‹ Lettre inédite de Bourdaloue au cardinalChapitre 36 sur 50 · Luc · texte numérisé non relu

Luc

II. Vigilance. Tout supérieur est responsable de ceux que Dieu a mis sous son obéitrunce. Par conséquent il doit veiller sur eux : un père sur sa famille ; un pasteur sur son troupeau, et vous sur vostre maison. Devoir que vous ne pouvez négliger sans une offense très-griéve : car c'est de-là que dépend, ou le soutien, ou la ruine d'une communauté. Un tel interest n'est-il pas assez grand pour engager la conscience, et ne devez-vous pas trembler en y pensant? Ce n'est pas mon dessein de vous troubler par de vaines frayeurs ; mais en vérité bien des supérieures vivent làdessus dans une sécurité pire que tous les scrupules et toutes les frayeurs que je vous donnerois. Elles sont dans leur place comme ces Idoles que nous dépeint le Prophète au Pseaume cent treizième. On leur présente de l'encens; mais du reste elles ont des yeux et ne voyent pout^ elles ont des oreilles et n'entendent point, elles ont des mains et n'agissent point, elles ont des pieds et ne marchent point ^ . C'est-à-dire, qu'ennemies de tout soin et de toute peine, elles n'entrent presque en rien, elles ne s'informent de rien, elles ne prennent garde à rien. Leur unique vûë est de couler en repos le temps de leur supériorité. Pourvu qu'on ne les importune point et qu'on les laisse en repos, elles sont contentes. Mais cependant tout le temporel d'une maison est mal administré et se dissipe ; mais cependant mille usages s'introduisent, et chacune se donne des libertez qui passent en coutume et qui sont de véritables abus; mais cependant les anciens réglemens s'abolissent, la discipline domestique se renverse, le recueillement se perd, la ferveur se refroidit; plus de zèle pour le service de Dieu, plus de silence, plus de retenue, plus d'oraison; et plaise au Ciel que d'autres desordres ne succèdent pas à ceux-ci, et que l'abomination de désolation ne s'establisse pas dans le lieu saint.

Or rien de tout cela ne retombera-t'il sur la supérieure ; et sera-t'elle dûëment justifiée devant Dieu, quand elle dira: Seigneur, je n'en estois pas instruite? Non, elle ne l'estoit pas, mais parce qu'elle ne vouloit pas l'estre, ou qu'elle ne le vouloit pas bien; mais parce qu'elle se soucioit peu de l'estre, mais parce qu'elle ne prenoit pas les mesures raisonnables pour l'estre. Quel poids aura-t'elle donc à porter; et n'est-il pas à craindre qu'elle n'en soit accablée ? Gardez-vous au reste de donner dans une extrémité toute opposée; et apprenez à distinguer la vigilance qui est une vertu, et l'inquiétude, qui est une foiblesse. Rendez-vous

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