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attentive et vigilante ; c'est ce que je vous demande ; mais je n'entends point que vous soyez de ces supérieures timides et trop recherchantes, qui prennent ombrage de tout et que tout allarme. Esprits défians et soupçonneux. Leurs vivacitez, leurs mouvemens, leurs agitations continuelles les fatiguent beaucoup, quoiqu'assez inutilement ; et par-là mesme elles ne fatiguent pas moins une communauté, composée de très-bons sujets, qui n'ont pas besoin d'une inspection si scrupuleuse et si incommode. Il y a de la modération en toutes choses, et des bornes où il faut se contenir.
III. Charité. Que ne puis-je vous l'inspirer dans la perfection que vous devez l'avoir; ou puissiez-vous travailler solidement à l'acquérir, et la mettre par-tout en œuvre ! Remarquez, s'il vous plaît, ce que je dis : dans toute la perfection que vous devez l'avoir. Et en effet, cette charité commune et fraternelle que nous nous devons les uns aux autres en qualité de chrestiens, ne suffît pas à une supérieure au regard de ses fîUes; mais puisque ce sont ses filles en Jesus-Christ, elle leur doit une charité de mère. Je veux dire qu'elle leur doit une charité tendre, pour compatir à leurs infirmitez ; une charité bienfaisante pour leur faire tous les plaisirs et leur procurer tous les soulagemens conformes à leur estât; une charité affable et prévenante, pour leur ouvrir le cœur et leur donner la confiance de lui exposer leurs sentimens ; une charité douce et patiente, pour les écouter à toutes les heures et ne les rebuter jamais, malgré l'ennui que quelques-unes peuvent lui causer; une charité universelle, qui les embrasse toutes en nostre Seigneur, sans distinction et sans prédilection. De cette sorte vous aurez dans vostre gouvernement la plus solide et la plus sensible consolation que puisse désirer une supérieure, qui est de voir ses filles venir à elle avec confiance, lui obéir par amour, et non par crainte; chercher auprès d'elle leur soutien dans toutes leurs peines et leur conseil dans toutes leurs résolutions; lui faire part de leurs pensées les plus intimes et déposer leurs âmes dans ses mains.
Mais que seroit-ce si vous estiez de ces supérieures hautes et impérieuses, qui pensent bien plus à relever leur authorité qu'à l'adoucir et à la tempérer ; de ces supérieures indifférentes, dures, sans pitié, (car il y en a de ce caractère, et je ne crois pas m'exprimer trop fortement) de ces supérieures très-indulgentes pour elles-mesmes, très-peu touchées des besoins d'autrui, et traitant volontiers d'imaginations tous les maux dont on se plaint ;
de ces supérieures brusques dans leurs manières, sèches dans leurs paroles, aigres dans leurs réprimandes, fascheuses dans leurs humeurs, partiales dans leurs affections, accordant tout aux unes et refusant tout aux autres. Pourriez-vous alors trouver mauvais que les cœurs vous fussent fermez, et que chaque particulière, après avoir essuyé vos rebuts et vos rigueurs extrêmes, se tinst à l'écart, et attendist une conduite plus charitable et plus engageante que lavostre? Souvenez-vous que le joug de la Religion est le joug de Jesus-Christ, et que Jesus-Christ nous assure dans les termes les plus formels, que son joug est doux et son fardeau léger. Ne démentez pas cette parole de la vérité mesme, et n'appesantissez pas, ne rendez pas insupportable un joug, qui selon la promesse de nostre divin maistre, doit estre aisé à porter. Il ne faut pécher par aucun excès; mais il me semble après tout que dans une supérieure il seroit moins condamnable de pécher par un peu trop de bonté, que par trop de sévérité. Pensez que que vos filles ne sont pas nées esclaves, qu'elles ne sont pas nées dans la dépendance ; mais qu'elles s'y sont réduites volontairement et par choix; que ce sont les servantes de Dieu, qui est un Dieu de miséricorde ; que c'est le plus cher troupeau du Fils de Dieu, qui en a fait ses épouses. Peut-estre quelqu'une vous paroistrat'elle trop délicate, trop occupée de sa santé; mais à moins que vous n'en ayez une certitude bien fondée, penchez plustost à la contenter, autant que cela se peut, qu'à lui retrancher ce qu'elle croit lui estre nécessaire. Dans le danger d'estre trompée, il vaut mieux que vous le soyez en faisant du bien, que de l'estre en contristant une personne et la mortifiant.
IV. Fermeté. C'est le correctif d'une lasche et molle condescendance : caria charité ne doit point dégénérer dans une tolérance aveugle et pusillanime, ni affoiblir le gouvernement. Les Puissances du siècle ont le glaive en main pour punir les coupables; et vous avez en main l'authorité pour réprimer les esprits indociles, et pour les tenir dans le devoir. Quand donc l'occasion se présente, et qu'il y va de la gloire de Dieu et du bon ordre de voslre communauté, c'est alors que vous devez vous armer d'une sainte assurance ; que vous devez avertir, reprendre, user de tout vostre pouvoir, et vous opposer comme un mur d'airain à tous les scandales et à toutes les nouveautez. Vous me direz qu'il faut à tout cela de l'assaisonnement et de l'onction : j'en conviens; mais je vous dis aussi qu'il y faut de la force et de la résolution. Voyez quelle menace Dieu faisoit à son Prophète : elle est terrible, et
elle vous regarde ^ Prophète, je vous ai establi sur la maison d'Israël, pour lui annoncer mes ordres, et lui déclarer mes volontez. Si par une considération humaine, et par une timidité indigne de.votre ministère, vous demeurez dans le silence: si voies manquez de vous faire entendre à ce peuple, et que quelqu'un s'égare et se perde, il périra dans son péché, et par son péché : mais ce péché mesme vous sera imputé, vous y participerez, et le sang de ce pécheur frappé de mon indignation et de ma colère, rejaillira sur vous pour vostre ruine et vostre condamnation. C'est ainsi que Dieu vous parle à vousmesme dans la situation présente où vous esles, et il n'y arien là que vous ne puissiez vous appliquer.
Si par une trop grande réserve, vous avez des ménagemens où vous n'en devez point avoir ; si par vostre extrême facilité, c'est la communauté qui vous gouverne, au lieu qu'on vous a constituée pour la gouverner, qu'arrivera-t'il de-là? ce sera bientost un renversement universel, parce qu'il n'y aura plus de frein qui arreste. Or dans ce renversement que vous auriez pu et dû prévenir, jugez ce qu'il y auroit à craindre pour vous de la part de Dieu. Mais je voudrois ne faire de peine à personne : vous le voudriez, et moi je vous dis qu'il y a des personnes à qui l'on est quelquefois obligé d'en faire. Mais je les choquerai, j'attirerai bien des murmures contre moi, et je prévois que cela fera du bruit : vous le prévoyez, et moi je vous réponds qu'il y a des conjonctures où le bruit est nécessaire ; que les murmures retomberont sur celles qui s'y laisseront emporter; qu'ils passeront, et que vous aurez acquitté votre conscience. Mais il est fascheux de s'exposer, en parlant, à des réponses désagréables, et à de secrettes animositez, dont il ne sera pas aisé dans la suite d'effacer l'impression. La chose est fascheuse, je le sçais; mais je vous demande : qui parlera donc si vous vous taisez ; et comme vous avez les avantages de la supériorité, n'est-il pas juste que vous en ayez les désagrémens ? Enfin, vous souhaiteriez de gagner les cœurs et de vous affectionner la maison : vostre intention est bonne, elle est louable ; mais vous estes dans l'erreur si vous comptez de vous faire aimer par une indulgence qui souffre tout, et qui accorde tout. On vous méprisera ; et celles-mesmes qui vous témoigneront plus d'attachement, parce que vous ne les contredirez en rien, perdront pour vous toute estime dans le fond de l'ame. Car voilà comment nous sommes faits. En mesme-tempsque