il n'envisage que Dieu.
C'est à Dieu qu'il obéit en obéissant à l'homme : c'est à Dieu qu'il offre son encens, en rendant hommage à l'homme ; c'est devant Dieu qu'il se prosterne en s'inclinant devant l'homme : Dieu est le seul objet de son culte, comme il en doit estre l'unique récompense.
Un homme équitable dans ses jugemens : et voici, j'ose le dire, un des plus nobles efforts de l'humilité. Parceque nous sommes ordinairement préoccupez, soit en nostre faveur par nostre amourpropre, soit contre le prochain par une maligne envie, on ne peut guéres compter sur l'équité des jugemens que nous portons, ou de nous-mesmes, ou des autres.
Mais, par une régie toute contraire, parceque l'humble chrestien est dégagé de ces préventions qui nous aveuglent, il est beaucoup plus en estât de juger sainement ; et comme il ne sçait point dissimuler ni trahir la vérité qu'il connoist, il parle selon qu'il pense, et communément il pense bien. Si donc il s'agit de lui-mesme, il ne cherche point à se faire valoir au-delà de son prix, et s'il est question du prochain, il lui fait une justice entière, et, bien loin de vouloir le rabaisser ni obscurcir ses avantages, il est le premier à les publier.
Nous en avons dans l'Evangile un exemple des plus célèbres, et quiconque examinera bien la conduite de Jean-Baptiste à l'égard de Jésus Christ, y trouvera une bonne foy, et dans cette bonne foy un caractère de grandeur, qu'on ne peut assez admirer. Jean près-
choit aux peuples la pénitence ; toutes les rives du Jourdain retentissoient du bruit de son nom ; on s'assembloit en foule auprès de lui, et il s'estoit fait une nombreuse Ecole, qui le suivoit et recevoit ses enseignemens comme des oracles. Jamais crédit ne fut à un plus haut point. Mais après-tout Jean-Baptiste n'étoit que le précurseur du Messie, et il n'avoit esté envoyé qu'en cette qualité. Aussi est-ce à cette qualité seule que se borne toute Tidée qu'il a de lui-mesme, et qu'il en donne à ces députez qui, de la part de la Synagogue viennent l'interroger pour sçavoir qui il est? Esies-vous le Christ? lui demandent-ils; esies-vous Elle? estes-vous Prophète ' ? Que l'occasion étoit délicate pour un homme qui eust été moins humble ! Mais à ces demandes il répond simplement et sans hésiter, qu'il n'est ni le Christ, ni Elie, ni Prophète. Qui estes-vous donc ? répliquent ces Envoyez : Je suis, leur dit-il, la voix de celui qui crie dans le désert, préparez le chemin au Seigneur 2 ; voilà tout ce que je puis vous apprendre de moi.
Ce n'est point encore assez : mais la mesme équité qui le fait juger si modestement de lui-mesme, lui fait rendre à Jesus-Christ, en cette rencontre et en toutes les autres, le plus juste et le plus glorieux témoignage. Il annonce aux Députez de Jérusalem la venue de ce Messie : // est au milieu de vous' mais vous ne le connaissez point. Cest lui qui doit venir après moi, qui est avant moi, et dont je ne suis pas digne de délier les souliers'^. Il s'écrie en le voyant , et l'appelle le Sauveur des hommes : Voilà l'Agneau de Dieu; voilà celui qui efface les péchez du monde. Il fait plus: quand ses disciples, s'appercevant que l'Ecole de leur maistre commençoit à décheoir, et que celle de Jesus-Christ s'establissoit de jour en jour et s'accréditoit, témoignent là-dessus quelque jalousie, il leur déclare que désormais ils doivent s'attacher à ce nouveau maistre ; il les lui envoyé: car c'est à lui de croistre, conclut-il, et à moi de diminuer*. Qu'on me dise s'il est rien de plus grand qu'un tel procédé, et si ce n'est pas ainsi que pensent les plus solides esprits, et les cœurs les mieux placez?
De tout cela il est aisé de comprendre, comment un chrestien humble est indépendant de tous les respects humains, et des vaines opinions du monde, dès-là qu'il ne se soucie ni de l'estime du monde, ni de sa faveur, et qu'il peut dire comme l'Apostre :